juin 2010 | fut-il.net

Archive for juin 2010

La boussole

Nouveau jeu d’écriture proposé par Frédérique Martin sur son billet Dix petits négres. Il s’agit comme les quatre mots de Samir de placer des mots imposés dans un court texte. Mais ici, ce n’est pas n’importe quels mots puisque ce sont dix titres de nouvelles, textes finalistes du concours 2005 de la nouvelle francophone éditée. Les dix titres imposés sont donc :

  • Intérieur Nord
  • Trouvé dans une poche
  • L’entracte
  • L’écharde du silence
  • Un clown s’est échappé du cirque
  • Carbowaterstoemp et autres spécialités (coriace, celui là !)
  • Les citées perdues
  • Le bleu des voix
  • L’angoisse des premières phrases.
  • La neige gelée ne permettait que de tous petits pas

 

image Très étonné, je roulais dans mes doigts une boussole trouvée dans une poche. Sur sa tranche, était inscrit la mention « Carbowaterstoemp et autres spécialités », objet publicitaire d’un restaurant flamand, me disais-je. Je ne suis jamais allé dans un tel établissement, ce qui renforçait fortement mon effarement. Je continuais à la rouler dans ma paume cherchant dans ma mémoire une odeur de carbonates belges. Plus je vrillais plus son aiguille tournait, à une vitesse vertigineuse, ne se posant sur aucun des pôles. J’arrêtais, elle continuait. Déclinatoire de mon intérieur nord, sud, est ou ouest : elle aurait été placée là pour guider mes errements intimes. Géographie imprécise, s’il en est. J’en oubliais la recherche de sa provenance. Mes yeux, pupilles dilatés, suivaient ses mouvements frénétiques tandis que la rotation de l’aiguille provoquait un aliénant murmure strident. Plusieurs tours vers la droite puis vers la gauche, je tournais la tête comme un clown qui s’est échappé d’un cirque.
Elle s’arrêta brusquement entre deux marques, entre l’ouest et le sud. J’étais happé par son magnétisme et sous l’écharde du silence, je me frayai un chemin imaginaire à la faveur de l’entracte qu’elle voulut bien m’accorder. Comme pour l’angoisse des premières phrases ou celle des premières fois, j’étais pétrifié mais je sentais que de cette direction, allaient s’ouvrir pour moi le champ des possibles, une carte nouvelle me permettant une réorientation, hors de toutes les citées perdues que j’avais tant parcourues. L’aiguille m’indiquait simplement le sens de la vie, de ma vie hors de toute notation scientifique cartésienne. La neige gelée ne permettait que de tous petits pas, avec cette indication, elle réchauffait ma route et me permettait des enjambées de géant. J’étais excité par cette découverte et même si le bleu des voix qui enflait ma tête d’azur limpide n’était que pure folie, j’étais transporté de bonheur.

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Quatre mots dans le bois de Jade

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Invité par l’ami Samir dans son atelier d’écriture du bois de Jade, j’ai répondu à son jeu des quatre mots dont voici la règle :

Le 4 mots est simple, il suffit de commencer un texte court par le premier mot (un article à la limite devant) et de placer les 3 autres dans les phrases qui suivent. Pas forcément dans l'ordre.

Les groupes de mots sont les suivants :

  1. Abréger, célébrer, sidérer, lacérer (la serrer ?)
  2. Babyfoot, bypass, bluejean, week-end
  3. Osso bucco, niocmam, torero, nénuphar.

Ci-dessous ma participation que vous pouvez retrouver avec les autres (pour l’instant je suis le premier) sur le blog de l’atelier :

  1. « Abrégez ! » avait-il crié, vindicatif. Voilà qu’il fallait tout à coup que je me censure. Que je ne célèbre plus ma logorrhée, que je la circonscrive à son plus simple énoncé. « Brève, concise, laconique, éthérée, sans artifice ! » répétait-il. En somme, il me demandait de lacérer mon écriture, de l’écarteler du dedans, de l’amputer de l’adverbe, de la rogner du complément, de la désincarner de son objet. Tout ça, rien que ça, et pourquoi ? Pour qu’elle soit lue ! J’étais sidéré.

  2. Babyboot, c’est avec ce sobriquet ridicule que tout le monde appelait ce garçon attachant. Il jouait sans cesse, toute la journée, avec les petits bonhommes de plomb articulés. Au bout des barres qu’il tirait et repoussait avec véhémence, s’alignait l’équipe parfaite et babyfoot donnait à ces répliques rouges ou bleues l’adresse des Dieux, la magnificence des grands, des vrais, ceux dont il rêvait d’être. On apercevait son jeu, son adresse lorsque pris dans l’action, il frottait nerveusement les cuisses de son bluejean pour éponger la sueur maligne qui faisait glisser la poignée de ses mains. Ses mains si adroites alors qu’il aurait voulu jouer du pied, crocheter, dribler, jongler et marquer des buts, de véritables buts, pas des points marqués avec une balle en liège dans une cage de fer. Mais Babyfoot n’a jamais pu fouler les stades, handicapé depuis ce dramatique week-end de septembre où il perdit l’usage de sa jambe droite. Sanglant accident de la route où malgré l’intervention rapide des secours et la pause d’un by-pass pour irriguer son corps, son rêve d’enfant s’envola à jamais pour se réincarner en miniature.

