On ne demande rien

On ne demande rien au jour qui se lève. Seulement d’être là quand nos joues se gonflent et nos torses se bombent.

Que nos petits espoirs pris entre le soleil bas et le bleu neuf du ciel éclatent nos joies de toute la vérité du rêve.
  • 20.11.19

Une goutte suffit pour alourdir le monde

Au fond de la rue, ta gorge pleine de mousses. Entre une poubelle et le trottoir, tu dors à poings fermés. Dans ta bouche, une voie lactée de mots oubliés. Ceux qui t’ont brisé la parole ricanent autour d’une tasse de thé. Toi, tu lèves dans ton sommeil tous les petits doigts au bord des tasses. Sache que quelqu’un t’entend soulever ton torse à tous les renoncements. Une goutte suffit pour alourdir le monde. Retiens-la. L’épée posée sur ta nuque peut encore se retourner et trancher dans le vif des paupières. Dors au milieu du chaos. Tu sais être le juste.
  • 17.11.19

Lâcher les chiens

Il reste un peu de nuit collée à la fenêtre. Une ombre tenace qui menace au fond de l’œil.

Pourtant, le jour éclate en petites bulles de vie. Persuadé d’être le plus grand, il est cette âme d’enfant qui croit à l’infini.

Un chien renifle derrière la vitre. Sa truffe souffle de la buée, chasse l’ombre. On aimerait lâcher tous les chiens pour retrouver la lumière.
  • 15.11.19

Il descend la rue

Il descend la rue depuis chez lui où, dans un demi sommeil, une partie de son corps est restée blottie.
Il descend la rue à moitié. Il s’arrête et cherche l’autre moitié, abandonnée. Une odeur de café et de sueur titille son humeur. Il souffle dans sa main. Son haleine mélangée à l’alcool fait tourner son bonheur.
Il descend la rue et une rasade de la bouteille qu’il trimballe toutes les nuits. Une partie de lui est restée entre le canapé et le lit, entre la transpiration et l’oubli.
  • 9.11.19

Je ne le vois pas mais le sais

A travers les vitres, un soleil frelaté brille plus haut. Je ne le vois pas mais le sais.

J’enfile un masque pour être raccord avec la brume. Un pantalon taillé pour la marche de soi. Je le sais mais ça ne se voit pas.

Je reste ainsi insensible à la douleur comme à la joie. Même si quelque tremblement peut me trahir. Je le sens mais ne le montre pas.
  • 7.11.19

Une pluie serrée

Une pluie serrée devant la fenêtre,
Frappe au carreau pour entrer dans
Ma tête : cliquetis sur le pavé en pied
De grue.

Le vent perd l’équilibre des lignes
Les gouttes affolées tendent le front
L’hésitation redouble, par bouffées
L’eau pleurera tendre ou s’étouffera
A la mer.

04/11/2015
  • 4.11.19

L’ombre et le sourire

Parc Clémenceau, un premier samedi de novembre sur les bancs publics.
Ici une grand-mère, cheveux blancs rassemblés sous un chignon soigné, le regard bas et le corps plié sur son journal, là une mère avec sa petite fille emmaillotée au plus près de son corps, plus loin un arbre décati qui pense à l’ombre qu’il a pu faire du temps où il était fier de ses branches fournies.
C’est aussi ce à quoi pense la vieille dame pliée sur son journal en regardant la jeune mère. Elle se souvient de la grande ombre qu’elle projetait lorsqu’elle pouvait se tenir droite, mais elle pense aussi à ce sourire si singulier qu’ont les mères quand elles regardent leur enfant grandir.
  • 2.11.19

Manque de savoir-rêver

Elle est entrée dans mon rêve aussitôt sortie du rêve d’un autre. J’ai vu qu’elle venait d’un autre rêve à sa tête, à son allure et surtout à sa chevelure blonde. Je ne rêve jamais de filles blondes puis son accent n’était pas d’ici. Je rêve local, habituellement. Elle portait autour d’elle le décor du rêve précédent ou d’un rêve simultané, allez savoir. Un halo blafard l’encerclait. Elle marchait lentement dans une ruelle sombre. Elle me scrutait avec bienveillance mais son regard était encore pour l’autre, le rêveur précédent, un blond assurément qui devait se trouver désemparé derrière elle, à l’autre bout de la ruelle, planqué dans une porte cochère, à regretter de la voir doucement s’enfuir de son rêve. Je voyais qu’elle ne se sentait pas à sa place à piétiner ainsi mes chimères. Mais, comme deux inconnus qui se croisent, avec une impression de s’être déjà vus mais sans savoir quand, comment ni pour quelle occasion, elle m’a décoché un sourire tendre et confus. Un sourire pour se donner une contenance, parce qu’elle ne savait pas ce qu’elle fichait dans mon rêve. Elle voyait bien que, même si on s’était croisés un jour, elle ne devait en rien apparaître dans mes rêves, que c’était là tout de même un manque incroyable de savoir-rêver. Elle a marché longtemps, enfin le temps de mon rêve, quelques millièmes de secondes puis a disparu, rattrapée par ses propres rêves au sein desquels jamais n’apparaît quelconque homme brun.

