septembre 2009 | fut-il.net

Archive for septembre 2009

New wave

Vous vous rappelez de la new wave. Mais si ! Les Cure, Simple Minds, Dépêche mode, Indochine des années 80, tout ça, tout ça… L’époque était aux cheveux en pétard à la Robert Smith, jeans avec un grand trou sur le genou et retroussés jusqu’au mollet pour laisser apparaître les doc martens. Ah c’était chouette !

Je me souviens que lors du bal du samedi soir, nous mélangions le punk des seventies avec nos rythmes new wave du moment. Nous « pogotions » comme des fous. Le pogo était une « danse » consistant à se jeter sur son prochain en faisant de grandes enjambés de kangourou en rut. Un grand coup d’épaule à votre voisin sur le refrain de « close to me » et il rebondissait sur le comptoir déversant des dizaines de gobelets plastiques de bières kronenbourg. Ainsi, imbiber d’houblons pouasseux, il revenait à la charge en vous écrasant le pied de son 45 fillette coqué.

Le pogo et la new wave post-punk nous permettait le défoulement le plus total et dans notre village de quelques milliers d’âmes, nous passions pour des rebelles de haute volée. « Ah, ces jeunes d’aujourd’hui, tu sais que quand même pfiou… » marmonnaient les grands-mères assises sur le muret dominant la piste de danse. Le « pfiou » exprimait tout leur désarroi devant cette danse de sauvage. « Ils ne dansent pas, ils sautent et en plus, ils gâchent la bière» répondaient leurs maris accoudés au bar.

A la fin de la soirée, nos doc martens souillées de boue et de liquide jaunâtre, nous peinions à rentrer nos carcasses aux épaules usées. Titubant sur le dernier slow des Scorpions, les cheveux toujours hirsutes, nous finissions flasques sur le banc du jardin public. Certains vomissaient la kronembourg malmenée dans leurs estomacs par les secousses « pogotantes ». D’autres rêvaient de finir la soirée avec Annie Lennox ou Dave Stewart suivant leurs appartenances sexuelles. Au petit matin, la bouche pâteuse, nous fredonnions de concert un « such a shame » emprunté à Talk Talk.. Dégrisés, nous retournions penauds vers nos maisons redoutant les explications à donner à nos parents encore fans des pas aseptisés du Madison.

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Lost in turlupinade

Je me baladais sur l’avenue le cœur ouvert à l’inconnu. Je fredonnais cette chanson depuis quelques heures. Les fredonnements intempestifs malgré leurs atours plaisants ne présagent jamais de mon bon moral. Au contraire, ils sont souvent signes avant coureurs de quelque chose qui me turlupine.

Aux Champs-Élysées ! Aux Champs-Élysées ! palalalala ! Il faut absolument que je me débarrasse de cet air pourri pour percevoir ce qui se trame derrière. Qu’est ce qui me turlupine aujourd’hui ? Je m’exerce alors, étendu sur mon lit et détendu de l’immobile, à refaire la journée afin d’y déceler les anomalies. Anomalies qui m’amèneront à comprendre pourquoi je suis tombé brutalement dans les rythmes discos du regretté chanteur au strabisme ostentatoire. En pensant à Jojo, je me souviens soudain de ma propre coquille à l’œil gauche. Plus jeune, elle avait fait l’objet des plus vils sarcasmes. Je passe sur les lunettes hideuses aux verres en forme de tessons de bouteilles et sur les séances chez l’optalmo. provoquant myxomatose et larmes glissantes sur le coin de l’œil. Et si avec cette association d’idées « champs-élysées-dassin-strabisme-souffrance », je tenais ma turlupinade du jour !

Au soleil, sous la pluie, à midi ou à minuit ! J’avais maintenant tous les éléments pour justifier mon état. Sans m’en apercevoir, j’avais remonté le fil d’un traumatisme enfantin pour atterrir sur la plus grande avenue du Monde en compagnie d’un chanteur mort. J’étais satisfait de mon auto-psy de comptoir. Je me relevais le cœur léger, fier ma découverte post-freudienne. J’allais enfin pouvoir arrêter de turlupiner, au moins jusqu’à demain.

