août 2011 | fut-il.net

Archive for août 2011

Sur le bord de la route

image Un rond-point. A sa sortie, une enclave de terre, une terre pleine de sable brun, assez de place pour stationner en cas d’urgence, une place pour s’arrêter boire, téléphoner, pisser. Depuis peu, il y a là, je dis depuis peu parce que jamais remarquées auparavant, il y a deux femmes assises sur des chaises pliantes en toile. Deux femmes depuis peu qui affichent rondeurs de jambes, croisements et décroisements quand je passe, quand n’importe quel véhicule passe tant soit peu qu’il y ait une seule personne à bord et que cette personne soit un homme. Deux femmes en rouge, un short, rouge, un top, rouge, et des sandalettes, rouges, avec des lanières en corde qui remontent haut sur leurs mollets. Elles fument, chaque fois que je passe, elles fument de longues cigarettes blondes, des 100’s menthol je présume, avec une gestuelle exagérée, des vapeurs recrachées d’une bouche en moue et le regard peint qui suit mon mouvement, un regard peint, noir et rouge.

Je passe et elles zyeutent le chaland, seules, assises sur le bord de la route. Aucun véhicule autour, elles sont perdues en pleine campagne sur cette route, assises sur le bord à la sortie d’un rond-point, rouges d’excès, possédées de chair pantelante, enfichées dans leur short trop petit moulant leur corps et leur ventre suant rebondi aux élastiques. Elles voient défiler les autos, mon auto, seul, homme, et dans le rétro, je les vise frapper leurs cuisses de dépit, torturées qu’elles sont de mots vils sur moi : encore un client potentiel qui ne s’arrête pas, qui passe trop vite avec l’œil attaché qui les scrute comme des pesteuses. Je passe et elles continuent de croiser, de décroiser, de tirer des cigarettes en bouffées. Elles restent là combien de temps, elles sont là depuis quand, jusqu’à quand, qui viendra les chercher une fois la journée terminée, qui va s’arrêter là à la sortie de ce rond-point, qui aura envie de pisser, besoin de téléphoner, de boire ?

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#petitehonte - 14

C’est boire la lie, chercher plus honteux que soi, la misère en miroir déformant, le pire pour se sentir plus grand. C’est être moqueur à l’excès, intrusif, chercher à faire mal, débusquer le pipi au lit de l’adulte. Le donner en pâture au groupe, l’exhiber, l’abêtir, se sentir vibrer dans le dedans, se croire dégagé de ses flétrissures par plus encrassé que soi.
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Que n’ai-je vu ?

Que n'ai-je vu ? Que n’ai-je vu ? Ces après-midi-là, dans ma poussette canne, lorsqu’elle me sortait, pour prendre l’air. Il faut qu’il sorte quand même ce petit, disait-elle à maman. Je serai rentrée pour le souper, ne t’inquiète pas… Elle prenait de l’aplomb, rassurait et se ménageait ainsi une longue plage horaire pour s’extirper du joug familial. Dans ces années-là, lorsqu’on était jeune fille, pas facile de sortir de la maison avant sa majorité sans montrer patte blanche. Les escapades étaient comptées et il n’était pas de bon ton de rôder dans les rues à des heures indues, jusque bien après le coucher de soleil. Alors restaient les après-midi pour goûter un peu de la liberté du dehors, pour s’affranchir, toucher et dépasser son adolescence.

Moi je n’en ai aucun souvenir, bien entendu. Bambin, areuh-areuh, je glissais encore une tétine entre mes dents saillantes. Ce n’est qu’une histoire de souvenir, racontée et extirpée de la mémoire de ma sœur, de ses remembrances que l’on avoue bien plus tard lorsqu’elles font sourire toute la famille. Tu étais un alibi, me dit-elle, une diversion pour que je puisse passer le double-mur : d’abord, celui de papa, facile à franchir tant son regard attendri n’hésitait pas longtemps pour lâcher son approbation, puis celui de maman, ensuite, plus revêche, droite dans ses bottes et ses principes, il était plus difficile de la convaincre que la promenade du petit dans le parc voisin allait durer près de quatre heures. Elle ne me croyait pas, je pense mais me laissait tout de même filer. Pourtant, c’était vrai, j’allais bien au jardin municipal, je te laissais proche de mon regard dans le bac à sable et sur ce banc, tu vois celui-là même où on est assis, j’embrassais fougueusement mon fiancé, celui qui aujourd’hui est devenu ton beau-frère.

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#petitehonte - 13

C’est contrecarrer, aller encore dans le plus con. C’est se créer un avatar, un double social sans fard, cacher, privatiser, se blinder du dedans, la petite honte calfeutrée dans son sein, la cajoler les nuits tordues sous les draps. C’est être grande gueule à petite queue, le courage des gagnants au sourire ultra-brite, coucher sa verve sur des papiers dorés et s’endormir en pleurant.

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#petitehonte - 12

C’est se croire intimement mineur, trop petit, pas assez fort. C’est en assumer les timidités qui en découlent, les faire siennes sans trop y croire. C’est se confronter, trop se confronter à l’autre, c’est se laisser étiqueter, les marques sur la figure en estampille, la marge, le rouge qui fond, la case sociale bienséante qui sourit aux autres.

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Tu disais, tu vois

Tu disais, tu vois

C’est toujours une surprise, tu disais, toujours une surprise ce désir qui creuse le ventre, sans raison, là, subitement, il te prend, tu disais, tu sais pas d’où il vient, pourquoi maintenant, pénible, pas le moment de, et tu renâcles à le laisser te pousser au dehors. Toujours un malaise qu’il provoque ce désir, tu disais, il me met mal, tu vois, il m’indispose, gêne ma tenue, les mots que je voudrais dire là, que je voudrais te dire là, à l’instant où il te saisit, sauvage, puant, troublant, sexuellement troublant, tu vois. Je sais pas si tu me comprends, tu disais, les yeux bouleversés par les formes introduites du désir, par le prisme du mien, de désir, du mien, appétit que je darde malgré moi, que j’accueille pour ce qu’il est, que je prends, que je m’essaye à te donner. Pas les même ondes, tu disais, malentendu, mal vu, pas les mêmes gestes que toi, tu disais, pas envie de, pas faire là, pas le temps, trop vite, trop brusque, tu vois. Moi je comprends, je m’écoute, je sais que, pas possible, tu vois, mais toi, tu comprends pas que, tu disais, tu comprends pas que, tu répétais sans finir tes phrases en esquivant le trop, en tournant le dos, le dos au désir, tu disais, je le veux, je te veux, mais il faut que je décide, tu vois.

