octobre 2010 | fut-il.net

Archive for octobre 2010

Le canapé vert

image J’ai somnolé quelques heures sur le canapé. Un canapé confortable en cuir vert à la large assise mordue et aux accoudoirs renfrognés. Juste quelques heures à attendre son retour et m’est revenu le jour où nous l’avions choisi avec ma future belle-mère, ce devait être notre cadeau de mariage. Un vaste hall chez le commerçant comme si tous les salons bourgeois s’étaient donnés rendez-vous au même endroit. Des univers figés dans un espace parodié, deux fauteuils, un sofa, une table basse et la promesse d’un bonheur infini dans un doux et tranquille foyer. Après avoir testé plusieurs cuirs, nous avions choisi la couleur de l’espoir et la peau retournée au toucher velours : le nubuck vert. Ce cuir déjà élimé au papier de verre allait être le symbole d’un couple et de sa lente érosion.

Allongé, la tête sur l'accotoir noirci, j’ai revu un instant nos deux corps enlacés en chien de fusil, un plaid sur nos jambes à regarder quelques inepties à la télévision. Ces même deux corps dans des prises de fièvre amoureuse pour une « petite vite » dans le salon quand les enfants enfin s’étaient endormis. Ce même canapé déménagé trois fois, raclant les murs du vieil appartement pour s’installer souverain dans la nouvelle maison ensoleillé. Les amis, les rires, les interminables discussions où l’on refait le monde autour d’un copieux apéritif et toujours le canapé pour accueillir les plus imbibés et leur nuit de sommeil éthylique.

Douze ans d’un canapé qui a partagé notre vie, qui a amorti plus d’une fois nos chutes jusqu’au jour où nos trois enfants, sagement assis sur le nubuck vert, nous ont écouté leur annoncer notre séparation. J’avais gardé de ce salon un fauteuil aujourd’hui mis au rebut. Le canapé, lui, est toujours là dans la maison de mes enfants. Il continue sa vie sans moi avec bien d’autres souvenirs enfouis sous les coussins.

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Des vies d’eau

image Et ce débit d’eau. Impressionnant déversement continuel, malingre filet au printemps ou en été, grosse effusion en automne et sous fine couche de glace l’hiver, son cours pourtant jamais ne s’arrête. Permanence de la nature, circuit immuable de l’eau qui s’évapore puis redescend, pleut puis ravine, sans aucune errance, l’eau trace sa route. Elle sait d’où partir, des cimes, elle creuse la haute montagne et par où passer, sinusoïde trouée entre les vallées, elle file sans retenue. Et enfin au bout du chemin, elle n’hésite plus, se jette à cours perdu dans la grande marre, qu’elle soit mer ou océan. Elle était fluide, vierge et pure, tout juste souillée par quelques limons inoffensifs, et la voilà, corrompue, attaquée par un sel rongeur, elle se dissout, perd de sa fluidité, s’oublie dans les profondeurs que d’autres eaux forment avec elle. Elle meurt.

Et si ce cycle de l’eau n’était qu’une piètre allégorie de nos vies, de nos chemins branlants, de nos routes empiriques tracées par nos aïeux ? On use des mêmes canaux, fleuves ou rivières. Le cours d’eau comme cours de l’existence. Certains coulent plus vites que d’autres. D’aucuns ont même leur propre fleuve, aux berges rectilignes en béton armé comme autant de garde-fou à tout débordement. Une eau limpide qui dévale avec un débit puissant que rien n’arrête. Ils sont forts, grands et beaux. Ils filent à grande vitesse avalant avec eux quelques affluents plus faibles, avortons qui n’ont alors d’autre solution que de se jeter dans leur lit. Mais chacun, maigre ruisselets ou grande destinée fluviale, finira par atteindre le grand estuaire et terminera le parcours dans la même mer âcre, anonymes parcours noyés dans un grand tout, noir et silencieux. On meurt.

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Autour du tracteur

image Se souvenir en un éclair de lui : un copain d’enfance, certainement le seul, le vrai dont je garde quelques bribes de mémoires du quotidien intactes et parsemées de refuges incongrus, d’occupations étranges mais aussi de bêtises et forfaits de notre âge.

Et de se rappeler de nos premiers interdits transgressés. Chez sa grand-mère, nous nous retrouvions dans le vaste garage où était entreposé tout un fatras de choses autour du tracteur Massey Ferguson : barriques de vin, comportes en bois pour les vendanges, charrue Brabant aux grandes lames métalliques, et au fond, suspendus sur des clous, bêches, faux, fossoirs, houes, serfouettes tapissaient le vieux mur de chaux. Avec ses multiples recoins, c’était un endroit idéal pour se cacher des adultes et perdus dans ce capharnaüm, nous pouvions jouer et imaginer. Rien n’était interdit.

Boire le vin rouge du papé et le recracher dans les comportes en jouant aux taste-vins.  Monter sur le tracteur, le démarrer, et tourner le volant avec force comme si nous parcourions des chemins tortueux pour atteindre les hauts coteaux. Jouer avec les outils tranchants à Fanfan la tulipe dans un film de capes et d’épée et croiser nos serpettes dans un combat épique. Se faufiler dans les travées en imaginant des parcours héroïques dans des cavernes dangereuses, sous la herse tranchante de la charrue. Imaginer une course poursuite à la Mannix entre les seaux et les comportes munis de nos pistolets à pétards qui claquaient dans le vide.

