décembre 2009 | fut-il.net

Archive for décembre 2009

Fin de l’an neuf

image Les fins d’années sont toujours propices aux bilans. Introspection profonde ou ballet inutile de projections non abouties. Toujours la même rengaine. Qu’est ce que j’ai fait cette année ? Suis-je allé au bout de mes envies ? Etais-je plus heureux cette année que les années précédentes ? J’en passe des meilleures et des exécrables, des plus ou moins constructives, des voulues subies voire des endurées défendues.

En définitive, quelle importance ! Pourquoi devrais-je me régler sur le calendrier ? Des jours, des mois, des années. Et alors ? M’installer ainsi dans une temporalité figée ne m’apporte pas grand chose si ce n’est la pression sociale de tirer des leçons et in fine de m’imposer des résolutions. Alors, point de bilan attendu sur une année pourrie appelant la suivante à régler tous mes problèmes empiriques.

Je préfère, rebelle dans l’âme, m’accorder des parcelles de bonheur bien plus fixantes dans mon esprit que l’amoncellement d’emmerdes qui me précèdent et me poursuivront. Les cheveux hirsutes de ma chérie au réveil qui s’épandent sur l’oreiller valent bien mieux qu’un bilan global des dettes épandues tout au long de l’année. Les rires de mes enfants éclatants sans que je n’en comprenne la raison n’ont aucune mesure avec ma déraison éclatante s’agissant des choses alambiquées de la vie. Et quand j’écris cela, j’enfonce des portes ouvertes qui me rassurent.

Je vis et c’est déjà pas mal. Je ne construis ni ne crée rien de tangible. Tout juste un acteur décalé pris dans mon intemporalité chevauchant une époque qui presse le temps, le compartimente, le dissèque plutôt qu’elle ne l’apprécie. Alors en ces derniers jours de neuf, j’ajouterai une unité à mon demain parce qu’il faut bien suivre les grégoriens. Rien.

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Une histoire cocasse

[ Du rêve à la réalité ] Tous semblent m’avoir oublié. Je me sens étranger à toute cette agitation. Mon cauchemar s’insinue encore entre mes neurones engourdis. Mon mètre quarante ne me permet pas de suivre les conversations. Je ne perçois qu’un brouhaha qui me survole, entrecoupé de léchages de babines avides et d'évanescentes déglutitions de vin. Je m’ennuie et l’assemblée s’en moque.

Bastien nous rejoint brandissant son cadeau comme un trophée. Sa joie tranche avec la mélancolie qui m’étreint. Petit diable bondissant, il se faufile entre les jambes des convives et déverse son allégresse à grands renforts de cris stridents. Ma sœur l’accueille dans ses bras pour partager son bonheur de recevoir. Le cadeau déjà déballé s’étale sous ses yeux faussement éberlués. Quel emportement pour un vulgaire teddy-bear ! Cette mise en scène théâtrale m’interpelle. Elle en fait trop et ça se voit.

Quelques baisers parcimonieux plus tard, Bastien retombe des bras de ma sœur. Il déambule encore un instant agitant sa bête poilue à la taille des adultes hautains. Chacun lui décroche un sourire contraint. Ne semblant pas percevoir le simulacre, il finit par s’asseoir à mes côtés sur le grand canapé. La peluche ventrue – superbe offrande d’un mini-barbu invisible – est désormais pressée sur son petit corps.

Alangui sur la tête de l’ours, Bastien recherche la lueur de Noël dans mon regard éteint. Je le sens prés de moi, interrogatif sur cette apathie incongrue. Pour lui et seulement pour lui, je me redresse et remonte à l’étage pour découvrir dans le paquet jaune le cadeau du mini-barbu. Dans l’escalier, l’angoisse de mes chimères nocturnes me rattrape. Les questions qui me taraudent depuis la veille au soir repassent dans ma tête. Qui est cet homme, ce mini-être censé surgir du sol et qu’on ne voit jamais ? Pourquoi personne ne prête attention à ce personnage fantasmagorique ? Pourquoi ai-je la sensation d’être comme lui, un personnage invisible pris au piège d’une terre inconnue ?

Arrivé sur le palier, je suis à nouveau seul dans ce grand couloir jonché de noir et de blanc. Une crainte inexplicable s’empare de moi. Mes yeux se brouillent. Le sapin lumineux devient flou. Ma tête tourne. Des sueurs froides viennent cristalliser mes jambes tandis que mes tempes gorgées de sang tambourinent d’effroi. J’avance péniblement pour me saisir de mon cadeau emprisonné dans son papier enrubanné d’or. Le noir, le blanc, le noir. Plus rien. Plus aucun cadeau au pied de l’arbre.

