Le cabriolet

[ Bella ragazza ] Quelques semaines se sont écoulées et je nage dans un bonheur absolu. Et c’est alors que des idées saugrenues m’envahissent. Des filles, une fille, une femme, ma femme : une progression évidente me mène jusqu’au tapis rouge déroulé devant l’autel. J’entends même la célèbre marche nuptiale. Cette pensée me réjouit autant qu’elle m’affole. « Doucement, garçon ! », semble me dire ma voix off. Je freine mon entrain et revient à une attitude plus raisonnée. « Le cœur a ses raisons que la raison ignore ». Va de retro Blaise ! C’est trop tôt.

Entre temps, la vielle guimbarde de « future-peut-être-belle-maman » a fini sa vie tristement dans une casse au bord de la méditerranée. Je retrouve ma dulcinée, belle et enjouée comme à l’accoutumée, au pied du grand escalier, Elle me prend la main et m’intime de la suivre sur le parking face au lycée. Là, elle me fait découvrir sa nouvelle voiture, une rutilante cabriolet blanche à capote crème. Je suis estomaqué ! Elle, est ivre de joie. Elle me fait pénétrer dans l’auto, encense la couleur des sièges en cuir blanc, passe passionnément sa main sur le volant gainée de la même peau de vache mais noire. Elle met le contact, fait vrombir les chevaux et éclate de rire en laissant échapper quelques cris stridents. Hystérique, la bella ! Je la découvre excitée comme une bête, à rendre jalouses mes phéromones pourtant irrésistibles.

Bref, un peu éberlué, je partage sa joie et nous partons faire un tour, toute capote baissée. Cheveux aux vents, je profite de la situation pour frimer largement sous mes lunettes noires. Elle enchaîne les rond-points, frôle les trottoirs et pousse les vitesses à leur maximum. Le bolide file sur la voie rapide et sa crinière brune aérienne lui donne une allure hollywoodienne. Elle jubile, monte le son de l’autoradio et se met à chanter à tue-tête le dernier titre des Innocents, « un homme extraordinaire ». Nous sommes bien dans l’instant des innocents extraordinaires.

De retour devant le lycée, les yeux se braquent sur le couple « hype » du moment. La honte m’assaille tandis que la belle se pavane devant un parterre de fans transis. Un attroupement d’une dizaine de personnes scrute l’engin sous toutes ses coutures et chacun place son éloge suprême, gargarisant de bonheur ma compagne. Je m’écarte discrètement et regarde le manège assis sur les marches de l’entrée principale. A ne pas en douter, je suis jaloux. Je la toise du regard mais rien n’y fait, elle ne me calcule plus. Frustré, je grimpe les marches deux par deux et me réfugie seul dans la salle d’études.

Je découvre ce jour là une sensation assez étrange que je contrôle mal. Je me sens inférieur, socialement amoindri. Je suis meurtri dans mon amour propre, mon ego est froissé. Il va falloir que je compose finement entre un amour certain et un orgueil mal placé, entre une admiration profonde et un sentiment d’infériorité tenace.

12 commentaires:

  1. Conclusion: il faut toujours sortir couvert, avec une capote... ça évite les problèmes, quels qu'ils soient! ;o)

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  2. Ca me rappelle des choses, ce sentiment mêlé, ça me rappelle des choses... et des casseroles. Ah, dur passé.

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  3. j'ai déjà éprouvé ça... si tu ajoutes à ça la couleur et un passé colonial qui malgré tout pèse sur l'histoire individuelle :)
    psychogénéalogie en prime quoi ;)

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  4. franchement, se sentir inférieur à une voiture...
    ;)

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  5. j'suis d'accord avec Desiderata..à cette époque, tu devais avoir un excédent de chevaux dans ton moteur ! ;)

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  6. Epamin' > héhé, oui, sortez couverts si vous ne voulez pas qu'ils vous arrivent des bricoles ! :)

    Erick > oui, des casseroles et des gênes terribles ! On raconte pas assez ces choses là, je trouve.

    Mu De la couleur et un passé colonial, va falloir que tu nous causes de ça. En fiction ou en réalité ? :)

    Dési > wè... hein? qu'est ce que c'est con un homme quand même ?

    Cat > euh... oui, ça s'arrange un peu quand même après.

    Mr M > ah différente ? ah bon... oui, puis j'en profite pour dire à ceux qui me suivaient sur live-spaces qu'il risque d'y avoir pas mal de re-publications dans les jours qui viennent. Arnaud me pompe mon neurone et j'ai du mal à faire des billets en ce moment. J'aurais sa peau à ce sale morveux !

    Babel > héhé, des chevaux et des vapeurs ! :)

    Devinez où je suis dans 10 minutes, ben si, réfléchissez, ben ANDOUILLES !

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  7. pour la couleur c fait :) - http://l-oeil-bande.blogspot.com/2009/09/noircitude.html -
    Reste la passé colonial - j'y songe très cher, mais le blog n'est pas tres adapté pour ce que je souhaiterai écrire ;)
    et puis en ce moment je suis prise par la lecture d'un roman gore, l'histoire d'un type, Arnaud kekechose... ;)

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  8. C'est rare une fille qui s'intéresse aux voitures de sports. Je sais, il y a Sagan :)))

    SNAKE

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  9. Mu > Un livre alors ! Un livre numérique. Oui, je sais, je suis un peu beaucoup braqué dessus en ce moment. :-/

    Snake > Ah oui, Sagan puis tous les garçons manqués. Elle l'était, elle l'est toujours d'ailleurs.

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