juillet 2010 | fut-il.net

Archive for juillet 2010

Sur le zinc

image Le troquet du coin, le refuge du besogneux, est planqué dans un virage à l’entrée du bourg. Bourgeois, bourgeoises n’y sont pas légion. Ici, règne la ruralité, l’esprit communautaire des terriens, de ceux qui usent leurs godasses sur les hauts coteaux de schiste. C’est dans cet endroit qu’on trouve le repos du juste, qu’on racle la boue et dépose la poussière des vignes. Après avoir travaillé à la fraîche – matinée de cinq à sept – on étanche sa soif, imbibe son gosier séché par le souffre. La bière-pression jaillit sur le zinc. Sur les sous-bock, elle trace un rond parfait et perle le frais des galopins du matin. Trop tôt pour l’apéro, trop tard pour le café, l’envie de griserie est grande mais les contenants petits, comme pudiques. Il faudra les multiplier à l’abri des regards pour satisfaire son intempérance et délier sa langue. Perchés sur des tabourets et arc-boutés sur le bar, on se raconte qu’il fait chaud en exhibant son bronzage agricole et on se félicite de s’être levés avant le soleil pour aller désherber les vivaces.

Dans les mains, le bleu du roundup. Dans les narines, l’odeur des pesticides. Et dans les palais, trémousse l’amertume du houblon.

Les heures et les tournées défilent. A toi, à moi, personne ne partira sur une jambe ni sans celle du patron. Dehors, le gros jaune au plus haut envahit la terrasse, la bâche se baisse et les bocks disparaissent au profit du petit jaune. Caillou de glace dans la liqueur, quatre volumes d’eau et les cœurs se réjouissent de la sieste à venir. L’odeur de terre traitée s’évanouit dans l’anis mélangé à la transpiration des braves. Les habitués se collent au bouchon pour éviter de basculer du tabouret. Sous leur nez, défilent les verres, coupelles de cacahuètes et olives noires. La chaleur et les paroles montent d’un cran, les discussions fusent et les désinhibés deviennent les plus beaux orateurs. Quelques cols blancs rejoignent les prolétaires les moins imbibés et improvisent une partie de belote au comptoir. L’ivresse est sur le zinc et le labeur oublié.

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Route

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Départ, arête sensible d’un début sans cesse renouvelé. La porte tirée, verrouillée, mise en attente du retour, laisse là chat et meubles, une vie immobile, pas plus. Cent mètres, ma traction, qui me porte, invariable, toujours là sous le platane. Pression sur la télécommande, yeux qui clignotent. Ouverture, la clé, sésame de partance, contact, ceinture, je démarre. Les arbres qui s’éloignent en point de mire voilé, je les vois, ne les regarde plus. Marche arrière, zoom éclair, puis en avant défile l’asphalte. Le village qui se réveille, vieux sur la terrasse, café chaud et cendriers fumant. Je tourne et retournerai. La banque, le premier rond-point vert, toujours vert. Le tabac, ne m’arrête pas, pas le temps. Suis les trottoirs des maisons anonymes. Volets qui s’ouvrent, regards en dispersion, qui ne voient pas. Un feu, rouge, agitation de la sortie du village, lieu convergent, les vitres qui se baissent, les cigarettes qui craquent au bec. En face, ça roule et presse pour ne pas perdre le vert. Ronflement des moteurs, odeur de vidange, vies qui accélèrent encore, puis le vide au milieu, deux secondes. C’est à moi de passer, première, embraye, lâche tourne et court. Emprunte la voie la plus rapide : route de la petite Camargue. Seule dans le paysage clair, elle s’échappe de la ville. Talus humide du matin, chaussée déformée, toujours un camion à suivre, à ne pas pouvoir doubler. Ralentissement, agglutination, sur le cul du poids-lourds traînant. Lâche le lent sur les quatre voies qui surgissent, nouveau bitume, sec brillant entouré de garde-fous, rampes métalliques qui trouent quelques bosquets clairsemés. La vitesse augmente, me cale dans un couloir fermé, et pense que derrière, il y a la mer. Ne la vois pas mais la sens, embruns qui remontent dans les aérations, mouettes et flamands roses qui balayent les étangs. Mais toujours la vitesse, et entre déjà dans la ville, la route encore plus large, plus d’espace, plus de voitures, la cité ouvre ses bras. Les voies se démultiplient, quatre puis deux fois trois, grand boulevard qui draine l’afflux des autos comme une aorte se remplirait de sang. Tous dans la même direction, se croisent, s’entrecroisent, se klaxonnent, se doublent et s’ignorent. Toujours la vitesse et les premiers buildings apparaissent au loin. Entrée dans la ville. Nouveau ralentissement, pare-chocs contre pare-chocs, le paysage réapparaît, vitres qui glissent, bras qui sortent nus, qui flottent, qui fument. Avance au pas jusqu’à l’échangeur d’autoroute, un nœud puis l’éparpillement : une file va nourrir la ville, l’autre continue sur les grands axes des zones industrielles. Autos qui détalent, explosion de l’anneau concentrique et m’extirpe sur ma voie, chemin immuable jusqu’à destination. Bordée de bâtiments blancs, tous identiques, avec seul détachement les couleurs de leurs enseignes. Rouge, vert, bleu, balayent mon champ de vision. Dernier rond-point, nouvelle et dernière concentration de tôles, le parking où les chevaux vapeurs dorment. Manœuvre, stationnement, toujours la même place, la clé, pression sur la télécommande, yeux qui clignotent, fermeture. Arrivée, arête sensible d’une fin sans cesse renouvelée.