Le garage était notre plus grand terrain de jeu, mais aussi notre lieu de réflexion et de confession où nos petits secrets s’échangeaient dans le petit cellier au milieu des bouteilles à bouchons mécaniques. Nos amourettes, nos premières fois, nos peurs et nos écorchures d’enfants.

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La cachette à pain

image Nos repas sont toujours des moments très normés. Chacun sa place, papa patriarche en tête de table, maman à droite, et moi à gauche. Du tiroir de la table en formica rouge, je sors les trois serviettes à carreaux roulées dans des ronds de bois. Il y a la verte, la mauve et la bleue entourée d’un rond verni et peinturluré de fioritures réalisées de mes mains d’écolier. Je mets le couvert, le verre à vin pour papa, deux verres à eau, le couteau à pain à grosses dents. Maman sert les frites et la viande, papa tranche le pain pour la famille.

Maman achète toujours de grosses flûtes, long pain qui bien conservé nous fera plusieurs jours. Le pain est sacré à la maison. D’ailleurs, geste évocateur, papa fait toujours avec le grand couteau un signe de croix sur toute la longueur de l’auguste pitance avant de l’entamer. Il faut en manger et surtout ne pas le gâcher. Chaque tranche découpée doit être consommée pendant le repas sous peine d’être sévèrement réprimandé. Mange ! Ce pain sur la table, ce saint morceau qui m’est attribué est pour moi source d’angoisse, vais-je pouvoir le finir ? La rondelle tourne autour de l’assiette et je picore craintif mie et croûte avec parcimonie. Papa veille et me pousse à manger mon pain. D’un coup de couteau, il le rapproche de mon écuelle. Mange ! Lui en ingurgite plusieurs tranches par repas, sauce abondamment dans le jus de la viande, tartine à foison avec du fromage frais et s’il en reste, le termine seul avec les dernières gorgées de son vin. Plus la fin du repas approche, plus la réprobation de papa me panique. Mange ! Je ne peux pas bouffer tout ce pain, il faut que je m’en débarrasse. Je le découpe en petits morceaux et essaie de le faire disparaître sous mon assiette qui, bancale sur les boules de mie, ne dupe pas mon inspecteur de table.

Par chance, à ma place, il y a sous mes jambes le tiroir de la table. Je remonte mes genoux et en les ramenant vers moi lentement, je dégage le compartiment de sa glissière puis tout en provoquant une diversion - une parole haute, un geste soudain, une amorce de sujet charmant - je détourne l’attention et avec mon coude, fais glisser les restes de pain dans le tiroir. Tandis que mes genoux referme la cachette à pain, je peux aller chercher le sourire et la sollicitude de papa en lui annonçant fièrement que j’ai fini tout mon pain.

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Puisqu’il en est ainsi

image Puisqu’il en est ainsi, dit-elle sur l’écran.

Cachée derrière ses lunettes noires, elle se grime, ajuste son maquillage, remet un peu de rouge feu sur ses lèvres, des lèvres que j’ai tant embrassées. Puisqu’il en est ainsi, la laisser s’enfuir, repartir à zéro, retrouver son reflet dans le miroir, séduire pour vaincre les contradictions, contradictions que j’ai tant aimées.  Puisqu’il en est ainsi, se suffire du « en » qui englobe le tout, les années suspendues, ballottées par le souffle de la vie et balayées aujourd’hui par l’inertie, victimes de la nonchalance que je supposais assumée et partagée.

Puisqu’il en est ainsi, dit-elle sur l’écran.

Derrière le filtre, elle se rassure, tient la barre haut, refuse tous les dévers, pentes nécessaires qu’elle croyait piège. Puisqu’il en est ainsi, me protéger de l’image charme, retenir nos discours si précieux et dans d’autres eaux larguer les amarres, attaches qu’il serait vain de vouloir renouer. Puisqu’il en est ainsi, réapprendre à rêver, s’offrir au temps dans des parenthèses enjouées, lunaire comme j’aimais l’être avec elle. Puisqu’il en est ainsi, savoir que le sentiment était partagé, qu’il l’est toujours peut-être, ces peut-être que j’ai trop prolongés. Puisqu’il en est ainsi, respirer encore les fragrances de son absence, un instant, pour se dire que c’est arrivé, puis se résigner à continuer seul vers des états meilleurs, le meilleur de moi, d’un nous futur équilibré qu’un jour avec elle j’ai touché. Puisqu’il en est ainsi, l’envelopper déjà du souvenir, persistances à paraître dans le futile, fut-il, furent-ils.