01/11/2016
  • 1.11.19

Nos chemins à vide

On revoit la fatigue
désorienter nos forces
sans savoir où vont

nos chemins à vide
nos manques à dire,
nos années de faire.

Midi sonne au clocher
de tous les villages,
comme tous les jours.

Lui ne se laisse pas abattre
par les allées et venues
géographiques de l’âme.
  • 26.10.19

Elle ne sort que le soir

Elle ne sort que le soir, habillée d’habits propres et parfumée de frais.
Elle sort traîner dans les troquets, pour diluer sa peine dans des pintes de bière.
Elle a la peau brune, tannée par le soleil et son visage n’affiche aucun âge. On y devine cependant des années troubles que l’alcool brouille encore un peu plus. Elle laisse leur poids retomber dans des bajoues gonflées, des yeux rouge sang et une parole confuse.
Elle parle seule ou à des gens qu’elle attrape au comptoir pour donner à sa voix une paire d’oreilles vierges.
Elle cause sans discernement des uns et des autres et ses vilains mots tirent sur les fines craquelures qu’elle porte à la commissure des lèvres comme le témoin de l’usure du temps.
Quand elle parle, ce n’est que bredouillement et au bout de ses phrases, elle jette un mot plus haut qui fait tressaillir le comptoir, une injure grasse et pleine d’un ressentiment factice.
L’insulte est le point final à sa sentence au-delà de laquelle il n’y a plus rien à dire. Alors elle tourne un instant sur son tabouret cherchant sa prochaine victime, son prochain fantôme puis elle recommence en affûtant sa diatribe.
Les borborygmes s’enchaînent, on comprend parfois un prénom, un nom, un sobriquet. Mais on ne sait pas qui sont ces personnes, ni ce qu’elle leur reproche. Elle en a contre la terre entière qui la porte malgré elle. Parfois dans un élan de lucidité, elle décoche un sourire comme si elle se moquait d’elle-même et des propos injurieux qu’elle profère. Sa bouche semble se craqueler, ses lèvres entrouvertes creusent des sillons si profonds qu’un instant on croit la perdre ; on redoute de voir son visage se démolir comme une tour de Lego, qu’elle se dissolve dans l’alcool, qu’elle disparaisse au fond de son verre.

22/10/2016
  • 22.10.19

Pauvre matin

On fréquente le ciel
depuis tellement de temps,
depuis tellement d’espaces
dépliés à nos yeux ahuris
qu’on en vient à oublier
que souvent on le perd de vue,
comme aujourd’hui,
penchés que nous sommes
sur ce pauvre matin qui éternue.
  • 19.10.19

Fou rire

Parfois on est secoués
par des tremblements d’hier,

comme si on tombait
dans un fou rire d’enfant.

On se roulerait presque
par terre en se tapant le torse

mais rien n’advient de semblable,
le rire est loin, le fou n’est plus.
  • 17.10.19

Fabuleux silence

Ce matin, j’ai croisé
un fabuleux silence,
un peu revêche au départ,
ne voulant pas vraiment
se faire remarquer.

Il a très vite éclaté, plop
dans mon oreille saturée
des bruits de tous les jours,
me laissant tellement léger
que demain déjà en redemande.
  • 15.10.19

Il fait un jour à résister sans hâte

Il fait un jour à résister sans hâte.
Appréciant le déplacement de l’air, de soi et de l’autre lorsque ça file doux sur la peau. Marcher sans plus de prétention que de but. Errer nous manque tant on est sommé de toujours atteindre un lieu objectif partagé par le plus grand nombre comme étant le meilleur, toujours un pas de plus, toujours aller plus loin. Mais qui est ce « on » et pourquoi nous pousse-t-il ainsi ? Si bien, si mal qu’aujourd’hui passer le temps à ne rien faire d’autre que déambuler dans la rue ou dans sa tête tient de la résistance.
Il fait un jour à résister sans hâte.
  • 12.10.19

Trouver le fil de chaque mot

Trouver le fil de chaque mot,
y entrer ou en sortir avec des mailles
comme on raccommode des filets.

Le soir les laisser sécher sur le tapis
en cherchant comment combler les trous,
les manques et autres ratés du cœur.
  • 9.10.19

On ne va pas en faire un poème

On commencera par confondre le jour et la nuit, par s’étendre sur un drap comme si c’était une barque ou de l’herbe fraîchement coupée, ou encore une pensée légère qui laisse nos soucis sur le rivage.  
Puis on se dira que rien de tout ça ne vaut, qu’on ne va pas non plus en faire un poème, qu’il vaut mieux demander au vent de décider.
  • 5.10.19

Rue Carlencas vers midi trente

Rue Carlencas vers midi trente,
rien de bien neuf sur les trottoirs
sinon ce groupe de jeunes venus
déjeuner sur le pavé de pain,
de coca zéro ou de bière tiède
dont les canettes
finiront dans le caniveau
avec quelques mégots fumants.