Texte inspiré par une proposition de l’atelier d’écriture de Pierre Ménard : Décrire un trajet que l’on fait tous les jours (en train par exemple) et noter sur le vif, sur le motif, ce que l’on voit et les réflexions que ce voyage immobile fait surgir en nous, au rythme de son avancée : « Variations de récit sur réel répété à l’identique, et pousser cela à bout, et rien d’autre même au récit que ces images pauvres, rue qui s’en va en tournant, encore ces maisons aux angles trop droits, encore un garage et des immeubles. » Paysage fer, François Bon, Verdier, 2000.

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Oh Papé !

Oh Papé ! Il est posé là, comme une évidence, à côté de la Normande vermoulue. Comme elle, il est un meuble, immeuble de sagesse, yeux bleus portés sur le vague, nous regarde comme si nous étions des étrangers. Assis sur une chaise en paille tressée, il dénoue péniblement ses mains sur la table, marmonne à ma grand-mère deux ou trois patoiseries acerbes. Je ne comprends pas mais elle, épouse servile, s’exécute. Maman est penchée sur ses épaules, lui verse la collation matinale : un bol grège rempli de vin rouge où flottent à la surface quelques quignons de pain sec. Mamé déplie une serviette à carreaux, la noue autour de son col, juste assez serrée pour qu’il puisse déglutir. Sa main tremblotante accroche la cuiller qui plonge dans le petit-déjeuner, ressort un morceau de pitance qu’il porte gauchement à la bouche. Quelques gouttes rouges coulent le long des moustaches et dévalent son cou barré par le bavoir à carreaux.

Je suis en face de lui, mon regard planté dans le sien. Je le vois mais lui, ne semble plus rien distinguer, l’esprit déjà fixé sur un ailleurs. Son teint est blafard, ses pommettes saillantes descendent sur des joues incurvées et translucides. une peau usée colle son visage carré, les os dessinent ses traits et la puissance passée de ses maxillaires. Il mastique le pain mouillé et anime ce faciès avec misère. Tout est livide chez Papé, je m’attends à voir couler le vin au travers de sa gorge. Seul ses yeux d’un bleu pénétrant détrompent ce visage cadavérique. C’est grâce à eux qu’il vit encore, qu’il communique avec moi. Les mots ont du mal à sortir, ils se brouillent en paroles décousues ou anachroniques tandis que les rivets de ses prunelles, malgré une beauté figée, me parlent constamment.

La cuiller racle le fond du bol, elle ramène quelques lies de vins mélangées à de la mie rouge. Papé a terminé le repas mais continue à nettoyer son obole comme si c’était la dernière : la peur de manquer comme pendant la guerre ou celle plus simple de mourir. Maman débarrasse la table, passe un coup d’éponge sur la toile cirée. Il repose ses mains tordues sur la place nette et bascule un regard ecchymose très loin par la fenêtre. Mamé s’affaire autour de lui, balaye les résidus de pain tombés sur le sol puis se penche sur l’évier pour récurer bol et cuiller. Maman s’installe dans un fauteuil prés de lui et tombe dans un magazine. Moi, je reste présent devant cette absence mais nos yeux ne se parlent plus.

Je l’interpelle d’une voix grave mais enjouée : « Oh Papé ! » D’un mécanisme lent, sa tête pivote, rotation raide pour découvrir l’auteur de cet appel. Il me voit, c’est sûr, mais ne me reconnaît pas. Un instant perdu et son visage soudain s’illumine, ses yeux causent et emportent ses lèvres dans un mouvement presque inaudible. Maman soubresaute, Mamé n’entend pas. Il humecte, bat des papilles puis baragouine dans sa langue colorée : « Marcel, prépare le cheval, l’ai vu dehors. Vais labourer la vigne du haut ! »

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Dans mon super hypermarché

image Petit portique aux ailettes battantes en acier chromé. Nul besoin de pousser, elles se déploient sur mon passage et je pénètre dans l’antre de la consommation. Vers la gauche, en arc sur le sol, des autocollants de pas verts m’indiquent le chemin (obligatoire) pour me rendre vers un stand qui fait la promotion d’une nouvelle bière ultra-rafraîchissante ; tandis qu’à droite, s’offrent à moi les délices du rayon photo, informatique, TV, Hi-fi. Il paraît que tout est calculé dans les super-hypermarchés, que rien n’est laissé au hasard, que tout y est conçu pour accaparer l’esprit du chaland et le guider au mieux dans l’épanchement de son porte-monnaie. Des études démontrent que, dés l’entrée, la majorité des gens se dirige vers la droite, d’où l’intérêt d’installer à cet endroit des articles à forte valeur ajoutée mais aussi des produits dits d’achat impulsif. Et impulsif, je suis et à droite, me dirige malgré les traces vertes houblonnières m’invitant à faire le contraire.

