mars 2011 | fut-il.net

Archive for mars 2011

Dans de beaux draps

image Elle pliait les draps, les grands draps blancs marqués de l’emblème de la famille, un écusson tarabiscoté de hiéroglyphes surpiqués, vaguement des initiales, je crois. Elle tenait ce linge de sa mère, partie non négligeable du trousseau de mariage avec taies d’oreiller, serviettes et autres mouchoirs de soie, comme cela se faisait à l’époque, chaque enfant devant commercer sa vie conjugale pourvu du nécessaire à tenir bon ménage.

Elle pliait les draps soigneusement après les avoir repassés à la pattemouille. Pas un faux pli, chaque coup de fer avait été étudié par l’expérience. D’une main leste, le glissement était maîtrisé et assuré par un retour express pour effacer les plis revêches. De longues minutes, elle soufflait vapeur sur le tissu, tournant dans un sens puis dans un autre, s’appliquant à effacer tout froissement avec l’ambition de la perfection. Son attention était telle que son front ridé par la concentration semblait aspirer les plis du linge. La vapeur par son souffle inquisiteur sur le linge la masquait pour un temps, elle disparaissait dans un nuage et ressortait assortie de gouttes de sueur qui perlaient son visage.

Elle pliait les draps, les grands draps blancs auxquels elle tenait tant. Personne d’autre ne pouvait s’en occuper. Du repassage au pliage jusqu’au rangement, ce travail lui était dévolu, impossible pour la femme de ménage de faire une telle tâche, elle s’y prendrait mal de toute façon. Elle ne saurait pas faire les coins carrés au drap bien plié. Elle n’arriverait pas à centrer l’écusson sur le devant en haut pour qu’il soit bien visible. Elle pourrait même par étourderie les accrocher, faire des marques irréversibles, pire, si elle lui laissait faire le repassage, elle pourrait les brûler. Horreur ! Toute cette minutie, elle, c’était son affaire car elle aimait ses draps. Elle mettait du cœur à l’ouvrage pour des draps qui forcément allaient finir froissés dans un lit. Mais qu’importe, elle prenait plaisir à admirer sa pile de linge qui trônait avec majesté dans l’armoire de sa chambre. Bien au carré, parfaitement alignée, en satisfaction du travail accompli.

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Mondes de vapeur

image Une fumée épaisse déborde des vasistas en créant, vu de l’extérieur, un mur opaque au travers des grandes baies vitrées. Les néons au fronton clignotent bégueules, une lettre vacillante sur deux. Le café du balcon perd son L pour une tranche de bacon grillé qu’on ne trouvera pas à l’intérieur. Tu entres, coup d’épaule dans les portes battantes, déjà bien éméché par ta tournée des troquets. Au zinc, ça s’astique, culs posés sur les hauts tabourets, la valse jaune bat son plein. A toi, à moi, les verres tintent et les yeux houspillent l’intrus qui n’aura de place ici que s’il paie la sienne.

Tu serres des mains, frappe des épaules dans des sourires de copains d’abord. Ta place, elle est au bout du comptoir, prés du mur qui te tiendra et des toilettes où tu alterneras. Tu commandes, qu’est-ce que tu bois à droite, qu’est-ce que tu bois à gauche ? Le serveur aux mille mains enchaîne les tours de passe-passe, pistaches et bouteille de pastis avec bec verseur, il arrose en un seul coup de bras glissé dix verres placés en ringuette. Et tu t’amarres, les yeux en flottaison, gauloise sur gauloise pour refaire le monde en éthylique, la timidité dans la poche, la joie sur tes joues qui suintent. C’est plus toi là, plus toi qui parle, un autre, grande gueule parmi les autres. Tu t’es laissé à la maison.

Ce n’est que dans le miroir moucheté de rouille, devant ce lavabo aux marques brunes crasses de cigarette, que tes yeux te recroiseront. Tu t’ignoreras, à quoi bon… Et là, dans l’odeur d'urée, tu feras tomber la goutte, tu te tireras la langue et retourneras vivre tes mondes de vapeur.

