Le buffet

Dans la cave sombre au sol de sable brun, se trouve adossé au mur principal le vieux buffet. Dégagé de la cuisine depuis des années, il a été remisé là pour servir de débarras mais aussi de coffre à mémoires.
Tout un fatras sommeille dans le creux de son bois vermoulu. Bibelots, outils, vieilles pièces de monnaie, bocaux et pots de confitures cohabitent derrière les quatre portes autrefois vitrées de mosaïque et aujourd’hui rafistolées par un grillage à gros maillage. Le désordre est visible en puzzle découpé et l’espace sur ces étagères semble sans fond, les vieilleries poussiéreuses repoussées sans cesse dans le creux par les nouveaux rebuts ou conserves de saison.
Au milieu, deux larges tiroirs aux boutons ronds et métalliques taillent le meuble. A l’intérieur, papiers froissés, tickets jaunis, stylos d’école à l’encre baveuse, trousses usagées, sécateurs ou autres cisailles biscornues se partagent l’empilement dans un souffre vert de corrosion. Le grand capharnaüm du temps fait ici son ouvrage, recouvrant par strate le quotidien oublié. Il est rare que l’on y fouille, ce qui est déposé ici est offert à la perte : déchets qui ne disent par leur nom, toutes choses entre deux – dérisoire ou essentiel - qui se gardent parce qu’on ne peut ou ne veut les jeter.
Et au fil des années, le vieux buffet avec ses cases et compartiments devient la grande poubelle visible et perpétuelle, témoin d’un passé dont on refuse la disparition et où s’agglutinent en substrat nos souvenirs névrosés.

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Merci

Chaque jour, elle déplie une chaise en fer devant la porte, une grande porte cochère aux poignées grosses comme deux poings. Elle dresse une petite table en bois sur laquelle elle dépose une soucoupe en porcelaine blanche et y glisse deux ou trois pièces de vingt centimes pour attirer le chaland. Avant de s’asseoir, elle balaie le seuil de long en large avec les semelles de ses chaussures. De larges enjambées, de larges trainées. Elle rabote le sol. Tout en claudiquant, elle rassemble la poussière pour en faire un petit tas qu’elle ramasse à l’aide d’un bout de carton : un panonceau avec la mention « merci », qu’elle époussète discrètement au pied des portes voisines. Ensuite, elle s’installe, plie puis cale le carton sous la soucoupe et sort une pelote de laine verte et de grandes aiguilles cachés sous sa robe, entre ses deux seins. Le dos courbé sur son ouvrage, elle se met à tricoter lentement, une maille à l’endroit, une maille à l’envers.

Elle ne lève le regard sur personne et dresse à peine un sourcil lorsqu’une bonne âme fait tinter une pièce dans la sébile. Elle marmonne entre ses dents un remerciement aussi plat que son carton et renfile, d’un coup sec, ses aiguilles dans son tricotage. La journée et trois pelotes passent entre ses mains crochues et lézardées. Par tous les temps, elle est ici à brasser des centaines de battements d’aiguilles au rythme des allées et venues des pressés la main entre les jambes, des criards au téléphone pendus, des prévenants au sourire compassionnel, des dédaigneux aussi, de ceux qui sortent et détalent dans la rue en faisant mine de ne pas l’avoir vue. Et pendant tous ces jours, dans sa tête passent des milliers de points de croix, des pulls à cols ourlés de coutures invisibles, des brassières naissantes et de longues écharpes chaudes. Vertes. Toujours.

La dame pipi, au 120 rue de l’Abbé ne confectionne que du vert. Couleur de l’espoir, un espoir de voir un jour, avant la mort, qui pourrait la faire quitter sa chaise devant la porte des toilettes publiques, qui pourrait lui faire jeter fièrement sur le trottoir les quatre sous des usagers aux vessies délivrés.