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Vers le métro

image Débarqué à la gare de Lyon, le grand souffle de la ville m’a pris dans ses tentacules invisibles dès la descente du train. Quelques pas sur les quais et je suis déjà happé par un débordement grouillant, aspiré par la houle du grand hall où des centaines d’hommes fourmis forment des vagues autour des panneaux puis filent dans leur cavité respective. Incertitude des pas, hésitations timides, j’ai l’impression d’être le seul à ne pas savoir où je suis, où aller. Je monte, descends des escaliers mécaniques froids, garnis de spécimens bondissants qui veulent rouler plus vite que l’automatisme et franchissent les marches deux par deux. Ils se déplacent tels des robots. Ils pourraient avancer yeux fermés, eux connaissent leur chemin. Moi, je suis perdu et les regarde anxieux me dépasser, me bousculer au lieu de lever la tête. Car c’est dans les hauteurs que tout se passe, que tout s’éclaire. Perchés sur des poutrelles métalliques, mon chemin se trace, il suffit de me laisser guider par les indications, flèches et contours à emprunter. Je cherche et identifie les symboles. Il me faut trouver le M entouré d’un cercle et suivi d’un numéro, trouver la bonne voie pour m’engouffrer dans le métro.

Le cou en extension, je ne vois plus personne. Moi aussi désormais j’avance mécaniquement, guidé par les M successifs. Je suis excité à l’idée d’accéder à ces ramifications souterraines qui, pour un provincial, font partie du « Paris typique » au même titre que ses monuments historiques. On visite le métro comme on entre dans la tour Eiffel, les voies tortueuses plongées dans un creux obscur sont aussi longues et intrigantes que la hauteur et la majesté de la dame de fer. Finalement, je parviens à l’entrée avec plusieurs options qui s’offrent à moi pour autant de lignes différentes à choisir. J’en choisis une au hasard et m’enfonce pour la première fois dans les trous de la ville. En apnée, je fonds dans la foule qui s’agglutine dans le rétrécissement de l’espace. Un goulet d’étranglement puis les portiques d’entrée que certains sautent à pieds joints et je me retrouve sur un quai aux néons livides. Tout est allé très vite comme si j’avais un temps survolé le sol, porté par un appel d’air brutal. De part et d’autre, deux arches noires et un silence étrange monte de la voie. Sur le bord, les robots se sont arrêtés net et attendent la rame, le regard désert.

Un souffle arrive de la gauche, perce la voûte dans un coup de sirène bref et le métro apparaît, ouvre ses portes coulissantes et avale l’ensemble du quai. Je me retrouve comme les autres englouti dans son ventre, malaxé dans ses entrailles. Et la vitesse nous déplace comme une seule entité, convoi d’humanoïdes à éclater dans les quatre coins de la capitale. Dans les vitres, mon reflet, qui s’étale en transparence d’une station à l’autre, affiche une tête inadaptée aux vibrations, aux lumières blafardes, à l’heure de la cohue. Je reste debout ahuri comme transposé dans un autre univers, en décalage chronobiologique. Je ne serai jamais parisien.

Texte publié initialement sur le blog de Christophe Grossi dans le cadre des vases communicants du mois d’octobre.

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Je retourne là-bas

Saint Chinian Souvent, je retourne là-bas, dans le village où j’ai grandi. Généralement, je ne fais que passer, n’emprunte que la grand-rue qui me mène chez maman, puis ce jour là, j’ai eu envie de faire le tour des rues dans lesquelles je traînais enfant.

Plus de vingt ans et je retrouve la « promenade » comme je l’avais laissée, longue place au centre du bourg bordée de platanes plusieurs fois centenaires. Ce n’est rien vingt ans pour un arbre, même pas une ride d’écorce, rien de la vie d’un homme ne peut marquer un arbre. Ils se dressent encore, fière nature, pour abriter du soleil les joueurs de pétanque. Sur le terrain de poudre jaune, les règles et les coutumes ont échappé au temps et aux jeux électroniques : tu tires ou tu pointes - « fanny » paye à boire - allez, on fait la belle… Bien sûr, certains joueurs ont vieilli, des nouveaux inconnus se sont ajoutés, fondus dans les habitudes et les logorrhées méridionales : mesure ! Tu verras que j’ai le point, ça se voit comme un nez au milieu de la figure, con !

Rien n’a changé. Etonnante permanence alors que tant de choses se sont passées depuis mon départ, est-ce que mon village me reconnaît ?

Je passe entre les rangs, mon visage ne leur est pas inconnu, vaguement, mais aucun nom ne vient. Je les salue et un sourire les étreint quand ils reconnaissent le fils Sanchez, oui, le fils de Marcel. Quelques politesses et je continue mon chemin, allées Gaubert et ses marchands de matériaux, briques et grandes palettes de sacs de ciment, notre lieu de prédilection pour jouer à cache-cache. Je flâne, remonte l’avenue d’Assignan, tourne dans les rues des Rosiers, m’arrête un instant devant l’ancienne maison éternelle de mes parents où deux grands-mères sur le perron me regardent d’un œil étranger. Je lance un bonjour sans réponse. Je poursuis et quelques mètres plus tard je les entends dans un murmure se questionner sur mon identité.

Rien n’a changé mais je ne suis plus des leurs.