  3. Osso-buco ou niocnam. Pedro hésitait devant la carte de ce restaurant particulier, si particulier qu’il avait comme spécialité de proposer justement TOUTES les spécialités de TOUS les pays du monde. Grill du torero ou paella Sévillane. Etonné par la formule – comment pouvait-on savoir cuisiner et proposer autant de plats différents - il avait invité Nina à découvrir l’établissement. Tous deux attablés dans une salle vide, l’épais menu sur les jambes, ils restaient absents et dubitatifs. Rouleaux de printemps dans son nénuphar ou bouillabaisse à la Provençale. Cuisses de grenouilles persillées ou encornets farcis à l’Armoricaine. Il était impossible de consulter tous les mets proposés, de se faire une idée, une envie, trop de recettes différentes, d’accompagnement divers, de plats inconnus pour décider d’une commande pertinente. Le couple ahuri se regardait bouches excitées entre deux choix impossibles, puis ils tournaient de nouveau les pages de ce qui ressemblait plus à un dictionnaire culinaire qu’à une carte de restaurant.
    Soudain, Pedro sentit une odeur de poisson frais lui parvenir dans les narines, une moiteur incommodante sur le cou, les joues puis sur tout le visage. Il ouvrit un œil, puis l’autre. Il était cinq heures de l’après midi, un samedi d’été sur son transat, Pedro, cent-dix kilos à la dernière pesée, s’était endormi. « Chéri, je sors ! Je vais acheter des yaourts allégés pour ton régime. » lui lança Nina depuis la cuisine.

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La fête des écoles

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Oh le doux mois de juin pour tous les écoliers qui partent à vau-l’eau dans les couloirs de l’école ! De la pièce de théâtre à la remise des prix d’excellence en passant par les jeux de société admis dans la classe d’ordinaire si studieuse, les langues se délient et les esprits vagabondent. Arrivés à la moitié de ce mois sacrifié, pointent les vacances bien méritées et le rythme ralentit. Chaleur aidant, les cours s’effilochent en fin de programme ou révisions légères. La fatigue étreint les petites têtes et les grosses qui enseignent, si elles ne sont pas engluées dans la correction des examens, soufflent sur ce beau monde clairsemé. Déliquescence programmée, les jours s’alanguissent jusqu’au cérémonial perpétuel de la fête des écoles.

Elle revient à mon esprit par l’odeur du barbecue installé près du portail de l’entrée de l’établissement. Le fin fumet parcourt la cour en alléchant les babines et s’enfuit en ronde sous le préau transformé en banquet éphémère. Une population hybride s’y retrouve autour de boissons fraîches, pâtisseries, tartes salées et oreillettes grassement sucrées. Nos parents se mêlent aux professeurs qui eux même se frottent aux endimanchés élus municipaux, venus rendre ici leur devoir politique. Des mondes si étrangers qui s’échangent politesses déférentes et fadaises habituelles sur nos réussites extraordinaires ou nos échecs cuisants. Et nous enfants, à la fois heureux et troublés qu’ils foulent ainsi notre territoire, crions à hauteur de leur taille notre joie d’être délivrés du joug de l’oppresseur au savoir infini. Débarrassés de la règle et de la réserve qu’impose l’école de la république, nous fêtons notre libération.

Dés le crépuscule, l’orchestre monté sur une estrade de fortune près du terrain de sport lance le bal populaire. La musique aux basses saturées se répand, fait frémir les anciens et les baies vitrées de nos salles de cours. Les projecteurs balayent l’assemblée qui s’agite dans des pas de danse approximatifs puis inondent les murs gris de l’école, les colorient de rouge, vert ou jaune stroboscopiques. Il est temps de cracher tout cela dans une joie singulière, les gens se coagulent et se noient dans une foule compacte et mouvante. La cravate côtoie le short, le petit, le grand, le jeune, le vieux. Aux sons entêtants de la chenille, ils se séparent et les mains sur les hanches serpentent longuement entre les allées. Puis, fourbus, s’agglutinent à nouveau autour de la buvette pour étancher leur soif avec des canettes en fer et se remettre du parcours en canard imposé par les rythmes de Bézu. Se succèdent alors le bal masqué de la compagnie créole avec autant de Colombine que d’Arlequin, les démons de minuit pour une nuit de folie, la cucaracha, la lambada, la socca, et autres danses en « a » qui transforment le bitume froid de la cour en discothèque endiablée.

Au fil de la soirée, la dispersion redonne son aspect ordinaire à l’école. Les lumières finissent par s’éteindre et les murs redeviennent gris, le fumet disparaît dans les braises à l’agonie et la buvette vide ses canettes dans des comportes en plastique. Les politiques sont partis depuis longtemps, restent quelques parents pour aider au rangement et nous qui errons dans les toilettes ou sous l’estrade de l’orchestre. La fête est finie mais peu importe : oubliés devoirs et contrôles, colles et bulletins trimestriels, professeurs et pions ! Nous sommes désormais en vacances.