Evidemment, un tour dans le rayon informatique, un œil sur les derniers ordinateurs portables, l’autre sur les étiquettes qui m’indiquent des prix dissuasifs. Je passe et roule mon panier sur les carreaux blancs jusqu’au point librairie. Etrange rayon placé entre celui des CD/DVD et celui de la boulangerie. La nourriture de la tête appelle celle du ventre, sûrement. Deux Nothomb en poche plus tard, je me retrouve au rayon charcuterie et de façon incongrue, voilà qu’Amélie côtoie dans le fond du panier une barquette de jambon découenné. Vision insolite, stupeurs et tremblements. Heureusement, aussitôt recouverts d’un paquet de croque-monsieur, les livres se dissoudront très vite sous l’acide sulfurique des prochains articles.

Je file, évite les rayons moches : ménagers, jardinerie, visserie, automobiles etc. Je me presse, car déjà le souffle me manque, je cours presque et suis le débit fanatique et irritant des annonces promotionnelles claironnées dans les hauts-parleurs du magasin. Maintenant, je fuis, échappe aux rayons cités ; de toute façon les soles ou les perches en solde, c’est pas mon truc. Je m’arrête un instant devant l’étal des céréales, perplexe quant au choix proposé, une gondole de trois mètres sur trois me nargue. Des lions rugissants ou des sylphides au ventre plat s’intercalent sous mes yeux flottants. Je continue, pas de céréales, l’animateur au micro hurlant approche, il faut que je sorte.

J’ai chaud puis très froid dans le rayon des surgelés qui m’amène aux caisses. Tapis perpétuel, je dépose livres, bières ultra-rafraîchissantes, (car retourné sur mes pas et les pas verts du stand aguicheur) jambon, boîtes de conserve en tout genre. Quelques bips plus tard, le sourire inexistant de l’hôtesse, les sacs recyclables aussi chers que Nothomb, la carte bleue dans la fente, le parchemin automatique qui sort de la gueule de la machine, je sors, épuisé, bombardé à mon insu de milliers d’informations sonores et visuelles. Vite, retourner à la maison.

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La chienne – par Kwetchou

imageHabituellement, la chienne venait m'accueillir à la porte, frétillant avec une ferveur excessive comme seuls savent le faire nos amis de la race canine. Après l'école, je rentrais la première à la maison, et j'aimais que mon retour soit une fête pour elle, être attendue me rassurait.

Ce soir là, personne derrière la porte, la maison était silencieuse. Tous les volets étaient clos comme d’habitude, mais là je fus remplie par cette sensation, qu'évoquait parfois mon père en ouvrant les volets nerveusement, d'entrer dans un cercueil. Je restai dans la pénombre pour arpenter le couloir d'un pas alourdi par l'angoisse. Le premier fœtus était là, au milieu du couloir, dans cette gelée d'un rouge macabre, un deuxième puis un troisième... La chienne était blottie au fond du couloir, dans un débarras encombré, léchant l'issue ensanglantée de son antre maternel. Elle était vivante, j'étais soulagée.

La veille, mon père avait abusé du seul pansement qu'il avait trouvé pour soulager les souffrances incommensurables que lui avait infligé la vie. Ces souffrances qui, avec le temps, ne faisaient que distiller leur poison immonde de fantômes lancinants. La veille donc, mon père pris par ce grand délire que l'on nomme tremens, avait dérouillé cette chienne au ventre gonflé par le péché. La mort de ses petits me semblait secondaire. Ma priorité était de nettoyer pour protéger la chienne d'une autre colère de mon père. Il y avait un chiot en gelée sur le sol de ma chambre, sur mon lit, deux dans le salon... La bête avait arpenté la maison semant ses cailloux sur son chemin de croix. Sept en tout. Je me surpris même à une pensée d'humour macabre : « Sept d'un coup ! Comme les mouches... ». Prise par ce sentiment urgent de cacher les dégâts occasionnés par la bête, je me saisis d'un sac poubelle et à l'aide de chiffons, je ramassai chaque petit corps, changeai les draps de mon lit et nettoyai les traces de sang dans toute la maison, concentrée sur cette tâche urgente de faire disparaître toute trace de ce crime.

