Vous avez un message en attente

La rue se brouille. Un obstacle sur la voie empêche la circulation de vos automobiles. Nos équipes sont sur place pour résoudre l’incident. Comptez quelques retards aux abords de la ville. L’entrée principale est déjà saturée. Nous vous rappelons qu’une rue brouillée risque à tout moment de se couper en son milieu. Prenez garde aux enfants, aux personnes à mobilité réduite, aux personnes âgées. Des cordes sont à votre disposition aux bornes automatiques pour, le cas échéant, retenir les plus faibles sur le flanc de la rue. Attention : ne pas utiliser les trottoirs. Un préavis de grève des services de la voirie municipale court toujours sans qu’on puisse pour l’instant l’arrêter, ce qui entraîne également une instabilité des immeubles attenants aux dits trottoirs. 
L’équipe #InfoTrafic de votre rue reste à votre écoute jusqu’à 20h.
  • 31.5.18

Au prochain cillement


Tout est question de regards
lorsque la fatigue t’étreint.

Sous le langage des yeux,
se cache la poigne des jours.

Un silence cligne pour toi
sous les paupières du rêve.

Tout est réponse sur son chemin
– au prochain cillement, la paix.
  • 29.5.18

L'insoluble image

Ce jour est d’un autre temps,
fragile dans le creux de nos mains,
une saison qui croit à l'infini
d’un ricochet sur les eaux calmes.

Un été sans grande nuit à effacer,
un instant perdu où rien ne compte
sinon la danse autour de nos feux,
petite joie qui oublie les cendres.

L’oeil grandit sous l’étincelle
mais qui nous voit ainsi écarquiller
connaît le souffrir des lendemains,
l’insoluble image au bout de la course.
  • 26.5.18

Oiseau mort

Où que le regard se pose,
l’échange de lumière implose.

Tandis que l’œil va et cherche
la proie à sauver des limbes,

tu tiens au-delà de la fenêtre
l'instant comme un oiseau mort.
  • 24.5.18

Garder plié

Cet éclat apaise la fatigue,
douce matière où le mot frise,

baume à étendre sur le visage,
langue pour effacer le cri.

Garder plié sous la paupière
cet élan pour le battement.
  • 22.5.18

Avant la rue

Je regarde cette nouvelle rue pareille en apparence à toutes les rues. Y trouver une différence avec les autres tient de la gageure. Il faudrait pouvoir y poser une histoire, y mettre du sens, retourner le bitume pour voir l’envers du décor, qu’elle nous raconte son voyage avant le pétrole et les voitures, avant les immeubles autour, avant le trottoir et ses passants figés au feu rouge, avant les passages pour piétons et les pots d’échappement, avant le bruit. Mais rien ne transpire de ce temps révolu. Bien trop longtemps qu’elle est rue. Elle-même a certainement oublié quel était son territoire et de quoi il était fait avant. 
Pourtant, au milieu de l’artère, un cœur bat. Un parc arboré que d’habitude on appelle poumon vert. On y entre par un portique en tourniquet pour éviter que s’y faufilent des engins à moteur et on se fait probablement ici une idée de ce que pouvait être la rue avant d’être rue. Des arbres, de la pelouse, des cabanes pour enfants, des allées de terre ocre, une odeur de jasmin mélangé à celle que la rue crache sans cesse. Les gens sont sortis de la rue pour rentrer ici, se poser une demi-heure sur un banc pour lire ou converser avec le voisin. Une jeune fille déambule sans aucun but sinon celui de fuir la rue d’à côté. Elle marche en souriant à son téléphone qu’elle porte devant ses yeux comme un guide ou plutôt comme l’objet qui l’extrait des trois dimensions de la ville. Elle tourne plusieurs fois autour d’un parterre de fleurs défraîchies, pointe le téléphone vers la rue, sourit toujours, emprunte le tourniquet en enroulant son corps autour. Les pieds sur le trottoir, devant le parc, elle regarde furtivement derrière elle comme si elle venait de passer malgré elle d’un monde à un autre.
  • 21.5.18

Au premier vent

Une lumière jaillit de la fenêtre,
simple reflet d’une pièce de verre.

L’œil la prend pour source – une larme
à laquelle raccrocher un fleuve.