Rue Carlencas vers midi trente,
tout suit son cours dans les rigoles,
un sourire se perd sur les lèvres
des jeunes filles à qui les garçons
roucoulent des vers saccadés
dans un flot de rap vite débité.

Rue Carlencas vers midi trente,
on pourrait traquer les délits
sous les arches des immeubles
où les plus tendres malheureux
fument en cachette de l’herbe
qu’ils ne verront jamais fleurir.

Rue Carlencas vers midi trente,
je passe ma vieillesse à la machine,
pique les sourires des jeunes filles,
prends une lampée des odeurs
diluées de bière et de fumée.
  • 3.10.19

La montre oignon

Il avait une montre. Pas une montre avec un bracelet, banale, avec son ornement en cuir ou en métal ; pas une montre ordinaire, pas de celles qu’on met au poignet tous les jours – comme tout le monde. Non, il avait une montre dans sa poche. Une montre qu’il nommait « montre oignon ».

Cet objet insolite agitait des questions stupides. Comment avait-on pu marier une montre et un oignon pour en faire un seul et même objet ? Était-ce une nouvelle variété de plante potagère ? Où la trouvait-on ? Chez l’horloger ou le primeur? Elle était en tout cas une primeur de son temps à laquelle je ne comprenais rien, une fraîcheur de la vie aujourd’hui disparue. L’objet – parce qu’il s’agissait bien d’un objet, je le voyais bien, même si le doute n’arrêtait pas de tourner ses aiguilles dans ma tête – faisait onduler les heures sur son cadran en oignon, à grands coups de tics et de tacs dérobés sous un bulbe de verre.

Bien entendu, en grandissant, j’ai compris ce qu’était une montre oignon, autrement appelée montre à gousset. Mais mon grand-père ne m’en a jamais rien dit, soutenant le mystère avec malice, allant même jusqu’à me faire croire que, dans son jardin, il cultivait des plants de montres oignons, qu’il en faisait des récoltes abondantes, de quoi assurer la pérennité de sa petite exploitation pour des générations et des générations – une descendance qui pouvait dès lors gaspiller oignons et temps comme bon lui semblait, pour des siècles et des siècles. Amen.
Et sur ce point, il avait raison Elle a traversé le temps, cette montre. Symbole à elle seule du patriarcat de mon aïeul. Logée dans son bleu de travail, suspendue à une chaînette en argent dépassant de sa ceinture, il prenait un malin plaisir à la sortir à toute occasion en la serrant entre ses doigts crochus. Goguenard, de l’autre main, il traçait sur ses joues une coulée de larmes chaudes en me souriant largement, comme si la pelure du temps le faisait pleurer malgré lui.

Bien plus tard, une fois que grand-père ne fut plus du monde des oignons comme de celui des hommes, je l’ai retrouvée dans l’armoire normande entre deux piles de gros draps brodés à ses initiales. Les aiguilles arrêtées indiquaient l’heure habituelle de sa sieste. Ce jour-là, j’ai senti que la montre-oignon m’irritait les yeux. Je l’ai saisie avec précaution avec le pouce et l’index. Je l’ai tournée, pile, face, ai épluché quelques souvenirs, cligné des paupières pour rafraîchir la brûlure, puis je l’ai reposée entre les draps avec un peu de mon eau pour qu’il en pousse d’autres.

27/09/2016
  • 2.10.19

Le jour a sorti ses flèches

Le jour a sorti ses flèches.

Réveillé par la vibration de l’arc
bandé entre ses oreilles,
il se sent à nouveau la cible
en même temps que le carquois.

Le jour a sorti ses flèches.

Il les entend siffler dans la rue,
une à une visant sa tête,
est-ce la mort qui décoche
ou juste de mauvais acouphènes ?
  • 30.9.19

Il fait un jour à se passer du regard

Il fait un jour à se passer du regard.
À écrire en mode automatique, les yeux fermés comme pour éprouver la fatigue du monde. En ignorant jusqu’au regard de l’autre, dire avec ce qu’il nous reste sous les yeux. Débris d’une nuit agitée, paroles qui suintent de quelque souvenir caché sous les substances et textures de l’ombre. Un tout réuni pour se laisser aller à de nouveaux motifs et courants insoupçonnés. Définitivement coupé de la lumière qui en dit trop.
Il fait un jour à se passer du regard.
  • 29.9.19