J'entendis la voiture de mon père et vins me poster près de la porte d'entrée de façon à bloquer l'accès au couloir. Mon père entra d'abord ravi de me voir l'accueillir puis inquiet par l'atmosphère ambiante. Et du haut de mes onze ans, de ces yeux noirs dont il m'avait fait héritage, je défiai mon père par ces mots : « La chienne a perdu ses bébés morts dans toute la maison mais j'ai tout nettoyé alors il faut la laisser tranquille maintenant ! ». Mon père devint livide torturé par la vision de sa petite fille ramassant ces petits cadavres, dégâts collatéraux d'une soirée trop imbibée de souffrance. Il me dit d'une voix faible : « Tu n'aurais pas dû, je l'aurais fait en rentrant » esquissant un geste d'approche paternel pour me rassurer. Je fis un pas en arrière et repartis vers la bête pour m'assurer de son état, puis je m'enfermai dans ma chambre. Allongée sur mon lit, les yeux écarquillés, pas une larme ni un cri ne vinrent, juste cette colère violente tétanisante, cette haine féroce pour cet homme que j'aimais plus que tout.

Ma mère rentra à son tour et je fis semblant de dormir. Ils chuchotèrent un peu, je les entendais se relayer auprès de la bête pour la soigner. L'oreille à l'affût du moindre faux pas, l'estomac noué par un mélange de colère, de peur et de tristesse, je restai aux aguets. La maison fut silencieuse ce soir là, pas de dispute, pas de cris... Je m'endormis.

On ne reparla jamais de cette histoire.

Quelques semaines plus tard, mon père partit dans son sommeil emporté par ses démons si cruels. Son cœur cessa de battre, comme le balancier de l'horloge du salon. Sa mort me plongea dans un chaos d'émotions douloureuses et contradictoires : le manque de cet être tant aimé, le refus de croire au côté définitif de son départ, la colère qu'il nous ait quitté, l'abattement. Et toute cette violence se retourna contre moi dans une étreinte de culpabilité aux griffes acérées. Seule, les volets clos, je passai des semaines dans ma chambre à pleurer et à hurler en silence, clouée par une douleur puissante.

Le temps passa, la vie reprit ses droits.

Aujourd'hui j'ai 28 ans, un mari que j'aime et j'ai déjà fait six fausse couches. Ce soir, c'est là, blottie derrière le lit de la chambre conjugale, au fond du couloir, recroquevillée sur mon ventre gonflé par cette présence si douce - enceinte de mon septième enfant - que je meurs, pétrifiée par une colère violente, sans cris, ni pleurs, sous les coups de pieds de mon mari aviné qui me traite de chienne.

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Texte envoyé et rédigé par Kwetchou, contact amie sur facebook.

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Me voir dans un abysse.

image M’est venue l’idée grotesque d’un œil, le mien, sorti de son orbite, toujours relié à de supposés longs nerfs optiques pantelants. Juste extrait de sa cavité à l’aide d’une petite cuillère. Le tiendrais pressé du bout de mes doigts - corps spongieux, ovoïde et sanglant - comme une petite caméra directement reliée à mon cerveau. Le manipulerais avec soin, le ferais tourner à 360*. Espion, il fourragerait partout, distinguerait des recoins inattendus, capable de voir l’infiniment petit grâce à un angle de vue jusqu’alors impossible. Zoom au possible, flou novateur. Hormis la vision atroce d’une telle mutilation, quelle image m’offrirait cet œil dégoupillé ? D’autant que son voisin toujours en activité dans son creux, bien en place sur ma face, conserverait son droit optique et me renverrait une image ordinaire, à peine serait-elle tronqué de moitié ; alors que l’autre proposerait mon portrait comme quelconque miroir le refléterait. Mise en abîme effroyable, verrais mes doigts tenir un œil sanglant tandis que, simultanéité de vue, se projetterait dans mes synapses remuées un faciès horrifié par un globule à la pupille dilatée. Miscellanées psychiques inimaginables pour une image gouffre. Et les canaux visuels de s’emmêler les veinettes, l’œil au bout de mes doigts, comme me voir dans un abysse.

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Sous cette après-midi d’été

image Soleil au zénith, chaleur harassante, sous ton léger chemisier blanc s’impose la moiteur persistante de ta peau violacée. Écume uniforme qui enveloppe ton corps et ton esprit au doux son des cigales. Trop chaud. Tu fermes les baies, abats les volets, ourles sans bruit la paresse des après-midi d’été. Même calfeutrée, l’astre inquisiteur perce les murs et leste de son plomb invisible ta tête fatiguée ; la léthargie t’étreint, tu la laisses entrer. Tes mouvements d’abord résistants sont maintenant saccadés et difficiles, l’inertie s’installe en volutes étouffées et toute action devient impossible. Seuls persistent quelques flottements de poitrine pour expulser la chaleur qui t’oppresse. Tu traînes ton squelette, paupières basses et sueur en corolle sur ton front, tu ne parles plus, tout juste détaches-tu quelques mots pour expliquer cette langueur soudaine. Fantôme ouaté, ton corps se découpe dans le chatoiement des persiennes. Ombre et lumière, tu deviens floue dans les vapeurs évanescentes du carrelage brûlant.

