Pavillon 4

Pavillon 4

Treize heures, un dimanche d’été, des allées parcourues, du bitume fléché pour arriver là, une impasse, des panneaux, une clôture. L’image est anodine mais où somme-nous ? Dans une résidence ? Une zone industrielle ? Un lotissement moderne aux indications léchées ? Un agencement de ville, une périphérie à la voirie impeccable ? On pourrait tout croire, on nous parle de pavillon, de villa, on nous parle une langue qu’on connaît, qu’on apprécie aussi, on pourrait même penser camp d’été, mobil-home appelé villa ou pavillon pour faire mieux, pour faire plus riche.

Evidemment, rien de tout cela. Sur cette photo prise à la sauvette, il y a la herse blanche recourbée sur le dedans, c’est dans ce dedans que tout se passe, au-delà de la végétation luxuriante, du soleil qui frappe les panneaux, du coin de ciel bleu qui surplombe cette nature.

Le dedans et encore plus au-dedans, la vie en vase-clos. Derrière le grillage gainé, par-dessus les murs aux fenêtres-barreaux, il y a le monde qu’on refuse, la folie qui nous échappe au quotidien. On ne voit rien d’ici, planqué que nous sommes dans notre monde à nous. On nous préserve des gens de l’autre côté, du mal qu’ils contiennent, du mal qu’ils pourraient nous faire, qu’ils pourraient se faire. Plus à gauche, on est arrêté par des barrières automatiques, des bornes qui nous invitent à faire demi-tour, ici s’arrête la vie qu’on connaît. Demi-tour et circulez. On ne passe pas la frontière entre eux et nous. Eux, ceux qui résident ici - qui sont parqués, serait expression plus adéquate - ne font plus partie de notre société. Ils ont désormais la leur, on a bâti autour d’eux, créé verdure et soleil en cour intérieure mais ils ne respirent plus notre air, ne vivent plus notre liberté.

Illustration : Extérieur du pavillon 4 - service psychiatrique du CHU de Nîmes.