Ronde éternelle

Assise sur un banc, parc Clémenceau, une jeune femme regarde une série sur son téléphone. Tête baissée sur l’écran posé sur ses genoux, écouteurs dans les oreilles, rien ne vient perturber l’histoire qu’on lui raconte.
Pendant ce temps, un garçon hissé sur un vélo trop grand pour lui fait le tour du petit parc en empruntant les allées de sable. Il tourne sans fin, passe et repasse devant la jeune fille imperturbable.
Non loin de là, trois hommes dorment sur la pelouse, sacs à dos en guise d’oreillers. Eux aussi sont tranquilles et hermétiques aux passages du vélo dont les pneus trop neufs crissent sur les gravillons.
Dans cette ronde que l’on aimerait éternelle, le garçon semble être le seul à tenir le monde. Ainsi tournant de plus en plus vite pour en alimenter le cœur. Les autres sont ailleurs, éléments en gravitation, perdus dans quelques séries de rêves oux rebondissements narratifs inconnus.
  • 28.9.19

Sous les yeux

Il a sous les yeux
un infini de bleu,
poche d’ombres
et de coups.

Des bleus sous les yeux
répandus comme de l’huile
dans une vieille flaque.

Il me dit
sans lever les yeux :
avec la clope
que tu vas me donner,
ça ira mieux.
  • 25.9.19

Nos feuilles mortes

On cherche des lueurs
à ce début d’automne.

Un train passe, on le voit
depuis la terrasse de l’étage.

L’allée de cyprès le taille
en petits morceaux de tôle.

On cherche nos feuilles mortes
à coller sur chaque wagon.

Il fait encore trop chaud
pour faire de la buée sur les vitres.

13h50 #AuBureau
  • 24.9.19

Il fait un jour à chanter sous l’ombre

Il fait un jour à chanter sous l’ombre.
Comme celle-ci, posée ici sur mon chemin. Cette ombre sous le corps de l’homme avachi sur la table d’un café, la bouche ouverte et collée sur le formica noir. L’ombre de son corps sous la courbe de la fatigue. Et les pensées, que l’homme et moi avons du mal à dompter, vont et viennent dans les recoins de nos esprits. L’esprit, l’ombre et ce café où d’autres corps baignent ne font qu’une et même chanson. Celle d’un désespoir sans fond, celle de la réunion des mondes où chaque pensée est courbe, où chaque souffle est ombre.
Il fait un jour à chanter sous l’ombre.
  • 22.9.19

Le monde, cette fantaisie du regard

Le monde, cette fantaisie du regard
quand survient
le changement des couleurs,
que le paysage se taille
une part d’ombre et de cuivre.

Le monde comme tu veux le voir,
chaussé de verres déformants,
une réalité creusée par les rêves,
un petit espace de bonheur
caché sous la lunette du mensonge.
  • 21.9.19

Il fait un jour à vider le ciel

Il fait un jour à vider le ciel.
De toutes les traces laissées par les ivresses, se laver à grande eau avant la mort. Bouger les meubles. Oublier un instant les limites imposées. Garder pour soi les mots fragiles et la lumière traînante d’après tous les essorages.
Il fait un jour à vider le ciel.
  • 18.9.19

Fenêtre sur fenêtre

Il y a cette vieille fenêtre
que je vois depuis le bureau
à travers notre fenêtre ouverte.
Fenêtre sur fenêtre avachie
sur un pot de géranium mort,
aussi mort qu’est morte
l’antenne râteau
qui la surplombe sur son toit
aux tuiles lézardées et vert-de-gris.
Il y a cette fenêtre sur fenêtre
d’où sort toute la sécheresse de cet instant raté.

16h25 #AuBureau
  • 17.9.19

Il fait un jour à se laisser aller sous la robe de l’air

Il fait un jour à se laisser aller sous la robe de l’air.
Septembre s’installe et avec lui le changement progressif de l’air ambiant. Courant sous des feuilles, balayant la cime des arbres, rigolant sous nos nez, l’air et son grand cousin le vent prennent la place de l’imposante dame chaleur. On pourrait faire un poème de tout ce qui change dès qu’on pense à cet air qui nous touche. Mais septembre est aussi le premier de ces mois qui finissent en brrr. Ayons l’air de ne pas y penser.
Il fait un jour à se laisser aller sous la robe de l’air.
  • 16.9.19

Frissons et nouvelle rosée

Qu’un éclat de lumière
ferme la vue de la fenêtre
et tes yeux se mettent à courir
dans la chambre, à chercher
une ombre où apaiser le regard.

Tu brûles du dedans,
ta peau reste aux abois,
frissons et nouvelle rosée
sur l’écorce de nos mémoires.

Que l’éclat d’un souvenir
entrouvre nos draps défaits,
que tu parles un peu
de la lumière et de tes feux
et la joie s’empare de notre arbre.
  • 13.9.19

Comme un camion

Ici c’est la mi-journée,
un peu passée.
On dit : la bascule est faite
entre les heures écoulées
et celles encore à vider du sablier.

Ça ronronne comme un camion,
on dit ça, comme un camion
qui taille sa route sur le temps,
vrombissant à peine sur le bitume,
à pleine vitesse et en roue libre
jusqu’à l’heure de toutes les débauches.

