Epi 18


Le monde est un amas d’épi. Je suis au 18, je suis à 18. Face à moi, une plage, immense plage qui bave écume, une route de sable fin où poser mes traces, une vie sans entrave glissée dans la mer. J’y roule mon 18 sans penser au ressac. Epi 18, une naïveté, une douceur bleutée dans l’avenir. 18, temps majeur, où rien ne peut vraiment arriver, ça presse du présent, seul le futur est à composer et à 18 tout le monde se fout du futur.

Epi 18. Et puis quoi ? Je peux sauter ! Bleu, je ne suis qu’un bleu – pas d’autres couleurs possibles à 18 - tant que le panneau n’est pas un triangle bordé du rouge de l’absolu défendu, aucun danger. Il faut. Une à une, m’élancer sur les roches grises affables, sur les cuivrées et les noires excitantes. Hop 18 ! Bouffer l’air frais dans les alvéoles ocre - pièges à pieds - et me tirer des trous rouges incisifs - plaies d’orteils. Il faut. Me balancer des cavités noires gavées de moules saillantes - coupe-doigts et retourne-z-ongles : rien ne doit faire peur. Même pas mal. 18.

Plonger dans mon 18, au-delà de l’épi 18. Tout près de la vrille, la mer, ses trous profonds et ses courants forts. Et alors ? Le monde est un amas d’épi. Dans le dedans, l’insondable et au dehors, le débordement puissant. Peu m’importe, la peau se tanne au contact de l’épreuve et c’est à 18 qu’on doit flinguer l’angoisse de l’interdit. Je nage autour de l’épi, résistant aux tourbillons, les bras en frénésie sous la digue volante et les retours vers la côte me claquent le corps. Impétueux et fou, je fourrage les fosses sous-marines, bat les vagues de l’intérieur qui veulent me tirer vers le bas. 18.

Le temps peut bien trouer l’élan et le vent qui me porte. Suis plus fort que le courant. J’ai 18 et suis déjà un noyé.

En attentant les vases de vendredi prochain avec Gilles Bertin, reprise du texte publié sur fibrillations.net, le site de Jean-Marc Undriener, pour les vases communicants de septembre.