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Le silence et le souffle

imageMe voilà dans le décor : la pièce, carrée aux murs en pierre, quelques cellules creuses et de l’encens qui brûle, une lumière indirecte qui part de bas en haut et s’étale sur les murs en douceur. Au centre, deux matelas collés et couverts d’une grande serviette éponge blanche. Longtemps j’ai remis ce moment, par peur et résistance aux manipulations diverses. Une rébellion passive. Toucher c’est me découvrir.

Le silence et le souffle.

Je m’allonge sur le ventre, un coussin coincé sous le plexus et elle entre en scène. Lentement, elle prend le pouls de l’ambiance. Moi et elle, déjà très présente avant même de me toucher. Ses genoux se plantent dans les matelas, ils entourent ma tête, elle se cale et son souffle se fait écho dans une profonde respiration. Une longue prise d’air emplit ses poumons et pour faire le vide, elle dégage une vive expiration dans un souffle ronflant qui m’impressionne. Je sens ses mains au-dessus de moi, elles ne me touchent toujours pas mais l’énergie est là, au-dessus, elle plane et déjà je me sens bien, accompagné et rassuré.

Elle s’enduit les mains d’huile, les roule pour étaler et commence à glisser sur moi. D’abord lentement autour des cervicales, elle accompagne ses mouvements dans une respiration synchrone puis elle me cherche, essaie de se caler sur mon souffle chaotique. Je retiens ce qui vient dans une apnée non contrôlée. Pas d’air, juste l’application de ses gestes sur mon dos, je sens le roulis de ses doigts, la paume de ses mains bousculer mes muscles. C’est dense, en quête d’harmonie, chercher la phase, tous les deux alignés. Elle m’incite à expulser par la bouche, à vider mes poumons, large amplitude, profonde recherche. On y est. Où ? Je ne sais pas.

Les gestes ondulent, pointent sur les nœuds, pièces de chair névrosée qu’elle masse, c’est vif et sensible. Mes mains s’engourdissent, picotement au bout des doigts qui monte en moi comme l’émotion qui me défie. Je garde toujours dans le creux. Maître, rester maître. Je parle, il ne faut pas, me plains du fourmillement. C’est parce que tu respires amplement, me dit-elle, c’est normal. Les yeux fermés, peu à peu, je me perds, m’oublie sous ses massages. Ma respiration lourde me prend le thorax, remue quelque chose sous mes côtes, une boule logée entre les deux poumons qui oscille, cherche une sortie.

Je n’ai rien dit mais elle le sent. M’invite à me retourner sur le dos et plaque alors sur ma poitrine ses mains chaudes en étroite liaison, un corps à corps. Les frictions continuent, nettes, précises. Elles ont trouvé ce qu’elles cherchaient, le point d’ancrage où se trouve le blocage. Deux ou trois mouvements et je l’ai sentie, l’ai vue s’ouvrir, dégagée de l’intérieur, me prendre la gorge et finir par me biffer les yeux de vapeur. J’ai lâché quelque chose, indéfinie boule, là, dans le creux, dans le dedans du dedans.

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Corps d’eau

image De l’eau, un corps gorgé d’eau. Incroyable masse que cette eau sous cette enveloppe étanche, trimballée depuis des années comme un tonneau, lourd et mouvant. L’eau comme un océan intérieur, souple aux tempêtes, roide au débordement. D’une mobilité extrême et silencieuse, elle est agitation vitale qui suinte sans cesse, indispensable lubrifiant qui irrigue les sens, roulis métronome qui bât sourd les parois souples du corps en mouvement. L’eau plus présente que la chair, plus importante que la pensée, c’est son action dans un circuit fermé qui donne le tempo, la vague qui expulse ou la mer d’huile qui apaise.

Substance invisible qui glousse dans les entrailles, qui parcourt les organes, lubrifie les nœuds, se fait acide purulent ou douce liqueur. Elle est sensation sur la peau, picotement humide sous les pores, refoulement du trop plein à marée haute. Dans la bouche, effervescente, elle ravale le ras du corps en baveuse d’écume sortie des remous. Sous les paupières, elle annonce l’orage dans un écrin de solutions amères. Puis elle longe les lignes, ravine les visages tandis que le tsunami intérieur perce des trous. Elle trace large, ruisselle en glace sur les joues rouges et abreuve les tranchées arides. Passée la tourmente et après de longs contours de perles, elle s’évapore, rejoint le dedans du dedans et se noie dans d’autres eaux en gestation.