16h10 #AuBureau
  • 12.9.19

Pluie de mouches

Il pleut. Les gouttes viennent s’écraser sur la vitre comme des grosses mouches. Tu les regardes éclater et tu imagines leurs abdomens glissant lentement sur le verre. Tu prends le fracas de la pluie pour une nuée sauvage, un suicide collectif. A cette pensée, tu esquisses un sourire et viens poser tes lèvres sur l’intérieur de la vitre. Tu embrasses à travers le verre chaque goutte qui glisse, chaque mouche qui meurt.

Il pleut. De plus en plus fort. Tu n’arrives plus à saisir de ta bouche chaque impact. Tes lèvres font l’effet d’une ventouse sur la vitre. Tu veux attraper toutes les mouches, qu’aucune n’en réchappe, les embrasser puis les avaler une à une pour mettre fin à leur souffrance. Tu t’énerves. Désormais, dans la précipitation, c’est avec ta tête que tu cognes la vitre : ça provoque un bruit lourd qui fait vibrer la fenêtre comme lorsque sonne le glas au beffroi du village et que les murs de la maison s’en font l’écho. 

Il pleut. Et tu n’en peux plus de chasser les mouches toujours plus nombreuses, toujours plus ruisselantes avec leurs abdomens putrides. Tu lèches la vitre. Ton front devenu rouge glisse de haut en bas et de bas en haut, frénétiquement. Tu deviens fou, ne veux plus voir, ne plus savoir cette hécatombe.

Il pleut. Tu t’allonges sur le rebord de la fenêtre, les yeux errant sur le plafond. Tu fermes les yeux. Ta respiration diminue. Tu t’apaises, laisses entrer en toi la musique de la pluie qui fouette la vitre. Une mouche, une seule, une vraie, se pose sur ton front. Tu t’endors. A moins que tu ne t’éveilles.

  • 11.9.19

Même bleu

On se couche frémissants
à l’idée d’une autre lune.

La nuit reste une attente,
perspective d’un autre ciel.

Pourtant le jour revenu
affiche un même bleu.

Avons-nous été autres
durant ces heures passées
sous la toile des rêves ?
  • 10.9.19

Cette odeur

La cheminée couve des cendres encore chaudes de la veille. L’odeur de fumée est vive. Elle se mélange à la poussière qui danse autour des gros rideaux en velours. C’est une odeur lourde, de bois calciné, de ces petites branches de frêne que tu as fait brûler en premier pour attiser le rondin de chêne un peu vert. Une odeur de forêt après un incendie qui aurait tout décimé ne laissant plus flotter que des relents de lichens et de champignons moisis. Elle est non seulement incrustée dans les murs jaunes, dans les tapisseries dont les motifs de fleurs ont fané, dans les meubles qui l’accueillent dans leurs interstices vermoulus et dans le sol en tomettes rouges patiné de suie, mais aussi dans ton corps flasque et fatigué, étendu sur ton lit de fortune.
Aujourd’hui, alors que le jour peine à percer les rideaux, il règne une atmosphère de trop-plein comme si cette pièce – ta chambre mais aussi ta salle à manger et ta cuisine – n’en pouvait plus d’être ce réduit de cendres, ce vieux cendrier froid.
Tu te lèves et ouvres la fenêtre. L’air frais du matin s’engouffre dans la pièce. Tu respires à grands poumons. La brume est basse. La campagne encore endormie te fait sentir son haleine fraîche. L’hiver lâche un grand rot dans la forêt qui te fait frémir et refermer la fenêtre.
Le courant d’air a ranimé la cheminée. De fines flammes lèchent l’âtre et embrasent le reste du rondin de chêne. L’odeur est maître de l’espace. Cette odeur, ton odeur que tu ne sens plus.

09/09/2017
  • 9.9.19

Derrière le dernier refrain

Il y a la radio qui crachote
des tubes du moment
sur des voix maquillées à l’auto-tune

et nous qui faisons
des passes d’armes
entre lassitudes et sifflotements,
éternuements et raclements de gorge.

Nos regards sombres
cherchent une lumière,
nos chagrins se cachent
derrière le dernier refrain.

Parfois, des pensées libres
s’évaporent de nos têtes
en formant des phylactères
dans lesquels on peut lire
tous nos dialogues secrets.

14h17 #AuBureau
  • 6.9.19

Longtemps j'ai voulu

Longtemps j’ai voulu être
aussi paisible qu’un chat
lorsque, roulé sur lui-même,
il dort d’un sommeil profond.

Longtemps j’ai voulu être
aussi libre qu’un oiseau
lorsqu’emporté par le vent,
peu lui importe le chemin.

Longtemps j’ai voulu être
aussi drôle qu’un singe
lorsque, soulevé par les anges,
il saute d’arbre en arbre.