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Les Platanettes

image Un creux au milieu de la rivière bordée de platanes, un gouffre, un dangereux gouffre: les Platanettes. Pourtant avec un tel nom amusant, cet endroit privilégié pour la baignade ne faisait pas peur, il n’impressionnait personne. Bien que lisse, avec peu de dévers et d’apparence inoffensive, le cours d’eau était pourtant bien dangereux. Les années de fortes pluies, les eaux dévalaient du Caroux à vive allure et choquaient les gros rochers pour plonger dans de profonds gouffres dans lesquels tournoyaient, en spirales aspirantes, de mortelles vis sans fin. Un piètre nageur, comme je l’étais, pouvait vite se faire happer vers le fonds et se noyer dans d’horribles souffrances, oublié à jamais dans la vase opaque. C’est pourquoi mes parents s’avisaient en premier lieu de la pluviométrie des six derniers mois et si celle-ci avait été abondante, il n’était pas question que j’aille me baigner. Dans le cas contraire, la rivière ne courant pas la vallée, il fallait s’enquérir de l’indice de pollution des eaux stagnantes afin que je n’attrape quelconque maladie cutanée.

Bref, aller aux Planettes pour simplement se baigner était toujours compliqué. Heureusement, cette vérification systématique n’avait lieu qu’au début de l’été et, une fois l’autorisation acquise, elle l’était pour le reste de la saison. Permission en poche, je pouvais revêtir mon short de bains flottant, prendre ma serviette éponge, parcourir quelques centaines de mètres sur les quais du Vernazobres et enfin rejoindre le gouffre. Mes camarades du village étaient soumis à la même règle, et c’est le même jour, celui qui marquait vraiment le début de l’été, que nous nous retrouvions sur les plus hauts rochers. Les plus téméraires sautaient les premiers, en bombes ou en plongeons d’esthètes ; les autres, plus timides, descendaient d’une marche pour rejoindre l’enclave rocailleuse plus basse. Il n’était pas question de rater son coup et de s’éclater durement dans l’eau sur le plat du ventre ou pis, jambes écartées sur les adducteurs ; les regards braqués et charmeurs des filles spectatrices en contrebas nous en alertaient.

Car c’est bien cela qui nous emportait : attirer le regard des filles. Il fallait être le plus beau aux Platanettes, en jeter plein la vue aux demoiselles tout juste formées. La rivalité des mâles pouvait éclater au soleil et reluire sur la rivière pour aveugler nos proies. Douces proies que ces filles aux frêles jambes couvertes de crèmes bronzantes. Elles étrennaient leurs bikinis et enlevaient même parfois le haut, laissant la chaleur piquer leurs jeunes et fermes citrons blancs. Nous salivions sur ces saillies naissantes et elles, rêvaient de se troubler sur nos torses encore imberbes. Malgré l’eau fraîche et vivifiante, il faisait chaud sur nos corps et dans nos têtes mais l’endroit se prêtait à merveille pour satisfaire nos velléités de séduction et nos lignes de désir. Les cachettes étaient nombreuses et propices à l’échappée romantique, dans les buissons en amont de la rivière ou plus bas dans le sous-bois où perçaient quelques clairières accueillantes. Après le spectacle des sauts de testostérones sur pattes, les plus chanceux main dans la main s’écartaient du banc de terre ocre qui nous servait de plage pour regagner ces alcôves naturelles. Et se jouaient les premiers sentiments exaltés, premiers frottements de corps à moitié nus aux effluves savoureux de la rivière, union d’algues vertes et de schistes rouges. Saison propice à l’amour, les gorges se voulaient friandes et de langoureuses pelles s’échangeaient à grands coups de langues dans des bouches trop petites. Mais dans le blanc des yeux des filles, aucune impureté, aucun danger, nos parents étaient rassurés, nous pouvions nous noyer paisiblement.

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Reflet

Tiens, me suis aperçu ce matin, barbe hirsute d’une semaine et yeux pantois de quatre décennies. C’est le miroir de la salle de bains qui m’a dit que j’étais là, avais oublié mon visage, il l’a découvert. Critique mes poils trop peu poivre et beaucoup trop sel, gratte ma peau d’hérisson et mes mains automatiques de masquer les plaques rouges qui pointent sur mon cou. Premières marques cutanées de la vieillesse, paraît-il. Flexion des cervicales, extension des orteils. Zoom sur le miroir, déniche une pelure morte glissée dans le coin d’un œil, l’ai vue, touchée, puis elle a disparu. Sourire crispé, dents tabagiques. Ouvre la bouche. Aaaaah ! Même les molaires ! Mastique dans le vide et clapote ma langue pâteuse dans mon cendrier. Expulse un grognement éraillé puis pense et oublie dans la seconde d’arrêter de fumer. Tête qui roule, balance que l’esprit. Vite un coup d’eau sur mon cliché trop matinal. Rasage ? Non, plus tard. Me douche sous eau tiède juste pour embuer le miroir. Plus de reflet, redeviens transparent comme le temps. Pas celui qui passe mais celui qu’il fait.

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Un bruit immuable

Jeux d'enfants - http://sportiello.artblog.fr/347559/Jeux-d-enfants/ C’est la récré et le bruit d’abord sourd comme un grondement de tonnerre explose rapidement, avant même que la sonnerie stridente ne cesse de retentir.

Matin, midi et soir toujours le même bruit.