Le nez au sol, je viens de m’écrouler. Mon visage sur les carreaux froids, mes yeux sur les rainures qui les séparent, un trou béant ouvre le passage du mini-barbu. Tout au fond, un petit être nu relié à un cordon de chair. Des yeux globuleux, une peau fine et translucide, son corps frêle baigne dans une solution aqueuse agitée. Il se débat, tourne et retourne sur lui-même comme pour s’extraire de sa bulle carcérale. Je n’entends aucun bruit mais sa bouche entrouverte semble crier le désespoir. C’est certain, ce sont bien des hurlements à la vie, sourds, inaudibles, vains.

Je me retourne brusquement. Allongé sur le dos, je respire profondément et m’extirpe de cette torpeur. Mon malaise n’aura duré que quelques secondes. En bas, dans le salon, les rires fusent. J’entends ma mère déclamer une histoire. Une anecdote pour elle. Un évènement pour moi. Ces mots résonnent en moi comme une explication à mes nébuleuses. Je n’étais pas encore là. J’étais en elle, prisonnier de sa terre nourricière et, lorsqu’elle montait sur la table de la cuisine, j’étais encore en paix dans son cocon protecteur comme un cadeau pas encore déballé. Ce n’est que lorsqu’elle sautait à pieds joints de la table pour choquer le sol que la tempête faisait rage. L’assemblée redouble d’hilarité. Maman voulait écourter une grossesse non-désirée. L'histoire est cocasse. Une gestation qui finit par me mettre au monde. J’aurais pu comme le mini-barbu ne jamais percer la terre, ne jamais voir le jour et rester ainsi un personnage invisible dont tout le monde parle sans jamais l’avoir vu. Un trou béant au pied d’un sapin.

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Du rêve à la réalité

image [ la veillée ] Mon rêve est étrange. Je me confonds avec le mini-barbu. Je suis chahuté et ballotté de toutes parts dans une curieuse cavité sombre. Je tente de percer. J’essaye de m’extraire, d’émerger de ce cauchemar. Comme l’histoire de Bastien, je suis tout petit. Liliputien. Comme dans son récit, je pousse avec vigueur une terre pourtant meuble. Mais en vain. Je m’époumone silencieux et manque cruellement d’air. Paradoxe, quand le roulis cesse de me donner des hauts le cœur, l’endroit est doux, chaud et accueillant. Il y règne une température idéale. Ce cocon, solution pourtant fangeuse, m’emplit de sérénité. Prisonnier mais à l’abri, je me complais à barboter. Pourtant, je le sais, il faut que je sorte. Sortir et grandir reste inéluctable.

La voix grave et forte de mon père me réveille en sursaut et m’extirpe avec douleur de ce songe troublant. Dans mes draps froissés, encore enveloppé dans ma nuit agitée, je suis en nage et ne distincte pas encore la réalité du rêve. La maison est désormais parée de tous ses invités. Les hautes paroles mêlées résonnent dans le salon comme un rappel à la vie. Aujourd’hui c’est Noël et tout ce beau monde se le souhaite bon et joyeux à grands renforts de phrases convenus. Je me lève péniblement encore sur l’emprise de cette captivité étouffante. Les yeux voilés et les cheveux ébouriffés, je sors de ma torpeur par le grand couloir.

Au bout, le sapin. A son pied, une myriade de cadeaux a été déposée. Par qui, comment ? Sur le carrelage, comme je m’y attendais, aucune trace de percée du mini-barbu. Le sol est propre. Les carreaux sont toujours alignés. Noir, blanc, Noir, blanc. Une parfaite symétrie. Le mystère demeure entier. Je soulève quelques paquets. Le grand rouge avec les étoiles d’or puis le petit bleu décoré d’une dizaine de mini-barbus stéréotypés. Sur le troisième, un jaune de taille moyenne avec un ruban argenté, mon prénom est inscrit au feutre bleu. Je souris et le repose soigneusement prés de l’arbre majestueux.