Elle sèchera au premier vent
quand la mer balayera l’estuaire.
  • 20.5.18

Noir absolu

Dans la rue, ce soir, un piège se referme. Une bouche édentée se promène en léchant le trottoir. Un homme vêtu d’un imperméable beige est assis sous l’abribus. Il attend un bus qui ne viendra pas. Une voiture passe rapidement devant lui, ce sera la dernière. On sent que quelque chose se trame derrière les bosquets qui jouxtent la rue. Dans les cours, dans les jardins, sous les porches ou derrière les portails serrés. On ne sait rien à part l’obscurité. Le noir grignote lentement les façades, s’accroche aux baies, défait un à un les rideaux de lierre, parcourt la rue au pas de charge en balayant devant les portes quelques restes de liberté. Tout se ferme, se referme, se piège. La bouche est au bout de la rue. Elle finit un sourire et sa marche sous une plaque d’égout. On entend son cri dévaler les entrailles de la terre. Puis plus rien. Plus rien sous l’abribus, plus rien dans la rue. Le noir absolu dans son costume neuf attaque désormais le silence.  
  • 13.5.18

Dans le blanc de la page

Une brèche dans le temps au galop
où suspendre ses idées haletantes.

Un espace où le calme bouleverse
l’angoisse rencognée au fond du ventre.

Une éclaircie dans le blanc de la page
avant le grand bluff d’un trop long poème.
  • 12.5.18

Schizo

Parfois tu retiens une respiration
dans un verre d’eau bu d’une traite.
Tu penses au chemin, à cette ligne
fixe dans le ciel que tu veux briser.

Puis tu poses le verre, le chemin, l’eau.
Tu continues la marche schizophrène
avec pour ami le souffe de l’oiseau
et ton apnée suspendue à ses ailes.
  • 10.5.18

Clonckien ou Clonckois

Il y aurait dans la rue, plusieurs rues ; les unes plus ou moins réelles que les autres. Une sorte d’ensemble comme des poupées russes, chacune emboîtée dans la rue de l’autre si bien que l’on se trouverait devant un assemblage de plusieurs réalités, elles-mêmes peut-être aboutées à d’autres réalités. Dès lors, comment regarder la rue que seule notre réalité – celle que nos yeux tiennent pour réalité – peut arriver à décrypter ? Est-on sûr de ce que l’on voit ? Comment s’assurer, par exemple, que cette voiture garée devant notre porte est bien la nôtre et pas une voiture sortie d’une autre rue emboîtée à une autre réalité, une espèce d’avatar de notre propre voiture, le miroir d’une autre vérité ? Non mais il faudrait vraiment que je sache car je dois prendre ma voiture aujourd’hui. Je ne voudrais pas créer un impair et basculer ailleurs au risque de ne pas retrouver ma voiture.

NB (à moi-même) : Arrêter de lire Pierre Barrault. Ses dysfonctionnements influent sur ma réalité. https://docs.wixstatic.com/ugd/e20eec_2f46218205f541e587d31df70b715109.pdf
  • 8.5.18

Éperdue

Un enfant passe dans ton regard,
déploie le souvenir des hontes.

Dans ton œil un vertige immense,
un voyage où la peine bat des cils.

Une ombre passagère vient brasser
ton corps perdu au fond de l'abîme.

Ressac de l’enfant aimé et traqué,
une part de toi aussi lasse qu’éperdue.
  • 6.5.18

Tableau noir

Tu reprends ces morceaux de rêve
griffonnés à la craie dès le lever.

Ces traces sans aucun sens que le jour
grignote déjà pour se moquer de toi.

Tu reprends les ratures où s'effilent
quelques désirs tombés dans l’oubli.

Le tout placé sous un livre dans l’attente
d’une nuit pleine de tableaux noirs.

  • 5.5.18

D'un silence se riant du bruit

La rue a besoin de silence. D’un silence se riant du bruit. Un chat saute sur un autre chat. Le noir sur le blanc. Puis, les deux filent dans une ruelle. On entend comme un bruissement de panier en osier que l’on griffe et ensuite, encore gorgé de la scène, le silence d’après. D’après les chats, l’osier et les cris stridents. La rue a besoin de bruits. Qu’ils soient habituels comme le grincement d’un portillon le soir, de tous les soirs à la même heure quand le voisin rentre du travail, ou qu’ils soient, comme ici, issu du miaulement de deux chats écorchés venu transpercer la voix de la rue pour lui redonner la beauté d’un nouveau silence.
  • 2.5.18

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