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#LesGens - semaine 5 -

Reprise ici, le lundi, des posts Facebook #LesGens de la semaine écoulée : traversée entre les gens, leur lieu, leur instant. Un regard forcément biaisé sur eux et ce qu'ils dégagent parce que c'est écrit et que ça passe par la tête avant d'arriver aux doigts. Ce n'est pas la réalité mais ça pourrait lui ressembler.
Semaine 5 : Lire Boudou et se demander pour qui l'on marche, un chercheur d'or qui trouve le silence, des gens qui voudraient changer d'auto, le temps qui égrène les attentes, l'insouciance qui rit, un père inquiet en silhouette et l'enfant à l'épi qui n'aime pas qu'on le regarde






















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Jaune

Dans tes yeux, le jaune cristallin fond et roule. Tout ton visage devient jaune, tout ton corps est jaune. Parti de la foi en toi que tu n’as jamais eue, parti de la première fois où tu as goûté la liqueur anisée. Le jaune est ta couleur, celle qui t’a emporté par le foie. Qu’est-ce qui gémit dans le plaisir de ce jaune-là ? De ce petit jaune d’amitié bu avec joie sur les terrasses… jaunes ? Jaune, partout. Le gros jaune – le soleil. Le petit jaune – ton soleil. Pourquoi faut-il que le plaisir de s’enivrer, d’un temps se déclarer autre, tue ? 
Le jaune est venu jusqu’à ton coeur, mélangé l’amer et le sucre, s’est glissé dans le sang déjà parcouru de lie, s’est frotté à l’aorte, a musclé tes forces, agi comme carburant d’une pompe à espoir pour un jour finalement t’occire en quelques heures.
Il reste des tables au jaune écumé, des terrasses qui rejouent les apéritifs en laissant ivres morts quelques-uns de tes amis. Les carafes bleues d’eau et de glaçons, les noyaux d’olives, les cendriers triangulaires jaunes, les bouteilles vertes au goulot d’argent, te regardent encore lever ton petit verre d’anis. Une mesure pour trois de flotte. Une mesure pour enrayer le mouvement de ta glotte. Salive encore, mon père, la fée jaune de ta vie.

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Totem

Sur la table posé comme un totem
La bouteille rouge à bouchon méca-
Nique scelle les bouches

On se tait autour du vin qui enivre
On se recueille autour du silence
Qui occulte la vie

La vie au tourment d’un oeil vide
Du cafard qui tapisse l’iris
Sale de ne pas dire

On se mure au cliquetis débouché
On se mure au goulot versé
Les pupilles au ciel

Le vin dans la fosse s’affranchit
De nos luttes silencieuses coupé
D’eau stagnante et putride

On se boit par un tanin sourd
Amorphe de nous
Capitulant jusqu’à la mort

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Au tourniquet

Tu te souviens sur la place ? Au centre, il y avait une grande allée en bitume et, de part et d’autre, deux larges terrains de pétanque bordés de platanes. Après avoir gravé l’écorce au couteau suisse -  toi, moi - on filait, la poussière dans les yeux, prendre le vent qui glisse, bousiller le bout de nos baskets et balancer nos têtes ailleurs ; on voulait déjà sortir de la réalité.
C’était au fond du terrain de gauche, dans l’aire de jeu près de la clairière. On faisait la course - toi, moi - tu me lançais des cris aigus dans les oreilles et dans l’élan, je t’attrapais la main. Dérapage contrôlé pour un arrêt brutal, les quatre pieds serrés et on se retournait pour mesurer nos traces laissées sur la terre fine. La plus courte avait gagné. On se souriait, balayait des semelles pour effacer et on recommençait.
Tu me regardais d’un œil espiègle et glissais l’autre sur le manège, le tourniquet de fer et de bois. Tes fesses posées sur la rambarde en tube lisse et froide, tu me demandais de te faire tourner. Vite, encore plus vite. Alors, de toutes mes forces, je poussais l’engin et, arrivé à pleine vitesse, je venais te rejoindre. Ton rire s'enfuyait dans la clairière, tes cheveux dans mes yeux. On se laissait griser. Le paysage fondait en spirale et nos ventres se retournaient. Quelques minutes, une éternité... La nôtre. Mais il fallait ralentir le manège, la force centrifuge tombée jusque dans nos chaussettes donnait envie de vomir. Mais tu ne le disais pas. Mais je ne le disais pas.
Un pied au sol pour, du talon, stopper le tournis des ventres et on descendait mal assurés. Dans notre démarche de guingois, dans nos esprits dégingandés, épaule contre épaule, enfin on se cherchait les lèvres.


