février 2013 | fut-il.net

Archive for février 2013

En vibreur

Quand ça sonne, toujours les yeux tournent sur la mention qui s’affiche, c’est pas Inconnu, ni Masqué, c’est bien ça le problème, c’est bien ça qui résiste, qui hésite, je sais qui m’appelle, je sais que c’est toi, je sais les sonneries dans le vide, je sais la lassitude et le message qui sera déposé après le bip sonore. C’est parce que je sais trop que je ne réponds pas ; je suis en vibreur, je suis en voiture, je ne pouvais pas décrocher : j’avais piscine.

Quand tu sonnes, c’est qu’un bon mois s’est écoulé sans nouvelles, sans que tu ne puisses savoir si ici je vais bien avec ce froid, cette chaleur, cette pluie, ce gris, ce clair ; s’il fait beau, si mon travail se passe bien, si… Non, c’est tout, pas plus, le temps, le travail, la santé. C’est là ton important de savoir, ton nécessaire vital : prendre des nouvelles basiques et réconfortantes car je suis si loin, si étranger, si coupé, si incompréhensible. Alors, il y aura Allo, puis C’est maman, puis Rappelles-moi quand tu auras le message. 

Quand tu vibres, notification rouge sur l’icône Appels manqués, rien ne me presse de savoir, et le temps qu’il fait chez toi, et les rhumatismes qui gueulent, et les mortes amies qui tombent autour de toi, et tes silences gênés de ne pas pouvoir me faire parler. Peu me chaut ta lutte, tes idées engoncées de vieille dame, ton amour dégonflé que j’entends ronronner une fois le combiné raccroché. 

Quand enfin je me décide et tape Maman sur le téléphone, je mets en apnée les quelques secondes de sonneries puis je joue à t’écouter, haut-parleur activé. Tu décroches et je souffle sur les mêmes mots débités en séquences cadrées et galvaudées. Deux ou trois minutes de toi avec quelques aspérités de vie sur lesquelles on va s’accrocher pour de faux, pour de vrai. Des bisous de fortune seront échangés, par l’écouteur parasités et la discussion sera oubliée dès la tape sur Terminer. Mise en vibreur.

A noter le nouveau tumblr d’Alban Orsini : Avec maman. (Bien plus drôle que le texte ci-dessus ^^)

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C'est gris

C’est gris. Comment ce pourrait être autre que gris. Perchés sur une colline, il y a là, étagés et dans leur empilement formant des strates de temps comme les sillons d’un tronc coupé, de petits bouts de terre délimités par des pierres disposées en rectangle et habillées pompeusement par de larges rangs de granit noir granulé de blanc. Au centre de ces sombres agencements, on a posé des constructions, toutes identiques, des petites maisons calmes où reposent des images évanescentes, des chers ou des moins chers désormais arrachés à l’oubli par des portraits noirs et blancs qu’on a collés au fronton.

Nous sommes souvent passés devant le grand portail de fer travaillé de cercles et de courbes entortillées mais sans jamais – c’est gris, c’est peut-être le trop gris qui freine - seulement évoquer que nous pouvions entrer voir, pénétrer et déambuler dans les allées, entre les petites maisons et évoquer les images, se souvenir du temps où elles n’étaient pas de simples portraits figés sur le granit froid mais des âmes bien vivantes. 

Puis un jour, poussés par la présence d’un tiers, quelqu’un de cher mais étranger à notre retenue, à notre oubli, à nos non-dits, nous sommes entrés comme on rentre dans un musée, faussement légers avec dans le cœur l’étonnement de ne pas l’avoir fait plus tôt.

C’est gris, on le savait et pourtant, nous sommes entrés voir les vieilles photos encadrées dans des médaillons désuets, cerclés de dorures patinées et souillées par le temps. Il y avait grands-pères, grands-mères, du côté de mère et du côté de père à quelques rangées de granits allongés, étagés eux aussi, à quelques strates de décalage, quelques années seulement les séparant de leur domicile définitif. Plus loin, nous avons retrouvé un oncle puis un grand-oncle et quelques empilements plus bas, de lointains aïeux pour lesquels il fut plus difficile d’identifier la descendance. 

C’est gris, définitif gris, inéluctable gris et en quelques minutes, on s’est grisés, drapés d’une étrange joie à parcourir nos mémoires. Au bout de ce labyrinthe, nous sommes arrivés jusqu’à toi, toi le souvenir le plus vif, perché sur le plus haut étage, dans l’un des derniers rangs. Toi, père et dernier disparu, toi et ta petite maison entourée de graviers plus jeunes craquants sur nos pas. Nous avons regardé ton visage dans le médaillon, nous avons tourné autour de ta petite maison, pleins de nos vies et de nos regrets. Nous nous sommes tenus sans se toucher, sans vraiment nous recueillir, juste avons-nous désigné les plaques grises et tu l’absence de fleurs sans te pleurer.