Lentement tu avances, tires sur tes jambes pour arriver à marcher. Lymphatique, tu caresses le sol de tes pieds nus puis t'alanguis sur un fauteuil trop moelleux. Tes cuisses collent au tissu, tu tires sur ton chemisier et recouvre tes genoux pour faire paroi étanche à la désagréable sudation puis remontes tes talons sur l’assise. Ainsi accroupie, un courant d’air léger circule sous ton corps, une douce fraîcheur éphémère, un répit qui apaise ta peau. Tu fermes les yeux, humecte tes lèvres séchées et lasse, tu laisses le sommeil te parcourir. Ta tête dandine, elle se désarticule mollement et tombe sur tes rotules. Tu t’endors. Je te regarde, tu es belle ainsi revenue dans une position fœtale. Tu ne me vois plus, tu dors profondément malgré la situation inconfortable. J’ai chaud. Aussi. Personne ne voudrait te déranger et pourtant j’ai envie de te réveiller.

Je me glisserais derrière toi, poserais mes mains sur ta nuque chaude et appliquerais mes pouces sur tes cervicales contractées. D’un trajet circulaire, je tracerais ton cou, tes épaules puis promènerais mes paumes vers le bas pour découvrir ton dos brillant. J’effleurerais puis remonterais de tes hanches à tes aisselles. Mes mains te sillonneraient, friseraient tes seins et renoueraient avec ton cou pour, de quelques doigtés, le délier. J’alternerais, échine, nuque, épaules, hanches, frôlement de poitrine puis clopinerais sur ta colonne vertébrale, dénombrerais de mon index tes petits os ronds, replierais légèrement ta peau dans leur cavité. Et je recommencerais. Tu serais réveillée mais ne le dirais pas. Juste quelques phonèmes de plaisir sortiraient de ta gorge, soupirs qui me diraient que tu sais, que tu sens, que tu as envie. Tu me laisserais encore un instant parcourir ton corps puis tu te lèverais, aérienne, tu te dirigerais vers la chambre. Un léger regard en arrière pour m’intimer de te suivre et je te suivrais, sous cette après midi d’été.

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Texte publié initialement sur le blog de Kathie DURAND, de minette à ferraille, dans le cadre des vases communicants du mois de juillet.

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La lumière brûle

La lumière brûle La lumière brûle et c’est mal. Entendez par-là qu’elle ne brûle pas l’épiderme, pas plus qu’elle ne provoque d’incendie. La lumière brûle, seule, sans danger puisque captive dans une ampoule à incandescence mais son filament se consume lentement, donc brûle. Et par cette expression, il me signifie la consommation électrique provoquée par ce foyer de lumière. Si elle brûle longtemps, la consommation est excessive. Et c’est en cela que c’est mal.

« Bon sang ! Tu laisses toujours brûler la lumière ! » Celle du couloir, en bas. Il s’énerve, toujours, tout le temps, les ampoules qui crépitent sont son obsession. Je ne suis pas encore dans le couloir, je descends et il faut bien que je voie où je mets les pieds dans cet escalier aux marches noires. J’arrive au rez-de-chaussée. L’interrupteur est au bout du couloir, mais le salon vers où je me dirige, lui, est au milieu. Je tourne et oublie d’éteindre. Un bouton prés de la porte du salon aurait été plus commode. Avec le temps, un automatisme se serait créé : avant d’entrer, une pression sur l’interrupteur, machinal, efficace et finie la lumière qui brûle. Au premier étage, il s’agace, crie, peste et jure : « Putain, la lumière brûle encore ! » Je ressors et lui réponds, crispé. Oui, j’ai oublié, pardon. Je presse le bouton, au bout du couloir, retourne au salon et dans mon fauteuil jure à mon tour, mais dans ma barbe. Je me calme, il se calme. La lumière ne brûle plus. Je suis en paix.

Aujourd’hui, chez moi, aucun éclairage ne reste allumé dans une pièce inoccupée. Toujours, tout le temps, j’éteins après mon passage. Et quand je prie instamment mes enfants d’éteindre la lumière, j’ai une pensée émue, comme une petite décharge électrique qui brûle pour lui.

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Attente en gare

Attente en gare Je me pointe comme chaque semaine à la gare de Béziers après demi-heure de voiture. C’est l’hiver, dix-huit heures et déjà la nuit imprègne les murs sourds du hall. Peu de monde, c’est un dimanche nu de janvier, des dimanches où on ne voyage pas. Au centre, suspendu au plafond, l’afficheur des départs et des arrivées diffuse une lumière rouge agressive. La nuque dressée et les yeux plissés, je parcours les lignes fluorescentes, cherche le 18h12, de voies A à D, du quai 1 à 7. Le corail n°4578, c’est celui-là, c’est le mien, celui qu’il ne faut pas que je rate ! Retard annoncé qui clignote comme un avertissement de danger, c’est la seule indication : pas de voie ni de quai, aucune correspondance. Pour l’instant, l’afficheur reste muet, mon train n’existe que par son retard.

