Jour 9-10 – Paris, Metz, Nancy, Strasbourg #roadtrip #TFV #LesVisages

03/08 aux alentours de midi. J’enfourne mes bagages dans le four arrière de Fafnerito tandis qu’Astrid du haut de sa terrasse, toujours à l’affût du bruit des fenêtres, prend une dernière photo de la scène. Je referme le coffre, jette un rapide coup d’oeil vers la terrasse dans un dernier sourire. Je ne la vois pas, en aveugle de la partance. Le départ est toujours un moment délicat dans lequel se mêlent déjà souvenirs et angoisse.

Je sors de Paris et m’engage sur l’autoroute A4. Je roule chargé de vie, de regards, de visages ouverts dans lesquels j’ai lu la tendresse de l’accueil et l’intelligence du cœur.
Je mets Fafnerito en pilote automatique, limiteur de vitesse à minima. 108 km/h pour éviter la contredanse et dans les oreilles, le bourdon de Chet Baker danse sur les vocalises de Billie Holiday. Très vite, j’ai envie d’écrire les trois derniers jours et je me mets à l’affut de la prochaine aire de repos. Je cherche le bel endroit, pas une aire commerçante avec station-service intégrée et Mc Donalds à hamburgers bruyants. Il me faut la zone simple aussi simple que les aires d’autoroutes parcourues par Cortazar et Dunlop en 1982.  Une aire à « autonautes » pour observer « l’autoroute des autres » au pays de « parkingland ». Je trouverai le graal quelques kilomètres plus tard. Fafnerito dans l’herbe et mes fesses sur la pierre, je serai seul ou presque dans la douceur de l’après-midi à convoquer la mémoire des dernières heures. Les faits sont temporellement proches mais ils m’échappent ; la masse d’informations à recueillir et à consigner est si importante que je dois avoir recours aux photos pour retracer correctement la chronologie des évènements.
16h30 et je redémarre Fafnerito rassasié d’avoir brouté l’herbe fraîche pendant quelques heures. (Je goute un instant combien au fil de ma lecture et de mon périple, « les autonautes de la cosmoroute » influence le récit de mon voyage.)

J’arrive en début de soirée chez Cathy, à Metz. Une fois à proximité de son domicile, je me trompe à nouveau de sens dans la dernière rue. Mon orientation est aussi fiable que mon état physique et quand il s’agit de pratiquer mon GPS à pied, cela revient à me balancer dans une quatrième dimension.
L’accueil est chaleureux et impressionné. La jeune femme semble intimidée par ma présence et me remercie vivement de faire étape chez elle. Comment dire sans tomber dans les courbettes que c’est moi qui dois me perdre en remerciement pour l’accueil que chacun des visages me réserve. Je suis fatigué, elle le remarque. Avant le repas, je prends une douche réparatrice tandis que Cathy embaume son charmant appartement d’odeurs culinaires qui me font saliver. Nous dînerons dans sa salle à manger en sirotant un bon vin rouge dont j’ai oublié le nom.
Cathy travaille à Luxembourg, fait le trajet matin et soir, plus d’une heure trente tous les jours. Elle ne s’en plaint pas mais une certaine lassitude se sent entre les mots, fatigue des va-et-vient mais aussi épuisement de son travail actuel. Je pense à mon emploi et à la même lassitude qui m’assaille si souvent. Nous parlons lectures évidemment. Cathy tient un blog de chroniques et critiques depuis plusieurs années. C’est une dévoreuse de livres et sa passion est communicative. Nous évoquons les visages passés, de l’émotion transporté de porte en porte et tout cela nous poussent tard dans la nuit jusqu’au jour prochain.
Je me couche sur son canapé vers une heure du matin, harassé mais heureux.
Le lendemain tôt je fais le tour de l’appartement en compagnie de #lechat qui me suit dans chaque découverte. Je prends des photos tout en faisant attention ne pas tomber dans le vol d’intimité. Cathy me rejoint quelques heures plus tard. Nous avions prévu que je l’accompagne à Luxembourg ce matin mais le gris Messin et la pluie qui redouble nous en dissuade. Je la quitte vers neuf trente en voulant sortir de l’appartement par la porte de sa penderie, ce qui habille mon départ de rires et chaleurs. (Penser à télécharger l’appli. GPS pour appartement inconnu)
Merci Cathy.