Texte publié initialement sur le blog Petite racine de Cécile Portier dans le cadre des vases communicants du mois de mars.

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Saint Laurent

image Et toujours en images éclairs, souvenirs évanescents, la vision de la fête qui transforme le village. Quatre jours d’intensité dans la vie plane de l’été, quatre jours d’août durant lesquels on célèbre le saint patron du bourg : Saint Laurent. Personne ne se souvient de lui, ni de qui il est et pourquoi il est ainsi célébré. Peu importe, ce n’est pas de lui dont il s’agit mais de nous, les habitants. De notre partage déchaîné autour de bières et de pastis au rythme de l’orchestre du bal et de l’oubli du quotidien pour se fondre dans notre communauté.

La scène est installée sur la grande place près de la rivière. Sur les berges, dans un halo de poussière au crépuscule, les dernières parties de pétanque se terminent et quelques boulistes peu à l’œuvre regardent le grand barnum s’ériger. Grosses caisses, amplificateurs, sonorisation, table de mixage et éclairages grimpent sur l’estrade, les gros bras à la manœuvre en t-shirts noirs moulants seront plus tard dans la soirée les stars de la fête. L’endroit paraît immense, longue piste de bitume que forme désormais la place débarrassée de ses autos en stationnement. Autour, des barrières métalliques placées en cercle créent l’arène et dessinent les contours d’un autre lieu. Des draps noirs sont tendus de part et d’autre des estrades, fines clôtures de l’espace pour délimiter le public du privé, les fêtards des artistes. Pour finir, on bloque l’accès aux rues adjacentes, le grand bar érigé en demi-lune servira de limite à la nouvelle enceinte. Tout est prêt, les camions finissent de déverser les comportes remplies de pains de glace et d’eau dans lesquelles sont jetées des centaines de canettes aluminium.

Les premiers tests sonores des micros, l’accord des guitares électriques, un, deux, trois, plus que quelques réglages et l’orchestre commence à jouer à faible volume pour accompagner les premiers arrivants de l’apéritif. On joue des valses, des paso-dobles ou des madisons et de courageux danseurs grisonnants font quelques pas timides dans le vide de la piste. Prés du bar, en masse compacte, les gobelets en plastique se remplissent d’eau jaune, la rumeur des bavardages augmente au fil des minutes et des rasades ingurgitées. Le soleil disparaît complètement et l’ambiance monte. A l’extrémité du bar, on allume le barbecue géant, la fumée capricieuse fait marmonner les convives ; bientôt ils n’y prêteront plus attention, les crocs plantés dans de gros sandwichs américains. Crescendo, le volume de l’orchestre augmente, la musique change, les tubes du moment sont interprétés avec plus ou moins de justesse mais le tempo attire et emporte la foule désormais nombreuse. La nuit finit par persuader les plus timides, elle noie le monde de la fête dans la jouissance pure de l’instant.

Et les ombres s’étireront jusqu’au petit matin. Masse de gens qui se connaissent tous mais que le bal aura rendu anonymes, la musique et l’alcool les auront déroulés en silhouettes informes, saccadés de stroboscopes. Au dernier titre, la dernière ballade ou le tube transformé en hymne ramènera tout le monde à la réalité. Chacun retournera chez lui, titubant sur l’aube dans la petite chaleur de l’été et les relents anisés.

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La case manquante par Kwetchou

image La chaleur, les ordinateurs, les téléphones, les voix graves ou suraiguës : c’est le tumulte sur ce plateau. Le plus souvent je ne capte pas ce chahut, je suis dans ma bulle, mon bouclier phonique sélectif. Je n’entends que quelques sons, mon nom, certains bons mots, des informations intéressantes voire des solutions. Le reste disparaît de mon monde de labeur.

Mais là, cette après midi, il fait plus chaud, les bruits chuchotent fort et gras juste pour moi, stridents, agaçants. Je mets mes mains sur mes oreilles, les coudes sur le bureau, l’air de réfléchir, ça ne marche pas. La cacophonie reste entière, plus moite encore et rythmée par le son du sang qui passe dans mes tempes. J’en peux plus.