J’avance. Aucun banc dans cette grande salle, je cherche un endroit pour poser mes guêtres. Des locataires habituels entourent un pilier. Assis, ils étirent leurs jambes sur le sol crasseux. Ils sont quatre, deux hommes, une femme et un chien. On dirait qu’il n’y a que le chien de libre, eux semblent prisonniers volontaires, attachés en corolle au pylône, greffés par le dos et anesthésiés par les cannettes de bières qui jonchent le sol. Je fais pareil, me trouve un pilier et me tire un coca au distributeur. Mon sac blanc de mataf comme moelleux coussin, je m’adosse au pilier voisin, juste en face des squatters avachis. J’en suis aussi, je suis des leurs, de ceux qui sont souvent dans des endroits de passage, à attendre. J’en suis, enfin presque, je les mime : eux n’attendent plus rien.

Et l’afficheur de bouger ses cristaux liquides, le retard n’est plus annoncé et une voix de crécelle percute les murs après trois notes de musiques monocordes : « le train corail N°4578 entre en gare quai n°1 voie 7, éloignez-vous de la bordure du quai, ce train dessert… ». Narbonne, Carcassonne, Toulouse Matabiau, Bordeaux-St-Jean… Litanie de villes qui m’éloignent déjà de mon pilier. Je ne bouge pas, pas envie. L’annonce est à nouveau diffusée, complétée et dans son impulsion double l’effet de langueur. Le billet, ne pas oublier le compostage obligatoire. Il faut partir seul, l’accès aux quais est réservé aux voyageurs. Une chance, on peut dormir, le train couchette est disponible voiture 6. En face, les squatters ne bronchent pas, ils dorment et le clebs me regarde. Soudain, la voix se tait mais le silence des murs est brisé. Le train se glisse dans la gare dans un grincement de métaux lourds et un ronflement d’air pulsé bat sous mes pieds. Il est 18h25. Je ne bouge toujours pas. Le chien vient vers moi, langue pendante, tourne autour du pilier et s’assoit sur mon sac. Il n’attend rien, moi non plus. Et si je ne partais pas ?

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Et si Rome m’était contée !

image « Et si Rome m’était contée ! » Je venais de lui lancer cette phrase goguenarde et l’avais fait suivre d’un sourire amusé pour détendre l’atmosphère. De toute évidence, j’avais fait un trou dans l’eau. Elle restait impassible, le nez sur son écran à chercher le bon intitulé pour trouver le bon code. Elle tapait sans cesse les même mots, dans un sens puis dans l’autre, avec accent, sans accent, alternant les propositions. Elle retenait les miennes dans un hochement de tête approbateur mais jamais elle ne les proposait à la machine. De temps en temps, elle jetait un coup d’œil sur la feuille A4 que je lui avais remise il y a déjà une demi-heure et sondait les lignes une à une, extirpait un nouveau mot-clé, l’essayait puis fulminait à la vue des non-réponses.

Il fallait se rendre à l’évidence, elle ne trouvait pas de code ROME correspondant à mon métier. Et même si elle avait flatté la rédaction du curriculum de ma vie, nous étions dans une impasse, je n’avais pas de métier. Pas de code, pas de dossier pôle emploi et si pas de dossier, pas d’accès aux annonces donc pas d’emploi. J’étais éberlué par son sens de la déduction. La recherche dura encore quelques minutes et à l’approche de l’heure du déjeuner, elle me proposa finalement un code métier voisin m’invitant à le valider pour qu’il n’y ait pas d'ambiguïté. Elle tapa le code en question, fit pivoter son écran vers moi et la description dudit métier s’afficha : responsable des systèmes d’information. A ma moue dubitative, elle comprit aisément qu’elle faisait une nouvelle fois fausse route. Certainement à cause de la faim qui devait la tirailler, je la vis pâlir puis reculer sur son siège tout en lâchant une expiration digne d’un brontosaure. Elle était irritée, je l’étais aussi. Nous n’allions pas passer deux heures sur ce foutu code métier. Sans dire un mot, elle se leva brusquement, sortit du bureau et du couloir me cria : « Je vais voir avec mon collègue ! ».