Longtemps j’ai voulu être
aussi bien que mes pairs
alors que, dépeçant mes rêves,
je ne parvenais qu’à les imiter.
  • 5.9.19

Sandales ouvertes

Dans le parc
à midi
un enfant marche,
en marge du chemin ,
dans les premières
feuilles mortes.
Il frotte et racle
ses pieds
dans des sandales
ouvertes,
dans des sandales
vieilles.
Dans le parc
à midi,
un homme calé
sur son chemin
regarde avec envie
de le rejoindre,
ouvert
à toutes les vieilles
chaussures,
à tous les vieux
souvenirs.
  • 4.9.19

À l'orage

Dans la rue,
une air de fièvre
transporte les passants.

Le temps est lourd,
me dit ce vieil homme
qui peine et sue sur le trottoir.

Le soleil traverse le bitume
et ses yeux noircis,
la vieillesse est à l’orage.
  • 3.9.19

Quelque algèbre

tu
Tu repasses dans ta tête tous les théorèmes du monde. Tout ce qui régit l’existence et que tu ne comprends pas.
Ce soir, une fois de plus, il y a un ciel d’orage qui étouffe toute réflexion et ranime des équations électriques pour lesquelles tu ne trouveras jamais de solution.
Alors, tu sors dans le soir plein de lourdes constantes. D’abord, le vieux chien du voisin qui te grogne dès qu’il te voit. Dix ans que tu le croises ce clebs à poils ras. Il te connaît mais continue à vouloir sauter le grillage pour te mordre. Ensuite, il y a le trottoir et son pavé manquant que tu évites en descendant sur la route. Ce trou sur ton passage que personne ne veut remplir. 
Tu descends la rue vers le parc où tu as tes habitudes. Tu franchis le portail pour y accéder, haut et lourd avec son immuable grincement de ferrailles lorsque tu le pousses d’un même effort, d'une même lassitude, sans comprendre pourquoi on ne le laisse pas grand ouvert en permanence. Puis, tu rejoins la mare au centre du jardin à la française et ton banc où tu t’assoies pour ruminer quelque algèbre de la vie. Tu regardes les buissons alentour, taillés en forme de points d’interrogation et, dans l’eau traversée de carpes, le reflet noir de ton visage et de toutes tes questions.

02/09/2017
  • 2.9.19

Trois secondes sous l'ombre

1

La nuit arrive en traînant des ombres derrière elle. L'instant s’effarouche entre les bleus obscurs et inquiétants que laisse passer un arbre séculaire.

Rien n’abîme cette première seconde sinon l’aigreur du jour qui voit, sous le couchant, disparaître la splendeur de l’arbre.

2

Toi, tu restes sur le seuil à attendre l’orage sous le feu instable des éclairs. Les branches noires dressées en parafoudre te rendent à ta mélancolie sourde.

Pendant cette deuxième seconde, quelque part et sans que personne ne s’en émeuve, une âme trépasse de l’autre côté du monde où rien ne distingue le silence de l’ombre.

3

Un éclair fronce les sourcils du ciel, une onde écartèle un nuage rétif tandis que ta trace au sol s’efface comme s’efface celle de milliers d’arbres.

Ailleurs, flotte l’idée d’une troisième seconde trompant la première, prenant la nuit à rebours pour que l’arbre ne quitte plus son ombre, pour que nul esprit jamais ne disparaisse.
  • 27.8.19

Ombre de moi

Tu n’es plus qu’une ombre. Une tache noire sur le sol, à l’abri du figuier. Ta silhouette se découpe et flotte dans le soleil. Ectoplasme aux doux contours, tu épouses la terre. Ton corps déformé par la lumière se joint à l’ombre de l’arbre perchée sur les épaules. Tu es trapu et court sur pattes mais là au sol, rampant sous mes yeux, tu es une forme obscure et oblongue qui s’allonge sur l’ocre comme une coulée de peinture noire pénétrant la terre.
Je te regarde longtemps toi, l’ombre de mes jeunes années. Le figuier en totem et la bouche gorgée du vieux fruit aigre-doux, je te goûte au plus près, à ressentir sous mes papilles l’enfance perdue. Tu flottes évanescent sur mon paysage. Au passage d’un nuage, tu te divises en deux flaques molles pour revenir entier te caler sur l’arbre, une joue collée à la sève. Je te vois près de ton figuier t’endormir. Et le soleil de descendre derrière la colline en coulant une flambée rouge sur le jardin, et toi, feu mon père, tu apparais rouge sang, ombre de moi, puis disparais comme si le souvenir voulait se coucher.
Tu n’es plus qu’une ombre. Tu seras là tant que le soleil et le figuier.