Rue du canal de l’Abbé, fin cours d’eau qui la longe, branchages et boules de platane qui flottent comme auparavant lorsque nous faisions des courses de bateaux, les playmobils à califourchon sur les morceaux de bois. Je redescends au cœur du village par les ruelles, rue Droite puis la place Barbacane et le banc du club où encore tous les soirs se retrouventpour refaire le monde les voisins gouailleurs. Je saute le pont du Vernazobres et remonte le quai de la Trivalle, premiers coups de pédales sur cette rive avec mon tricycle rouge, premier flirt assis sur le parapet main dans la main avec ma fiancée. Rue de l’Hospice, le numéro six, la maison où j’ai vécu, souvenirs qui abondent dans le désordre, brouillés par leur nombre et leur densité, ils se dessinent décrépis sur la façade, je ne vais pas les chercher, ceux-là m’accompagnent toujours.

Je repars vers la ville, route nationale qui file du village. J’ai fait le tour en quelques heures de mon passé, rien de précis, rien d’exceptionnel mais une impression de temps décalé dans ces rues, lieu et espace suspendu à des vies rangées qui défient le changement. Sans moi.

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Volutes naissantes

image Elle prend dés le matin, l’envie coincée dans le gosier, puis grimpe, s’insinue partout, le corps, la tête, se crispe dans les doigts, passe par le nez, détache ses ferveurs dans les muqueuses, repasse par l’air, tourne autour, lancinante, provocante, aliénante. Avant que le pied ne touche le sol, avant que la pensée n’ait perçu le matin, avant que je ne sache qui je suis, où, quelle heure, quel jour, elle rôde, s’échappe de ses sœurs défuntes de la veille, racle mes synapses, éponge mes souvenirs, tronque mes rêves en volutes naissantes. Le café coule, odeur de l’aube masquée par son arrogance olfactive, elle descend de la chambre, imprègne les murs encore un peu plus, encore une couche sur les tissus, encore du jaunâtre, saumâtre. Assortie d’un grondement que l’organisme rejette, elle sort d’un réflexe programmé, d’une proximité toujours égale, elle est là, permanence de la vie mais ne promet que trépas par lentes combustions . Diablesse qui prend le corps, s’empare du fluide qui coule dans les veines, de l’air pur elle désagrège particules et oxygène, pourrit l’atmosphère, décrépît la peau, obstrue les pores, altère le souffle, tue.

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En blanc

En blanc La robe est prête depuis des mois, rangée dans l’armoire de la chambre d’en haut. Recouverte d’une housse transparente, elle attend le grand jour, le plus beau jour d’une vie, le jour blanc où ma sœur Julie va la revêtir. Maman s’occupe des derniers préparatifs, cérémonie, traiteur, faire-part puis, avec un soin particulier, choisit et accompagne ma sœur chez un grand coiffeur, qui lui monte une choucroute sur la tête en ramenant tous ses longs cheveux bruns au sommet pour dévoiler son visage immaculé de jeune fiancée.

Et très vite, elles se retrouvent toutes les deux, pour les derniers instants, devant ce placard ouvert sur la robe blanche, symbole de l’union à venir mais aussi du départ de la maison, d’une histoire qui finit, d’une autre qui commence. Alors, maman est émue, ma sœur aussi. Dans l’embrasure de la porte, je les épie, petit louveteau endimanché d’un pantalon de flanelle gris et d’une chemise blanche à jabot d’un autre siècle. Maman décroche la robe de son cintre, la roule précieusement entre ses doigts et la passe dans la tête de Julie en prenant soin de ne pas la décoiffer. Elle fait descendre quelques mèches sur son visage, pique deux petites roses rouges sur le côté, puis parcourt son corps pour lisser les faux plis.

Elle finit cet apprêt maternel à s’attardant d’une caresse sur son ventre. Julie pose ses mains sur les siennes et elles restent un instant figées sur son abdomen jusqu’à ce que des larmes coulent sur le visage de la jeune mariée. Elles se chuchotent quelques mots, maman la prend dans ses bras, la réconforte, lui dit que ça ira, que ce n’est pas grave, qu’à part elle, personne ne le sait et, encore, que c’est courant aujourd’hui, plus personne n’est vierge avant le mariage alors un accident peut arriver. Puis franchement, qui va décompter les mois exacts avant l’arrivée du bébé ?

Au beffroi de l’église, les cloches sonnent l’éminence de la cérémonie. Je rejoins papa au rez-de-chaussée et nous attendons la descente de la mariée. Personne ne l’a vue encore, à part maman et moi. Je suis très excité par cette journée, la couronne sur la porte, mon père en costume, le monde qui se rassemble devant la maison, les cloches et mon jabot qui me gratte le torse. Elles arrivent, d’abord ma mère puis, Julie, belle et majestueuse qui descend les marches avec prudence pour ne pas se prendre les pieds dans la robe. Elle se tient encore le ventre, elle a mal peut être. Elle hésite, sourit nerveusement, croise le regard de papa qui se tourne brusquement vers maman, puis, devenu blême comme la robe, pointe à nouveau les yeux de Julie et lui décoche devant l’assemblée médusée : « Et tu n’as pas honte de te marier en blanc ?! »

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Pattemouille

image Je m’assois à la table rouge de la cuisine, il est dix-sept heures trente et comme tous les jours après le goûter, les devoirs m’attendent. Je racle avec mon crayon les interstices du damier en formica, rêveur sur mon cahier de brouillon et résistant à commencer.