Des cris acérés d’enfants comme autant d’exhortations à la liberté se mélangent à la cadence rapide des pas qui foulent l’escalier. Les cartables cognent les rampes en fer et se fripent sur les murs des coursives. Les disputes grondent à chaque étage emportant les faibles bousculés dans des colères éphémères tandis que les gouailleurs filent sans les regarder. Les plus intrépides sautent quatre marches d’une seule enjambée et les rebonds des baskets frappant le palier résonnent comme les percussions de la parade.

Toujours les mêmes sons des plus vifs ou plus doux, une gamme complète, identique, quelle que soit la cour d’école.

Et puis le désordre ronflant déborde en grande coulée. Il envahit le préau, se faufile entre les poteaux, se cogne aux voûtes, s’arrondit et lâche son écho qui remonte l’escalier titiller les oreilles des professeurs restés en classe. Il se propage et continue sa course dans la cour où il se divise dans chaque recoin en petits cercles malicieux.

Les aiguës filent prés des toilettes et les portes qui claquent, puis les chasses d’eau qui soufflent viennent couvrir pour un temps le piaffement pointu des filles. Les graves, qui n’en sont pas encore, muent vers le terrain de jeu et les coups de pieds dans les ballons oubliés rejoignent la chorale criarde des mauvais garçons. Dans l’éparpillement, une partition élastique s’échappe de l’enceinte et se verse en traînée gazouillante dans les rues adjacentes. Les oiseaux apeurés sont délogés du creux des platanes de la cour et rejoignent le cortège ajoutant leur pépiement à la gamme fuyante.

Et les passants, les voisins de profiter alors du meilleur du bruit ainsi élimé, passé au crible de l’espace et de la distance. Ils n’en recueillent que le nectar, un seul babillage enveloppé de la nostalgie de l’enfance, le même toujours le même, immuable mélopée du bruit exquis des enfants dans la vie.

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L’alliance

image Il m’a fallu plus d’un an après mon divorce pour que je m’en débarrasse, pour qu’elle ne me serre plus l’annulaire gauche, ne trompe plus l’œil, le mien, celui des autres et plus particulièrement celui de mes prétendantes qui me croyaient alors toujours marier. Mais cette alliance, un anneau fin et doré du plus bel effet, même si j’ai fini par ne plus l'afficher, je l’ai gardée près de moi sans vraiment savoir qu’en faire.

Depuis qu’à l’aide d’un demi-litre de savon noir elle a glissé de mon doigt, elle rode autour de moi comme un rappel sournois d’une époque fortunée. Un objet aussi lourd de sens, même si celui-ci a perdu de son poids sous la pression de la séparation, ne se jette pas d’un coup de tête. Hormis la valeur financière de l’objet, or pur poinçonné qui prouve son précieux, il faut bien considérer que ce symbole a scellé en son temps une union amoureuse devant l’éternel. Une éternité certes abrégée mais qui s’est prononcée sincèrement devant Dieu et incidemment devant un représentant local de l’Etat donc de la société, c’est à dire, vous !

Alors, lorsque de ma main encore baignée de savon, je l’ai vue s’échapper et se réfugier dans le lavabo, tout prés de la bonde, je l’ai trouvée stupide, perdue qu’elle était dans sa cuvette blanche, entre une trace de dentifrice et un poil de barbe. Mais touché par sa nouvelle condition, je ne l’ai pas laissée caboter autour du trou ne voulant pas courir le risque de la voir disparaître dans les canalisations et rejoindre les égouts puants. Je l’ai donc sauvée de cet abîme, en le pressant entre deux ongles pour éviter qu’elle ne m’échappe, puis l’ai rangée dans le premier tiroir du petit meuble blanc de la salle de bains, entre les cotons-tiges et une boîte de préservatifs.

Elle est restée longtemps planquée dans ce tiroir sans vraiment se faire oublier. Elle a même laissé sur mon doigt une trace blanche en forme de petite couronne clonée semblable à une ombre en négatif qui me rappelait sans cesse son existence cachée. Cette marque que j’ai crue longtemps indélébile s’est évanouie l’été suivant à la faveur d’un bronzage réussi sans toutefois faire disparaître de mon esprit l’anneau sauvé des eaux. Et à chaque ouverture de tiroir, pour un nettoyage en règle de mes oreilles ou pour me protéger de toute grossesse ou maladie inopinée, elle me faisait un clin d’œil, un scintillement doré qui perçait chaque fois l’opercule du souvenir. Il en est allé ainsi jusqu’au déménagement.

Changement de maison, meubles remisés, cartons scotchés et valises bouclées, la salle de bains est toujours la dernière pièce à être débarrassée. Ce n’est donc que le jour du départ après une dernière ablution que j’ai vidé le petit meuble blanc et naturellement, rangé l’alliance dans la trousse de toilettes, avec ses deux complices de tiroir. Dans le nouvel appartement, point de meuble ad hoc, pas plus que de casier intime et j’ai à nouveau été embarrassé par cet objet incongru, témoin d’un temps révolu mais résolu à ne pas disparaître de ma vie. J’ai cherché un autre emplacement, une nouvelle alvéole discrète où je pourrais conserver intacte l’histoire qu’elle remémore et m’adonner quand bon semble à une ouverture mélancolique sur le passé. C’est ainsi qu’elle a sauté sans transition dans la corbeille du vestibule, entre clés inutiles, cartes postales oubliées, tracts publicitaires et coques jaunes des kinder-surprises de mes enfants. Joyeux cocktail bigarré dans lequel elle a perdu peu à peu sa raison, se confondant avec les bagues fantaisies en plastiques et les anneaux en toc des porte-clefs. J’ai fini un jour par l’inclure dans cette armada anonyme, lui conférant une place modeste, l’oubliant dans la multitude des choses qui croupissent sans qu’on y prête attention. De temps à autre, grâce à un rayon de soleil fuyant de la porte d’entrée, elle perce encore ma rétine pour me rappeler que dans son creux, est gravée pour toujours, comme nous le faisions enfants sur les platanes centenaires, la mention d’un amour célébré : C.A. pour C.S. 01/06/96.