N’importe qui, et ce fut toi ! Je t’ai dit n’importe quoi ! Et oui, lecteur, lectrice, je t’ai dit n’importe quoi car Jo Dassin aurait pu être n’importe qui d’autre. J’aurais très bien pu fredonner un autre air d’un interprète célèbre dépourvu de strabisme. C’est vrai, j’aurais pu aussi chantonner du Dalida. Salma ya salama rohna we guina
ya salama. Mais à part ces deux légendes de la variété française, point d’autre résolution de turlupinades à base de loucherie ambiguë.

Tu as suivi ? Tu me suis toujours ? Décontracte-toi, tu es presque au bout du texte. Regarde-moi bien dans les yeux ? Dans les yeux, je te dis ! Mon dieu, mais toi aussi, tu louches !

Ce texte est proposé pour le challenge #jolimot sur 17ruedesarts.fr
Photo : Lost in translation

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Et hop !

image [ Suite de Mother shopping ]
Est-il nécessaire que j’accepte cette invitation puisqu’elle est un ordre ? Je n’ai d’ailleurs pas le temps d’acquiescer ou de me rebeller que les deux drôles de dames poussent sauvagement le caddie pour regagner la voiture. Ma mère continue de bougonner sur le monde qui afflue dans les allées d’Ikéa et ne manque pas de faire remarquer le peu d’amabilité du magasinier jaune et bleu. Cette bonne ambiance nous amène jusqu’au parking.

Les deux lourds cartons bien calés dans l’auto, une question existentielle se pose. Une interrogation à laquelle je ne pensais pas faire face : « Prenons-nous la voiture ou le tram ? ». Discussion, tergiversation en tout genre, soupir, expiration, grattement et hochement de tête, la tension monte d’un cran : vais-je tenir jusqu’à la fin de la journée ? Je m’écarte un peu des deux harpies agitées et mâchouille nerveusement mon freedent no smile à m’en faire péter les mâchoires.

«Ça sera automobile à chevaux vapeur ! » déclame maman qui tranche et clôture ainsi le débat. Ni une, ni deux, je chope les clés de sa voiture planquées dans son sac, m’engouffre à la place du chauffeur. Je tourne d’un coup sec la clé de contact et je fais vrombir la bête appelant ainsi le duo de hyènes en proie à un shopping cocaïne.

Dix minutes plus tard, nous voilà, sur l’escalador – non, escalaTor avec un T comme Thérèse, maman ! - d’un centre commercial répondant au doux nom de Polygone, comme si la matinée n’avait pas été assez angulaire. Trois étages de boutiques prêt-à-porter à 99% féminines nous attendent les bras ou plutôt les portes ouvertes. Monter, descendre, tourner, virer, entrer, sortir, sourire. Et hop ! EscalaDer, s’asseoir dix secondes, se relever, s’appuyer contre les rampes, se redresser, sourire. Et hop !

Maman est comme un poisson dans l’eau. Elle se déplace prestement et glisse sur le sol d’une boutique à une autre avec une décontraction remarquable. Elle farfouille, trie, peste contre les textiles trop fins, trop épais, qui tombent mal, qui ne sont pas beaux. Mais qui porte ça ? Ils n’ont pas honte de vendre des trucs pareils ! Maman m’explique sa quête au fur et à mesure de ses découvertes de chiffons. Le sacré graal s’incarne dans un pantalon léger blanc qui ne se froisse pas mais qui doit contenir un peu de lin mais pas plus de 20%. Le reste de la frusque peut se composer de laine mais pas trop sinon c’est fragile. Le mieux serait qu’il y ait une bonne partie de coton… Je regarde l’heure. Trente secondes que je ne l’avais pas fait. Deux heures déjà que nous déambulons, nous informe ma sœur. Alors que nous avons arpenté en long et en large les trois niveaux du centre, les deux shopping-girls en transe n’ont rien acheté ! 

17h30, je redécouvre enfin le ciel et sa lumière. Qu’il fait bon de respirer ! J’ai mal aux jambes, aux pieds, à la tête ! J’ai bouffé toutes les allumettes que j’avais dans mes poches. Ma sœur allume nerveusement sa gauloise blonde et maman nous explique que de toute façon, on ne trouve jamais rien à se mettre dans ses magasins. 30000 m2 de boutiques en tout genre pour plusieurs centaines de tonnes de vêtements : une certaine idée du vide dans l’opulence de nos vies.