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#petitehonte - 11

C’est éluder, contenir le chaud qui crève le ventre, noue la gorge, c’est s’apercevoir qu’on est meilleur acteur qu’on ne le croit, que le masque est fort ou que tout le monde s‘en fout. Que le barème des petites hontes pour l’autre n’est jamais le même, qu’elle peut filer la petite honte, se glisser hors, sans qu’on ne s’en aperçoive.

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Centre commercial

Centre commercial Tout y est pour. Pour qu’on lâche, qu’on craque ici la monnaie qui remplira les circuits, tassera la tantôt molle, tantôt nulle mais toujours fameuse et sacro-sainte croissance. Des polygones amassés en cercle, des parcours fléchés pour qu’on passe là où on veut que l’on passe. Centre commercial à ciel ouvert, commerce, commerce, centre de toutes attentions. Chemin balisé entre les figures, les cubes, les terrasses bâchées et alimentées de brumisateurs. On nous cocoone, nous caresse dans le sens du poil pour éviter qu’il ne se hérisse devant le marketing criard, insolent et écœurant. De l’ostentatoire à chaque pas, chaque vitrine crie sa promotion, sa nouvelle collection portée par des répliquants plastiques aux formes parfaites. Moins chère cette année, plus beau, plus belle tu seras, semble-t-elle nous crier à nous les passants au revers de veste en portefeuille. On n’y croit pas bien sûr mais on entre quand même, pratique aucune porte à pousser, on passe de l’extérieur à l’intérieur sans s’en apercevoir. Mais on n’achète pas, on ne fait que toucher les cuirs, les peaux synthétiques, les couleurs d’automne et les fins de soldes à nos tailles manquantes. On n’y croit plus à leur système de valeur, à la consommation de vivre, alors on repart, une glace à l’eau pour étancher nos soifs, on repart les yeux emplis de couleurs qui minent, la frustration sur nos talons.

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#petitehonte - 10

C’est anticiper, trop anticiper, c’est être en manque de soi, c’est retourner les problèmes là où il n’y en a jamais eus. C’est combattre par abandon. L’autre est plus fort, ne connaît pas la petite honte, seul le corps doit s’en débrouiller, bredouiller des défoulements, les mots en berne, s’accorder le pardon, au pire.image





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Pieds foulés

Pieds foulés (Paul Cézanne, Vieille Femme avec un rosaire (Londres, National Gallery)) Je jouais dans la cour à ciel ouvert quand j’entendis le heurtoir de la porte retentir dans le couloir. Large couloir au sol en béton lisse et noir pour y faire glisser lors des vendanges les comportes chargées de raisins. Elle alla ouvrir à petits pas, j’observai au bout du couloir. Un grand homme à la barbe naissante se tenait là, une main dans la poche, l’autre posée sur sa jambe au bout de laquelle des bandelettes grises entouraient son pied jusqu’à la cheville.

« Qui es-tu, toi ? » lui lança-t-elle dans la porte entrebâillée. L’homme surpris par l’accueil glacial bredouilla son nom qui ne disait vraiment rien à grand-mère, puis s’aventura à remonter l’arbre généalogique de sa famille jusqu’à trouver un parent qui ferait mouche à l’oreille de mon aïeule. A l’énoncé du prénom de son arrière-grand-mère du côté de son père, Marthe, la vieille Marthe, les yeux de Mamé jusqu’à alors froid de circonspection s’éclairèrent de leur plus beau bleu et elle le pria d’entrer avec célérité. Il sauta de son pied valide sur la marche qui le séparait de l’entrée et à peine avait-il franchi la porte qu’il glissa sur le sol-patinoire s’étalant de toute sa longueur au pied de ma pauvre grand-mère. Cette dernière, petit moineau décharné, tenta de le relever mais en vain. Le gaillard au pied foulé avait beau s’agiter sur les carreaux comme un cafard sur le dos, il n’arrivait pas à se remettre debout.

Je déboulai de ma cachette à l’appel catastrophé de grand-mère et chacun agrippé à un bras, nous arrivâmes à le relever. L’homme rougi par la honte s’excusa plus que de raison tandis que de larges grimaces sur son visage nous indiquèrent que la douleur désormais n’agissait plus que sur un seul de ses pieds, mais bien sur les deux. Mamé apporta une chaise, l’homme s’assit et expliqua, la bouche tordue par la douleur, qu’il venait pour son pied droit, pied qu’il s’était foulé l’autre jour dans une ornière du grand chemin d’en haut et de fait, désormais, aussi pour son pied gauche. Je me demandai quel rapport cet incident pouvait bien avoir avec grand-mère, quel rapport avec sa visite, avec son arrière-grand-mère. Mamé, elle, avait l’air de comprendre et prit une allure entendue, comportement un peu précieux qu’elle a lorsqu’elle est sûre d’elle, flattée aussi tout en feignant la modestie.

Elle me laissa un instant avec l’homme avachi sur sa chaise. En proie aux pires douleurs, il crut bon tout de même de me tenir conversation : la pluie, le beau temps, l’orage de la semaine passée qui a raviné le chemin et cette foutue crevasse qui lui a tordu le pied. Je ne répondis pas, méfiant et ne comprenant toujours pas la situation. Mamé. Une ornière. Un homme inconnu au pied foulé qui frappe à la porte, s’étale dans le couloir. Tout ça était bigrement bizarre, rien qui ne me mettait en confiance, tout qui me poussait à ne pas lui adresser la parole. Mamé revint, toujours à petits pas glissants sur le pavé, avec à la main son chapelet noir. Sans un mot, elle s’agenouilla prés de l’inconnu, défit avec minutie les bandes grises de son pied endolori, les étala une à une sur le sol piquées de leur aiguille respective. Puis elle prit son chapelet entre les doigts, accola ses mains pieusement et se mit à prier tête baissée. Sa voix en murmure s’imprima sur les murs sans qu’on ne pût distinguer une seule de ses paroles. Ce fut un long monologue en complainte qui se termina par quelques graphes du pouce sur les parties les plus enflées et par de grands signes de croix sur les deux chevilles de l’homme.

« Je ne garantis rien » dit-elle en se relevant. Je regardai la scène avec stupéfaction, qu’est-ce qu’elle ne garantissait pas ? Elle offrit un verre d’eau à notre éclopé qui peu à peu reprit des couleurs, visage plus détendu et sourire attenant. Après une brève discussion sur un sujet tout autre que je n’entendis pas, que je ne suivis pas, il se leva comme si de rien n’était, remercia grand-mère lui proposant même cinquante francs que bien entendu elle refusa et partit en gambadant comme un beau diable. Mamé le regarda s’éloigner sur le pas de la porte tandis que derrière elle, je n’en revenais pas : ma grand-mère était une guérisseuse, elle guérissait les foulures.