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M'dame Boyer

C’étaient les premières notes de « vive le vent » fausses et mal assurées. C’étaient les gesticulations du chef d’orchestre, madame Boyer, notre professeur de musique – vieille fille disait Maman et moi qui croyais qu’on l’appelait ainsi parce qu’elle était assurément la fille la plus âgée de l’école.

C’étaient les odeurs rances et poussiéreuses qu’elle dégageait lorsqu’elle parlait trop près de nos nez et les rires qui fusaient quand elle postillonnait sur l’assemblée à la reprise du refrain. C’était le canon qu’elle tentait de nous imposer : les garçons qui démarrent, voix en mue, et les filles en crécelles de reprendre après le premier couplet dans une cacophonie désarmante. C’étaient les minutes de chahut avant de se mettre en place pour la dernière répétition, les grands derrière, les petits accroupis devant, et les tenues imposées, pulls rouges et pantalons blancs. C’était, le grand jour venu, sentir l’angoisse monter, les parents qui affluent dans le réfectoire le regard plein de l’attente. Les tables poussées au fond, les unes sur les autres, le grand sapin qui clignote, le raclement des chaises d’école sur le carrelage, les manteaux qui s’empilent dans un coin. Et, nous, petits lutins rouges et blancs, les mains moites, à fixer nos yeux ronds comme des billes sur madame Boyer qui sentait trop fort le parfum de supermarché. C’était le radiocassette qui grésille, la bande à rembobiner au début de l’instrumental, les voix dans du papier cadeau, parasitées par le monde, trop de gens dans cet endroit familier, foulé d’habitude par des êtres de même taille que nous. C’étaient les visages qui nous scrutent, sourires pantelants, attendris sur nos minois apeurés. C’était chanter sans s’arrêter, sans suivre la mesure en regardant maman et ne plus voir madame Boyer que dans un flou agité, une sueur froide qui glisse dans le col roulé.

C’était enfin s’arrêter sur la dernière note, en apnée tout le long, désormais reprendre son souffle. S’étonner des applaudissements nourris et des hourras exagérés. S’étonner de madame Boyer, de sa bise qui pique sur nos joues pourpres et de la fierté flanquée dans son sourire édenté. C’était se libérer de la corvée, courir dans les allées, se coller dans les jupes de maman, puis se rassembler une dernière fois autour du sapin. A Monsieur le directeur, en costume gris, cravate bien nouée, de nous féliciter en distribuant à chacun un petit sac plastique avec une mandarine, un carambar, une papillote, une pâte de fruits et un jus d’orange en brique avec la paille pour percer.
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#LesGens - semaine 4 -

Reprise ici, le lundi, des posts Facebook #LesGens de la semaine écoulée : traversée entre les gens, leur lieu, leur instant. Un regard forcément biaisé sur eux et ce qu'ils dégagent parce que c'est écrit et que ça passe par la tête avant d'arriver aux doigts. Ce n'est pas la réalité mais ça pourrait lui ressembler.
Semaine 4 : Un alpageur brasseur, un pêcheur contemple une mer de nuages, Zazà Napoli a droit au Chapitre, du monde au balcon, les gens du vin, des chaises témoignent et un cent mètres entre les sternes.






