Dix minutes plus tard, ma conseillère revint tout sourire, certaine d’avoir trouvé le saint graal. Et pendant une fraction de seconde, je me suis égaré croyant voir revenir la sauvageonne de Fort Boyard qui aurait trouvé le code du trésor rempli de Boyard, code inespéré qui rapporterait beaucoup d’argent à l’association qui œuvre pour soigner les petits-enfants porteurs de cette horrible maladie orpheline. Je repris mes esprits et elle se jeta sur son fauteuil, agrippa le clavier et tapota la lettre suivie des six chiffres qui allaient nous délivrer de l’angoisse. Un grand coup d’index sur la touche « entrée » et elle flanqua une grosse baffe à l’écran pour me présenter le résultat de sa requête : Technicien / Technicienne administration des ventes code : I1103. « Voilà, là, on est bon, hein ? » me dit-elle sur un ton qui ne pouvait supporter la réprobation. Je lus brièvement l’énoncé de la fiche, la définition du métier, ses conditions d’exercice etc. « Là, je crois qu’on l’a trouvé ! » ajouta-t-elle pour ne laisser plus aucune place à l’hésitation. Pressé d’en finir, j’acquiesçai et elle valida ma fiche, sortit une multitude de papiers de son imprimante et me fit signer en marge des dix-huit exemplaires avant que je n’aie le temps de dire ouf.

Je rangeai le dossier dans mon classeur à rabats et la questionnai au sujet de la formation que je voulais faire et sur son éventuelle prise en charge par ses services. Elle se leva, fit un tour sur elle-même, prit son agenda sur une étagère voisine et me dit : « On verra ça au prochain rendez-vous. Le 4 août, ça vous va ? » - « Ah non, j’ai piscine ce jour là ! » lui répondis-je sans qu’elle ne sourcille. Et si pôle emploi m’était conté !

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Le lit-bateau

image Mon antre, ma vie dans une pièce de dix mètres carrés. Dans son ventre, un bouillon, des sempiternelles questions déclinées au pas des saisons, des âges, des joies et des infortunes : ma chambre. Une chambre banale d’adolescent à ceci près que tout était vieux dans cette pièce. De l’armoire au lit, de la tablette de nuit à la commode. Du vieux bois vermoulu, des meubles si vieux que personne ne pouvait les dater. Ils étaient là posés dans la maison, dans cette pièce depuis toujours.

Flanquée sur le mur de droite, trônait la grande Normande au miroir biseauté et travaillée de la moulure comme je l’étais parfois de la tête. Sur les flancs, le haut, le bas, le tiroir et les étagères, partout, des arabesques biscornues creusaient dans son lard. Ornement ésotérique qui m’agaçait quand je voulais m’examiner dans son miroir buriné. Nids à poussières que ces contorsions, j’y glissais parfois mes doigts rêveurs pour tenter de découvrir au toucher de ces courbes une quelconque beauté, un éclat que je n’ai jamais trouvé. Sur le mur opposé, le lit se réfléchissait, un meuble du même acabit, un vieux lit-bateau, deux longs pans de bois, à sa tête et à son pied : une sorte de conque rehaussée par un épais matelas posé sur un autre matelas encore plus épais qui servait de sommier. Et des ressorts, partout des ressorts dans ce pieu flottant, si bien que l’impression de naviguer en eaux troubles en était renforcée. Les rebondissements excessifs qu’il occasionnait me donnait la nausée, certainement le mal du lit-bateau. Très vite, il était devenu trop petit, mes pieds touchaient le bas de la conque empêchant les étirements matinaux et obligeant un repli sur moi-même. Recroquevillé en chien de fusil, je régressais et tapies entre mes jambes, mes mains moites peinaient à stabiliser les remous du matelas. Il était le théâtre branlant de mes naufrages, de la versatile crise d’adolescence aux prémices du mensonge puis de la raison, mais aussi de tous les abordages, succès d’estime, émois liminaires et premiers bonheurs initiatiques. C’est dans son creux instable que finalement, j’avais construit une partie de ma vie.

Alors quand est arrivé le moment de déménager la maison, les vieux meubles sont partis. Pour la première et dernière fois, ils ont changé de lieu. J’ai croisé la Normande et ses vilaines excroissances. En pièces détachées, elle a rejoint le camion du brocanteur. Mais le lit avec ses remous de l’enfance est resté, impossible de m’en séparer. J’ai démonté avec soin les pans coincés par des boulons rouillés puis j’ai dépoussiéré les matelas et enfin une fois contrôlé que les ressorts couinaient encore, je l’ai installé dans une jolie chambre de dix mètres carrés, plaqué contre le mur de gauche. Et pendant quelques années encore, mon fils a dormi dans mon vieux lit-bateau.

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Tous en colo

image L’heure des vacances vient juste de sonner et déjà, vient le temps du départ en colonie. Il est étrange ce terme impérialiste, une colonie : invasion invariable d’écoliers changés en colons à l’assaut d’une plage méditerranéenne ou d’un bout de montagne vosgienne ; ou encore colonne d’enfants fourmis affublés de sacs lourds avec, pour mission, d’atteindre la grande fourmilière, lieu particulier de villégiature où ils déposeront leur camp deux mois durant.

