Pavillon 4

Pavillon 4

Treize heures, un dimanche d’été, des allées parcourues, du bitume fléché pour arriver là, une impasse, des panneaux, une clôture. L’image est anodine mais où somme-nous ? Dans une résidence ? Une zone industrielle ? Un lotissement moderne aux indications léchées ? Un agencement de ville, une périphérie à la voirie impeccable ? On pourrait tout croire, on nous parle de pavillon, de villa, on nous parle une langue qu’on connaît, qu’on apprécie aussi, on pourrait même penser camp d’été, mobil-home appelé villa ou pavillon pour faire mieux, pour faire plus riche.

Evidemment, rien de tout cela. Sur cette photo prise à la sauvette, il y a la herse blanche recourbée sur le dedans, c’est dans ce dedans que tout se passe, au-delà de la végétation luxuriante, du soleil qui frappe les panneaux, du coin de ciel bleu qui surplombe cette nature.

Le dedans et encore plus au-dedans, la vie en vase-clos. Derrière le grillage gainé, par-dessus les murs aux fenêtres-barreaux, il y a le monde qu’on refuse, la folie qui nous échappe au quotidien. On ne voit rien d’ici, planqué que nous sommes dans notre monde à nous. On nous préserve des gens de l’autre côté, du mal qu’ils contiennent, du mal qu’ils pourraient nous faire, qu’ils pourraient se faire. Plus à gauche, on est arrêté par des barrières automatiques, des bornes qui nous invitent à faire demi-tour, ici s’arrête la vie qu’on connaît. Demi-tour et circulez. On ne passe pas la frontière entre eux et nous. Eux, ceux qui résident ici - qui sont parqués, serait expression plus adéquate - ne font plus partie de notre société. Ils ont désormais la leur, on a bâti autour d’eux, créé verdure et soleil en cour intérieure mais ils ne respirent plus notre air, ne vivent plus notre liberté.

Illustration : Extérieur du pavillon 4 - service psychiatrique du CHU de Nîmes.

7 commentaires:

  1. l'enfermement et le grand renfermement... relire Foucault

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  2. oui Mel13 j'y ai pensé aussi en terminant ce billet. Lu un extrait l'autre jour, je ne sais plus où... Pas chez toi d'ailleurs ?

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  3. Christophe, Mel:

    Pavillon 4 , écho au programme T4 des nazis pour euthanasiés , les prédendus fous.

    Dans une société incohérente ou la cohésion ne fait plus sens, ou les peurs sont attisées sans cesse pour servir les pouvoirs, le "grand renfermement" va prendre des aspects plus subtils.
    Le principe d'épanouissement personnel qui est devenu un dogme, impensé, crée des univers dans lequel chacun s'enferme avec sa folie plus ou moins grande plus ou moins ,collectivement, nuisible.

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  4. De quel côte des barrières est-on le plus "bizarre"?

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  5. Patrick > Oui, un monde sans repères, à la merci de nos folies passagères.

    Epamin' > oui, hein, la frontière de la "normalité" est de plus en plus ténue.

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  6. ce texte - et la photo : panneaux indicateurs comme un semblant d'ordre et de direction... merci christophe

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