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Texte publié initialement sur le blog d’Anne Charlotte Chéron EN MARGE(S) dans le cadre des vases communicants du mois de juin.

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A la Bernina

 Colombine à la Bernina

A la Bernina, elle cousait du fil noir pour une histoire qui, elle, était cousue de fil blanc. Une fête était donnée le soir et une jupe écossaise elle promettait de confectionner dans l’après midi. Coudre elle maîtrisait, disait-elle, mais face à la machine revêche, elle savait aussi moudre de sa langue de vilains mots putassiers. Elle disposait, à ne pas en douter, des aptitudes nécessaires pour coudre et de quelques entrechats de phalanges, disposition à résoudre le problème complexe de l’entrée dans le chas, mais ne parvenait pas à dissoudre pour autant la poudre d’escampette que la sale bobine de fil s’évertuait à prendre. Tire sur la chevillette et la bobinette cherra ! Et pour tomber, elle tombait. Fil tendu de la piqueuse à la bobine, support branlant de la vieille machine, dés la mise en fonction, les premiers martèlements vrillaient la bobine qui chutait inexorablement. Et la jupe, encore vulgaire étole tartan, attendait patiemment les surpiqûres qui lui donneraient vie.

Et la machine de toussoter par moments puis de se taire, laissant la place à l’agacement verbal de la roturière couturière. Caler la bobine sur son support, fil supérieur à enfiler dans l'aiguille, fil inférieur à remettre dans sa canette et actionner à nouveau. La table vibre, la machine éructe quelques mouvements sporadiques, le temps de deux ou trois miraculeux points arrachés à ses velléités contrariantes. Et ainsi de suite, par salves désordonnées, les coutures se sont frayées un chemin entre les carreaux du tissu. Improbable mission qui, au fil de sa réalisation, a effacé les bougonnements de la couturière pour lui octroyer sourire conquérant et jupe écossaise parfaitement taillée pour aller danser.

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La belle aux citrons blancs

image Juillet. Le mois des vacances, du soleil, de la flânerie et surtout des estivantes qui débarquent au village. J’ai quinze ans, l’acné pubère bien installé et les hormones joyeuses qui titillent avec insistance mon corps d’adolescent. Premiers émois en vue, j’observe avec attention les jolies étrangères fraîchement arrivées et que le soleil du Sud a encore épargnées. Visages diaphanes et corps laiteux, elles se promènent dans le village en mission de reconnaissance. Nous, les villageois attablés à la terrasse du café tels des animaux en rut, les regardons passer et se pavaner en roucoulades estivales. Quelques-unes ont déjà rosi et petites écrevisses sous leurs lunettes noires nous dévisagent de leurs mirettes avides. C’est le signal du début de la saison. La pêche est ouverte et bien que celle de l’écrevisse soit interdite dans nos rivières, nous sommes bien décidés à « pêcho » notre première Parisienne, Marseillaise voire Nantaise. Aucun de nous n’est vraiment sectaire.

Elles logent pour la plupart sous des tentes, dans le camping perché sur la colline qui surplombe le petit bourg. La nuit venue, munis de nos lampes-torches, c’est une armée de mobylettes hurlantes qui monte épier les demoiselles. Nous arrêtons nos engins à quelques centaines de mètres pour ne pas éveiller l’attention et nous terminons notre approche en file indienne silencieuse. Planqués derrière un talus de terre aux abords du camping, nous éteignons nos lampes et scrutons les tentes éclairées à la recherche d’une ombre chinoise affriolante. Les chuchotements de l’un emportent la colère de l’autre et les voix qui se voulaient discrètes finissent inévitablement par attirer l’attention. Mais sommes-nous vraiment venus jusqu’ici pour ne pas se faire remarquer ? A l’évidence non et le réveil de la demoiselle va en ravir quelques-uns.

D’abord un cri dans l’obscurité nous interpelle. Une voix aiguë monte d’une des tentes cherchant la cause à ce dérangement soudain. Nous baissons tous nos têtes sous le talus et le silence dans nos rangs est total. Seuls quelques rires contenus se partagent dans nos regards gentiment apeurés. Mon pouls s’accélère et je sens près de moi que l’adrénaline de mes camarades est semblable à la mienne, en forte progression face à la transgression. Puis la tente s’ouvre et se referme aussitôt dans un double sifflement rapide du zip de sa fermeture. Des pas moelleux glissent sur la terre glaise et se rapprochent de nous avec de petits claquements caractéristiques de la paire de tongs brésiliens. Personne n’ose lever la tête puis les tongs se taisent et une tête ronde tout sourire passe au-dessus du talus et nous surprend accroupis, tenaillés par l'angoisse. Honteux, nous sortons de notre cachette, le rouge aux joues bien heureusement masqué par la pénombre. Devant nous, fière de sa découverte, une grande perche aux longs cheveux noirs, une fille, une vraie, d’au moins vingt ans, nous toise d’un regard malicieux.