Elle, elle s’installe tout en marmonnant quelques mots pour que je me mette au travail et que j’arrête de sortir les miettes de pain piégées dans les rainures. Elle traîne sur le sol sa table à elle, rien qu’à elle : la table à repasser encore pliée dans sa housse en plastique. Devant moi, afin de bien me surveiller, elle prépare sa séance, fer à vapeur, corbeille à linge, dépliage, rangement par type et couleur puis s’affaire à créer sa pattemouille.

Faussement studieux, je me penche sur mon cahier et observe du coin de l’œil le savoir-faire maternel. Elle découpe dans un vieux drap - à moins que ce soit une taie d’oreiller - un morceau de tissu d’environ quarante centimètres. Les ciseaux en action, elle lève la tête et s’aperçoit de mon intérêt. Prise par un excès de pédagogie, elle se met à m’expliquer la confection de la pattemouille.

Vois-tu, dit-elle, il faut toujours un morceau de tissu mouillé pour bien repasser. On le place entre la pièce à repasser et le fer, continue-t-elle joignant le geste à l’explication. La pattemouille permet de repasser à la vapeur les tissus fragiles, comme tes sous-pulls en matière synthétique ou les tricots de corps de ton père par exemple, sans risquer de les brûler ni de faire des marques.

J’ai pris un drap mais j’aurai très bien pu prendre un torchon, c’aurait fait l’affaire. L’essentiel est que ce soit du coton lisse sans nid d’abeille sinon ça accroche, comprends-tu ? Sans attendre ma réponse, elle trempe la pattemouille dans l’eau de l’évier, l’essore puis se retourne vers moi et en levant l’index : attention, elle doit être mouillée mais ne pas dégouliner ! Bien sûr.

J’ai rangé mon cahier dans mon cartable et l’écoute désormais dévotement les coudes sur la table et les mains sur les joues. Je règle ensuite le fer sur la température correspondant à la pièce à repasser. Tu vois ici avec ce petit curseur : soie, laine, etc. Ensuite, je place la pattemouille sur la pièce à repasser et passe le fer dessus, sans l’immobiliser : la vapeur se dégage. Voilà et maintenant je peux enlever la pattemouille. C’est simple non ?

Je la regarde éberlué par sa démonstration : c’est très bien mais, maman, je suis un garçon, je ne repasse pas, moi ! Et avec ses yeux bleus froncés, elle me réplique : tu sais, il vaut mieux que tu saches tout faire dans une maison. Tu sais, avec les femmes d’aujourd’hui…

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Une saloperie déterminée

C’est ma sœur qui m’appelle, la voix anxieuse. Le médecin de famille veut nous voir, le plus vite possible. Je ne pose pas de questions et la retrouve quelques heures plus tard. Nos yeux se croisent, savent déjà je crois. Nous entrons dans le cabinet, la salle d’attente, et seuls, sans plus de conversation que la pluie et le beau temps, nous patientons la tête basse sur les plinthes grises des murs.

Docteur B. entre, sacoche en cuir élimé, la tête ébouriffée, il revient de sa tournée matinale. Il nous salue le regard fuyant. Ses pas qui claquent sur le carrelage noir moucheté de blanc - le même qu’à la maison - et il entre dans son bureau, referme la porte pour quelques minutes. Ce n’est pas l’attente qui nous gêne, si nous pouvions repartir et oublier. C’est la confirmation de nos pensées que nous redoutons.

Dans son bureau, il nous fait asseoir, regarde un instant nos visages défaits, ouvre un dossier, tourne quelques feuilles puis esquisse un sourire de médecin. Il l’a vu hier, nous dit-il en enfilant sa blouse blanche. Il s’est plaint de maux de ventre, de vertiges et mon diagnostic est clair. Aussi clair que nos visages s’assombrissent, papa a le cancer. LE cancer pas UN cancer, pas une maladie bénigne dont on se remet le lendemain, non une saloperie aussi déterminée que son pronom l’indique.

Nous saluons le docteur B. Etrangement, nous le remercions. Sur le trottoir, abasourdis, nous nous séparons après avoir convenu des choses à préparer pour l’hospitalisation. Puis plus rien jusqu’à la fin, autant lui que nous, nous ne prononcerons plus le nom de la maladie.


Campagne ARC 2009 - Le bureau

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Dans la 404

image Dans la vieille 404 à benne, sur la banquette couleur chocolat éventrée par les ciseaux de taille, je tourne le large volant en bakélite, si grand que je peux mettre ma tête dedans. Autour de moi, l’odeur fauve du vigneron, un relent de vinasse aussi me coulent sur les épaules. Je suis entre ses cuisses, mes petites fesses calées, les bras tendus sur le lion au centre, je klaxonne.