08/03/2014
Extrait de "Rats taupiers", éditions des vanneaux.
  • 26.8.19

Attente en gare

Je me pointe comme chaque semaine à la gare de Béziers après une demi-heure de voiture. C’est l’hiver, dix-huit heures et déjà la nuit imprègne les murs du hall.
Peu de monde, c’est un dimanche nu de janvier, des dimanches où on ne voyage pas. Au centre, suspendu au plafond, l’afficheur des départs et des arrivées diffuse une lumière rouge agressive. La nuque dressée et les yeux plissés, je parcours les lignes fluorescentes, cherche le 18h12, de voies A à D, du quai 1 à 7. Le corail n°4578, c’est celui-là, c’est le mien, celui qu’il ne faut pas que je rate ! Retard annoncé qui clignote comme un avertissement de danger, c’est la seule indication : pas de voie ni de quai. Pour l’instant, l’afficheur reste muet, mon train n’existe que par son retard.

J’avance. Aucun banc dans cette grande salle, je cherche un endroit pour poser mes guêtres. Des locataires habituels entourent un pilier. Assis, ils étirent leurs jambes sur le sol crasseux. Ils sont quatre, deux hommes, une femme et un chien. On dirait qu’il n’y a que le chien de libre, eux semblent prisonniers volontaires, attachés au pylône, greffés par le dos et anesthésiés par les cannettes de bières qui jonchent le sol. Je fais pareil, me trouve un pilier et me tire un coca au distributeur.
Mon sac blanc de mataf comme moelleux coussin, je m’adosse au pilier voisin, juste en face des squatters avachis. J’en suis aussi, je suis des leurs, de ceux qui sont souvent dans des endroits de passage, à attendre. J’en suis, enfin presque, je les imite : eux n’attendent plus rien.

Et l’afficheur de bouger ses cristaux liquides, le retard n’est plus annoncé et une voix de crécelle percute les murs après trois notes de musiques monocordes : « le train corail N°4578 entre en gare quai n°1 voie 7, éloignez-vous de la bordure du quai, ce train dessert… ». Narbonne, Carcassonne, Toulouse Matabiau, Bordeaux-St-Jean… Litanie de villes qui m’éloigne déjà de mon pilier. Je ne bouge pas, pas envie. L’annonce est à nouveau diffusée, complétée et dans son impulsion double l’effet de langueur. Le billet, ne pas oublier le compostage obligatoire. Il faut partir seul, l’accès aux quais est réservé aux voyageurs. Une chance, on peut dormir, le train couchette est disponible voiture 6. En face, les squatters ne bronchent pas, ils dorment et le clebs me regarde. Soudain, la voix se tait mais le silence des murs est brisé. Le train glisse dans la gare dans un grincement de métaux lourds et un ronflement d’air pulsé bat sous mes pieds. Il est 18h25. Je ne bouge toujours pas. Le chien vient vers moi, langue pendante, tourne autour du pilier et s’assoit sur mon sac. Il n’attend rien, moi non plus.
Et si je ne partais pas ?

12/07/2010
  • 25.8.19

Entre la salière et le poivrier

Il y a ces mots sur la table posés entre la salière et le poivrier. Des mots sur un papillon de papier griffonnés au dos d’une enveloppe entre les vagues du timbre oblitéré. Tu as testé la mine de ton stylo, fait quelques vagues entre les vagues. Toujours à essayer d’endiguer les creux par des secousses. Tu as retourné le papillon, pris le stylo entre tes doigts tremblotants. Le pouce a ripé une première fois, je le vois au trait fuyant de ton premier R. Une ligne d’abandon, une main qui hésite. Le reste est pour nous deux, un mystère que l’amour n’aura jamais éclairé. Des mots débordés, des mots affolés que j’ai lus avec ta voix dans la tête, une voix au timbre rocailleux, un fossé entre les lettres. A chaque espace et saut de ligne, à chercher le sens, je me suis perdu. A vouloir toucher ton esprit, je n’ai trouvé que l’âpreté du manque. Quelques mots posés sur la table entre la salière et le poivrier.

16/04/2017
  • 22.8.19

Il fait un jour à éviter les plaintes

Il fait un jour à éviter les plaintes.
De peur qu’elles n’en engendrent d’autres. On sait que ces bêtes copulent entre elles, enfantent des abîmes. Alors au lieu d’user ses pensées sur la toile cirée des emmerdes, il est temps de passer l’éponge. Et vlan, comme dirait l’autre. Se remettre à table et sucer les petits bonheurs jusqu’à la moelle.
Il fait un jour à éviter les plaintes.
  • 21.8.19

Il fait un jour à boire du vin sans fin

Il fait un jour à boire du vin sans fin.
Un jour où le noir s’étend du dehors vers le dedans. Où les idées frôlent d’autres idées bien plus dangereuses. Jeu d’ombres distillées, fraîchement sorties de l’alambic à pensées. Où l’on peut voir en cinémascope une morne et longue plaine dérouler un vent fatigué avant d'arriver devant ce grand canyon rouge prêt à nous rompre le cou. Une sorte de voyage à faire monter le taux de mélancolie dans le sang.
Il fait un jour à boire du vin sans fin.
  • 17.8.19

Clair comme l’eau du puits

Entre deux orages d’été, par un temps de serpillère mouillée, tu rinces le trottoir d’une eau claire tirée d’un puits imaginaire. Tu redresses les géraniums ébouriffés par le vent, jettes sur eux un regard de compassion. Le rouge fané des fleurs chamboule tes rêves. Le ciel en colère renverse l’horizon. Te voilà le cœur javel, les pieds dans l’eau et un grêlon coincé dans la gorge, à ressasser le beau temps d’hier et les harmonies du ciel.