Ne pouvant pas tenir devant le malaise, certains se carapatent et rejoignent leurs mobylettes qui très vite crachent leur pétarade dans la vallée. Nous restons seulement trois garnements dépités devant elle, beauté divine qui nous dévisage. Penauds, nous exprimons maladroitement nos excuses tandis que nos pieds se rejoignent à leurs extrémités nous conférant une posture idiote accentuée par nos mains qui batifolent sans savoir où se poser sur nos corps. Elle, superbe, sourit toujours de satisfaction et tarde à nous adresser la parole, comme si elle savourait sa prise et la gêne dans laquelle elle nous a installés. Mais bon dieu qu’elle est belle ! Nos lampes-torches l’éclairent maintenant parfaitement. Entre les tongs, sont calés deux magnifiques pieds grecs aux doigts peints de rouge foncé et si l’on remonte longuement ses fines jambes qui n’en finissent pas d’être des jambes, nous tombons sur un bassin (certainement parisien) dont la largeur parfaite laisse entrevoir, en son arrière, une paire de fesses bombées à damner tous les garçons du village. Plus haut, parce qu’inévitablement nos regards montent plus hauts, deux merveilleux petits seins ovales surplombent l’ensemble et le t-shirt blanc qui les plaquent a du mal à masquer les petits tétons excités par la douceur de la nuit ; à moins que cette érection ne soit provoquée par notre présence.

Nous restons encore quelques minutes plantés là devant elle, hagards, déconfits comme des puceaux peuvent l’être. Une douce éternité durant laquelle le sang et nos sens virevoltent dans nos corps, pressant nos bas ventres de libérer la bête qui sommeille en nous depuis toujours. Et soudain sans crier gare, sans dire un mot, la voilà qui lève son t-shirt et dévoile l’objet de notre commune attention. Ils sont devant nous, deux gros citrons blancs, fermes et dressés dans la nuit comme d’improbables friandises bénies des dieux. « Allez-y, touchez si vous voulez ! » nous invite-t-elle d’un air mutin. Nous regardons nos mains folles qui rejoignent dans un croisement de doigts l’arrière de nos têtes comme pour mieux appuyer notre surprise. Puis elle se rapproche lentement de nos visages et d’une ondulation gracieuse du torse, frotte lascivement sa poitrine sur nos visages confondus. Pétrifiés, nous fermons nos yeux pour apprécier l’offrande alors que l’entrecuisse de nos shorts se tend au passage doux des mamelles sur nos bouches. Ses yeux exorbités nous fixent pour mieux nous happer et tandis que sa langue glisse sur ses lèvres pulpeuses, elle jette un dernier regard sur nos parties intimes, baisse son t-shirt et s’enfuit en éclatant de rire nous laissant pauvres et jeunes cons dégoulinant d’excitation.

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Il marche

enmarcheIl marche dans la rue, foule la ville sinistre. Elle apparaît comme un immuable dédale. Un asphalte noir abîmé couvre de grandes allées bordées de platanes aux têtes maigres et dégarnis. Au bout de chaque artère grêle, dominent de longs et vieux immeubles cendrés au pied desquels, de leurs portes battantes rafistolées de ferrailles de quincaillerie, se dévoilent les accès violés par le temps. Aucune envie d’entrer, il marche, tourne raide sur les arêtes des carrefours. Linéaire, perpendiculaire, parallèle, autant de bifurcations, de ruptures vives qui contraignent la ville à la rigidité de l’ennui. Et le soleil pâle ne parvient pas à transpercer la brume opaque qui coiffe la cité.

Il marche, invariable flâneur à la recherche d’une lueur. A chaque angle, la même allée, les mêmes arbres, la même envie de tourner au prochain carrefour pour oublier le précédent virage. Et le gris permanent survole la ville. Le décor, l'atmosphère reste uniforme, tendue et froide. Alors il ferme les yeux, aveugle urbain, et le soleil grandissant sous ses paupières, il réinvente l’espace. L’immensité de la ville se réduit sous le vernis des portes des bâtiments qu’il repeint de couleurs rassurantes, de l’orange chaud protecteur au vert de la confiance. Les avenues se resserrent autour de bosquets généreux et d’une ellipse, il brosse les murs d’un apprêt bordeaux chaleureux puis en arrondit les angles pour adoucir la rue. Plus haut, il garnit les platanes de feuilles persistantes, têtes cheveux aux vents pour recouvrir son souffle. Il chemine et sous ses pas, couvre le bitume d’une terre ocre onctueuse. Cette terre sur laquelle désormais il peut enfin déposer des traces comme les preuves de son existence.

Sa vision de la ville ainsi redorée le conserve en vie, lui rend l’espérance. Maintenant, il marche les yeux fermés.

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Non, non et non, je ne veux pas y aller !

