Le printemps des ruelles

Il attrape le temps, comme il peut, bouffée après bouffée. Il se taille des routes, passe par des voies étroites, des ruelles sales où souffrent ses poumons d’exister. Une taffe, juste une taffe et il se consume dans son costume ; autant qu’il sait faire, c’est à dire souvent sans savoir de quel habit se vêtir.
Dans sa vie, cet arpent sans filtre. Et lui, au milieu, nu comme un vers de grand poète qu’il s'éreinte à débiter en volutes suaves et malignes. Parfois, bouche en cul de poule, il flirte avec le rond parfait, celui qu’on veut éclater avec le doigt et qui disparaît trop vite mordu par un frémissement d’air.
A l’étroit, toujours, engorgé dans des ruelles sombres au goudron gluant et mortel comme de l’acide, il inspire des possibles, des terres plus grandes, des avenues claires et, rêve fou, de grands boulevards dépollués avec au bout, luisante, la mer calme et transparente. 
Mais entre deux tentatives, il crache, expire et taffe encore. Une pression maximale sur les dents, la gorge nouée et les lèvres suceuses de l’enfer et c’est la toux qui gémit, tapie dans l’ombre d’une basse cave au plus étroit de la plus noire des ruelles.
Quinte flush assurée sur le pavé. Ça rue dans les bas-fonds, ça secoue les volets, ébranle les valvules jusqu’à décrocher les vieux linteaux et le voilà à sniffer la mort dans la rigole, le poitrail à feu et à sang. Au printemps des ruelles.