Photo : Ed

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Mother shopping !

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Le 12 mai.

Devant la grande bonté de ma mère, toujours j’obtempère. Il y a quelques semaines, il lui prend une fantaisie furieuse d’acheter des lits jumeaux aux jumeaux. Jusque là rien d’illogique dans la démarche. Là où l’initiative devient enragée, c’est qu’elle me rabâche la chose tous les jours où les lois de la communication mère/fils daignent bien nous rapprocher.

Extraits temporels monolithiques : 25/04 « Il faut que j’achète des lits à ces petits ! » … 30/04 « Ces petits ! Il faut que j’achète des lits quand même ! » …04/05 « Les lits doivent être achetés rapidement pour les petits ! » … 09/05 « Ils couchent où les petits ? » … 11/05 « Sinon, les lits, comment je les achète ? » Beaucoup d’autres formes grammaticales passives, actives, interrogatives, négatives ou affirmatives, dont encore à ce jour les formulations exactes m’échappent, ont trucidé ainsi nos conversations exaltantes jusqu’au jour où :

Ok Maman ! Achète des lits pour les petits puisque tes arguments moult fois répétés font mouche dans mon petit cœur de père !

Je lui propose le jour, ce lundi, et le lieu, le bien nommé « Iquéa » temple de la consommation en kit.

« Non, Maman, Ikéa c’est avec un K comme Kangourou, Képi ou Kleenex ! » … « Ou Kaki ? »… « Oui, Kaki c’est bon aussi… »

Après lui avoir expliqué comment arriver à iKéa sans encombre, ni déboires autoroutiers, elle me répète pour l’énième fois le détail de la journée à venir. Je dois être devant le magasin à 10h pétantes. Elle m’explique longuement l’ avantage évident de se pointer pile à l’heure d’ouverture devant les portes coulissantes. Nous serons les premiers dans les allées ; des fois que des vandales arrivent à 10h05 et achètent les 2085 lits en kit 140x200 présents dans le dépôt suédois. Là au moins, on est sûr, ils nous auront pas, les lascars !
Nous devons faire une pause à 11h15 pour prendre une collation à la cafétéria. Un euro, le p’tit déj avec croissant, confiture, une tranche de pain et cafés à volonté. J”avoue que sur ce point, elle a raison, faut pas louper ça ! La pause déjeuner est programmée pour 12h45, ce qui nous laisse le temps de digérer le croissant et la dizaine de cafés engloutis 1h30 auparavant.

Je me couche ce soir là déjà fatigué du lendemain. Je mets le réveil à 8h00 avec triple rappel pour être certain de pas rater l’open-Ikea. Je pense à ma sœur qui elle aussi, servante de sa majesté, est de la partie de shopping endiablé !

Comme prévu, nous nous retrouvons, tous les trois, le nez collé sur le grand panneau « ENTREE PRINCIPALE » à dix zéro zéro. Ma sœur sent le tabac. Mon haleine est déjà mentholée et ma mère, telle une zébulone, fait des bonds de marsupilami. Elle trépigne et peste contre sa montre. Elle se demande à chaque seconde qui s’écoule pourquoi la porte n’est pas encore ouverte. Il est quand même 10h03 ! Les battants en plexiglas coulissent enfin et nous abordons notre périple dans les allées sinueuses parsemées de noms extravagants : aspvik, biby (pas la chanteuse hein ?), bjursta, bonde (James ?), detolf, granemo (tiens, l’est pas mal celui là !), que des jolis noms d’oiseaux exotiques du pays où il n’y a pas de soleil ! Un régal !