Je reste un instant immobile devant ce parterre de présents. Bastien déboule comme une furie et se glisse sous le sapin. Il fait sauter un à un tous les cadeaux à la recherche des étiquettes portant son prénom. Surexcité, il accompagne ses découvertes d’onomatopées trop bruyantes pour moi. Encore englué dans mes nuées matinales, je préfère descendre au salon rejoindre ma famille endimanchée pour l’occasion. Tous se tiennent autour de la grande table de fête où sont rassemblés tous les mets de circonstance. Le foie gras côtoie les huîtres fraîchement ouvertes tandis que le vin blanc et son homologue rouge passent de mains en mains pour faire descendre les bouchées gargantuesques de nos invités. L’assemblée m’accueille avec grand bruit. Mon oncle, ma tante, mon père, ma mère et ma sœur pris dans une allégresse convenue, m’interpellent tour à tour. « Et bien, il est midi ! Il était temps que tu lèves ! ». Et les rires éclatent, les minauderies stupides s’étalent.

Je m’assois sur le canapé. Le regard vacant, je reste circonspect devant ce spectacle déroutant. Les discussions d’adultes reprennent. Je n’y comprends rien. Autour de moi, Le ballet incessant des verres me donne le vertige. Les plateaux de toasts me survolent. L’odeur du saumon mêlée à celle aigre du vin qui se répand dans leurs gosiers me donne envie de vomir. Tous semblent déjà m’avoir oublié.

A suivre.

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Je suis un Hérault

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Mon « métier » me réserve parfois des moments de bonheurs infinis. Parmi ceux qui m’emplissent de joie, il y a la visite régulière à la préfecture. Plantée au centre de ma ville, trône une magnifique bâtisse à la façade ocre. Le drapeau bleu blanc rouge flottant, la grande porte cochère, ses deux vigiles et son serpentin de barrières pour y accéder, tout y est. Nulle doute, l’antre de la bureaucratie régionale est bien ici.

Passé les détecteurs de métaux et la fouille corporelle aléatoire, je me retrouve devant le distributeur de tickets. Trois boutons : le premier de couleur verte indique « cartes grises ». Le deuxième, rouge « cartes de séjour » et le troisième marron délavé affiche ostensiblement la mention « caisse ». Etant en situation régulière et n’ayant pas l’intention de décaisser un seul centime, je choisis naturellement le bouton 1.

Une fraction de seconde aura suffit pour que sorte, sur un papier thermique blanc, mon laisser-passer pour l’eldorado administratif. Paradis de la délivrance certifiée qui s’incarne dans les guichets G, H ou J. Trois portes d’accès pour que ma demande d’immatriculation soit prise en compte. Un coup d’œil sur le ticket, un autre sur l’afficheur digital d’un mètre carré trônant au centre de la salle d’attente. 653 sur l’un, 617 sur l’autre. 36 personnes attendent leur tour avant moi (cf. image).

Passablement agacé, je m’assois sur le banc le plus proche et tourne mon ticket nerveusement. C’est pratique, il est mentionné l’heure à laquelle je suis arrivé. 11h39. C’est prévenant comme annotation. Souvent, lorsque je sors d’un tel lieu, j’ai conscience de la longue durée passée mais je ne sais jamais avec précision combien de temps s’est écoulé. Cette fois, je vais savoir. Je pourrai définir cela à la minute prés. Non content de penser au temps volé à leurs usagers, l’administration est courtoise et dispose d’un accueil très chaleureux. Pour preuve, sous le logo de la préfecture, figure en toutes lettres « Bienvenue au service cartes grises ». Autant de bienveillance me tire presque une larme à l’œil.

A côté de moi, un homme d’une trentaine d’années trépigne. Son pied gauche fait des ronds. Ses mains se croisent puis se décroisent. Entre-temps, il les porte à sa bouche pour ronger un ongle ou deux. Percevant son angoisse, sensation qui nous réunit, j’engage la conversation. « Vous avez quel numéro ? ». J’ai conscience que ma question doit être celle qui résonne le plus dans cette salle froide et grise. « 652 ! » me répond-il crispé en recrachant un bout d’ongle qui rebondit sur le banc d’en face. « Ah ben ça alors, j’ai le 653 ! ». Il ne bouge pas d’un cil, n’esquive même pas un sourire. Je me tais et retourne à mon étude du ticket.

« Préparez votre dossier en attendant votre tour ». Un peu qu’il est prêt mon dossier ! Et s’il ne l’est pas encore tout à fait, il y a encore vingt personnes devant moi qui vont me laisser toute latitude pour le peaufiner, mon dossier ! Je vais pouvoir relire les formulaires, cocher les éventuelles cases manquantes et bien classer les pages dans le bon ordre. Très important le rangement des documents pour éviter de faire perdre son temps à l’agent qui va me recevoir, debout, devant une fenêtre en plexiglas.