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#petitehonte - 9

C’est mourir de dire, s’enfermer à double tour, haletant, le sang glacé qui tourne, qui transforme la petite honte en peur. C’est blafard remonter le temps, vouloir trouver morale mais ne pas pouvoir exprimer. C’est se retourner vers soi, encapsuler dans sa tête les moindres faits et gestes de l’autre, le maudire pour s’éviter.image





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#petitehonte - 8

C’est souffrir à l’excès, une estafilade à l’esprit à en perdre la raison. C’est reporter à demain la parade, tenter d’oublier. C’est ne plus pouvoir croiser le regard de l’autre, ses pensées en contre-champ, le regard qui frise aux premiers échanges. C’est le couvrir de T’as pas fini avec ça, vraiment. C’est lui faire croire que c’est terminé, que la bévue est oubliée, qu’il ne faut plus parler de ça, que c’est saoulant de revenir sans cesse là-dessus. Et c’est finir par ne plus pouvoir/vouloir voir l’autre, couper pour ne plus avoir honte.
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#petitehonte - 7

C’est bafouiller, perdre les pédales, s’enfoncer encore plus. C’est un ravin de mélasse, les mots qui glissent sur la paroi, et l’autre en haut qui rit. En faire des tonnes, patauger à l’excès, le trop peut sauver la face, exagérer encore, troubler l’autre afin de chercher en lui la collusion. C’est transformer la petite honte en compassion, trouver le ton et les paraboles idiotes qui feront se tendre la main qui sauvera. image








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L’étalon

imageChaque fois, il se cabrait, se dressait, torse bombé, quand il percevait chez l’autre un assentiment exagéré. Lui, il aimait la Vérité avec un grand V. Etalon dans sa curie, il ruait facilement dans les brancards lorsqu’il surprenait une once d’hypocrisie dans les yeux de son interlocuteur. Il lui fallait du brut au pur-sang, de la réponse au tac à tac. Jamais, répétait-t-il, au grand jamais il ne se vexerait devant la sincérité, même à son propos, même si celle-ci s’avérait être embarrassante pour sa personne. Il ne pouvait pas se contrôler, il le savait, il la sentait monter la fureur dans son corps à la moindre lueur espiègle, au plus petit regard veule du mensonge et à cet instant, une décharge d’adrénaline le faisait bondir au triple galop et foncer poitrail en avant dans le lard de son railleur. Point de nuance chez cet homme habitué à monter sur ses grands chevaux, aucun pensées décalées, réparties spirituelles ou autres gausseries. Pas son truc à l’équidé, au mâle tout puissant à la pensée unique et au tempérament de feu.

C’était ainsi, c’était acquis, connu de tous jusqu’au jour où tout a basculé. Au réveil, l’épouse de notre étalon, la jument câline allongée à ses côtés, la tête inclinée fiévreuse de déposer sur ses lèvres un baiser animal, murmura à l’oreille de son cheval qu’il fallait vraiment qu’il fasse quelque chose pour résorber son haleine de poney.

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#petitehonte - 6

C’est accepter, le regard troublé, feindre, avoir plus mal que. La gêne qui dans le corps tresse des cordes tendues, qui implose le dedans, c’est les faire ressortir, jouer du lasso pour encercler l’autre. Ne pas lésiner sur la douleur, se maudire s’il le faut. Mais quel con je fais ! Mille et une plates excuses, tenir seuil de ses jambes à genoux, implorer le pardon les bras au ciel. Trop en faire pour se défaire de la petite honte, la voir changer de camp et sourire.image





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On joue !

On joue !Pour jouer, il fallait aller jusqu’au bout du quai dans nos tenues de tous les jours, les panoplies bien rangées dans des sacs de supermarchés : un gilet, une ceinture, un foulard, un chapeau, un badge étoile, des menottes, des éperons, une gourde, une carte. Manquait que les revolvers à pétards que Max apportait dans une valise en plastique argenté, réplique de la vraie mallette de tueur, avec un emplacement pour chaque arme taillé dans de la feutrine calée à l’intérieur. Plus nous avancions vers le terrain de jeu, vers le Far West, plus nos bras s’écartaient de nos corps en formant des arcs de cercle, plus nos torses se bombaient et nos démarches s’emboîtaient dans un balancement viril. Nous étions Nick, Max et Travis, une jeune squaw nous suivait de son plein gré, la plume dans les cheveux et le cœur vaillant à scalper du cow-boy. Pauvre ingénue !

Arrivés aux portes du saloon, véritable cabane abandonnée, Nick tapait du pied dans la porte, entrait avec grand fracas et commandait un whisky en frappant du poing sur le bar, authentique vieux confiturier vermoulu couvert de toiles d’araignée. Travis sautait alors le meuble et imitait le barman en faisant voltiger bouteilles et verres, façon Tom Cruise. (Nous n’étions pas à un anachronisme près) Max ne bronchait pas d’un sourcil, c’était le boss et il ne s’abaissait pas à participer à ces parodies stupides. Lui, c’étaient les armes qu’ils transportait, grande responsabilité qui lui incombait. Alors pour donner du poids à son rôle, il allongeait les traits de son visage en tordant sa bouche sur la droite et balançait sa tête de haut en bas avec un air empreint des plus grandes brutes de l’Arizona. Puis lentement il déverrouillait la valise. Il créait la tension et plaquait sur nos panoplies la dramaturgie nécessaire. Dans le saloon, nous l’observions avec respect les mains dans le dos, paumes collées sur le confiturier, personne ne mouftait. C’était du sérieux, c’était du lourd. Une fois que chacun avait revêtu son habit de cow-boy, il reprenait un instant sourire et voix d’enfant pour crier « Allez, on joue ! » puis nous distribuait les flingues, du plus petit au plus gros, suivant l’ordre croissant de nos âges.

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#petitehonte - 5

C’est jouer à des Je te jure que c’est pas ce que je voulais dire. C’est être à côté, changer de bord pour mieux digresser sur ce Je voulais pas dire ça. Allez de l’avant pour le transformer en Je n’ai pas du tout dit ça enfin ! L’accentuer s’il le faut par un Tu me connais quand même. Imparable garde, impossible d’envisager pour l’autre qu’il se trompe sur vous depuis toujours. Et au bout, ne peut que faire verser petite honte sur l’autre bord. image





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#petitehonte - 4

C’est reposer la faute sur l’autre, le tiers absent, le toujours tort qu’il est, bien pratique. C’est ne pas hésiter à le décrédibiliser, c’est lui la faute, transposer la petite honte sur lui. Pas là, pas vu, pas pris, se tordre en logorrhée, sauter dessus, changer de sujet. Noyer le poisson, sera bientôt venu le temps d’après pour confronter et trouver nouvelle parade.