TROMSÖ ! Bingo ! Voilà le lit qu’il nous faut ! TROMSÖ c’est trop beau, il faudrait être idiot pour passer à coté, incognito ! J’en peux plus. J’en suis à inventer des slogans publicitaires des années 70 pour enfin, enfin, sortir de cet enfer…

Après quelques explications mouvementées, interrogations existentielles, mesures du diamètre des tubes métalliques de soutènement du lit supérieur et autres considérations de couchages enfantins, TROMSÖ fait l’unanimité et le voilà, emballé, pesé, vendu. L’homme en bleu et jaune, moitié schtroumpf, moitié titi le canari me sourit jaune et me tend le bon bleu pour retirer la marchandise. Nous payons. Enfin, Maman paye. Merci Maman. Et nous fuyons l’empire Viking !

Nous étions juste sortis, que mes dames m’annoncent de concert : « Bon, maintenant, tu viens ! On va faire les boutiques en ville ! »

A suivre

Photo : Lumière de midi à Tromsö

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Le mardi soir en suspend

Demain, ils sont de retour. Le mardi soir est MON soir. Les seuls amours incontestables et incontestés de ma vie vont réinvestir la maison. Camille, Clara, Arthur, trois petites âmes montées sur pattes courtes vont à nouveau arpenter les lieux, inspecter les moindres recoins à la recherche du changement. Vont-ils apercevoir les effets féminins oubliés par inadvertance ? Certainement. Pour autant, ils ne m’en parlent jamais.

Le mardi soir suivant les « week-end off », est toujours une soirée de réglage. La semaine a été longue, riche en histoires, en changements, en proximité avec leur mère. Lorsque soudain ils se retrouvent plonger dans leur autre univers, un moment d’adaptation est inévitable. Camille retrouve peu à peu ses marques, débarrasse délicatement son coin de table pour faire ses devoirs. Les endroits de la maison prédisposés pour étaler son sac, son téléphone portable et son attirail de nouvelle collégienne doivent être mentalement replacés dans leur contexte quotidien. Les automatismes sont à reconsidérer. Arthur, lui, se moque de tout ça, toujours bien partout et surtout nulle part. Les années passent et il ne descend toujours pas de sa 4ième dimension. Clara, quant à elle, retrouve avec plaisir sa chatonne, la prend dans les bras à plusieurs reprises et soudain se remémore – choquée - que la féline conserve un coup certain pour la morsure taquine et les griffures espiègles.

Le mardi soir, je suis heureux. Je me pose devant eux, attentif. Accoudé sur la table de la cuisine, les mains sur les joues, je les regarde évoluer dans la pièce. Je les suis du regard et inspecte leurs gestes. J’écoute leurs vies battre, sensible aux mutations de leurs corps et de leurs esprits. Je verse par la suite quelques mots paternels. Je passe de la douceur qu’ils m’intiment, à la fermeté éducative que je me dois d’apporter. Parfois sur des repères essentiels, je sens quelques points d’inflexion entre l’initiation maternelle et la mienne. J’y pense et puis ils se chargent de me faire oublier.

Ils se couchent quelques heures plus tard sur ce mardi en suspend. Le silence se fait dans leur chambre désormais sombre. Je les embrasse. Je suis fier d’eux. Avant de sortir, je leur lance mon amour dans l’entrebâillement de la porte. Je m’assure de la bonne fermeture de la chambre pour ne pas que la chatonne les réveille et je grimpe dans ma tanière, apaisé et satisfait.

Cette soirée va sûrement disparaître cet hiver. Leur maman doit s’éloigner de mon domicile. Une distance supplémentaire va se créer. Peut être est-ce mieux pour eux ? Moins de mouvements, moins de dispersions, plus de calme. Même si parfois ces soirs là j’ai le sentiment de leur compliquer la vie pour mon simple plaisir, il va falloir que je m'accommode de cette perte du mardi.

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Il est au car

Maman décide de reprendre rapidement le travail après ma naissance. Les finances du foyer ne sont pas suffisantes pour nous permettre d’avoir un seul revenu. Papa travaille beaucoup et rentre tard. Je suis bébé encore quand je fais la connaissance de ma nounou d’enfer d’origine pieds noirs. Elle est petite, la quarantaine, toujours souriante, douce et maternelle. De ses origines, elle garde la chaleur, la gouaille verbeuse et un débit rapide des mots. A l’opposé de ma génitrice, elle devient très vite ma maman de substitution. Ma maman Yvette.