648 ! La tension monte. Je crois que j’ai le trac. C’est con mais je ne le sens pas. 649 ! J’ai les mains moites. Et s’il manquait un document ? L’horreur ! 650 ! J’en peux plus. J’ai chaud. Quel va être MON guichet ? G, H ou J ? 651… 652 ! L’homme aux ongles décomposés se lève et empoigne le guichet H puis se ravise. Ce n’est pas le bon. Visiblement en panique, il glisse d’un pas chassé agile vers le guichet G. Ouf, j’ai eu peur pour lui.

Plus que quelques minutes et c’est à moi. Tu le tiens, ce guichet, arf, tu le tiens ! Vas-y ! N’aie pas peur ! Tu es grand ! Tu es fort ! Tu peux le faire.

653 ! Victoire ! J’y suis ! L’enregistrement prend deux minutes trente. Je regarde mon ticket puis ma montre. Deux heures et onze minutes se sont écoulées. Vive la république, vive la France !

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La veillée

image [ le mini-barbu ] Je suis le benjamin de la famille. Dix-sept ans me séparent de ma sœur aînée et quatorze de ma sœur cadette. Je suis donc le dernier de la fratrie à croire encore au père Noël. Charmant mensonge qui parcourt les siècles et que tout parent s’astreint à maintenir le plus tard possible, même pour les enfants comme moi survenus trop tard et par erreur.

Maman a rejoint papa dans le salon. Elle le réveille sans ménagement. Je l’entends grogner depuis l’embrasure de ma porte. Je me tiens accroupi, les mains au sol et les yeux emplis de sommeil. Malgré la fatigue qui m’étreint, je surveille. Par chance, ma chambre donne directement sur le grand couloir au fond duquel trône le sapin. C’est là que le mini-barbu va jaillir de la terre pour que la métamorphose magistrale s’opère.

La maison s’endort. Posté dans la chambre d’à côté et après m’avoir soutenu dans cette aventure par quelques chuchotements excités, Bastien semble s’être endormi derrière sa porte. Déjà deux heures que je fixe les guirlandes clignotantes, seules lumières persistantes dans le sombre couloir. Les petites lampes scintillent dans une cadence parfaite et éclairent les trois premières rangées de carreaux noirs et blancs. Je suis aux premières loges pour le spectacle. Maintenant allongé, ma tête repose sur le sol dur et les ronflements de papa à l’étage me bercent lentement. Les illuminations du beau sapin se brouillent, s’estompent et finissent par disparaître. Je m’endors.

Un grand fracas me fait sursauter. La lumière du couloir se répand sur le seuil de ma chambre dans une couleur blanchâtre aveuglante. Il fait déjà jour. J’ouvre péniblement les yeux tandis que ma mère pousse brutalement la porte de ma chambre qui vient heurter mes genoux repliés. Elle me découvre avec stupeur, me prend par le bras et me remet dans mon lit. Tout est allé très vite. Je n’ai pas eu le temps de jeter un œil vers le sapin. Les bruits continuent. Le ballet monotone et ordinaire du matin.

J’entends les pas lourds de papa dans l’escalier, la machine à café qui siffle puis le tintement des petites cuillères dans les tasses. Impossible de me rendormir sans savoir. Il faut que je voie si le pied du sapin s’est garni de cadeaux. Et surtout si le sol garde des stigmates de la percée du mini-barbu. Maman va et vient dans le couloir, s’affaire sûrement aux préparatifs du repas de midi. Je ne peux plus me glisser hors de mon lit pour lorgner à la porte. A coup sûr, elle m’entendrait et me flanquerait une correction.

Je ferme les yeux et j’imagine. Peut-être Papa va-t-il, après son petit-déjeuner, combler le trou béant laissé par le père Noël. Il sera alors trop tard pour vérifier les dires de Bastien. Je me trouverai une fois de plus sans explication plausible. J’aurais beau posé la question, je n’obtiendrai aucune réponse tangible, comme d’habitude. Je me ravise. Mon neveu m’a expliqué. Il est minuscule, c’est un lilliputien. La trouée doit être imperceptible à l’œil nu. Malgré mes cogitations, je finis par me rendormir et me mets à rêver.

