Glisser sur la rampe

clip_image002Glisser sur la rampe. Ben tiens, bien sûr qu’on aimait ça, glisser sur la rampe ! Du troisième qu’on partait, sans s’arrêter, et on dévalait les étages comme des fusées. Moi j’avais la technique, jamais de short bien sûr, ni de sandalettes, un tu risquais de te brûler les cuisses, deux tu pouvais être sûr de t’embroncher les semelles dans les barreaux. Oui, moi je savais m’y prendre pour la descente sur la rampe, je grimpais puis basculais de quelques centimètres sur la gauche, de façon à glisser sur la cuisse, pas sur l’entrejambe parce que bon, tu comprends. Mais surtout fallait pas se pencher à droite, cause il y avait le vide à droite, que même quand tu commençais ça te filait le vertige le vide d’en haut, les trois étages que tu voyais en colimaçon. Un trou noir, qu’on disait, un trou noir en étoile, parce que ça faisait des étoiles à chaque palier, une sorte d’hélice d’hélicoptère, et qu’on s’encourageait tous avant de filer dans le trou noir : ne regarde pas en bas sinon tu vas pas le faire ! On a longtemps fait ces folles descentes, usé des pantalons et des cris à chaque étage, même grands encore on faisait, jusqu’au jour où Madame Clotilde, c’est la concierge, elle a eu la fâcheuse idée, tu vois, de mettre une boule en verre au bout de la rampe d’escalier. On s’est laissés avoir une fois mais pas deux.

illustration : Robert Doisneau