février 2010 | fut-il.net

Archive for février 2010

De rien, je fais des souvenirs

De rien, je fais des souvenirs. Me voilà face à un étrange tumulte cérébral qui ébranle, paraît-il, tout bon quadra qui se respecte. Voilà quelques mois, quelques années peut-être, que je fouille mon passé tel l’archéologue à la recherche des vestiges de ses souvenirs.

Et je me retrouve ici sur ma terre de fouille, les bras ballants, planté devant quelques chroniques imparfaites. Emiettées dans des bribes de mots tempérés et troublés par un présent inquisiteur, elles demeurent vagues et incomplètes comme si l’affection qui devait les unir n’existait pas. Finalement, je ne sais qu’en faire. Je tourne en rond, focalise sur des anecdotes trop ordinaires pour en développer le sens avec le secret espoir d’y trouver une substantifique moelle. Mais je ne fais que détourner la forme en me dupant sur la pertinence ou la corrélation psychique qu’elles devraient contenir.

Fut-il ? Certainement. De ce passé voilé, je ne peux me désunir du savoir comme du comprendre. Au travers du petit garçon puis du jeune freluquet jusqu’à l’adulte révélé, je tente une trame assemblée de liens vigoureux qui donnerait in fine une trace lisible au cheminement de ma vie. Puis, je m’arrête. Esthète en turpitudes, je m’encourage à cesser tergiversations et sollicitudes excessives sur un passé révolu, mort, vide, inextinguible.

Aujourd’hui c’est comme ça. Demain, de tout, je ferai des futurs.

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Un avilissement soudain

image Je l’ai encore perdue. Tous les soirs, à la même heure, c’est la même chose. Je ne sais pas pourquoi elle s’évertue à me fausser compagnie. Elle, ma camarade de somnolence, celle qui me donne la vision éclair du monde. Celle qui m’octroie le choix, la possibilité de jalonner comme bon me semble la journée évanouie ailleurs, chez les autres, dans le monde réel ou inventé. Car ma journée, je veux l’oublier. Elle n’a été que sinistrose, morosité et ineptie d’une vie consumériste.

Rude et harassant, mon labeur laisse d’accablantes traces, auréoles de sueurs ruisselantes sous les aisselles et huile invisible de coudes râpés sur le rebord d’un bureau. J’ai besoin de décompresser. Et elle, elle n’est pas là ! Pourquoi me joue-t-elle ce vilain tour de passe-passe ? J’imagine en mon absence la manigance de son escapade. Sournoise, je la vois ramper sous les draps, se faufiler sous le matelas ou, mieux, se dissimuler dans un endroit inimaginable afin d’échapper à ma vigilance. Une fois bien camouflée, elle doit patiemment guetter mon arrivée, et rire sous cape de l’énervement qu’elle va provoquer.

Chaque jour, son dessein est de me narguer, de m’excéder au moment choisi. Elle le sait, elle jubile. Elle est d’autant plus perverse qu’elle sait se faire oublier. La soirée se déroule sans que son absence ne pose problème. Sa nécessité, elle le sait, ne se fera sentir que plus tard, au moment où je voudrais jeter une dernière réflexion à la vie avant de m’endormir. Et ce n’est que lorsque l’instant arrive que je m’aperçois de sa duplicité. Je me couche, m’installe confortablement et tâte mon lit fébrilement. Moi qui la crois gentiment alanguie sur ma couche, il n’en est rien. Elle n’est pas là. Pourtant, je sais qu’elle n’est pas loin, que son importance ne peut la tenir trop distante de son fidèle complice. Elle n’est rien sans moi ! A cette heure, je ne suis plus rien sans elle. Mon lit, le bureau, sur le sol. Il est impossible que je l’aie posée ailleurs qu’autour de ce périmètre restreint. Et je rage, peste, débite les mots les plus insultants à son encontre en remuant mon plumard dans tous les sens. Je ne peux pas croire que, dans un moment d’égarement, j’ai pu la laisser libre de tout mouvement, à la dérive et donc à la merci de cet avilissement soudain.

Draps, couvertures, oreillers volent de toute part. Je crie, je hurle et finis par me lever. Une simple pression sur le bouton « ON » de mon téléviseur et la voilà qui réapparaît arrogante dans une rainure du sommier. Satanée télécommande.

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La botte secrète

Nous formions un trio à part dans la cour du lycée. Deux garçons et une fille. Deux XY et une XX. Une équation à trois variables qui rarement n’arrive à se résoudre.