Je prends la route pour Nancy à vitesse réduite. Comme Cortazar et Dunlop sur leur autoroute entre Paris et Marseille, je veux convoquer la lenteur, m’arrêter souvent pour lire, boire, manger, regarder, écouter, rêver. J’ai un peu de temps avant de rejoindre Isabelle Flaten. Je n’en fais pas grand-chose et c’est bien.
A quatorze heures, j’arrive dans un quartier au calme qui m’interpelle. Après Paris la bruyante et Metz la pluvieuse, le soleil et l’apaisement sont au rendez-vous. Isabelle m’accueille avec un plaisir non dissimulé. Nous nous connaissons peu sur le réseau. Découverts récemment grâce à la revue FPM dans laquelle nous avons été publiés tous les deux, nos univers se sont croisés et désormais ce sont nos visages qui se parlent. L’entrevue est douce autour de cafés et macarons qui sourient.
Isabelle ne sait pas parler. C’est ce qu’elle dit à chaque fin de phrase. Je la trouve pour ma part éloquente et si, de fait, ses propos sont hésitants ou hachés, son corps et ses gestes se chargent largement de compenser le trouble. La discussion est animée et très agréable. Elle me pose beaucoup de questions sur le tour, s’émerveille de l’idée, me confie l’hésitation, au vu de notre récente connexion facebookienne, qu’elle a éprouvé avant de m’inviter. Elle est ravie d’avoir surpassé ce doute et moi aussi. Nous parlons littérature évidemment, beaucoup. Les auteurs et leur évocation font l’effet d’une douche bienfaitrice et bientôt, Isabelle va jouer le zébulon en bondissant à plusieurs reprises de son fauteuil vers sa bibliothèque pour me faire découvrir plusieurs livres (les siens) et ceux des autres.  Nous abordons aussi comment nous sommes arrivés en littérature, quel est notre parcours de vie qui nous a amené à cette rencontre et très vite nos lectures provoquent des émotions fortes. Le moment est délicieux en bouche comme les macarons que j’enfile goulument. Je repars avec un sachet de congélation plein d’un kilo de livres offerts. Je veux en retour lui offrir Mordre la neige d’Anna de Sandre mais elle refuse catégoriquement, remettant le recueil dans mon sac avec autorité. Elle accepte néanmoins la bouteille de vin que je sors du ventre de fafnerito et l’embrassade est tendre et sincère.
Merci Isabelle.

Je suis encore en retard. Une heure à rattraper sur ma feuille de route. Une heure que je ne rattraperai pas et qui plus tard me fera rater la rencontre avec la compagne de Franck Queyraud. Fatalement, il était prévisible que mon absence au temps finisse par avoir des répercussions désolées.
Quelques hectomètres seulement et je rejoins Jean-Claude par les rues de Nancy. Je tourne, vire, laisse tomber le GPS qui ne sert qu’à me perdre encore un peu plus. J’arrive vers dix-sept heures au siège de FPM (Festival Permanent des Mots, jeune revue qu’anime Jean-Claude en enfilant les numéros avec une célérité qui fait plaisir). Nous évoquons la revue et son avenir, ce qu’il y met dedans de lui et de ses lectures en ligne, des recherches d’auteurs qu’il effectue sur les blogs via Google, notre ami à tous. Il a l’air fatigué et d’ailleurs me dit que la période est à la récupération, au repos estival avec sa compagne et ses enfants. Nous passons un peu plus d’une heure ensemble et je repars avec le numéro 6 de la revue qui sort en septembre. Je sors dans la rue, cherche Fafnerito et étonnamment tombe sur lui en quelques minutes alors qu’à l’aller j’avais tourné une demi-heure avant d’arriver à bon port. Décidément, la géographie des villes demeure un grand mystère pour moi. Dans la voiture, je repense à Jean-Claude et combien il est touchant à attacher la littérature par le petit bout des blogs, publications  si décriées dans les milieux littéraires qui se veulent autorité.
Merci Jean-Claude.

