Le dimanche

imageLe dimanche, frais et rasé de prés, le bleu de travail à la lessive, il descendait l’escalier habillé comme un dandy, pantalon en tergal bleu, chemise blanche et veste croisée aux boutons clinquants. C’était son jour de parade dans le village, jour où il était bon ton de pavoiser en société, de traverser les allées le regard haut parmi ses concitoyens. Tous faisaient de même, il fallait fêter ce jour, le seul de la semaine qu’il était autorisé de chômer parmi les autres faits de labeur agricole harassant.

Il sentait bon, un parfum musqué à bas prix mais c’était son odeur du dimanche. J’aimais la fragrance qu’il laissait dans la maison lorsqu’il était sorti. Il partait vers onze heures, un tour sur les quais pour flâner, prendre la tension du jour et se remplir des rumeurs dominicales. Après un arrêt au tabac, son paquet de gauloises et le midi-libre sous le bras, il prenait la direction du café pour l’heure de l’apéro. Un pastis léger pour commencer. Avec les copains endimanchés, il devisait sur la semaine, l’avancement de ses travaux, les vendanges prochaines et les récoltes qui périclitent. Sur son tabouret, au bout du zinc, il était dans son élément. Les copains autour de lui, les verres jaunes de moins en moins légers, les cacahuètes et les olives noires en soucoupe, le monde se partageait sur le comptoir dans la fumée opaque des cendriers qui débordent.

Vers treize heures, avant de rentrer à la maison, il passait au PMU. Un clin d’œil à la demoiselle qui valide les tickets, puis il jouait le quatre, le cinq et le quinze, ma date de naissance ; invariablement, toutes les semaines. Il ne gagnait jamais. Peu importe, c’était sa façon de passer le dimanche avec moi.

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15 commentaires:

  1. on croit le connaître - beau portrait

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  2. Brigetoun > Depuis que j'en parle ici, on commence à le connaître le bonhomme. Merci.

    Philippe > Oui, c'est ça. Un chat noir ^^

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  3. Tendresse rugueuse palpable. On finit par l'aimer, oui.

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  4. Avec ce talent avec lequel vous témoignez d'un temps qui paraît si proche et si lointain à la fois, j'ai soudain l'envie d'un "vrai" bistro où l'on fume, on boit (avec modération etc.) et surtout où l'on entend vraiment quelque chose...

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  5. Kouki > oui, ou rugosité tendre, c'est selon. :)

    Depluloin > voilà, les bons vieux troquets bruyants mais pas trop, enfumés mais pas trop, où l'on boit trop mais pas trop, trop :)

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  6. Mauvais cheval, chat noir mais beaux souvenirs ;) .

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  7. Et un sourire apparait sur mon visage en découvrant sous tes mots les deux rois du dimanche; l'un plus observateur que l'autre, quoi-que...

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  8. Tu as lu du Ernaux déjà ? ça devrait te plaire, je pense.

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  9. L'amour est gratuit, la preuve. ;-)

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  10. Guillaume > Au moins ça :)

    Cat > Les deux rois ! C'est sur nous que nous aurions dû parier :)

    Anna > Ah non connais pas. Vais voir ça. Merci.

    co errante > Gratuit oui, mais il ne s'échange pas aussi facilement que cela. :)

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  11. Portrait touchant. Il est chouette, ton texte.

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  12. Le dernier paragraphe m'a fait monter une petite larme d'émotion. Beau texte où je l'ai vu, senti, ce paternel. Ainsi que ce village. Et que ce dimanche.

    Un p'tit truc : je mettrais une virgule, pas un point virgule après "ma date de naissance" (avant dernière phrase), ce serait selon moi plus fort et plus juste dans le rythme.

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  13. Merci Gilles. Tu as raison pour le point virgule. Il y avait d'abord un point d'où cette ponctuation étrange de dernière minute. Oui, la virgule serait bien mieux.

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