Fier de conduire l’engin sur les chemins de terre, ceux qui nous conduisent aux vignes hautes. Piste caillouteuse, la direction ripe, ses mains déjà craquelées rattrapent la direction d’un coup sec qui fait lever les miennes. Il me rattrape, me serre la tête dans ses avant-bras, mon guide. La route avec lui, l’aventure, nous partons à l’assaut des coteaux. Débrayage, patinage, le pédalier est à lui, il dompte les chevaux-vapeurs qui vrombissent. La côte à deux, à moi le volant qui braque, à lui les manettes qui grincent, levier de vitesse au volant, il pilote, descend, monte les rapports, arbre à cames qui coince et mes palpitations d’enfant qui débrayent. Jubilation.

Dévers important, le danger et l’interdit en impression, le fossé en contre-bas, je tends les bras encore plus fort, tétanise des coudes et serre les dents sur ma posture : tenir droit le volant, ne pas lâcher, un faux mouvement et on dévale. Un petit pont branlant en pierres romaines, passage difficile, en dessous un cours d’eau asséché, il faut passer en première, viser juste entre les parapets sinon... Et lui fanfaron, Indiana Jones d’opérette, en fait des tonnes, brode des paroles périlleuses pour m'enrichir l’aventure. Je me dandine sur le cuir, me tiens droit parfois pour voir la route, et lui rit de mes gesticulations, exulte de voir mon bonheur de conduire.

Fin du voyage, la 404 chaude toussote et s’arrête près du grand figuier. Tandis qu’il loue mes talents de chauffeur, je le bombarde d’encore en lui tapant frénétiquement les cuisses. Et les yeux gorgés de fierté, il me promet, en tirant le frein à mains, le chemin retour et la descente encore plus belle.

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Beau ou laid

image Obscur, clair ou entre les deux, il m’accompagne depuis toujours. C’est une partition de moi, un bruit intérieur, un fracas apathique et mouvant, enjôleur ou dynamiteur. Il ne me ronge pas les sens, au contraire, il les exalte. Tout demeure sensible et reste en éveil, alerte plus que jamais, j’entends, je vois, je sens. Lorsqu’il survient, c’est une île, un retrait consenti ou subi, une suspension ou un exil dans la rapidité du monde.

Quand il se fait beau, il est connivence rêveuse, connexion avec mon centre, vertige de l’appropriation des choses, exaltation, compréhension, ricochet d’expérience. Il ponctue mes trajets de vie, m’assagit, m’évite le conflit inutile avec l’autre, celui qui parle haut, qui parle fort. Je me retranche, m’intériorise, laisse passer les meneurs hurlants et conscientise leur doctrine, isole et m’emplis de la pertinence des propos ou laisse tourner dans la pensée unique le reste des illusions égarées.

Quand il se fait laid, contre-jour bruyant du ventre, tordeur d’entrailles, quand, sournois, il envoie sa cohorte sourde en acouphènes, il est blessure, il est l’enfance qui reflue. Sauvegarde des données précieuses, il est le refuge à l’angoisse, parade aux sueurs froides de la honte, à l’ego brouillé du petit en quête de reconnaissance. Las, je m’abroge, me retire dans le cloître du boiteux, il me cadenasse de l’intérieur, me tient isolé, m’oublie dans des défonces addictives. Les autres peuvent tourner, je suis absent d’eux, replié sur mon nombril, otage de ma rengaine muette.

Beau ou laid, il est silence, je suis fait de lui.

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Extraball

image Accoudés ensemble sur le zinc, papa me fait rouler cinq francs entre deux galopins de bière. Un sourire bref troqué contre la grosse pièce grise : va faire un flipper, mon fils ! Cinq francs valent trois parties sur le « moon space », le nouvel appareil que la maison « pinball and co » vient d’installer il y a tout juste une semaine.

J’insère la pièce dans la fente « insert coin », l’afficheur s’allume sur le fronton, les rouleaux numériques se mettent à zéro. Ce jeu est un vrai défouloir, une caisse de résonance à la violence adolescente. J’y exerce mon pouvoir de minot, mon adresse juvénile et ma force de winner à cinq balles. Je vais pouvoir bousculer la grosse machine, c’est admis et même recommandé si tu veux arriver à le faire claquer. Le flipper est une bête qu’il faut dompter : je la bute, je claque les parties, je fais péter les fourchettes…

Un bruit de métal écorche le bois du bahut. J’entends le circuit de la bille qui sort de sa boîte, elle roule dans les entrailles de la bête et se loge dans la travée. Il faut maintenant que je tire avec précision sur le lance-billes en forme de pas de tir de fusée. La tringlette d’acier à ressorts propulse la bille sur le plateau de jeu. Les bumpers/soucoupes volantes la déboussolent, elle rebondit sur les aimants satellites, frappe les targettes de plastiques en forme de sas de décompression. Elle roule maintenant sur les passages multiplicateurs qui mènent à la Lune puis fait tourner les ailettes d’accès au muti-billes galactique. Et c’est inévitable, après sa danse dans les rampes, elle file et descend vers les deux flippers, gardiens de la cave en forme de Terre obscure. C’est là qu’il faut que je fasse preuve de dextérité : appuyer et relâcher les boutons dans le temps, calculer l’angle, traquer la vitesse de rotation de la bille. Amorti, fourchette. Retenir cette maudite bille dans le jeu, bousculer l’appareil quand elle essaye de s’échapper par les trous des côtés et prendre du plaisir à relancer vers les couloirs bonus et les « black holes » qui déclencheront au dixième passage l’extra-ball, puis la partie supplémentaire gagnée à la force des poignets.