Je pourrais arrêter ici l’évocation de maman Yvette tant mes souvenirs de cette période sont vagues et confus. J’ai beaucoup de mal à reconstituer le cours de mes jeunes années au prés d’elle. De temps à autres, pourtant, me reviennent furtivement quelques flashs-back. Je pédale comme un dératé sur un tricycle rouge prés des quais du Vernazobre. Je barbote dans une bassine inconfortable qui fait office de bain et de pataugeoire. Je chahute hilare sur un grand lit recouvert d’une couverture écrue, avec le risque imminent de tomber au sol.
Dans toutes ces micros-scènes, maman Yvette est là, souriante, prévenante. Sa voix est nasillarde, à fort volume, véloce et empreinte de l’accent de là-bas. Que tu es beau mon fils, que t’y es beau, la purée comme t’y es beau !

Il y a quelques jours, à l’occasion d’une discussion endiablée où nous tentions, mon interlocutrice et moi, de refaire nos vies, m’est revenue une anecdote qui m’a fait sourire puis délicatement m’émouvoir.

Il me semble que la situation se déroulait un samedi matin. Maman travaille. Papa réserve habituellement ces weekends à l’entretien de ses vignes. Ce jour là, il pleut. Exceptionnellement, il est resté à la maison. Maman Yvette arrive comme d’habitude le sourire aux lèvres et plein d’entrain. Elle salue son patron, m’embrasse cinq fois d’un côté, dix huit fois de l’autre, puis finit par me pincer la joue généreusement en me secouant la tête. Que tu es beau mon fils, que t’y es beau, po, po, po, po... Papa la regarde, sourit et d’un air malicieux, lui lance : « Et François, il est où ? ». François, c’est son mari. Un bon bougre comme disait papa, avec une légère condescendance. Comme lui, il est chauffeur de bus depuis trente ans et mon père sait très bien qu’aujourd’hui il se trouve dans son bus. Toujours dans ses élans de joie, ma nounou ingénue lui répond d’une voix alerte et enjouée : « il est tocard ! ». Entendez « Il est au car » : il bosse, il conduit son car. La liaison maladroite ne manque pas de nous faire glousser. Les yeux de mon père s’éclairent alors comme ceux d’un gamin totalement satisfait de la belle connerie qu’il vient de faire. Avec un visage empourpré de satisfaction, il détourne son regard vers moi et m’adresse un clin d’œil complice. Maman Yvette se contente de rire de bon cœur avec nous : « Marcel, Marcelou ! » dit-elle avec gêne « Avec le petit, vous dites encore des bêtises hein ? ».

Cette anecdote, devenue un running gag, se renouvellera tous les samedis. Je n’ai jamais su si elle avait vraiment compris l’objet de notre moquerie.

Ce nouveau flash, traversant ma tête suivant un chemin nébuleux, peut sembler sans grand intérêt. Pas tant que ça. Hormis le souvenir de cette femme que j’avais totalement occulté, je perçois un instant de grâce rare. La maison familiale a réussi à s'échapper de sa monotonie ordinaire, le temps d’un éclat de vie.


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Je ne lis pas

image Je suis interpellé sur le n’arf II par Homer pour relayer une nouvelle chaîne. Celle-ci consiste à citer nos cinq auteurs féminins favoris et expliquer bien évidemment pourquoi. Je suis bien contrarié car je ne lis pas.

Diantre, fichtre, horreur et damnation, je ne lis pas !

Je suis souvent apostrophé par des lecteurs invétérés qui ne comprennent pourquoi je ne lis pas. Je n’ai jamais été attiré par la lecture gloutonne d’ouvrages littéraires. Je suis le premier étonné car j’aime les mots. J’aime leur sonorité, leur joliesse, leur orthographe, leur double sens parfois. La langue française est tellement riche qu’on ne finit jamais de découvrir de nouveaux jolis mots, expressions didactiques ou tournures de phrases philosophiques.

Alors, pourquoi je ne lis pas ?