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L'espingouin

Tu as dans le cœur des années en martyres, des aïeux en Espagne, des vieux sous les paupières qui grêlent tes nuits de sombres rêves. Ton nom est porté comme une croix, toi qu’on nomme l’immigré alors que tu es né ici comme Martin et Durand. Tu tangues, décroches des espagnolettes à toutes les fenêtres, chasses la jota à tous les coins de rue.
La honte sur les épaules, tu les redresses face au mur des origines. On te parle de Franco, tu ne sais pas qui est cet homme qu’on accuse. Alors tu plantes ton père - el caudillo - à coups de banderilles parce qu’il ne dit rien de ce qu’il a fui. Tu tues ta mère qui, dans sa tête restée là-bas, longe des « barrios » inconnus. Tu méprises leur langue devenue « fragnole ». Tu ne dis pas « Santchez » mais « Sanché » avec le ridicule de la prononciation qui baigne dans ta bouche.
Tu veux t’affranchir, faire plus français que français, t’arracher de ta condition de pauvre espingouin. Tu singes le parisien, celui qui parade dans tes années soixante. Tu joues au fringant jeune homme, costume noir et cravate sur chemise blanche. Tu rêves de courir les rues sur une Vespa avec une sémillante demoiselle aux cheveux gaufrés.
Mais tu es d’une famille modeste et tu y resteras. Tu es d’origine espagnole et tu es pauvre. Tu es ici parce que la France a eu besoin de tes parents. Main d’œuvre peu coûteuse pour reconstruire et, pour eux, un rêve de liberté qui les a poussés à traverser la frontière. Mais depuis que tu es en âge, ton quotidien est à la vigne, à manger des cailloux sous un ciel de labeur noir. Tu ne portes pas le costume. Tu es étranger de sang et tu dois au pays – à ton pays – besogne et sueur pour mériter le pain de ta famille. Tu traînes ta mélancolie en bleu de travail et godillots à crampons. Mon père à mots brisés, mon père à rêves évaporés ! Tu es à la vigne pour la battre, lui faire cracher le vin dont tu n’auras que quelques gouttes.
Tu t’uses à ses souches et souffriras à jamais des tiennes.

Lecture d'Eric Schulthess : https://carnetdemarseille.com/2016/04/16/lespingoin-christophe-sanchez/ 


Texte initialement publié sur le blog de Marianne Desroziers lors des vases communicants d'avril 2016.
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M'en fous partout

Une heure de marche avant d’arriver à son pied, chemin escarpé et forte pente, mais dans ses paroles, le plaisir est au bout.
Un plaisir simple par des travées de terre jaune. Les pieds dans les sandalettes glissent sur les cailloux. L’odeur du plein printemps s’aligne sur nos pas. Il faut avancer malgré la chaleur. Son sourire et sa verve balancent une histoire d’antan à chaque tournant. Sa main dans la mienne accompagne mes paroles pauvres et le chemin déroule vite vers l’arbre tant désiré.
Nous arrivons tous prés, la joie dans les oreilles d'entendre les piafs déguerpir. Derrière la barrière, au bout de la vigne, il est haut, il est grand, il est là, à nous attendre.
Je saute et cours sur les derniers mètres, la laissant sur le carreau. Je tourne autour, déplore les éclatées sur la terre, les pourries sur branches, les picorées avec peu de chair. Il faut grimper, aller cueillir les inaccessibles. Les jambes râpent l’écorce chaude à vouloir vite atteindre les plus gorgées. Je les arrache sans queue sous ses remontrances sucrées. Je les presse légèrement entre les doigts pour sentir leurs joues rouges mouiller mes doigts de soleil, puis les gobe une à une, la bouche en éclat de sirop. Ça pègue entre les doigts ! Je m’en fous. Je m’en fous partout, le short taché, le genou écorché. Elle enlève son fichu pour me claquer les fesses avec et me faire redescendre.
_ Tu es trop haut, tu vas te casser la margoulette !
J’obéis, saute depuis la plus haute branche ; une roulade et je file en courant avec le panier plein. Je la sème puis traîne dans le ruisseau. Je ne veux pas rentrer. Je me cache derrière un bosquet pour la surprendre et lorgne sur le chemin ses yeux en colère qui tombent de la colline comme des cerises éclatées.
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Aspérité