Mais la machine rend fou parfois, encourage mon dessein à la brusquer pour vriller la course de l’astéroïde de métal et c’est là que le tilt me guette, la sanction suprême du joueur looser. Trop secoué, l’engin débraye, s’éteint, coupe toutes les commandes, et rageur, je ne peux que déplorer la descente de la bille vers la Terre. Un grand coup de pied dans le caisson soulage alors ma colère, la saloperie d’appareil clignote en ronde sidérale, lâche un claquement rauque d’outre espace et m’affiche un grand « GAME OVER » suivi d’un ironique « slam tilt (bien fait pour toi) ».

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Ne rien entendre

image Roulé en boule au pied du lit, les mains en garde-fou sur les oreilles, je me serre genoux dans le visage, ferme les yeux. Prostré, tétanisé, je cogne ma tête aux barreaux, je veux que ça cesse, croire que ma position va m’isoler dans un autre monde, celui où je n’entendrais plus.

Je serre les dents mais j’entends toujours, vociférations mâles morcelées de pleurs stridents et convulsifs. Je cherche le moyen de couper, d’échapper à l’effroi que la dispute excite dans mon corps. Aigus puis graves, les voix se crèvent d’un silence trop long pour toucher et marquer au fer blanc. Le mutisme était trop lourd, plein de vide parasite ; maintenant, il déborde, éclate en humiliation, se change en oppression, s’arme de la persécution des mots. L’ego est en branle, tout pour soi. Ne rien lâcher. Les raisons ont chacune leur camp, se défendent, s’expédient en pleine figure hurlante et rebondissent de bouche en bouche, viles et claquantes. Les coups, des coups de verbes aux arêtes tranchantes, aux infinitifs éructés, doivent faire mouche à chaque saillie. Anéantir est le but, creuser les fautes, renvoyer les balles malignes, se faire saigneur d’abcès déjà purulent.

Je ne voudrais rien savoir de tout cela ou juste ne pas comprendre, ne rien entendre et c’est eux qui ne saisissent rien et c’est eux qui sont sourds. Sourds de moi, emportés dans la colère, perdus dans leurs contradictions, coupés d’eux-mêmes. Qu’ils partent, qu’ils assument leur haine, et déplorent leur amour défunt !

Sur le carrelage froid, ma joue humide et rouge cherche l’enfouissement, mon corps se noue fœtal. Je voudrais disparaître, ne plus être le fils, ne plus servir d’excuse à cette illusion de famille.

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Une minute dans le supermarché de @cjeanney

image Au rayon charcuterie, un vieil homme aux épaules carrées, visage élimé, deux barquettes de jambon cru dans les mains…

Il doute, c’est sûr. Il n’a pas l’allure d’homme à faire les courses tous les jours. Il pèse, soupèse, regarde l’étal, ses mains puis le jambon entre ses doigts crochus. Découénnés, par quatre, par six, il ne sait pas. Maman prendrait lesquels déjà ? Maman, c’est sa femme. Il l’appelle toujours ainsi mais son prénom, c’est Simone. Il l’appelle Maman, c’est une douceur, aussi un peu de l’enfant qui reste en lui. On peut le voir encore dans la lueur de ses yeux bleus.

Lui, c’est André mais Maman l’appelle Dédé. Une chance d’avoir un nom qui se diminue, c’est plus doux. Il continue ses courses, toujours hésitant le Dédé. Beaucoup trop de choix, il se dit à chaque arête où il accroche son caddy. Alors, il se laisse avoir, succombe aux promotions. Les sardines sont en tête de gondole, il en prend cinq boites.

A la caisse, il a un regard pour Laetitia. C’est marqué sur son tailleur noir avec des lettres en relief. Faut dire qu’elle est jolie Laetitia et Dédé, il aime les jolies filles. Elle lui rend son sourire édenté quand elle bippe les dix paquets de mi-cho-ko au caramel dur.

Il rentre maintenant, il habite à deux pas dans un grand immeuble au troisième étage sans ascenseur. Dans l’escalier, il croise Monsieur Huot que le salue sans un mot en soulevant son chapeau brun d’un mouvement suranné. Maman l’attend, un tissu mouillé serré autour du front. Maman est migraineuse depuis toujours et aujourd’hui, faire les courses elle ne peut plus. Son travail à elle c’est ouvrir les sacs et puis ranger soigneusement, dans le frigo, dans le placard de la cuisine. C’est son dernier boulot à Simone, Dédé ne sait pas faire, il se trompe tout le temps de place. Les bonbons, trop de bonbons et Simone gronde Dédé avec un ton de maman :

__ Ce n’est pas pour toi ça, tu le sais, avec ton dentier !
__ Je les suce juste, Maman, je fais attention…

Clin d’œil à Christine Jeanney et à son recueil de nouvelles « Une heure dans un supermarché » paru fin septembre aux éditions quadrature, disponible dans toutes les bonnes crémeries et notamment chez bibliosurf. A lire aussi, le billet que consacre Brigitte Célérier à la critique de ce livre.