Je venais d’avoir vingt et un ans et je revenais de mon service militaire. Douze mois dans la Base Aéronavale de Rochefort-sur-mer. Errant et adolescent attardé, je peinais à prendre des initiatives pour m’insérer dans une vie professionnelle pour laquelle tout le monde autour de moi semblait s’intéresser au plus haut point. Pourtant, j’étais armé d’une place que beaucoup m’enviaient. Un poste à La Poste ! Avant d’aller servir ma patrie, j’avais réussi avec brio le concours de contrôleur d’exploitation. Je m’étais frappé l’ensemble des capitales et des villes de plus de vingt-mille habitants du monde entier. Je connaissais par cœur, préfectures, sous-préfectures, départements et communes les plus reculées du territoire et tous les codes postaux exotiques des villes importantes de la planète. Comment avais-je pu assimiler autant de choses insipides ? Bref, j’étais à cette époque promis à une grande carrière administrative et mes parents étaient fiers d’avoir casé leur fils dans une entreprise aussi pérenne.

Mais voilà, le rebelle passif que je suis ne voyait pas les choses du même œil. Rien que l’idée de me retrouver à Trifouillies-les-oies dans un bureau de Poste gris et miteux à calibrer la machine à affranchir me donnait la nausée. On m’expliqua à grands renforts de lourdes et longues litanies que le métier était stable, sans crainte de licenciement, que la poste représentait la tranquillisante sécurité de l’emploi, que je ne pouvais pas refuser un tel travail et qu’en cas de refus, j’allais dépérir dans un monde sauvagement capitaliste qui allait me broyer puis me mastiquer avant que ma retraite ne sonne, si un jour encore elle devait retentir. Je tenais bon devant mes contradicteurs et n’adhérais nullement à leur laïus, fuyant le conformisme et la monotonie rassurante qu’ils voulaient m’imposer. Non, la Poste n’était pas compatible avec les soirées acid-house et les whiskies coca. Non, la célèbre administration, aussi protectrice et stabilisante qu’elle soit, ne pouvait concurrencer la formidable chance et incroyable liberté que j’avais de me trouver à vingt minutes des paillotes de plage surchauffées le samedi soir. Non, la Poste, anciennement appelée P.T.T. brocardés en Petits Travaux Tranquilles, ne parviendrait jamais à me faire oublier que je ne voulais pas être petit et tranquille mais grand et emmerdé par une vie trépidante. « Ah la jeunesse ! » s’exclamaient de dépit mon entourage et j’entendais dans cette interjection la clameur induite de leur renoncement à me convaincre.

Je ne voulais pas être contrôleur d’exploitation à la Poste. D’ailleurs, l’intitulé du poste m’était totalement étranger armé de sa connotation de contrôle, de pointage, d’épiage et pis, de son esprit d’exploitation, de production à vérifier et d’asservissement des masses ouvrières. Et mes parents de voir que je ne me pressais pas pour obtenir des renseignements sur St Quentin en Yvelines, lieu de ma première affectation. Je lisais dans leurs regards comme une hébétude. Mon père ne me parlait plus de la capitale du Burkina fasso, de son nombre d’habitants ou de sa situation géographique. Ma mère ne me vantait plus les bienfaits formateurs de son stage de standardiste aux P.T.T. dans les années cinquante et désormais se cachait pour coller ses timbres de collection sur son grand cahier à spirales. Il fallait que je trouve LA vraie raison pour faire admettre mon refus « d’expatriation » vers le grand Nord. Les arguments avancés ne faisant pas mouche auprès de mes géniteurs, je décidai de les prendre par les sentiments.

« Maman, Papa, je ne peux pas quitter ma chérie que je viens de rencontrer, il y a à peine un an. Si je pars, je lui brise le cœur ! Vous comprenez, n’est ce pas ? » Vil garçon que je fus. Mon excuse romantique fit mouche et je restai dans mon Midi adoré entre montagne et mer, entre soleil et « fiesta caliente ».

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Verres #VasesCommunicants par Anne Charlotte Chéron


Verres #VasesCommunicants

Photographie : Olivier Juice Saccades Projet


Journée de mars. Temps maussade. Elle me tient par la main. Lunettes de soleil : il n’y a pas de deuil si ce n’est celui de son œil droit. Le coup part à la vitesse de l’éclair, les femmes sont toujours trop dressées alors elles l’acceptent honteusement. J’éponge patiemment son chagrin.
Dans la réalité, nous nous dirigions rapidement. Je ne sais plus où d’ailleurs. Cela n’a pas vraiment d’importance. Ici : elle me regarde au croisement. Nous ne parlons pas de la soirée dernière. Je trouve son allure extrêmement élégante. Des verres teintés par une journée de grisaille, c’est bien la preuve d’un incontestable glamour mais je crains que quelqu’un ne s’aventure à poser une question indiscrète.
Les choses sont comme cela : pâles et silencieuses. Moi je parlais trop, peut-être afin de compenser, sans toutefois étaler les tabous au grand jour.
Il y a un peu de vent, cela pique sur mes joues d’enfant. Les arbres pas encore feuillus. Tout est dépouillé. Mon école à gauche. Temps des petites culottes échangées dans la cabane au toit rouge avec mon amie et compère de coquineries. La route au tournant. Personne.
L’image crispée a chassé les détails et s’est fixée sur les lunettes. Un reflet perce le chagrin.