Il est temps de faire une pause.

Je me lève, traverse le plateau à grands pas, le couloir, passe devant la salle à café. Personne. Ouf ! J’entre. Enfin le calme, le silence, je respire mais la chaleur est là encore. Le distributeur de boisson fraîche ronronne.

Le distributeur, je le regarde, au milieu des boîtes colorées. Il y a deux rangées de huit petites bouteilles d’eau, toutes identiques. Je semble choisir et pourtant je sais déjà que mon choix est fait. Je prendrais celle qui n’est ni au milieu ni tout à fait dans l’angle, celle là, la 5E. Allez savoir pourquoi, c’est MA bouteille : 5E c’est comme un code secret entre moi et la machine.

Je glisse ma monnaie et tape mon code, la machine le reconnaît et enclenche son mécanisme. Je regarde sidérée, les spirales avancent, vides et inutiles, pas de "blong" à la fin de leur course laborieuse, pas de bouteille, rien, le silence…

Aujourd’hui j’ai acheté une case vide et ça m’a fait réfléchir. Aujourd’hui j’ai acheté une case vide et depuis plus rien, comme un blanc…

Texte envoyé et rédigé par Kwetchou, contact amie sur facebook.

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Sincèrement

image Je collectionne les offres, toutes semblables, rédigées en creux pour des travaux besogneux. Le même logo rond au fronton, numérotation sans fin, six chiffres plus une lettre, rien qui ne les différencie vraiment si ce n’est ce compteur qui gonfle. Cinq cents, mille, peu importe, je leur oppose les mêmes réponses dans une prose pauvre, un argumentaire social de vente, je vends de l’intellect, du savoir-faire, des compétences. Bouteille à l’amer, je rédige, copie, colle, ajuste, trompe un peu pour me glisser entre les autres, pour provoquer la chance, faire sortir ma copie du lot. Un contingent de mêmes lettres, curriculum vitae taillés dans la forme du moment, dictat des grands prêtres de la recherche d’emploi. Formules bateaux jetées dans une boîte email au nom anonyme – contact@worldcompany.fr, info@telcomgroup.com, recrutement.jobs@bestentreprise.net - qui flottent, se font spammer ou s’égarent dans des libellés imprécis.

Et parfois - Ô miracle des robots « no reply » - des réponses surgissent, alliant politesse et rejet sans raison. On y lit pourtant de l’intérêt, voire de la sensibilité pour votre candidature qui, dans la première phrase, on le croirait, à provoquer de l’émotion à son destinataire. Puis on vous remercie – mais, de rien - on vous assure que l’on a porté toute son attention – sans blague - à votre dossier mais que sincèrement, bien que ce dernier comporte de nombreux points positifs, on ne peut vraiment pas lui donner de suite positive. Le robot n’est pas avare d’adverbe de « vraiment », de « sincèrement ». D’ailleurs, vraiment, sincèrement, on conclut en vous souhaitant une pleine réussite dans votre recherche. Il est vrai que tant qu’à réussir autant que ça soit pleinement, non vraiment. Sincères salutations.

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Puzzle

image Suis las mais plus là. Pas loin d’ailleurs. Étrange sensation d'être à l'extérieur de moi, juste au-dessus. Me lorgne, me file, me trouve excentré, hors du jeu, en réparation, juste dans la surface. Ouverture des pores, expulsion, répulsion, harmonisation, voilà que les mots se bousculent, c'est le foutoir. Et ne suis toujours pas là. Inspirer, expirer, respirer, voilà l'ordre de verbalisation. Pas de procès, juste prononcer, évoquer, sentir, dire, non pas maintenant. Juste être au plus prés de. Quelque chose se lâche, moi, me lâche moi. Et me regarde de mon haut. Ah ! Suis là ou presque ! C’est moi ? C’est confus. Perception approximative d'un état, déni, rationalisation, bulle et re-bulle. C’est quoi ça ? Mon moi sans émoi se sent sans moi. Lâcher. Zoom arrière, gravitent quelques particules d'envie, les vois mais pas encore moi. Division de moi, schizoïde déstructuré, me sens éparpillé façon puzzle. Reste à rassembler, compter les pièces et retrouver mon Je ou pas.