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Et si un jour

image Et si un jour, elle se retournait, pour qu’il la voie de face, pour qu’ils s’alignent, droits dans les yeux. Et si pour une fois elle appelait pour autre chose que pour parler du temps qu’il fait, le chaud, le froid des saisons qui passent. Et si, soudain, leurs voix ne se gênaient plus, ne comblaient plus le vide que les fins des phrases creuses laissent sur eux. Et s’ils se retrouvaient simplement, au détour d’une histoire commune saturée de chaleur à partager, de lâcher-prise à en pleurer.

Et si un jour, ils abandonnaient leurs habits froids, sortaient de leurs chiffons et répudiaient la logique de morale cernée par une éducation contrainte. Et si de désespérément raides et dénués de fantaisie, d'impulsivité et d'affectivité, ils sautaient de vide en plein. Et si de l'obsessionnel, ils passaient en quiétude, révoquant leur perfectionnisme, chassant chaque détail étudié, planifié, vérifié pour laisser libre l’imperfection créatrice.

Et si de l'ordre, ils parvenaient au désordre accepté, élevé en théorie (tout doit être bien dérangé et désorganisé). Hors contrôle et maîtrise, ils dévisageraient la rigueur morale, s’en moqueraient, riraient des entorses à la loi, aux règlements, aux horaires... Et le doute, la moindre indécision soulèveraient les interrogations essentielles, feraient naître le lien, celui qui aurait dû être depuis toujours.

Mère, fils. Et si le fossé s’effondrait…

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Je ne suis pas Christophe Sanchez #VasesCommunicants

Je ne suis pas Christophe Sanchez #VasesCommunicants Je suis plusieurs villes dans le monde qui ne figurent dans aucun guide dont les bois dissimulent des dizaines de cadavres d'enfants et des clandestins qui ne sont jamais arrivés à destination.
Je liste le nombre de personnes tuées, abattues, blessées, disparues à chaque flash d'information.
Mon activité principale est d'abattre les tueurs des autres cartels.
Je collectionne les dommages collatéraux. Et n'aime pas ce que nous sommes.
Je ne suis pas Christophe.
Je suis le nombre d'heures supplémentaires jamais rémunérées mais compensées.
Le nombre de licenciements économiques par anticipation.
Le pourcentage de demandeurs d'emplois qui monte et descend selon qui a fait les calculs et comment il les a faits.
Le programme dont la spécificité est de vous adresser, pour des raisons connues de ceux qui m'ont créé, des courriers de radiation.
Je vaux trois milliards de déficit et je continue de chauffer le département.
En achetant l'Amérique du Sud, j'ai détrôné Bill Gates.
I'm the man who sold the world.
Je ne suis pas Christophe Claro.
Je suis la peur de l'homme abdominal qui s'est magnifiquement vengé de son ex sur Facebook.
Je penchais sans passé pour les femmes mais la mienne, je l'ai rencontrée au troisième étage, dans la vaisselle.
Maintenant je la bats, aux cartes.
Je ne suis pas Christophe Donner.
Je suis le nombre d'éjaculations précoces et d'orgasmes simulés.
Le nombre de pénis élargis, de vies sexuelles épanouies, de loteries remportées.
Le nombre de problèmes de transactions, de virements, de prélèvements bancaires, de codes erronés.
Le nombre d'informations urgentes à modifier, de liens à suivre scrupuleusement.
Le nombre d'amis du bout du monde qui vous veulent du bien.
Je spamme les pommes.
Je catche les coachs.
Je tombe à pic.
Je ne suis pas Christophe Fiat.
Je suis la roue avant du vélo du meilleur grimpeur dont la spécificité est de crever dans la descente du Ventoux.
Je n'ai pas écrit que je pourrais vivre à l'envers.
J'organise des formations en entreprise sur les accidents de plain-pied.
Je suis présent sur vos photos de vacances, sur chacune de vos vidéos amateurs.
Et vous croise tous les matins au même endroit, à quelques dizaines de mètres près.
Je ne suis pas Christophe Fourvel.
Não sou nada.
Né aux calendes grecques, je n'ai pas marché dans l'atelier du sculpteur.
Nunca serei nada.
J'étais « le petit piano dans la tête » qui riait dans les cimetières.
Não posso querer ser nada.
Je serai le dernier des hommes sur lequel personne n'aura rien misé.
A parte isso, tenho em mim todos os sonhos do mundo. J'en savais trop.
Je ne suis pas Christophe Sanchez.
Ce billet a été rédigé par Christophe Grossi que vous pouvez retrouver dans ses déboitements et tous les jours à la rédaction des chroniques du blog d’epagine. Je reçois son texte aujourd’hui dans le cadre des vases communicants. Vous pouvez suivre ce chemin pour aller lire mon billet publié sur son blog.
A lire également, la très bonne relance de François Bon concernant nos échanges mensuels : "vases communicants", c’est important
Et voici la liste des autres participants à ces vases communicants d’octobre :

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