mai 2012 | fut-il.net

Archive for mai 2012

Arum

C’est un fil de vie, toi, moi, jamais ne s'arrête la tension du manque et même si je prends le temps en maîtrise pour poursuivre, il demeure que des flashs persistants reviennent comme des arrêts informels. Sans prévenir, une évocation et me voilà tout prés de te voir apparaître, douce hantise. Hier, ton visage, avant-hier une ombre, des mois en arrière, ton terreau, ta gouaille de père et aujourd’hui, aux contours imperceptibles de la mémoire, une incidente pensée longtemps enfouie.
Arum - fut-il.net
Arum, arômes d'un retour, quelle désuète et formatée remembrance que de se souvenir d'une fleur pour un défunt ! Un bouquet que j'aurais dû déposer sur ta tombe, une offrande à tes coups de pioche, à l'irrigation de tes semences, à la générosité que tu mettais à offrir aux passants le fruit de ton travail. Fleur de rien, vivace et pullulante, pourtant dans le geste tu magnifiais sa haute tige verte rehaussée d'un cornet blanc nacré. Quand la belle saison sonnait, ton attention était toute à lui, l'arum fleur au genre masculin qui t’allait si bien : l’arroser, le gorger d'eau pour obtenir la dernière pousse, le vert plus clair dressé au bout de ces feuilles comme la reconnaissance qui tu attendais en retour de don, en récompense de l'abnégation que tu mettais à le choyer.
Arums tout justes cueillis du jardin, ils étaient frais, tes arums, enveloppés soigneusement dans de vieux chiffons mouillés. Sur le trottoir près du troquet, tu les tendais à la rue, le cœur en fanfare et le regard lumineux. Aux passants interloqués, tu répondais « c’est de mon jardin » en appuyant sur l’article possessif comme pour donner ton ego en partage. Tu distribuais deux ou trois gros bouquets en un quart d’heure et faisais le plein de regard attendris et de mercis en attache puis tu passais chemin vers ta pitance le visage buriné de gratitude et craquelé de sourires en cornets.

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Euro-eucharistie

Il était une fois l'eurovisionHier soir, juste évoquée, pas regardée. Mais à nouveau un point d’ancrage, un souvenir vif des années salon papa-maman devant l’écran. Chaque année, cette cérémonie dont personne ne parle le reste de l’année débarque dont ne sait où, OVNI télévisuel ostentatoire dans sa majesté multi-télévisée – euro-mondo-vision – lardant l’espoir d’une communion planétaire légère et insouciante.

Rien ne filtre de ce qui s’y trame en amont, de qui fixe les règles de cette euro-eucharistie populaire. On s’en fout. Peu nous chaut de connaître la sélection des pays, leur langue imbitable. De qui choisit telle ou telle république du Caucase au nom imprononçable qui expose paillettes en direct sa capitale baroque et endimanchée ; de qui tire de la chansonnette au milliard de téléspectateurs, l’extatique réjouissance de faire connaître pour un soir un nom de pays jusqu’alors inconnu mais qui le redeviendra au petit matin, groggy, two points dans son escarcelle ; de qui tire ficelles pour transformer ces peuples opprimés étonnamment euro-solidaires autour d’une poupée beuglante.

Reste que l’émission est massivement regardée, décryptée par les journaux du dimanche comme le marronnier de la belle saison. Demeurent des familles regroupées autour du poste dans le sentiment patriotique de gagner, de voir s’afficher par myriade des « twelve points » comme s’il en pleuvait. Puis il y aura Off sur le générique, on oubliera et l’euro, et la vision, un sourire kistch jusqu’aux oreilles, pavillon garni de canards de tout pays.


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Siphon


Il ne s'est rien passé depuis que. Un rien uniforme calé devant la fenêtre, image proche du monochrome, représentation morne du vide. La ville s'étale faussement légère sur la mer tout en se posant en reflet des tours dans un bleu de rien, un bleu pâle pour un jour de plus, un jour de rien.

Pourtant grande et opulente, belle de ces regards liquoreux et confortable à l’envi, la vie bat arythmie. Elle le sait. Elle n'est pas dupe de ce calme apparent, de cette absence de vague dans la baie : la sienne immense comme une plaie béante et bleuie mais aussi la leur en contre-bas large et majestueuse, fosse aux vivants aveuglés de puissance.

Alors dans son image mêlée, le front à ras de buildings, elle tord le cou à la mélancolie, filtre l’espace et cette vue imprenable qu’elle voudrait ne pas prendre. Calmement, elle se siphonne et le plasma fond.

Illustration : © Philip-Lorca diCorcia

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Bâtonne, Bayonne

Bayonne, Bayonne, court verte bordure vers et dans le moche du temps, tant s'accroche la vie, s'arrime l'écrit. La rame crisse tandis que Bashung se tait dans mes oreilles et descend de son trapèze. Silence zébré. Ne subsiste que le vent fendant la masse mais je ne le sens pas, je ne peux que l'imaginer renouveler mon air conditionné et glisser sous mes pieds par petites touches, lente oscillation et roulis imprévisible.

Je roule, on roule, nous les usagers des chemins qui n'ont du fer que faire. C'est le temps qu'ils veulent nous faire gagner, ils veulent nous faire filer plus vite, toujours plus vite, traverser d'un point A à un point B comme bêta, bêta-déplacement alors que ce sont nos têtes qui bougent, elles seules aptes à nous faire apprécier si déplacement il y a, si avancée se crée, si on bouge vraiment.

Alain déglutit son "résident de la république". "Chou papa chou papa" fait le train comme un grand lego chercheur dehors.

Nîmes-Bayonne, 12 mai 12 - 9:28 - 15:57

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Ici s’écrase ailleurs #VasesCommunicants

























étirer l’adjectif

ne pas trouver

cambrer ses souvenirs
à la main

une petite maison
dormaient les vendangeurs


des formes
- Jouons !


on savait que la machine

on irait pas regretter
les dos


le pas lourd
d’ici
s’écrase
ailleurs

- Tu viens ?


perdre le tissu

rien ne cogne assez
pour revenir
longtemps



on voudrait dire
paysan
femme
pompier
professeur


une phrase qui puisse
articule
sans effort


le corps perce
sa chambre


le temps reprend
je l’ai vu dans ton regard


un fond d’oeil
berce
ce que tu ne dis pas

de sa planque
la syntaxe
régulière


sorry my life
et coeur d’accord

Nolwenn Euzen
Illustration : Melancholia I, Albrecht Dürer

Plaisir d'accueillir aujourd'hui Nolwenn Euzen dans le cadre des vases communicants. Vous trouverez mon texte en échange ici.
Pour retrouver l'ensemble des vases de ce mois de mai, c'est .


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