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Retourner

image Parfois, j’ai envie de retourner là-bas mais jamais je ne vais. C’est lourd, c’est charge émotionnelle trop forte, certainement. Pas envie d’une pathétique recherche de mélancolie, pas besoin de te retrouver près de la porte faite de bric et de broc, d’un chambranle de récupération, de fils de fer enchevêtrés en guise de serrure. J’ai les images dans ma tête, de tes doigts qui tordent le fer, de tes mains rocailles qui labourent la terre. Pourquoi se déplacer, aller se recueillir là où tu récoltais ? Pas utile. Pas bien.

C’est la peur qui me retient aussi, peur de ne plus reconnaître les lieux, de déplorer l’état de ton lopin de terre, de retrouver ton jardinet en friche, crainte de me brouiller l’esprit et les yeux devant l’envahissement des mauvaises et hautes herbes, celles que tu délogeais avec ton bigòs dès qu’elles rognaient sur tes plantations, c’est tout ça qui germe grossièrement quand j’évoque inopinés quelques tableaux de toi sous le soleil. Alors, je me force à garder l’endroit intact, je fixe le temps sur des rangées de légumes tirées au cordeau, de tomates en particulier que tu ramassais toujours trop vertes, c’est meilleur pour la salade, tu disais. Je bloque sur le parterre d’énormes melons que tu gonflais d’eau pour qu’ils soient plus gros que ceux du carré voisin. Je m’arrête et m’assois sur le rebord du puits au fond du jardin, je garde la fraîcheur de ses pierres sur mes cuisses et je gratte mes genoux râpés au sang d’avoir essayer de grimper dessus. Et j’entends ta voix.

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#petitehonte - 3

C’est faire mine de, de ne pas avoir compris que. Rebondir sur un faux malentendu, c’est jouer faux-cul, minimiser pour ne pas avouer, garder à l’intérieur la petite honte, surtout ne pas la laisser glisser. Serrer les dents, comprimer les fesses. C’est repartir sans être dupe que l’autre, en face, au minois moqueur, a bien compris la lourde. Alors, c’est s’enfuir plus vite parce qu’il n’y a plus que ça.image





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Nœuds

Noeuds (photo Christopher Selac) Elle tourbillonnait toujours sur sa tête des milliers de pensées en accroche-cœur. Petite-fille au regard sage, elle était tombée en moins d’années qu’il ne faut pour l’écrire dans un corps de jeune femme, étrangère à elle-même, bouleversée dans une chair mouvante, dans un tout modifié dont elle n’avait même pas rêvé l’existence. Des âmes cupides au changement pubère, telles des électrons saisis de l’atome, ne tardèrent pas à lui tourner autour, beaucoup trop autour. Ces esprits happés par la convoitise lui faisaient mille risettes, sourires en cœur, bouche molle et salive en coin, attirés qu’ils étaient par les rondeurs et autres saillies charnelles qu’elle affichait bien malgré elle.

Au-dedans, rien de comparable. Son corps en trahison, un corps trop vite devenu grand, ne ressemblait en rien à ce qu’elle était vraiment. Ne subsistaient en elle qu’incompréhension de mise pour battements incontrôlés et apparence trompeuse de la jeune fille en fleur, otage de son enveloppe trop vite décachetée. Elle, c’était encore de l’enfance qu’elle roulait dans ses cheveux blonds ondulés. Prise en chasse des regards audacieux, elle répondait, statique poupée de porcelaine transie d’effroi, par un index rouleau qu’elle vissait longuement dans une de ses mèches. Nerveusement, l’œil circonspect et les pieds en triangle, elle tricotait ses angoisses devant le mâle en arrêt, s’aidant de son ongle pour s’accrocher à elle, la petite, toujours petite, et jouant de ses phalanges acrobates pour tisser ses boucles, rondes pures d’innocence. Ainsi d’un cheveu, elle croisait l’espoir que la gêne face à l’intrus enfin la délaisse et autour d’un seul doigt retenait là l’enfant qui s’évanouissait sous les œillades indiscrètes. Elle tournait si vite que de ses fils d’or elle faisait des nœuds, de gros nœuds de paille entre ses croches rebondies. Son index alors prisonnier jusqu’à la racine, la parade de la petite était terminée ; garde tombée, elle décochait un œil oblique et humide à son charmeur et laissait monter sur ses joues le rouge de la honte.

illustration : Joseph Gray

Texte publié initialement chez Christopher Selac dans le cadre des vases communicants du mois d’août.

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#petitehonte - 2

C’est le regard qui fuit devant, la bouche en coin qui trahit les mots trop vite dits. C’est goûter les pieds dans le plat à la pâtée qu’on vient de répandre. C’est s’engluer dedans, pédaler semoule et ne plus s’en sortir. Au secours, la tête à ras, secouer encore le corps alors qu’il est trop tard.image




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Merci

Merci Tous les matins, elle déplie avec application une chaise en fer devant la porte, une grande porte cochère aux poignées grosses comme deux poings. Elle dresse devant elle une petite table en bois sur laquelle elle dépose une soucoupe en porcelaine grise et y glisse deux ou trois pièces de vingt centimes pour attirer le chaland. Avant de s’asseoir, elle balaie le perron de long en large avec le revers de ses Méphisto. Tout en claudiquant, elle rassemble la poussière ocre du plat du pied pour en faire un petit tas qu’elle ramasse à l’aide d’un bout de carton, un panonceau avec la mention « merci », qu’elle époussète discrètement au pied des portes voisines. Ensuite, elle s’installe, plie puis cale le carton sous la soucoupe et sort pelotes de laine verte et grandes aiguilles blanches enfouies sous sa robe. Le dos courbé sur son ouvrage, elle se met à tricoter lentement, une maille à l’endroit, une maille à l’envers.

Elle ne lève le regard sur personne et dresse à peine un sourcil lorsqu’une bonne âme fait tinter une pièce dans son écuelle. Elle marmonne entre ses dents jaunes un merci aussi plat que son carton et renfile d’un coup sec ses aiguilles dans son vert tricotage. Chaque jour, trois pelotes passent entre ses doigts crochus et lézardés. Par tous les temps, elle brasse des centaines de battements d’aiguilles anonymes au rythme des allées et venues des pressés la main entre les jambes, des criards au téléphone pendu, des prévenants au sourire compassionnel, des dédaigneux aussi, de ceux qui sortent et détalent dans la rue en faisant mine de ne pas l’avoir vue. Et pendant tous ces jours, dans sa tête passent des milliers de points de croix, des pelotes en déroulement, des brassières naissantes et de longues écharpes chaudes. Vertes. Toujours. Dame pipi, au 120 rue de l’Abbé ne confectionne que du vert. Couleur de l’espoir, espoir de voir le jour où elle pourra quitter sa chaise devant la porte des toilettes publiques en jetant sur le trottoir les quatre sous de ses clients aux vessies libérés.