Comme une aspérité, une parenthèse muette qui enferme un vide. Une occlusion interne, un point d’arrêt pour réfléchir, se voir de l’intérieur. Le solitaire veut voir clair et dans cette profonde excursion, n’aperçoit que le sombre. Pas du noir mais du voilé, c’est un gris abscons.

Comme une aspérité, navigation à vue, près d’un récif, la peur oscille entre les bornes. Elle dessine l’axiome d’une bouée jetée à la mer – grande, opaque et vide – qui doit ramener au bord, ramener au début, avant l’ouverture de la parenthèse. Mais la balise perd la tête et l’hypothèse se grippe, file comme un savon entre les doigts.

Comme une aspérité, un écueil sur l’embarcation, mélange rugueux sur folle digression, tempête sous un crâne. Et le frêle esquif disparaît, clôt l’assertion d’amertume et continue au large sans savoir, ni pourquoi, ni comment.
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#LesGens - semaine 3 -

Reprise ici, le lundi, des posts Facebook #LesGens de la semaine écoulée : traversée entre les gens, leur lieu, leur instant. Un regard forcément biaisé sur eux et ce qu'ils dégagent parce que c'est écrit et que ça passe par la tête avant d'arriver aux doigts. Ce n'est pas la réalité mais ça pourrait lui ressembler.
Semaine 3 : Des gens qui ne s'écoutent pas et que je n'écoute pas, une dame au parapluie qui cherche à s'arracher un cil rebelle dans un miroir sans tain, des gens qui vont au flacon ou au concert, un homme sans réponse qui téléphone et des gens adeptes de la couillonothérapie.


A la brasserie, grande tablée qui discute de la prochaine manifestation contre la loi travail El-Komri. Les idées...
Posté par Christophe Sanchez sur lundi 4 avril 2016


Au bureau, pause méridienne après le déjeuner. Repu sur le fauteuil en face la baie vitrée et opaque de l'extérieur, je...
Posté par Christophe Sanchez sur mardi 5 avril 2016


Au Flacon, cave à vin à coté du bureau, le soleil enfin se lève et il arrive. Scooter Peugeot avec top-case pour le...
Posté par Christophe Sanchez sur mercredi 6 avril 2016


Hier soir, au concert, Melody pousse grave dans les aigus et la salle se lève comme un seul homme. La belle fait chanter...
Posté par Christophe Sanchez sur jeudi 7 avril 2016


Dehors, l'homme, la quarantaine, est au téléphone. Chèche noir, veste noire, chemise noire, chaussures noires et...
Posté par Christophe Sanchez sur vendredi 8 avril 2016


Sur la plage, huit heures trente, l'homme au tracteur déboule. L'engin gronde dans le vent mais le vent gronde plus fort...
Posté par Christophe Sanchez sur samedi 9 avril 2016


Au marché de Palavas, des chapeaux, des casquettes vendus cinq euros. Des savons de mille couleurs, des lunettes de...
Posté par Christophe Sanchez sur dimanche 10 avril 2016
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Pêle-mêle

Entre les vents
Balbutiement
Les gens passent
Crins en friche

Soleil ravi au ciel
Bleu des comptoirs
Au pêcheur d’ici
On prend le poisson
Frais du matin