Jamais dans ma vie, je n’en ai éprouvé le besoin. Un manque de curiosité dans mes premières années a certainement contribué à me détourner des livres. Ma famille, très peu lectrice, ne m’a pas ouvert à la découverte des auteurs, ne m’a pas plongé dans cette richesse d’esprit que j’entraperçois souvent dans mes lectures virtuelles. Pour rester pragmatique, ma fainéantise reste la cause principale de mon ignorance littéraire. Les pavés volumineux aux centaines de pages m’ont toujours effrayé. De nature versatile et papillonnante, me plonger dans une histoire longue au risque non négligeable d’ennui profond me rebute définitivement.

Pourtant je lis de plus en plus.

A défaut de connaître mes auteurs contemporains, je vous lis vous, blogueurs littéraires ou assimilés. Le média blog est adapté à mon mode de lecture rapide et souple. Alors, je déguste avec plaisir vos billets courts, d’une cinquantaine de lignes maximum, vos histoires, vos tranches de vie, vos nouvelles. Je peux ainsi sauter de lignes en lignes, de liens en liens. Cette lecture là ne m’impressionne pas, ne me fatigue pas. Bien sur, ce sont rarement de grands écrivains. La pensée n’est pas toujours profonde. Les idées sont décousues, les syntaxes approximatives et l’orthographe parfois vacillante. Il me plait cependant par ces mots de sentir battre la vie dans un espace temps restreint où la prise directe avec l’auteur se fait entière.

Alors, en guise d’auteurs féminins, je ne citerai pas des écrivaines publiées mais des blogueuses de talents :

  • Zoridae : Bien qu’elle soit, elle, publiée, ses nouvelles sont des perles.
  • Elle-c-dit : Son écriture est le reflet de sa vie, authentique.
  • Anna : Quand elle écrit, c’est un uppercut émotionnel.
  • Isa : Sa série de billets sur les senteurs m’a emporté.
  • Sylvie : Son quotidien ressemble souvent au mien.
C'est une grave erreur que de parler d'écriture féminine ou masculine. Il n'y a que des écritures tout court et plus elles sont androgynes mieux ça vaut. Nathalie Sarraute

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Les cartes postales

Mon facteur ne m’apporte plus de cartes postales depuis des années. Faut dire qu’il n’est pas prédisposé à me glisser de bonnes nouvelles dans la boîte aux lettres. C’est un trentenaire hyper-speedé à tendance timide qui, même lors d’un dépôt de lettre recommandée (celles là, je les reçois toujours), s’empresse de signer la preuve de dépôt, la dépose avant de sonner et file rapidement dans son pot de yaourt jaune.

Bref, il n'est pas très sympa mais je m’en fous. Moi, je veux recevoir des cartes postales du bout du monde d’une personne que j’ai peut être oubliée mais qui se souvient de moi ! C’est bien à ça que servent les cartes postales, se rappeler au bon souvenir de quelqu’un. Et bien, que dalle ! La dernière remonte au siècle dernier, A l’époque, l’inflation n’étant pas galopante, on mentionnait encore le prix sur le timbre, 2,20 francs si ma mémoire est bonne. Elle était classique. Un coucher de soleil avec deux naïades en string vues de dos avec au verso : « Tu verrais ? C’est à tomber le cul parterre ! Bisous de Martinique ».

Je ne suis pas le seul à ne plus recevoir ces chef-d’œuvres épistolaires. La carte postale est lentement tombée en désuétude au profit du mail, du SMS voire du MMS permettant de diffuser en live l’instant d’un bout du monde à l’autre. C’est mieux ? Oui et non. Le petit bout de carton a quand même un cachet (de la poste faisant foi) que n’auront jamais les autres modes de correspondance. Comme le courriel à la lettre manuscrite, ils manquent cruellement de calligraphies. J’aimais bien reconnaître d’un seul coup d’œil l’appartenance de telle ou telle écriture, sans parler des ronds sur les « I », des « F » affinés et des barres sur le « T » volatiles. Puis, il y avait l’attente de la réception. Pensera t’il ou t’elle à m’envoyer une petite carte ? Carte qui arrivait régulièrement après le retour de son expéditeur.

C’est comme ça, ma pauvre dame. Moins de cartes postales mais plus de communications rapides, instantanées. On perd d’un côté, on gagne de l’autre. La technologie a toutefois négligé l’émotion que procurait la correspondance postale.