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#petitehonte - 1

C’est un mot, un geste, un éclair dans le temps, un interstice dans l’ego, une faille dans le moi. C’est une petite honte qui rosit la joue, qui culbute paroles à l’envers, bafouilles maladroites, qui fait mentir, se débiner ou balancer mais qui donne sourire après, quand on se souvient. Oubli, réaction, introversion, fuite, réplique, mensonge aux petites flétrissures de soi.
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Blanche lune

image Bonheur de se réveiller sur un filet de lumière qui passe entre les rideaux. Orange, vert, bordeaux par le prisme des couleurs des étoffes mélangées, se souvenir, en première image du jour, de la veille au coucher et de son corps allongé sur le côté, en demi-sommeil dévoyé. Revoir, yeux refermés, la lueur de l’instant, l'éclat pleine lune qui perce les mêmes rideaux sans libérer d’aquarelles, mais en étendant longue une lumière blanche qui épouse les contours et dresse sa beauté en variations ébènes et opalines. Dans mon œilleton, se fondre dans ce monochrome charnel et s’appliquer à onduler sur monts et vallons de sa silhouette. La chaleur en médiatrice, sentir monter l’odeur de la nuit et la sienne profonde en phéromones qui ne flattent pas que naseaux. Faire et défaire la courbe confuse des corps : des pieds qui se frôlent sous la couette rabattue au fond de la couche, des jambes qui se chevauchent en friction chaude, des mains qui se croisent sous les ventres ou dans le creux de l’oreiller, des bouches en lippes gonflées qui cherchent étreintes dans la pénombre. Bouger, virer, puis s’alanguir tête à nuque pour choyer les rondeurs, parcourir les cimes sans toucher les bouts en s’accordant sur les plus ronds et caresser leur grain de peau qui crisse satin sous les doigts. Et ne plus en finir de sillonner en aller doux, paume qui glisse sur peau hâlée et en retour exquis, tranche de main qui frôle les parties cachées, jusqu’à blanche lune.

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ne f’rai plus #30

ne f’rai plus de « ne f’rai plus ». vous salue pas. et puis voilà
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ne f’rai plus #29

ne f’rai plus de mal à une mouche. c’est pas qu’elles m’emmerdent pas ces sales bestioles, mais tu en tues une, t’en as dix qui reviennent te faire chier. alors, basta, vais laisser vivre les mouches, toute façon tant qu’en france y aura autant de merdes. et puis voilà.

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L’ennui de la route

l'ennui de la route Le grand chaud s’écrasait dans notre bassin, dans notre conque de village à l’atmosphère viciée, il était temps de monter, de fuir la vallée, d’aller prendre un autre air qui me ferait du bien. Chaque année, ils me montaient en vacances, là-haut, dans de verts pâturages qu’on atteignait par virages serrés, ils m’emmenaient en colonie pour quelques semaines.

La vieille auto chargée, nous partions tôt le matin, à la fraîche. Papa au commande, maman en passagère et moi, derrière sur la banquette lâché à l’ennui de la route. Nous montions, engloutissions bitume fondu dans crissements de pneus et crépitement d’autoradio. - Change de radio, s’il te plaît. - On capte rien ici. Et papa enclenchait sa cassette blanche, Jean Ferrat me promettait alors que la montagne serait belle. Comment aurais-je pu m’imaginer ? Je m’ennuyais ferme, les cuisses collées sur le skaï, je me levais, sautais, m’allongeais, m’asseyais, m’accroupissais, chantais, agaçais mes parents. - J’ai faim. Et maman me tendait de son fauteuil un quartier d’orange à la pulpe sèche et aux pépins qui craquent sous la dent. Je n’aimais pas les pépins. Encore des virages, étroits, des boucles qui grimpent, des à angle droit, des tordues, des gravillonnées, des lisses, des mouillées de soleil, des aigues plantées du larsen de la radio, des graves à la toux que crachait papa. Tout pour me remuer le ventre et lâcher mon mal de voiture sur la banquette en haut-le-cœur exagéré. - Je suis malade, maman. J’ai soif. - Ralentis, le petit n’est pas bien. Le reste du voyage se passait avec un sac en papier entre les jambes et le vent dans mes cheveux, vitres avants ouvertes au déplacement. Lent, le déplacement, lent, pesant des beuglements de Jean, du silence de devant, des roues qui collent à la route, des rares véhicules que nous croisions, que je comptais, un à un, que je subdivisais en couleurs, scrutant quand je pouvais les plaques minéralogiques pour faire un nouveau découpage en département. - C’est quand qu’on arrive maman ? - Encore une bonne heure. - Mais ça fait quoi une heure en nombre de tournants ? Elle baissait alors le pare-soleil en m’indiquant que sa longueur représentait notre trajet et avec son index, elle pointait à peu près notre position, juste au-dessous et au centre du petit miroir. - Tu vois, nous avons déjà fait la moitié.

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ne f’rai plus #28

ne f’rai plus ton job à ta place. oh garçon, y a pas marqué ducon sur mon front. tu te bouges le cul et tu vas bosser. tu crois quoi toi, tu crois que j’ai fait comment pour t'élever et te faire bouffer moi ? et pendant la guerre, les tickets de rationnement, les rutabagas tout ça, tout ça. on a failli crever nous, tu vois. et puis voilà.

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Temps élastique #dicila7

image Il marmonne dans sa barbe en fouillis. Plusieurs jours que sa vie d’ermite épouse son corps sale. Il ne parle plus, reste en boule, expie le temps, ce temps qu’il voudrait élastique. Un élastique, il en tient un dans ses mains, un de ceux dont il se sert pour rassembler son courrier en paquet ligoté. Il le tourne entre ses doigts, le fait circuler, l’enroule en alliance. Un élastique qu’il faudrait bander au maximum pour qu’il sorte de sa bouillie intérieure. Il songe alors à une ligne imaginaire du temps qui s’accélérerait au gré de l’allongement du ruban de caoutchouc. Il le tend au-dessus de sa tête, le pointe vers le ciel, droit vers un avenir serein, le relâche et en serpentin, l’élastique se débine, se rétracte sur lui-même dans une figure molle sans direction, dans un présent pesant qui ne s’anime que du passé, encore.