Pierre était un beau garçon, très distingué. Grand et élancé, il portait toujours de beaux pantalons bien taillés assortis dans les mêmes tons de chemises au col soigné. Il était sûr de lui et dégageait un charisme indéniable. Intelligent et doté d’un grand sens de l’humour, sa bienveillance envers la belle lui valait son dévouement. Elle, d’une beauté rare, attirait le regard dés la première seconde. Pourvue d’un rire tonitruant et d’une gaieté jamais mise à défaut, elle irradiait la cour du lycée. Ses longs cheveux bruns entouraient un visage rond où naissait un large sourire qui faisait ressortir deux belles pommettes bombées. J’étais la troisième variable du trio. Plus discret que mon camarade, je refermais le triangle. Je me sentais bien avec mes deux camarades. J’avais trouvé en eux un équilibre et une amitié certaine. Bout en train et espiègle, j’amusais la belle. Je compensais mon sentiment d’infériorité par une accumulation de conneries débitées à vive allure. Le but du jeu inconscient qui se tramait entre Pierre et moi était pourtant clair. Nous jouions et rivalisions constamment. La faire rire le premier pour attirer ses faveurs était notre enjeu permanent même si aucun de nous deux ne voulait l’avouer. Elle, belle ingénue ou fausse naïve enjouée, s’amusait de cette situation ou bien simplement se jouait-elle de nous.

Nous étions devenus très proches et indissociables. L’enfièvrement de Pierre était palpable. Le mien même si je tentais de le dissimuler devait être tout aussi éloquent. C’est de lui qu’est venue la première invitation. Il nous proposa de se rencontrer hors du lycée. Pierre avait un ascendant majeur sur moi. Il disposait d’une voiture. Affranchi et libre, il pouvait à tout moment s’emparer de la belle et me laisser sur le carreau. J’en étais conscient. Je m’accrochais. Le jour fut fixé au samedi suivant dans une grande discothèque branchée. Pierre et moi savions que cette soirée était décisive pour l’un ou pour l’autre. Chacun avait mis tous les atouts en sa faveur. Je pénétrai dans l’auto. Le fort parfum musqué de mon camarade ainsi que sa tenue vestimentaire trahissait l’homme en chasse disposé à conclure. J’avais également mis le paquet sur ma présentation, quoi que moins endimanché que mon rival. Elle arriva quelques minutes plus tard. Starlette des années 90, avec toujours le même sourire accroché, elle sentait bien que les deux copains de classe s’étaient brusquement transformés en prétendants affables.

La soirée s’écoulait agréablement au son des rythmes techno qui ne semblaient guère plaire à Pierre. Il ne bougeait pas de son fauteuil et nous regardait, l’œil hagard, danser sur la piste enfiévrée. Collés, serrés, mains jointes ou caressantes, et clins d’œil complices. Je commençais à creuser l’écart avec mon alter-ego. Lui craintif et assourdi par les basses persistantes de la sono nous suivait du regard avec une méfiance croissante aux fils des heures. Elle, certainement gênée, par cette situation délicate décida en milieu de soirée de revenir vers lui s’asseoir à sa table. Je la suivis. Je ne comptais pas lâcher l’affaire.

Elle échangea quelques paroles avec lui, discussion houleuse que je n’entendis pas mais que je pouvais lire sur leurs lèvres. Après cet échange vif, l’ambiance se figea. Tous les trois, pourtant si unis, étions désormais plongés dans un silence embarrassant. Pierre regardait ses chaussures tandis que la belle papillonnait les yeux au ciel, visiblement agacée. Le triangle était entrain de se disloquer. Je sentais que c’était le moment propice pour l’estocade finale. Quelque chose venait de se passer entre la piste de danse et notre tablée d’un soir. Pierre était assis en face de moi sur un pouf et elle venait de se rapprocher de moi sur le large divan. Sur celui-ci, était disposé une dizaine de gros coussins noirs. Quelques instants de stupeur et soudain, pris dans un élan non-calculé, je me saisis de l’un d’entre eux. Je me penchai vers elle le coussin dans la main gauche masquant mon visage. J’empoignai sa tête de l’autre main et lui collai un baiser forcé. Un instant offusquée, elle tenta de se retirer puis prit un autre coussin qui rejoignit le mien pour définitivement calfeutrer notre accolade passionnée.

J’étais assez fier de ma botte secrète. Satisfaction que je n’eus pas l’occasion immédiatement de dévoiler. Le retour de soirée fut évidemment très tendu. Nous savions, Pierre et moi, qu’il en serait ainsi. Il fallait un gagnant et un perdant. Ce soir là, un couple était né et une amitié triangulaire s’était perdue entre deux coussins. C’était le 14 février 1990. Il y a vingt ans. La beauté évanescente, objet de notre convoitise, est devenue six ans plus tard ma femme.