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Catalepsie rebelle

image Qui pourrait faire sortir de lui cet élan, le même qui fait courir le monde, mais qui, caché sous des roseaux d’inertie comme on masque un puits asséché, ne le projette plus nulle part ? Un élan frustré qui tourne, parcours le corps, s’installe parfois dans la tête, bascule vers l’avant, un pas franc pour deux fourbes en arrière. Parfois, du corps, dans un mouvement spontané, une impulsion le soulève, fait mine d’être la solution, celle par laquelle devrait jaillir sa foi d’être. Mais elle ne dure que l’instant du souffle, même pas le temps d’être appréciée et appropriée qu’elle est rattrapée par une morosité amère et résistante, le pessimisme pair de sa vie. Il la sent bien là - on la sent bien là, lui dit-on - frémir par endroits, fourbir dans son ventre, lécher le dedans du dedans avec envie d’expulser. Un élan comme un bond lourd et étouffé, une raclure de putain de bond qui cabriole à lui faire péter les entrailles. Un ressort de vie qui se bat contre aucun adversaire, si ce n’est lui et sa catalepsie rebelle.

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Cartographie par les usures #VasesCommunicants

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Ces vieux plans de ligne, affiches papier, avant, dans le métro. Savoir où on était, c'était facile : c'était l'endroit usé. C'était l'endroit que tout le monde avait pointé du doigt ou de l'ongle. On était où tout le monde avait su avant soi qu'on était. L'endroit, creusé de toutes les indications accumulées. Érosion par les présences. Un peu comme ces statues de saints qu'on touche toujours sur la même partie de corps, censément sacrée, effective.

Poser son ongle dans cette échancrure, c'était se relier à tous ceux perdus retrouvés, dans ce lieu déjà. C'était ressentir, avec eux qui n'y étaient pourtant plus, la même inquiétude bientôt rassurée. Comme s'additionner d'eux, de leur présence un jour ici, devant la même carte. Comme s'inventer des coordonnées de temps, pas seulement d'espace. Se découvrir aussi des fraternités d'égarement, des retrouvailles.

Et si on changeait de station, l'endroit de l'usure était ailleurs, bien sûr. C'était le même paysage, mais criblé différemment. Atteint ici, indemne là-bas.

Ici, très précisément, nous étions toujours. Nous étions précisément à l'endroit illisible.

Aujourd'hui les cartes sont plastifiées, et même, nous transportons souvent avec nous notre notion d'ici, embarquée dans nos petits mobiles, que seuls nos doigts à nous ont le droit de toucher.

Mais nous? Nous nous sommes encore fabriqués, du moins je veux le croire, sur le modèle ancien. Reproduits à autant d'exemplaires que nous comptons de stations. Pointés, désignés, pour des besoins de repères évidents. Usés d'être touchés, bien souvent. Mais cela, qui est bien : au même endroit, nous ne sommes jamais éraflés que sur un seul exemplaire de nous-mêmes. Le petit point percé à La Muette, à Couronnes il est indécelable, et il est si loin de celui si souvent effleuré à Gaité.

Ce texte a été rédigé par Cécile Portier dans le cadre des vases communicants. Vous pouvez lire le mien sur son blog petite racine.

Et voici la liste des autres participants à ces vases communicants de mars :

Candice Nguyen et Christine Jeanney
Sam Dixneuf et Stéphane Bataillon
Juliette Mezenc et Christophe Grossi
François Bon et Guillaume Vissac
Michel Brosseau et Jean-Marc Undriener
Estelle Javid-Ogier et Jean Prod'hom
Anna Vittet et Joachim Séné
Clara Lamireau et Urbain trop urbain
Anita Navarette-Barbel et Arnaud Maïsetti
Morgan Riet et Murièle Modély
Nolwen Euzen et Benoit Vincent
Maryse Hache et Michèle Dujardin
Elise et Piero Cohen-Hadria
Anne Savelli et Franck Queyraud
Dominique Hasselmann et Dominique Autrou
Marlène Tissot et Vincent Motard-Avargues
Kouki Rossi et Brigitte Célérier

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