Il marmonne dans sa barbe en fouillis, se gratte le menton de la réflexion et dans cette jungle luxuriante n’extrait que le passé encore présent. Dans son for intérieur, quelque chose le retient à l’instant, inextensible. Moudre le passé pour s’inventer un présent, il en est là, toujours, à ressasser les revers, à laisser filer le temps comme l’élastique de ses doigts, dans un champ impossible, dans l'incapacité de tirer un trait, de tendre une ligne vers l’avenir. Il veut avancer, envisager un ailleurs, un incertain lendemain, ne pas en avoir peur. Il bande plusieurs fois l’élastique entre ses mains, écarte au maximum sa ligne de vie, tend avec vigueur pour passer outre le point de rupture. Il écarte ses bras en croix jusqu’à atteindre la tension la plus forte. Les bouts de l’élastique s’effritent, glissent de ses doigts cireux : il doit lâcher, la ligne file et claque violemment sur son visage. L’avenir n’existe pas, encore.

Texte initialement paru dans la revue d’ici là n°7 dirigée par Pierre Ménard et publiée chez publie.net.

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ne f’rai plus #27

ne f’rai plus de la provocation pour le plaisir. non, j’irai vous faire chier pour rien, parce que c’est ça que je fais de mieux dans ma vie. pour que dalle. et oui, vous vous débarrasserez pas de moi comme ça, bande de cons conformistes. je vous mettrai le feu jusque dans vos tombes. et dis, toi, oui toi, sur la mienne tu viendras mettre des glaïeuls temps en temps ? et puis voilà.

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Dédé et Maurice

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S’en fout le Dédé de ce qu’on pense de Maurice, de sa sale gueule de taulard, de sa balafre sur la joue, de ses coups de sang, les soirs imbibés. Oui, il roule pour lui, le Dédé, pour son Maurice, ferait n’importe quoi pour lui. C’est bien simple sans Maurice, Dédé serait pas Dédé. Une simple loque sur un trottoir qu’il serait, si Maurice il l’avait pas sauvé ce soir-là.

C’était en décembre de l’an passé, dans une impasse, le Dédé, il cuvait lentement sa vinasse du jour entre deux conteneurs verts. Une baguette dure dans les gencives, il avait pu la gnaquer, mordre à pleines dents dedans, mais voilà pas eu la force de la retirer, alors s’était endormi comme ça, ce con-là, le pain sec dans la mâchoire et un fond plastique de Villageoise entre les jambes. Deux paumés l’avaient surpris dans son somme, à la fraîche, devait être cinq du mat’ pas plus. Venaient là pour leur piquouse ces putains de junkies puis ils ont eu peur quand ils l’ont vu étalé là de tout son long, l’ont cru mort sûrement, étouffé par son tros de pain. Puis, ce con de Dédé l’a commencé à gémir dans sa barbe alors y en a un qui a flippé et cet enculé-là, il a commencé à balancer des coups de savates dans la gueule au Dédé. Des coups de lattes dans le pain sec, à lui coller les miettes dures dans le gosier au Dédé, façon angine blanche. Et c’est là qu’il s’est pointé le Maurice, fringant dans son costume soixante-dix, genre Al Capone couplé à Rambo, tu vois. L’a pris les deux marioles par le colback et les a envoyés valser dans le décor, chacun son conteneur, le cul au chaud sur les tomates pourries de l’épicier du coin, tu vois. Fallait voir, l'a ramené pas les ostrogoths !

Voilà et depuis ce jour là, le Dédé, il peut dire qu’il l’aime son Maurice. S’en fout de sa gueule de taulard, de sa balafre sur la joue, de ses coups de sang. S’en fout même, fais semblant de pas savoir, que ce soir-là, le Maurice, il est retourné après l’avoir couché au Dédé, l’est retourné les refroidir les deux lascars. C’est avec deux gros trous comme des figues dans le front qu’on les a retrouvés au matin, les cons.

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ne f’rai plus #26

ne f’rai plus la queue aux caisses chez Auchan. me mettrai un coussin sous le pull et passerai aux caisses prioritaires. ah ah ah, bande de cons, si vous continuez à m’emmerder, je mangerai qu’avec les produits de l’épicier arabe. y a qu'à ça qui sert cui-là toutes façons. et puis voilà.

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Chercher le frais

Chercher le frais Dans la maison, on crochète les volets en clefs, bouclier qui protège de l’agression du dehors où le brouillard en soleil encercle. Ainsi en retraite, calfeutrés, on cherche le frais, entre les pièces, couloirs protégés, enceintes sans fenêtres aux pierres sèches qui ne connaissent pas la chaleur. On se cache pour un temps, de quatorze à dix-sept heures au moins, on s’oublie du jour pour se sauver de l’oppression. Les pièces sombres tranchent avec la clarté haute et agressive du ciel, elles donnent le change à la lumière du plus fort de l’été, elles nous protègent de l’aveuglante et lourde moiteur qui tombe nous figer. Pour ce faire, on calfeutre avec soin au travers des moustiquaires, on bouche mais pas trop, on ferme mais pas entièrement, il faut laisser des espaces, interstices qui face à face, d’une pièce à une autre, d’une fenêtre à une porte entrouverte créent le déplacement frais, l’appel entre deux brèches qui provoque le courant d’air. Une fois la maison bouclée, cette brise incitée se lève au moindre battement du dehors, s’engouffre d’un filet de vent échappé de l’accablement. Elle roule sur nos joues, rafraîchit nos nuques et lève lentement une odeur de poussière voletée qui vient nous donner respiration neuve. Elle effleure douce nos peaux et emporte nos esprits dans le refuge de la sieste, dans l’attente du soir où nos corps pourront à nouveau se mouvoir sans transpirer à grosses gouttes. Les pensées en pause, les pieds nus qui glissent sur le carrelage en quête d’apaisement, on étouffe avec langueur le feu qui dehors dévore tout.

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ne f’rai plus #25

ne f’rai plus souffrir mon prochain. putain, la vie va être triste. ça signifie que je vais plus aimer et être aimé alors. hummm, ok on est plus à un détail près, foutu pour foutu hein. te grifferai encore le dos. et puis voilà.

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ne f’rai plus #24

ne f’rai plus grève. tout ce monde dans les rues, beurgh, ça pue la sueur et la revendication de mendiant. ils laissent tout sale derrière eux, ils bloquent, qu'ils disent, et après on trouve plus rien à bouffer au supermarché avec ces cons là. puis qu’est-ce qu’ils croient, qu’on peut encore faire la révolution. on est foutu. et puis voilà.