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Je me casse à Palavas #VasesCo @christogrossi

Plus de deux ans après, plaisir renouvelé d'échanger avec Christophe Grossi pour les vases communicants de février. Vous lirez ci-dessous sa petite explication puis son texte "Je me casse à Palavas" dans lequel il jongle une nouvelle fois avec les "Christophe" mais cette fois-ci près de la mer, près de MA mer. Quant à moi, ou peut-être un autre moi, vous pouvez me lire sur son superbe site en "SPIP atomique" mariné aux petits oignons par rature.net : c'est celui qui est moi là-bas et c'est là.
Si vous nous le connaissez pas : Christophe Grossi, c'est : des déboîtements, des Kwakizbak, des metropismes, du "va-t-en, va-t-en" en papier et en pixels, de l'epagination à moudre et surtout une très belle signature imaginative et rêveuse qui se répand un peu partout "all around the ouèbe" sur twitter, facebook et instagram.
Comme d'habitude, la maîtresse de cérémonie des vases communicants est Brigitte Célérier et vous pouvez découvrir l'ensemble des échanges de ce mois-ci sur le blog des annonces.
Christophe Grossi :
Je me casse à Palavas s'inspire de deux « monuments » de la chanson française dénichés sur le Net mais surtout d'instants captés par Christophe Sanchez, à Palavas-les-Flots et environs. J'ai d'abord sélectionné une vingtaine de ses images ; à la fin il n'en restait plus que dix même si je n'en ai retenu que six dans le montage-photo. Pour découvrir d'autres photos de notre hôte, il suffit de faire clic clac Kodak avec le doigt ou d'ouvrir la bonne porte sur fut-il.



Je me casse à Palavas


Des fois moi aussi je dirais bien Je me casse à Palavas comme ce type sur YouTube qui (s'inspirant péniblement de Nino Ferrer) débite sa chanson à toute allure mais Palavas, Palavas-les-Flots entendons-nous bien, c'est au bord de la mer et ça, la mer moi ça m'inquiète parce qu'elle m'empêche d'aller tout droit et que, pour un mec comme moi qui aime aller de l'avant, droit devant, sans jamais regarder derrière, la mer à ses pieds est un réel obstacle. 
Des fois je ferais mieux de me retourner.
Des fois je me dis que pour éviter la noyade il me faudrait piquer un bateau mais là ça devient vraiment très compliqué. 
Des fois j'ai l'impression que je manque surtout d'entraînement. 
Des fois, si comme moi on est du genre à hésiter longtemps avant de prendre une décision, alors on se met à piétiner dans le sable, comme Mario Bros quand il est coincé dans un coin de l'écran et moi je ne voudrais pas ressembler à Mario Bros ni à cet autre type dans cette autre vidéo trouvée elle aussi sur YouTube qui fait du surplace en souriant à l'Élodie de la chanson, douze ans, à qui il a dû sucer la pomme lors d'un concert de Johnny à Palavas-les-Flots. 
Des fois je me dis qu'un brushing pareil non et puis trop tard maintenant. 
Des fois je me dis Quand même ça doit être tranquille comme vie Palavas-les-Flots : il pleut presque jamais (sauf sur les photos), les gens n'ont pas peur de dépenser (sauf sur les photos), les chiens dressent leurs oreilles quand toi et ta valise roulez sur leurs étrons, tu peux te balader en tongues toute l'année (gaffe aux étrons), d'ailleurs c'est un peu les vacances toute l'année à Palavas-les-Flots, la preuve : tu te ramènes du sable de Palavas-les-Flots partout chez toi.
Des fois je me demande si les filles de Palavas-les-Flots ressemblent à celles qu'on voit dans ce vieux film avec Alain Delon tourné à Palavas-les-Flots, celles qui sont dans les bras d'Alain Delon, d'ailleurs dans tous les vieux films avec Alain Delon les filles sont dans les bras d'Alain Delon, pas seulement celles de Palavas-les-Flots : tu crois qu'elles seraient dans les miens de bras si je leur disais Je m'appelle Alain Delon ?
Des fois j'oublie que je m'appelle pas Delon mais Sanchez, pas Julien, Christophe, et que j'habite déjà à Palavas-les-Flots alors pourquoi je me casserais dans un bled où je vis déjà ? 
Des fois je me dis Ça tourne plus rond dans ta tête. 
Des fois je ferais mieux de marcher sous la ville de Palavas-les-Flots ou même sous la mer, je ferais mieux d'éteindre mon transistor, je ferais mieux d'enlever ma tenue correcte, je ferais mieux d'oublier les règles élémentaires et de traverser la mer, je ferais mieux de construire un tunnel sous la mer, un métro sous la mer, je ferais mieux d'aller voir en face, pas vraiment en face, de biais plutôt. 
Des fois je me demande s'ils connaîtraient pas un autre Christophe là-bas, pas Sanchez, Grossi, un type qui aurait créché là tout près. 
Des fois ça me reprend : Je ne suis pas Christophe Sanchez.
Des fois je me dis Tu peux pas les laisser tranquilles les Christophe. 
Des fois je voudrais bien mais il y a toujours quelqu'un pour me seriner que ça fait longtemps qu'il est reparti ton porteur de Cri-Christ, il doit t'attendre à Palavas-les-Flots, en tout cas c'est ce qu'il a dit avant de traverser la méditerranée à la nage, qu'il avait rendez-vous avec un Christophe (sans chaise ?) un vendredi à Palavas-les-Flots. 
Des fois je me demande qui se fout de ma gueule. 
Des fois je ferais mieux de me casser à Palavas.
Des fois je ferais mieux de la fermer. 

Christophe Grossi, 31 janvier 2013



sources :

Christophe Sanchez – fut-il / Instagram
http://www.fut-il.net/ / http://instagram.com/chsanchez

Marc Charlan - Je me casse à Palavas
http://www.youtube.com/watch?v=7bZGWBz9OKc

Anthony Dupray - Palavas-les-Flots
http://www.youtube.com/watch?v=MRrdiIfoITs

Wikipédia
http://fr.wikipedia.org/wiki/Palavas-les-Flots

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