Neige. Mes pas comme cassures de polystyrène, j’avance et évalue chaque pesée de mon corps à quelques grammes d’air sur la matière molle et friable. Je cherche les mots qu’il me faudrait pour dire le blanc, pour rendre compte du vide que c’est le blanc, l’impression qu’il libère, le vertige de la disparition, l’absence de tout, la solitude sourde qui pourtant résonne. Puis renonce à dire, me contente de respirer large, la tête piquée du ciel, blanc.
Neige. Je marche sans ligne d’horizon, quelques arbres peignés de blancs tentent de m’arrêter mais ils s’enfoncent eux aussi, ils ne découpent plus vraiment la perspective. Sont là pour tenter de borner ce qui n’est plus, ce qui n’a jamais été, peut-être. Mes pieds sont seuls guides, les sensations hibernent : vue incertaine oubliée des dimensions, odorat piégé des clous du froid, goût du rhume jusqu’à la langue gercée et toucher camouflé dans des moufles trop moelleuses. Plus rien, le silence sur les épaules, j’avance sans réfléchir. Même mon ombre désormais me tourne le dos.
illustration : Craig Persel