A la vigueur du mistral
S’oppose l’odeur excitée
Des salins

Marcher tête bête
Folles pensées
Bigarrées du flux
Qui s’en mêle

Pêle-mêle
D’un jour
Au fumet
Des sardines
D’antan

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A l'arrachage

Il faudra laisser du temps pour oublier. Un temps que je ne mesure pas. Un temps pour oublier l’ancien. La vigne n’est plus. Tu n’es plus. Tu es parti avec. Ou plutôt je t’ai fait partir avec. Faut dire qu’il y avait une prime à l’arrachage. Alors, j’ai tout arraché. Une prime à ton arrachement. Chaque souche est sortie de la terre pendant que, toi, tu y entrais, pour toujours. C’est cynique la mort d’un viticulteur. C’est cynique un fils de viticulteur. J’ai tout vendu à l’arrachage – il ne reste qu’un terrain vague aujourd’hui. Une terre de regrets. Les herbes hautes ont pris la place de ta vigne. Sur des hectares, une vie anarchique s’est organisée. Souris et rats taupiers jouent à cache-cache dans les ronces, se souviennent qu’ici avant, ils étaient chassés. Désormais, c’est leur domaine Si je débroussaillais, peut-être, je trouverais un outil, une vieille semelle ou un mouchoir en tissu que tu nouais à ton front les jours de grand soleil. Si je débroussaillais, je te trouverais, peut-être, près du grand olivier envahi, assis là avec un morceau de fromage et une bouteille de vin. Mais tu es si bien en face, à te reposer. Je te laisse du temps pour oublier.

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J’aime me taire avec toi

Quand le bruit court la nuque,
Donne au mot une chute,
Quand le trouble gueule,
J’aime me taire avec toi

Quand du silence frôle une lèvre,
Fait que le rêve escorte,
Quand posés dans le creux,
J’aime me taire avec toi

Comme un engoulevent,
Se tait pour battre le ciel,
Le calme cèle nos terres,
Quand                             ,
J’aime me taire avec toi

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Bleu souillé

Tu t’en vas tôt. Toujours trop tôt. Pour que je ne te voie. Pour que je puisse te surprendre au réveil, les cheveux hirsutes et mal rasé. Tu as la pudeur des anciens, des gens qui se taisent et ne se montrent pas. Jamais je ne t’ai croisé dans le couloir sans qu’au préalable tu aies pris soin de toi. Lavé, habillé, coiffé. De toi, le paysan, je n’ai vu que le bleu souillé de ton âme. A l’extérieur, tout était brillance et convenance. Le regard est démis, l’obédience au père est préservée. Tu ne m’auras jamais infligé le doute sur la prescience de ta mort pas plus que sur ton savoir-vivre.

Les matins à rallonge, au dernier coup de midi, je me relève de mes nuits de souffre. Toi, tu as fait ta journée. Douché deux fois et l’eau de Cologne aspergée à outrance traine derrière toi des senteurs de faussaire. Tu habilles ton mal-être comme on raccommode des chaussettes trouées. Avec du gros fil blanc sur le noir de tes pensées. Je suis dupe jusqu’au point d’admirer ta virtuosité à masquer. Parce que tu ne veux pas qu’on parle de toi. Le col est haut monté. A coups d’amidon, tu lisses et assèches les coups qui ravagent ton ventre. La parole est perdue et nos regards sont des malaises.  

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#LesGens - Semaine 2 -

Reprise ici, le lundi, des posts Facebook #LesGens de la semaine écoulée : traversée entre les gens, leur lieu, leur instant. Un regard forcément biaisé sur eux et ce qu'ils dégagent parce que c'est écrit et que ça passe par la tête avant d'arriver aux doigts. Ce n'est pas la réalité mais ça pourrait lui ressembler.
Semaine 2 : Une disparation et la tristesse consécutive, une mère et sa fille qui se ressemblent et paf séduction, un départ et la joie dissimulée consécutive, une rumeur où lire et écrire, le téléphone sonne et la poubelle est pleine, la solitude au milieu des gens et une plage dos carré cousu.