A noter, le site de "la lettre en ligne" découvert chez JCFrog qui permet d’envoyer des cartes postales depuis votre ordinateur. Voilà un bon moyen de redonner le sourire à mon facteur.

Chaîne lancée par Gaël et relayée par Nicolas. Je tague une seule personne car je la sens prolixe sur le sujet : Epamin'. Les autres, envoyez-moi une carte : arf, rue de la poste 972 MARTINIQUE.

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L'oscilloscope

C’est le corps endolori et la tête vidée que je retourne ce matin au boulot. Un début septembre sous les meilleurs auspices et une vitalité au beau fixe me permettent d’envisager demain avec sérénité. Pourtant, ces instants de béatitude sont autant de perfides retours de boomerang pour les mois à venir. Je le sens. Je le sais. Je le vis en conscience.

Si, dés ma naissance, on m’avait connecté un oscilloscope au cerveau et au cœur, ma courbe serait certainement accidentée. N’en serait-il pas la même chose pour tout le monde ? Des pics et des plongées abyssales apparaîtraient de façon continue. Des « up and down » incessants qui, même s’ils sont difficiles à négocier, prouveraient que je suis bien fait de matières organiques réagissant aux émotions. Mes états d’âmes seraient analysés par mes suiveurs, soignants ou pas. Ils pourraient alors détecter d’un seul coup d’œil si je me trouve en haut de la courbe ou aux tréfonds de celle-ci. Les plus intéressés s’adonneraient peut être même à des statistiques saisonnières pour ainsi détecter les périodes à forts potentiels de secousses.

Bien entendu, les techniques auraient évolué du tracé sur papier millimétré vers des courbes de couleurs disponibles en ligne. Je pourrais ainsi twitter mes humeurs intérieures avec allégresse et mesurer avec les autres « oscilloscopés » mes états psychiques et émotionnels quotidiens. Quelques malins recenseraient alors l’ensemble des tracés disponibles et établiraient des classements d’une pertinence douteuse.
Plus de mots pour éluder mes tourments ou pour afficher mes jubilations, j’offrirais gratuitement mon miroir interne à la masse avide voire même à la vindicte populaire.

Mais je ne suis pas connecté à une machine aussi démente. Je suis encore maître de mes émotions. Je peux les faire varier, les exciter, les plonger dans des sauces diverses. Je suis apte à nuancer, cacher, dévoiler, et mes courbes varient comme bon leur semble dans un secret absolu.

Alors, même s’il y a des jours où je souhaiterais connaître la constance ou la perfidie de mes états, je me réjouis d’avoir le pouvoir de maîtriser et d’appliquer ainsi une certaine idée de ma personnalité.

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Le papier de bonbon


- Il me fait chier mon vieux avec ses bonbons.
- Quoi ?
- Je dis : Il me fait chier mon vieux avec ses bonbons.
- Wouah ! C'est quoi ton problème avec sa gourmandise ?
- Aucun. Avec sa gourmandise, aucun.
- ?
- Ce qui me gonfle, c'est cette manie qu'il a de tripoter le papier pendant des heures.
- Mais, à ton avis, pourquoi fait-il ça ?
- Aucune idée... Pour tripoter, c'est tout.
- Mais toi, tu as quoi sous tes mains ?
- ?
- Oui, toi, tu as quoi sous tes mains à tripoter ?
- Mais rien, je ne tripote rien !
- Évidemment, tu ne tripotes rien parce que tu as l'âge où ce n'est pas jugé pervers de toucher, caresser, peloter, découvrir, conquérir, glisser, soulever...
- T'es con !
- Ah ouai ?

Moi je crois que c'est plutôt ton aveuglement qui te rend con. Tu vois ton père comme un être asexué vieillissant. Mais il a bien fallut qu'il touche ta mère pour que tu sois là à t'énerver après son papier de bonbon.
Regarde ses mains ridées, tachées, veinées, déformées, que la fine peau protège avec fragilité.
Elles n'ont pas toujours été ainsi.

Enfantines...
elles se sont blotties au creux d'une main adulte. Elles ont découvert des formes, des textures.