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Vert matin

Vert matin Me suis endormi une fraction de seconde. Comme une petite perte de connaissance et j’ai rattrapé l’auto de justesse d’un coup de volant vif, un réflexe sorti - je ne sais comment - de ma micro-léthargie. J’ai freiné, serré le bord et mordu un peu le gravier. La voiture a continué de rouler libre quelques secondes sur l’accotement, le pied léger sur la pédale, puis s’est arrêtée dans un craquement lent et décomposé des derniers gravillons. Et ensuite plus rien, un vide, un grand silence sur le jour devant moi, sur l’à peine jour, un matin que je n’avais pas vu venir, un temps échappé que la vitesse et le sommeil m’avaient masqué. Mes yeux ont mouillé un peu puis se sont froncés sur le premier rayon de soleil sur la colline, un rai rasant sur la cime, mince filet qui a vite grandi, plus vite que mon esprit endolori en s’étendant à vive allure sur le versant devant moi. Alors rapidement la colline s’est éclairée, les taches sombres de nuit ont disparu. Sa rondeur, ses bandes boisées, ses chemins de traverse ont éclaté au grand jour dans un vert, un vert, un vert incroyable. C’est fou comme elle était verte tout à coup cette colline. Un vert puissant, un vert démesuré, du vert partout, du jamais vu tellement c’était vert. J’ai éteint le moteur, passé mes yeux au frottement de mes poings et face à ce spectacle, j’ai cru que j’avais vraiment eu un accident. Un instant, j’ai pensé que je n’avais pas freiné, que je n’avais pas donné ce coup de volant réflexe, que j’étais dans le ravin, courbé dans mon auto, évanoui, ou même mort peut-être. Bon dieu que cette colline était verte !

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ne f’rai plus #23

ne f’rai plus confiance aux politiques. tous des pourris, tout ça, tout ça. hips ! magouilles et compagnies, malversations à tout va, vas-y que je m’enrichis sur ton dos. hips ! ‘tain, j’aurai pu faire l’ENA quand même. toutes façons, j’vote pas. et puis voilà.

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Qu’on en finisse !

Qu’on en finisse !Qu’on me le donne ! Qu’on me le passe sur la tête ! Je ne veux pas. Je ne peux pas. Qu’on me laisse tranquille sur mon livre, les yeux en perte sur les lignes, sur le flou de ce que je ne lis pas, qu’on me laisse juste le regard posé sur le creux des pages, sur un vide livide, si vide. Qu’on me laisse attendre ! Attendre que l’heure sonne pour fuir. Loin. Ou alors qu’on me le donne de suite ! Je n’irai pas de toute façon. Ne monterai pas sur la scène. Ferai colère. Sourde. Muette. Je ne sais pas. Je ne sais rien. Rien de la leçon écrite là sous mes yeux qui se brouillent. Qu’on me le donne ! Je ne veux pas aller. Je ne veux pas monter. Monter sur cette estrade. N’irai pas. N’irai pas au tableau. Affronter tant d’autres regards inquisiteurs, moqueurs, sales. Non. Pas me déshabiller de haut en bas, veux pas de cette pression sur moi. Sur ma bouche en rond hébété, sur mes mots qui ne sortiront pas, sur mes yeux tombés sur chaussures, sur cette angoisse baveuse dans ma voix étranglée, dans mon ventre concave de regards en coups de poing assénés. Qu’on me le donne ! De suite ! Qu’on me le donne mon bonnet d’âne ! Qu’on en finisse !

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ne f’rai plus #22

ne f’rai plus correctement mon travail. quand j’en aurais un. ben oui, on est pas mieux payé, ça se saurait, bande de cons besogneux qui couraient vers une carrière que vous n’aurez jamais. encore si la médaille du travail existait toujours. sinon, t’aurais pas cent balles ? et puis voilà.

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A la sieste

A la sieste Le soleil tombe dans le sous-bois. Il est l’heure. L’heure du silence après le tumulte, l’agitation d’après le repas, des jeux rapides, des osselets planqués derrière l’escalier et des ballons qui frappent les murs. Par les fenêtres, volets clos, le gros jaune lézarde par tranche et pique les lits d’un rayon vif. Il fait chaud, très chaud et le silence peu à peu gagne sur nos batailles de polochons. Quelques corps encore en soubresaut d’énervement font grincer les sommiers. Les murmures circulent d’îlot en îlot, sautent quelques respirations haletantes pour venir mourir sur les derniers rangs. Au fond du dortoir veille l’autorité, lampe de chevet allumée dans l’obscur fabriqué. Elle requiert le silence, ombre chinoise qui sort tête ébouriffée de son repaire, lampe de poche braquée dans les yeux des récalcitrants. L’angoisse monte sur des envies de pas dormir, des shorts qui collent les cuisses, des pieds qui puent et des yeux fixes ouverts sur le trop de jour du dehors. Alors rampent les petits mots entre les matelas, petits papiers griffonnés de dessins grivois, bites au cul et chattes poilues. Des rires étouffés sous l’oreiller à chaque passage de témoins, on lit qu’un tel a fait pipi au lit, qu’un autre est une poule mouillée ou que le mono est amoureux de la directrice. On s’excite, on se cherche dans la pénombre qui désinhibe. Perdus des yeux, on se déclare en relance de papiers, le cœur griffonné crayon gris, à coup d’équations amoureuses à aucune inconnue, à charge de liaisons à jamais, dévoilés de graphes avec initiales additionnées qui égaleront pour toujours un amour éternel. Et on se promet qu’après la sieste, quand le soleil se sera relevé, on les gravera à l’opinel sur le grand pin près du sous-bois.

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ne f’rai plus #21

ne f’rai plus de place aux vieilles dames dans le bus. à cet âge, on prend plus le bus et puis c’est tout. c’est un coup à se briser le fémur sur le marche-pied ou de finir là sur le carreau ; après on s’étonne que les hôpitaux soient engorgés. non, les bus, interdit aux vieux. et puis voilà.

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ne f’rai plus #20

ne f’rai plus les soldes. ah non, jamais, plutôt mourir sur place, d’ailleurs, c’est ce qu’il risque de m’arriver, rivé à mon écran, devant mistergooddeal. clique, clique, etc… jamais de file d’attente, mais l’anxiogène adrénaline au bout du panier. et puis voilà.

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ne f’rai plus #19

ne f’rai plus de maquettes d’avions avec des allumettes. ouf, j’en ai jamais fait. remarque j’aurai peut-être été invité à des dîners, avec des grands de ce monde, engoncé dans un costume trop petit, j’aurai ripaillé tout en parlant de mon chef-d’œuvre en cours, la réplique au 1/10000e de l’airbus A330. ah, j’aurai été con, dis-donc. et puis voilà.