Tout petit, microscopique. Une percée, une déchirure, un éclat qui surgit. Puis, je grandis. Trop vite. Personne ne me voit. Un accident, une perforation. Je suis tout petit et je perce. Est-ce que j’existe ?

A suivre.

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Le mini-barbu

image Il est vingt heures trente. Comme tous les soirs, maman s’active dans la cuisine. Papa somnole devant la télévision. Je suis entre les deux. C’est à dire dans le couloir en compagnie de mon neveu. Bastien est certes mon neveu mais je ne fais pas oncle du tout. Seulement trois petites années nous séparent si bien que beaucoup nous prennent pour des cousins. Maman a du croiser par hasard Papa dans ce même couloir huit ans auparavant et ainsi donner naissance à un beau bébé imprévu. J’apprendrai plus tard qu’on appelle cela un accident ou plus vulgairement une perforation de capote.

Bref, nous sommes le 24 décembre et nous voilà joyeux enfants à se réjouir de l’arrivée prochaine du papa Noël. Il fait froid dans ce grand couloir. Le sol carrelé de noir et de blanc est glacial. Déjà demi-heure que nous traînaillons à plat ventre sous le majestueux sapin vert. Avec comme seules protections nos pyjamas rayés, nous lézardons entre les carreaux de faïences à la recherche d’un indice. Il est convenu que la cheminée flamboyant de mille feux, le vieux à la barbe blanche ne peut passer par son conduit. Nous avons également écarté le grenier. L’accès est beaucoup trop étroit pour l’embonpoint du bonhomme. Les volets sont fermés, la porte d’entrée verrouillée. Mais par où va-t-il passer ?

Une seule possibilité : le sol. Bastien m’explique. Sa théorie est précise et étayée. Le père Noël n’est pas ce grand gaillard corpulent et solide comme la croyance nous l’impose. Au supermarché, c’est bien connu, ce sont tous des faux, des acteurs m’explique-t-il. J'accepte volontiers cette thèse car j’ai déjà repéré deux pères Noël dans la galerie marchande du « Mammouth ». En fait, il est tout petit, renchérit Bastien. C’est un lilliputien. Comme les nains de blanche-neige ? Encore plus petit ! Il est minuscule ! Mon neveu appuie ses doigts sur le sol, l’index et le pouce serrés mimant la petitesse du barbu. La démonstration de mon petit gars de cinq ans s’emballe. Les explications deviennent abracadabrantesques. Ainsi diminué, le père Noël surgirait de la terre et non du ciel. Point de rennes, ni de traîneau, pas plus que de clochettes. A minuit précise, tel une taupe, il pousserait la terre de ses deux petits poings, se glisserait entre les jointures du carrelage pour pointer son nez pile poil sous le sapin. Par la force de l’arbre solennel, une puissance fantastique le ferait grandir instantanément dévoilant dans le même temps sa hotte remplie de cadeau.

Maman sort de la cuisine. Toujours étendus sur le sol, les coudes plantés soutenant nos têtes pensives, nous scrutons les rainures entre les carreaux. Ce n’est pas possible. J’interpelle ma mère et lui déroule l’histoire de Bastien. La petitesse de ce personnage si fantasmé me remplit de désarroi. Je ne peux pas croire. Maman sourit puis ordonne de nous lever. Nous regagnons sagement nos chambres. Sans dire un mot et d’un clin d’œil complice, Bastien et moi décidons de veiller toute la nuit à l’affût de la transformation du père Noël. Nos portes respectives entrebaîllées, nous patientons.

A suivre.

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feedback

image Il m’est revenu, comme souvent ces derniers temps, le souvenir de l’enfant que j’ai été, que je suis encore parfois… C’est souvent dans les moments les plus inattendus que la force de ces retours en arrière se fait la plus vive.

Ce soir, je roule tranquillement vers la maison, un brin fatigué et les enfants avachis sur la banquette arrière végètent. Etonnamment calmes, ils rêvent les yeux ouverts. Je tourne le rétroviseur intérieur pour les observer. Je découvre le regard de Camille figé sur la route, pensive. Je m’étire pour apercevoir Clara. Les jambes repliées, elle se sert de son coude comme soutien à sa tête lourde. Je n’arrive pas à voir Arthur. Trop éloigné de mon champ de vision. Nous arrivons, descendons de voiture. Et je trouve mon garçon étrangement assis, les pieds sur l’appui tête, sa tignasse méchée frottant largement le tapis de sol.