Adolescentes...
tremblantes, peut-être un peu moites, elles ont exploré la peau douce d'une épaule, d'un bras, avançant peureuses vers une terre étrangère, attirante.

Adultes...
musclées, chaudes, douces, larges, elles ont frôlé la peau laiteuse d'un sein, caressé l'intérieur d'une cuisse. Elles ont enlacé leurs doigts à ceux de celle qu'elles ne voulaient plus quitter. Elles ont glissé à l'annulaire un anneau rond comme l'amour pour promettre l'éternité.

Regarde-le.
Pendant que ses mains tripotent comme tu dis, sont regard est déjà loin. Il est dans ces sensations merveilleuses qu'il avait l'insolence de croire éternelles. Dans ce monde tactile, la vieillesse, c'est pour les autres, pour ceux qui mangent des bonbons...

Puis un jour, on regarde ses mains, pleines de tout mais vides des autres. Parce que la vieillesse est là, immuable, indécente lorsque les doigts demandent la caresse.
Alors il reste les bonbons et leurs papiers.

- Dis-donc, je ne savais pas que tu le regardais comme ça mon père.
- Putain, t'es vraiment con !
(éclats de rire)
- Aller viens, ont va lui payer une mousse... entre hommes.

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Ce billet a été rédigé par Balmolok que je reçois aujourd'hui dans le cadre des vases communicants. Vous pouvez suivre ce chemin pour aller lire mon billet publié chez elle.

Autres vases communicants du jour :
Anthony Poiraudeau et Anne Charlotte Chéron
Lignes de vie et Frédérique Martin
Fenêtres open space et à chat perché
36 poses et liminaire
Zoé Lucider et Dominique Boudou
Désordonnée et Emelka
Paumée et François Bon
et d'autres à suivre.

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Un smiley me tire la langue

imageAujourd’hui, rentrée des classes. Les miens au nombre de trois de tailles approximativement égales rentrent respectivement au CM1 pour les jumeaux, en sixième pour l’aînée. Nom de dieu, déjà la sixième ! Voilà que mes tempes grisonnantes accueillent deux ou trois mèches cendrées supplémentaires !

Je ne suis pas avec eux ce matin lorsqu’ils se lèvent de leur courte nuit. Je m’extirpe de mon lit un peu vaseux, la tête emplie de choses diffuses et anxiogènes. Après le café opportun, je chasse quelques idées noires et pointe mon nez sur la date du jour. Mon nuage matinal s’éclaire et je pense à eux.

Clara doit râler à cause de sa place de numéro deux pour la salle de bains. Arthur a sûrement crié « preum’s » dès le premier pied posé au sol et l’aura ainsi prise de vitesse. J’imagine Camille dans sa chambre, son sac et ses habits tout neufs bien rangés prés de sa table de nuit. Pendant que ses cadets se disputent la toilette matinale, je la vois s’affairer à ses derniers préparatifs avec calme, impassible malgré son cœur tambourinant dans son petit thorax. Leur mère s’agite, les presse, les encourage et les embrasse plus que de raison.

A 8h12 (oui, c’est précis), j’envois un SMS à ma grande, leur souhaitant une bonne rentrée sans oublier de joindre au message un gros « Je vous aime » encourageant. Va suivre une live-rentrée via SMS.

8h22, bip-bip. Ils déjeunent goulûment et personne ne se plaint du bol de chocolat renversé sur le jean de Maman. Sauf elle, peut-être. 8h42, Arthur ne sait pas où il a mis son cartable. C’est la cata., l’affolement général. Clara ne veut surtout pas se taper un retard à cause de son nigaud de frère. Camille s’en moque, elle, elle est grande et ne rentre qu’à 10h30. 8h52, ils sont sur le chemin de l’école primaire. Les deux zigotos déboulent dans la cour de récrée bondée et disparaissent dans un flux grouillant. Camille cesse les SMS malgré mes deux rappels : « hého, ils se passent quoi là ? ».

10h21, « Papa, je t’aime. J’éteins le tél., j’entre :-P ». Son dernier smiley se transforme sur mon téléphone en une tête ronde jaune qui me sourit et me tire la langue sur le côte gauche. Je ris, mon collègue de bureau me regarde surpris et mon angoisse resurgit.

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