D’abord le bus qui ronronne sur la place du village. Il est tôt, trop tôt pour un premier jour de vacances. Le chauffeur est sur le marche-pied et balaye la fourmilière avec désinvolture. Les moniteurs sont grands, beaux et déjà bronzés, on les reconnaît facilement, ils dépassent de la foule, montrent souvent du doigt et poussent des cris de ralliement. Les parents sont là aussi. Agglutinés sur le trottoir d’en face, déjà un peu loin, ils sourient nerveusement. Puis, sautent de mains en mains les valises qui sont jetées dans les soutes comme autant de maisons sur roulettes lâchées dans un grand trou noir. A l’intérieur de chaque sac, nos mères ont rassemblé le nécessaire vital, tongs, baskets, sandalettes mais aussi tee-shirts, liquettes, marqués à l’encolure de nos noms et prénoms, et shorts, maillots de bain pourvus de la même étiquette qui gratte le bas du dos. Enveloppés avec soin dans du papier aluminium, on y trouvera dés notre arrivée de petites gâteries, confiseries ou gâteaux qu’il faudra vite manger tant soit peu que la collation ait survécu à la chaleur des soutes. Il ne sera pas rare de découvrir un Mars gluant ou des Treets à la cacahuète rabougrie incrustés sur la belle et neuve chemisette blanche précieusement pliée pour ne pas qu’elle se froisse.

La colonne se forme, en rang par deux, l’appel de nos noms peut commencer. L’invasion du bus est proche, nous attendons anxieux l’annonce de nos patronymes. A chaque notification, un petit cœur bat et fissa, il faut monter haut la jambe pour franchir le marche-pied, passer le regard impassible du chauffeur désormais installé à son volant puis foncer droit dans le couloir pour accéder à la place convoitée. Les premiers courent vers les places arrières, la large banquette accueille les gros durs qui chanteront en grand chahut durant tout le trajet, les suivants se contentent des places intermédiaires tandis que les plus timides sont bien heureux d’obtenir les sièges avant, prés des accompagnateurs et des sacs à vomis. Quelques disputes éclatent sur les placements, Manon veut être à côté de Christophe, alors que ce dernier préfère être assis prés de Lola. La température monte, les esprits s’échauffent et le moniteur en chef, maestro à la liste pré-établie dans les mains, tranche et calme la colère éphémère des récalcitrants.

Voilà, nous sommes tous entrés, installés et prêts pour le départ. La porte à crémaillères se referme, son soufflet expire tandis que la climatisation souffle son premier air frais. Le sourire forcé et le cœur contrarié, nos mains lèchent le plexiglas pour saluer nos parents et envoient au travers quelques baisers soufflés. Un ou deux sanglots s'étranglent dans le brouhaha des rires nerveux et des regards perdus scrutent l’extérieur déjà trouble. Les moniteurs parcourent une dernière fois le couloir pour recompter la fourmilière embarquée. Le bus démarre lentement, presque sans bruit. En route pour la colo !

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Écritures - #VasesCommunicants

Peut-être plus que les portraits, les lettres manuscrites me rapprochent du mystère des êtres. Et si je me sépare sans regret de certains objets, jamais je ne jette un courrier qui m'a été adressé, s'il a été écrit avec sincérité, s'il me donne oh même juste un peu une émotion réelle.

Lisant et relisant alors lentement ces paroles dessinées sur papier, soudain j'entends la voix qui pourtant ne me lira pas ces phrases.

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Écriture fine qui marche droite et claire avec ses boucles et ses courbes sur l'invisible ligne,
Écriture trop sage qui déchaîna l'orage,
Écriture vive et sensible ouverte sur l'infini, le a qui se balance donne un côté lunaire à l'arobase, ou bien glissant par jeu sur la hampe la plus proche voilà mon a qui se retrouve à terre,
Écriture désordre les lettres se cognent dans tous les sens.

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Elles me racontent, ces voix inimitables, les petits riens du quotidien, en fait extrêmement importants, ce qui occupe leur temps de vivre, un ballet de feuilles tourbillonnantes, les hirondelles, les lilas penchés au-dessus de la rivière, la machine à textes, les silences et les blancs sur l'espace clos d'une feuille. Secrètement déposées à la main, elles parfument bienveillantes mon propre temps de vie et pour certaines parfois au-delà même du leur.

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(…) et lorsque nous tracions des caractères sur le papier, ils semblaient prendre les mouvements de la main qui écrivait pour des signes de magie (…)
Voyage de La Pérouse, Tome troisième, page 70, 1797 (cité dans le Trésor de la Langue Française Informatisé, ECRIRE )

Ce billet a été rédigé par Kathie Durand que je reçois aujourd’hui dans le cadre des vases communicants. Vous pouvez suivre ce chemin pour aller lire mon billet publié sur son blog.

Voici la courte liste des autres participants à ces vases communicants de juillet :

Loran Bart  et Christine Jeanney
Anna de Sandre  et Jonavin
Pierre Ménard  et Arnaud Maïsetti
Landry Jutier  et Brigitte Célérier
France Burghelle-Rey  et Florence Noël

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