****

Il m’emmenait dans des restaurants trop huppés, luxueux et malsains pour une adolescente de 14 ans ; trop flamboyants pour un homme de son âge. Le faste pour recouvrir l’ennui et le silence.
Nous déjeunions, dînions paisiblement, trop paisiblement, avec ennui, comme toujours. J’avais emprunté l’alliance de ma mère. Elle n’avait pas objecté, ni même relevé l’absurdité et l’obscénité de ce don.
J’avais tout fait pour ne pas être sa fille jusqu’à feindre d’être sa femme. Je cultivais les détails scabreux, glissais une main sur son épaule, jouais à la jeune épouse slovaque trouvée dans un quelconque Balkan par le biais d’un site pour homme en mal d’amour.
Je posais et m’entraînais devant mon miroir - à 14 ans on répète toujours un peu, avant d’entrer en scène, ses numéros devant son miroir - j’imprégnais mon corps de ces gestes préalablement peints dans ma salle de bain et j’allais me vautrer dans des canapés imbibés de Champagne Moët et Chandon.
Je cherchais le regard des passants, clients, commerçants, vielles femmes snobes et jeunes coincées et/ ou de bonnes familles. J’essayais de provoquer la venue de remarques déplacés, d’échauffer les esprits et la morale.
Petite femme, petite putain, après tout, cela n’avait pas d’importance, il suffisait simplement qu’ils ne perçoivent pas la filiation, le lien sanguin qui nous unissait.
Certaines choses mentent pourtant comme un nez au milieu de la figure. En d’autres termes : le nez ainsi que les cheveux, le regard trop perçant plein de haine et d’inquiétude, la tenue et enfin l’attitude qui découlent d’une certaine éducation.
Ainsi allait alors la vie : nous prenions un verre ou deux dans des restaurants trop huppés.

Ce billet a été rédigé par Anne-Charlotte Chéron que je reçois aujourd’hui dans le cadre des vases communicants. Vous pouvez suivre ce chemin pour aller lire mon billet publié sur son blog. A noter et à ajouter dans vos favoris, son second blog 666hemingway : Une histoire, un roman, en 6 mots pas un de plus et une photo.

Voici la liste des autres participants à ces vases communicants de juin :

Christine Jeanney  et Jean-Yves Fick
Tiers livre  et Dominique Pifarely
Joachim Séné  et Urbain, trop urbain
Morgan Riet  et Murièle Laborde Modély
France Burghelle Rey  et Denis Heudré
Florence Noël  et Anthony Poiraudeau
Maryse Hache  et Pierre Ménard
Louis Imbert et Arnaud Maïsetti
Michel Brosseau et Brigitte Célérier
Jeanne et Jean Prod'hom

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Deux dernières semaines en glossolalie

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Jeudi 27 mai 2010
Je suis d’une humeur de chien aujourd’hui. J’ai envie de faire mes valises et partir très loin. Mais où ? Je m’interpelle, me questionne, me toise, me perds. Je n’ai plus de collier autour du cou qui pourrait m’identifier, plus de laisse qui m’obligerait à rester. Et pourtant, je me retourne, me sens le derrière : le chien reboit et la caravane lasse… Et frayer ce chemin qui me fait peur me paraît impossible. Alors j’écoute, encore, à quatre pattes, la cohorte des cerbères hurlants à la vie, à la mort. Puis me mets à l’arrêt, me cale sur ma couche, fœtus animal en chien de fusil. Ainsi rétréci, je m’imagine, libéré de mon mors aux dents, voyageur aux mille destinations, sourire aux passants du clair de lune.

Jeudi 3 juin 2010
Je virevolte entre les lettres, circonvolutions entre minuscules à petits jambages et majuscules de grands états. Au sein de la prose, des doigts - les miens peut-être - s’agitent pour exposer, ergoter, raconter et développer pensées, envies et turpitudes. J’écris, je cris, j’aigris ou bien est-ce un autre. Ailleurs, un autre que je ne connais pas, perdu dans un abrégé du monde. Lieu irréel où les lettrines des premiers mots perdent de leurs superbes sur le fil d’une phrase et retombent, bien avant le point, livides puis invisibles. Alors, j’ignore et décolle l’araignée du plafond, laisse choir le verbe et abats ma conscience sur cette condition qui s’évertue à ne pas tourner rond. Toujours cet indicible, des mots qui ne sortent pas, évanouis dans un vortex planqué entre clavier et écran, appendices moqueurs de l’incompréhension.

Voilà les deux derniers paragraphes publiés sur le blog collectif, le convoi des glossolales. Ma “mission” d’auteur contraint se termine après trois mois de participations hebdomadaires. Etre contraint d’écrire un paragraphe toutes les semaines à jour fixe a été pour moi une bonne expérience. Cela m’a permis d’écrire sur l’instant, sans vraiment savoir ce qu’il allait ressortir du texte et de me confronter aussi à la concision nécessaire pour ne pas déborder de la forme dictée du paragraphe unique. J’ai également, je l’avoue, les jours de manque d’inspiration repris d’anciens textes que j’ai remaniés et raccourcis. Je continuerai certainement à écrire sur ce blog de façon plus désordonnée en tant qu’auteur affranchi comme nous nomme le taulier, Anthony Poiraudeau.

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