Dans ces instants, après l’agitation de la journée, tout semble se confondre. A les voir tous les trois prés de moi, me revient subitement le souvenir de papa à bord de sa 404 Peugeot. Le rétro, le même presque. Son regard tendre dans le reflet, identique certainement. Ses yeux qui me cherchent furtivement, un semblable roulement de pupilles. Nous marchons vers la maison. Je suis maintenant à quelques mètres derrière eux. Je marche sur leurs traces ou bien est-ce l’inverse. Moi, leur papa. Et lui, le mien, me suit toujours.

Bruno Maman - dans tes yeux complément de Anna de Sandre


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Le challenge #jolimot de @17ruedesarts

Fin septembre, “17 rues des arts” lançait le challenge #jolimot sur twitter. Le but : tweeter son joli mot pour que artistes, auteurs, dessinateurs et photographes en herbes illustrent le joli mot de son choix afin d’établir un recueil, d’abord en livre numérique puis en édition papier.

Aujourd’hui est lancée la première épreuve de cet ouvrage collaboratif. Le challenge est toujours ouvert et je vous invite, vous aussi, à choisir votre #jolimot dans la liste que vous trouverez sur l’article ad hoc. Un nouvel appel à #jolimot sera lancé début janvier pour compléter et finaliser cette belle compilation.

Les quatre premiers #jolimot ci-dessous sont :

- “Turlupiner” proposé par llezo et fredonné par arf.
- “Souris” proposé par Binoome et pixé par Amit K Baboa.
- “Embarbotter” proposé par marie_bulle et emmailloté par  Mélie.
- “Maroufle” proposé par tmansuy et croqué dans les bulles de patchouli.


Source : le livre virtuel des #jolimot Twiter : @17ruedesarts

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Je ménage ma monture

image A l’alacrité de la vie se heurtent sournoisement les obligations diverses à remettre au lendemain, celui même qui deviendra le surlendemain d’avant hier. La vie d’un loup solitaire est ainsi faite, tout ce qui n’apporte aucun plaisir immédiat est remis aux calendes grecques, voire universelles si tant est qu’on se cale sur l’heure atomique.

Dans la catégorie des choses dont la procrastination m’étreint, subsiste une des plus ténues : le traitement par divers agents nettoyants et assouplissants des effets censés me donner une allure sociale bienséante. En d’autres termes plus laconiques : la lessive.

Cette nécessité de vie imposée pas les lois de notre nature moderne me force de temps aux autres à laisser tomber mes activités purement divertissantes. Le passage à l’acte se fait en plusieurs étapes.

La première consiste à y penser un peu. Tiens, il faudrait que je fasse ma lessive car je ne peux plus entrer dans ma salle de bains. Le panier à linges vomit entre autres mes caleçons usagés et barre ainsi ostensiblement ma route.

La seconde étape résout la première. Si je veux garder une hygiène acceptable ne serait-ce que pour mon chat, il faut dégager le passage. Le panier à linges atterrit donc dans le cellier, impasse inhabitée et poussiéreuse de ma demeure.

La troisième étape est celle de la culpabilité. Entre le moment où la solution temporaire est trouvée et le moment où mes effets sont de retour près de la baignoire jonchant le sol de façon anarchique, le calme « procrastinatoire » s’est installé. Alors survient l’instant où glisser sur une chaussette peut s’avérer dangereux. Hormis cet inconvénient de sécurité domestique, se déclenche également, dans mon encéphale de sauvage, la lueur prochaine de ma progéniture débarquant dans la maison. Pour eux, pour moi, il convient alors de passer à l’acte traumatisant tant repoussé.

C’est avec une force incommensurable donnée par les dieux de la paternité que je rassemble mes divers costumes sociaux ainsi que les habits de mes enfants. Alourdi par trois ou quatre sacs, je me dirige péniblement vers la laverie automatique. Les yeux révulsés par le supplice enduré, le corps endolori par la pénibilité de l’acte, j’enfonce et presse le tout dans le tambour. Je m’assois devant la machine à laver et sonné, je fixe longuement la circonvolution frénétique de mes secondes peaux. Après un retour tout aussi pénible (voire plus, le linge mouillé devient un véritable fardeau), j’étale l’ensemble de mes effets afin de les admirer sécher à la chaleur de mon antre.

Je m’assois, me déshydrate, me ré-alimente. Je peux désormais reprendre une activité normale.

Billet initialement publié chez Jeanne dans le cadre des vases communicants. Au passage, allez découvrir son projet fabuleux de librairie ambulante.

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