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A noter, le début aujourd’hui du grand concours “billets d’amour” initié par See Mee de BlogExpérience. Pour une fois, je ne participe pas mais suis membre du jury.
Pour tout savoir et participer, c’est ici ! :)

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L’infini des mots

image Le rouage, le pliage ou l’effleurage. Alambiqués, nébuleux, ou déliés. Tourner, retourner. Les mots bifurquent, me lorgnent du haut de leurs ambages. Je me détourne. Surtout ne pas les prendre au pied de la lettre. Souffler. Arrêter. Déposséder. Me voilà en proie à l’insurrection des mots. Mes doigts déroulent sur le clavier la parole qui se voudrait d’autres. Un personnage, des personnages. Et pourtant, ils me spolient, ces mots polis. A l’intérieur, enchaînés à mes synapses, c’est bien une partie de moi qui se dévoile. Mon histoire, mon vécu piégé dans le prisme de l'imagination. Romancés, magnifiés, leurs détours et contours ne mentent pas. Je les vois s’agiter sur l’écran tels des révélateurs d’un inconscient à peine voilé.

Que faire ? Rien. Je laisse tourbillonner la danse des phalanges sur les périphériques de mon entrée en scène. Azerty bien averti. L’écran blanc nacré noircit et dessine ma feuille virtuelle. Les autres, elle, et moi. Leurs pages, mes pages. Tourner, retourner. Et laisser faire l’infini des mots.

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Les #VasesCommunicants de Février #lire

Tous les premiers vendredis du mois, c’est plaisant, c’est découvrant, c’est exaltant, c’est cultivant, c’est #VasesCommunicants.

TiersLivre et Scriptopolis sont à l'initiative de ce projet : chacun écrit sur le blog d'un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. Beau programme qui a démarré le 3 juillet 2009 entre les deux sites, ainsi qu'entre Liminaire et Fenêtres / open space.

Depuis, le groupe facebook dédié à ces échanges n’a cessé d’engranger les membres (503 à date). Des auteurs, des blogueurs et plus largement des écriveurs échangent tous les mois. J’ai participé à quatre reprises et j’ai éprouvé chaque fois beaucoup de plaisir à installer quelques mots dans les lieux d’un autre tout en recevant des univers d’écriture différents. Riche idée qui fait son chemin avec, à chaque édition, une quinzaine d’échanges que Brigitte Celerier s’attache à dénombrer avec patience et application.

Demain a lieu l’édition de Février. Vases-communiqueront les blogs suivants :

  1. Aedificavit http://yzabel2046.blogspot.com/
    avec tentatives http://tentatives.eklablog.fr/
  2. Futiles et graves http://futilesetgraves.blogspot.com/
    avec Juliette Mezenc http://juliette.mezenc.over-blog.com/
  3. A chat perché http://www.àchatperché.net
    avec rv.jeaney http://rvjeanney.wordpress.com/
  4. Lieux http://aout-en-attendant.blogspot.com/
    avec Arnaud Maïsetti http://arnaudmaisetti.net
  5. L'employée aux écritures http://www.martinesonnet.fr/blogwp
    avec les hublots http://hublots.over-blog.com/
  6. Le blog à Luc http://www.luclamy.net/blog
    avec enfantissages http://enfantissages.free.fr/
  7. Kouki http://koukistories.blogspot.com/
    avec biffures chroniques http://annadesandre.wordpress.com/
  8. Soubresauts http://soubresauts.net/drupal/
    avec kafka transports http://kafkatransports.net/
  9. Pendant le week-end http://www.pendantleweekend.net
    avec kill that marquise http://killthatmarquise.wordpress.com/
  10. Tiers livre http://www.tierslivre.net
    avec fragments chutes et conséquences http://www.joachimsene.fr
  11. Scriptopolis http://www.scriptopolis.fr
    avec CultEnews http://cultenews.wordpress.com
  12. Liminaire http://www.liminaire.fr
    avec litote en tête http://litoteentete.blogspot.com
  13. Les lignes du monde http://leslignesdumonde.wordpress.com
    avec abadôn http://abadon.fr
  14. Pantareï http://pantarei.hautetfort.com
    avecEric Dubois http://ericdubois.over-blog.fr
  15. Epamin' http://epaminondas-lesesperluettesdepamin.blogspot.com/
    avec le Gibi http://www.lignesdevie.com/


Et pour ma part, rendez-vous est pris avec
Aedificavit pour le mois de Mars. Bonne lecture !

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