Il y a les gens que l'on croise ici, vie numérique, vie virtuelle. Des messages, des commentaires, des textes, des vers ...
Posté par Christophe Sanchez sur lundi 28 mars 2016


A La brasserie, une dame et une jeune femme s'assoient à une table en terrasse. La ressemblance ne fait aucun doute. Mè...
Posté par Christophe Sanchez sur mardi 29 mars 2016


En entreprise, on se retrouve parfois pour le déjeuner avec des personnes qu'on ne choisit pas. C'est comme ça. On peut ...
Posté par Christophe Sanchez sur mercredi 30 mars 2016


La rumeur. Ce que la rumeur met dans la tête quand on lit. La terrasse ce midi est pleine de gens et de soleil voilé....
Posté par Christophe Sanchez sur jeudi 31 mars 2016


Au bureau, première heure et premier coup de téléphone. La sonnerie retentit comme une sérénade de telenovela. Le truc...
Posté par Christophe Sanchez sur vendredi 1 avril 2016


Hier soir, au Chapitre, bar à champagne dans le centre-ville de Montpellier.Une soirée calme avec des gens, des gens...
Posté par Christophe Sanchez sur samedi 2 avril 2016


A la plage. Le vent balaye le sable et les têtes se baissent. Il fait doux et les gens sont de sortie à râler après le...
Posté par Christophe Sanchez sur dimanche 3 avril 2016
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Lectures de mars 2016 #SlowReading

Au mois de Mars,  un seul roman, cinq recueils de poésie, un recueil de nouvelles et trois récits.

Pour la poésie :
Seulement la vie, tu sais de Brigitte Giraud où l'on retrouve la poésie rythmée de l'auteure avec cette fragilité et cette émotion qui, en peu de mots, nous attrapent sans qu'on s'y attende.
Coup de cœur pour Couleur coquelicot de Mireille Fargier-Caruso, que je découvre, chez pré carré éditeur. Petit livret à couverture rouge coquelicot écrit tout en finesse et mots choisis. Un très beau recueil et bel objet, comme toujours chez pré carré.
Gros "big up" pour Murièle Modély et son recueil Sur la table dans lequel j'ai retrouvé la veine de Je te vois son précédent recueil paru aux éditions du Cygne. Édité en numérique chez QaZaq.fr et illustré par Maxime Dujardin, c'est un pur bonheur avec des coups de poing poétiques à chaque texte : à lire AB-SO-LU-MENT.
En fin de mois, je me suis remis au Char avec La parole en Archipel et Feuillets d'Hypnos, avant de m'apercevoir au milieu de ce dernier que j'avais déjà lu ses feuillets puisqu'ils sont intégrés dans un autre recueil plus conséquent, fureur et mystère chez Poésie/Gallimard. Tant pis, il fait toujours du bien de relire le grand et gracieux René (sic).

Pour l'unique roman du mois :
Lambeaux de Charles Juliet est un pur bonheur de lecture. Roman est d'ailleurs à mettre entre guillemets puisque l'auteur y raconte la vie de ses deux mères (naturelle et adoptive) puis sa vie de jeune orphelin et son parcours vers l'écriture dans la dernière partie en tenant l'histoire de bout en bout par le "tu" ; ce qui donne à ce livre un relief particulier, un peu comme s'il nous écrivait une longue lettre à nous, lecteurs.

Beaucoup de plaisir à retrouver Frédérique Martin avec son recueil de nouvelles succulentes, dont la première donne ce titre incroyable au livre : J'envisage de te vendre (j'y pense de plus en plus). Titre faisant référence à la mère du narrateur ! Les autres nouvelles sont du même acabit. On est tour à tour pris dans l'absurde et la réalité crue de notre société et des gens qui la composent - nous quoi.