J’oriente Fafnerito au sud vers Strasbourg et la route en fin de journée est difficile. La fatigue s’accumule mais elle est bien petite par rapport à la plénitude que ce voyage et vos visages me procurent. Je vais arriver tard et j’en informe Franck. Je m’arrête faire une pause sur une aire déserte comme je les affectionne. Si déserte que la société de l’autoroute a même oublié de construire des toilettes. Je m’installe, ordinateur sur table en pierre face à l’autoroute, pour publier quelques photos mais le faible réseau m’en dissuade. Je reste hagard sur cette aire pendant une demi-heure à lutter contre le faible débit de mon téléphone et de mon cerveau.
J’arrive à Strasbourg vers vingt-et-une heures. Franck m’attend, la table dressée et le pinot noir débouché. Sa compagne qui doit se lever tôt le lendemain est allée se coucher et, me dit-il, est désolée de ne pas avoir pu me rencontrer. Je suis gêné par mon retard et réitère mes excuses dispensées quelques heures plus tôt par SMS, d’autant que cette course à la lenteur me prive d’un visage supplémentaire. Nous prenons le temps, malgré l’heure tardive, de déguster deux bières brunes rafraîchissantes. Elles se diffusent dans nos têtes et amorcent une discussion fluide et passionnée sur le travail et la mission de Franck en bibliothèque puis en large débordement sur la littérature que nous aimons.
Le pinot noir et les Flammekueches cuites à point ++ viennent titiller nos papilles et la transmission du savoir chère à Franck se marie harmonieusement avec ma curiosité. Je note plusieurs recommandations. Il m’offre des livres importants pour lui, notamment de la science-fiction « intelligente » loin du cliché de la guerre des étoiles dans laquelle Franck puisse l’imaginaire nécessaire à sa vie.
Je me couche peu après avoir franchi l’autre jour et franchi l’autre tout court, son visage désormais en mémoire.
Le lendemain vers sept heures, je suis tout près de Florence, la compagne de Franck, elle se douche et je suis aux toilettes attenantes. Pas vraiment l’heure ni l’endroit pour faire connaissance. J’attends que l’eau de la douche coule pour sortir de ma cachette et regagner ma chambre à pas de sioux. Je poste quelques photos et Franck me rejoint pour le petit-déjeuner. Nous reprenons le cours de notre discussion là où nous l’avions laissée la veille. Plusieurs nouvelles évocations de livres, d’engagements littéraires forts dans le travail de Franck. Nous parlons ici de transmissions du savoir, de l’utilité du Lire dans une société qui trop souvent est présentée en perdition culturelle. Il me donne à lire un fascicule « fondateur » de Neil Gaiman. Courte retranscription d’une conférence de l’auteur qui a le mérite en quelques mots simples de poser les enjeux dans le domaine. (« Pourquoi notre futur dépend des bibliothèques, de la lecture et de l’imagination » publié Au Diable Vauvert)
Neuf heures. Il y a quelques heures, je ne connaissais pas Franck et voilà qu’il se prépare à aller travailler en laissant vaquer dans son antre un quasi-inconnu. L’étrangeté de l’instant me laisse perplexe et quand je referme la porte sur Franck, l’irréalité de la scène me saute aux yeux. Je me retrouve seul et hésitant dans cette maison que je découvre pour la première fois à la lumière du jour. Je prends quelques photos et vais me doucher. Je quitte l’appartement vers dix heures. Figé sur le seuil, la main sur la poignée de la porte, une nouvelle émotion me parvient sans vraiment savoir qu’elle en est la teneur. Je claque la porte vivement pour m’assurer qu’elle se ferme bien et dévale les escaliers comme si je fuyais.
Merci Franck
https://naturewriting.wordpress.com/ (Rick Bass et les nature writers)

05/08 Il est quatorze heures et quelques. J’ai faim et la carte du Kougelhoff (pourquoi tant de haine pour la diction dans cette région ?) me propose une galette de pommes de terre au munster chaud. Je crains l’haleine tue-mouches mais je peux me le permettre, je ne croise les prochains visages que ce soir à Mulhouse où Eric et sa compagne m’attendent.