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Noeuds #VasesCommunicants

Je reçois aujourd’hui Christopher Selac dans le cadre des vases communicants du mois d’août. Il nous propose une expérience “inédite” de poèmes enchâssés dont il fait la présentation ci-dessous. Vous pouvez retrouver Christopher sur son blog de l’autre côte du livre hébergé par la plateforme de livre au centre, mais aussi sur twitter et facebook. Il est également auteur de polars : Retours de bâtons (titre provisoire, achevé en 2008 et en recherche d’édition), Un dollar le baril et L’affaire des jumeaux de Bourges qui devrait être édité au printemps 2012.

Le vase de ce mois-ci est une expérience. Le texte que je vous propose se situe dans la fenêtre ci-dessous. Vous pouvez vous y déplacer librement maintenant votre souris cliquée à gauche et en la déplaçant. Vous pouvez également zoomer en avant et en arrière dans le texte grâce aux deux icônes en bas à gauche.
Au début de l'expérience, partez du centre. Ensuite, l’œil navigue et compose son propre texte, dans l'ordre qui vous plaît.

Si d'aventure, vous avez du mal à naviguer dans la carte, essayez aussi ici.

Je n'ai pas exploré toutes les possibilités, comme la composition de micro-textes enchâssés dans l'ensemble et mis en exergue par la police, sa taille, sa couleur. Ce logiciel, Wisemapping, permettrait aussi de composer une carte mentale à plusieurs... Mais c'est une autre histoire.

Voici la liste des autres vases communicants du mois d’août :

An NB et Pierre Ménard
Samuel Dixneuf et Benoît Vincent
Camille Philibert-Rossignol et Chez Jeanne
Urbain trop urbain et Microtokyo
Christine Jeanney et Anna Vittet
Isabelle Pariente-Butterlin et Olivier Lavoisy
Nicolas Bleusher et Brigitte Célérier

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ne f’rai plus #18

ne f’rai plus la gueule sans raison. oui, promis, je me débrouillerai pour toujours en trouver une (raison) débile s’il le faut, obscure, serai abscons même, encore mieux d’ailleurs. tu comprendras pas et moi non plus mais on se le dira pas. on sera cons et ça sera bien. et puis voilà.

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ne f’rai plus #17

ne f’rai plus semblant. enfin, il me semble que je tâcherai d’essayer de feindre avoir été pris en train de ne pas faire semblant. tu suis ? bref, continuerai à mentir. et puis voilà.

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Battent pavé

Ombres

Des soirs d’hiver en réverbère, corps allongés, envie d’alanguis, bientôt langoureux quand petite ombre sera couchée. Nos pas pressés pour arriver, rentrée au débotté pour un déshabillé des ombres. Ainsi se taille dans la nuit le bruit écrasé des talons sur les cailloux, coup de pied sur les arêtes et sauts de puce sur les bordures. Du noir des soirs d’errance, virée de pavés, bruissement au coin des portes des corps pas encore ombres, éclairés d’artifices, on avance. C’est une marche en accord, pieds qui s’élancent, battent le sol en cadence, sur nos mains crochées ou fouillées des poches. Encore absorbés dans l’ombre, des sourires dans l’obscur se dessinent, nos désirs en contours simples qui décorent la rue. Dedans, au-dedans du dedans, du sentiment masqué, manqué et nos cœurs en sutures dans le flou noir et profond. On fait danser là nos allures chaloupes pour silhouettes qui libres s’élancent. Têtes ovoïdes, corps et bras batraciens, petites jambes en bobines coincées dans la nuit et le regard amusé de petite ombre qui se moque. Nos yeux dans le vide, tendres, le noir qui tangue sur les murs pour nous faire aimer nos intérieurs, ici battent pavé nos vies en reflet voûté sur les trottoirs gris.

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ne f’rai plus #16

ne f’rai plus à autrui ce que je ne veux pas qu’on me fasse. ouais bon, tiendrai pas longtemps, hein, qui aime bien châtie bien, blablabla, tout ça, tout ça. puis d’abord, c’est toi qu’as commencé, arrête de crier où je le dis à maman. dis, je peux dormir avec toi cette nuit ? et puis voilà.

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ne f’rai plus #15

ne f’rai plus rien pour le chienchien à sa mémère. m’agace à jacter celle-là, m’en vais la foutre à la fourrière la vieille. viens là gentil toutou. on choisit pas ses amis, on choisit pas sa famille, sur les trottoirs blablabla, tout ça, tout ça. et puis voilà.

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L’odeur du grenier

l'odeur du grenier Me revient ce matin l’odeur du grenier. En fait de grenier jamais il n’avait eu vocation à le devenir. C’était une chambre de plus, une chambre prévue pour je ne sais quelle personne de la maison, un autre enfant - non, je ne crois pas - une pièce pour les amis plutôt, enfin peut-être.

Coincée entre la chambre d’en haut, celle qui deviendra paternelle à la séparation des corps, et les toilettes à la chasse d’eau fuyante, c’était une pièce large à l’unique fenêtre donnant sur les toits. Elle était toujours fermée à clé car elle était vite devenue synonyme de danger : le sol était craquelé, sans autre revêtement qu’une terre fine et sablonneuse, quelques gravats jonchaient le sol et en son centre, un creux de deux mètres de circonférence se faisait menaçant pour qui osait s’y aventurer. Une pièce à retaper, disait papa, quand on aura l’argent pour le faire. Une salle de jeux, je reprenais, une salle pour moi, mes copains avec billard, flipper et grande table pour dessiner. Mais jamais la pièce à restaurer ne vit le moindre maçon.

Alors, elle devint grenier. On l’embarqua dans son rôle choisissant tout un tas de choses qui allaient constituer son fatras : vieilles valises, cartons sans nom remplis de poussières grises, vieux lits et matelas crevés mais aussi cagette de pommes de terre qu’on étalait là sur son sol instable pour les faire germer. Sa fonction prit place lentement au fil des années et des objets mis au rebut. Elle ressemblait de plus en plus en un grenier, un vrai, avec toiles d’araignées incorporées et odeurs attenantes. Senteurs de moisi, de renfermé, du froid aussi qui piquait quand on déverrouillait la porte, de l’humidité encore qui nous prenait le corps et les os. Et puis, celle persistante, mélange de toutes, celle qui me revient ce matin, avec une prédominance pour les patates gâtées, noires et piquées de germes, une terrible odeur de terre dure brouillée des relents putrides du plâtre humide qui saignait le plancher.

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