Pour les récits :
Mention particulière pour deux livres parus en imprimé chez publie.net. Laure Morali pour Comment va le monde avec toi. Immersion dans sa Bretagne natale lorsque l'auteure revient des "Amériques". A la fois mélancolique et envoûtant moment de lecture. Et une plongée dans une clinique psychiatrique avec Cécile Portier où elle fut placée suite à un burn-out. Les longs silences qu'elle partage avec nous et le quotidien de ces gens avec qui elle ne se trouve aucun point commun, la vie dans sa brisure folle, la lenteur des jours et l'attente, tout ça fait de ce récit une précieuse interrogation sur le sens de la vie dans son rapport à la pensée et au corps qui l'enveloppe.

Et pour finir, un coup de chapeau à Microbe et Festival Permanent des Mots, deux revues littéraires de qualité qui m'enchantent toujours autant, pour les découvertes que l'on y fait.

DateTitreAuteurGenreEditeurVidéo
06/03/2016Seulement la vie, tu saisBrigitte Giraud Poésie Rafael de Surtis
07/03/2016J'envisage de te vendre Frédérique MartinNouvellesBelfond
09/03/2016Couleur coquelicotMireille Fargier-CarusoPoésie pré-carré éditeurhttps://youtu.be/xjbrBH5vp8c
10/03/2016Microbe 94CollectifRevueEric Dejaeger & Paul Guiothttps://youtu.be/xjbrBH5vp8c
13/03/2016Les longs silencesCécile PortierRécitPublie.net publie.papierhttps://youtu.be/xt_KnD8x3GQ
14/03/2016Festival Permanent des MotsCollectifRevueJean-Claude Goiri
16/03/2016Comment va le monde avec toi Laure MoraliRécitPublie.net publie.papierhttps://youtu.be/zi7yVeQ6QOM
18/03/2016Autobiographie des objetsFrancois BonRécitPOINTS (Editions du Seuil)
19/03/2016Sur la tableMurièle ModelyPoésie Editions QazaQhttps://youtu.be/vHCVWpAqtHw
20/03/2016La parole en ArchipelRené CharPoésie nrf/Gallimard
23/03/2016Feuillets d'HypnosRené CharPoésie Gallimard
24/03/2016L'ennuiCollectifRecueilJacques Flament Editions
26/03/2016LambeauxCharles JuletRomanFolio / Gallimard


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De mon père #VasesCo avec Marianne Desroziers

Premier vendredi du mois, je reçois aujourd'hui sur fut-il.net Marianne Desroziers. Marianne, écrivaine. Marianne, revuiste. Marianne, organisatrice de festival littéraire, Marianne, lectrice. Plusieurs casquettes avec en commun la passion d'écrire, de lire et de partager. Quelques liens :
Ci-dessous, son texte et mon texte en échange ici > http://j.mp/vasesco_md_cs_0416
Cette édition des vases communicants est dédiée à Francis Royo disparu le 14 mars dernier. 


DE MON PERE


De mon père je ne retiendrai que les mains
(Et la force)
Mains de bricoleur
Mains de jardinier

Mains pour
Abouter
Affleurer
Angléser
Araser
Braser
Chantourner
Cintrer
Clouer
Couper
Débiter
Décaper
Dégauchir
Dégraisser
Délarder
Laquer
Maroufler
Mastiquer
Peindre
Plâtrer
Poncer
Raboter
Riveter
Sceller
Scier
Tarauder
Vernir
Visser
Vitrifier

Mains pour
Amender
Ameublir
Arroser
Bassiner
Bécher
Bîner
Borner
Bouturer
Chauler
Creuser
Drainer
Eclaircir
Emonder
Ejauger
Elaguer
Labourer
Marcotter
Palisser
Pincer
Plomber
Praliner
Rabattre
Sarcler
Ratisser
Récolter
Repiquer
Semer
Tailler

De mon père je ne retiendrai que les mains
(Et la force)
Mains de bricoleur
Mains de jardinier

Marianne Desroziers, mars 2016



Groupe des vases communicants : https://www.facebook.com/groups/104893605886/?fref=ts
Liste d'avril : http://lerendezvousdesvasescommunicants.blogspot.fr/2016/03/liste-des-vases-communicants-davril-2016.html
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