Un voile dans les yeux, tu fixes l’arc-en-ciel dans le caniveau. Tu balaies les scories d’un passé qui persiste à fixer les couleurs de manière identique. Le trottoir sera bientôt sec et ne reflètera plus rien que le vide de tes pensées désordonnées. Le grêlon tombera dans ton ventre et fixera le fiel. Jusqu’au prochain grondement où l’espoir reviendra, clair comme l’eau du puits.

05/07/2014
  • 16.8.19

Au bord

On est au bord,
dans un état liquide.
Le temps semble plat.
On teste nos réflexes
un pas vers l’autre,
un bras levé,
un regard qui dit,
juste
pour être ensemble,
pour vivre un peu plus,
pour qu’existe l’instant
par ce que nous sommes.
  • 12.8.19

Il fait un jour plein de la lumière des autres

Il fait un jour plein de la lumière des autres.
La lueur des gens heureux que l’on voit au fond des yeux venir manger nos visages ; celle lueur-là aime à se balader sans heurt parmi les autres dont l’humeur tombe trop souvent comme des paupières lasses
Elle résiste à toutes les épreuves, au mauvais temps qui va et qui se pose sur nos joues mais aussi aux petits abandons qui longent les routes et toutes les tristesses qui les traversent.
Il faut s’attarder près d’elle, en prendre régulièrement des surdoses, s’y exposer longtemps pour recharger les sourires.
Il fait un jour plein de la lumière des autres.
  • 11.8.19

Il fait un jour à chercher sa bouée

Il fait un jour à chercher sa bouée.
Un autre jour, une autre nuit avec leur même port où s’amarre le mystère. De longs bateaux au large, tous feux allumés et cette bouée qui frissonne à peine entre les deux.
Le port et la bouée : voilà l’image ou du moins ce qu’il en reste dans l’humidité des draps après ce rêve orageux.
Il fait un jour à chercher sa bouée.
  • 7.8.19

Vague relevé estival #1

Plage de Palavas-les-flots
5 août 17h30, température de l’air 27°, de l’eau 22°, soleil voilé.

La plage est clairsemée de serviettes avec différentes personnes humaines posées dessus.
Ces serviettes dessinent des formes : en étoile, en carré, en rond. Toutes sortes de figures semblent possibles.
Les personnes posées sur les serviettes ont un corps muni de quatre membres, comme on pouvait s’y attendre. Chaque membre évolue en fonction de l’activité du corps. Les pieds bougent peu tandis que les mains sont très actives et dévolues à différentes taches relativement communes sur la plage : tenir un livre ou un téléphone étant les deux plus répandues.
À l’extrémité haute des corps. une tête aléatoirement coiffée d’une casquette, d’un chapeau ou avec des cheveux de couleur et de longueur variables.
On peut observer que certaines personnes quittent momentanément leur serviette pour se rendre à l’intérieur de la mer à proximité. Les pieds, ici, ont une grande importance puisqu’ils semblent jouer un rôle de traction pour amener le corps jusqu’à l’eau. Une fois dans l’eau, le corps disparaît presqu’entièrement. On note cependant que la tête reste majoritairement hors de l’eau, qu’elle dispose d’un couvre-chef ou pas.
Une fois dans l’eau, il est important de mentionner que le corps semble encore se mouvoir compte tenu du déplacement des têtes que l’on peut apercevoir au gré des vagues. Toutefois, le mode de déplacement depuis mon poste d’observation n’a pas pu être identifié à ce stade de l’étude.
Il n’en reste pas moins que le corps sort de l’eau comme il est entré, à l’aide de la force motrice des deux pieds effectuant à tour de rôle des pressions sur le sable, d’abord à l’intérieur de l’eau puis sur la terre ferme afin de rejoindre sa serviette.
On peut alors s’assurer, une fois que la personne a regagné sa serviette, de la véracité du théorème : tout corps plongé dans l’eau ressort mouillé.

J’en étais là de mes constations sur l’étude de l’humain en été sur le bord de la plage qu’une sphère rouge, certainement composée de quelque matière plastique dure, vînt heurter ma tête suspendant, par la violence du choc, la poursuite de mes retranscriptions.
  • 6.8.19

Il fait un jour à écarter ce qui fait trop de bruit

Il fait un jour à écarter ce qui fait trop de bruit.
Dans l’attente de pouvoir s’entendre, je fixe le front de l’aube. Je lui intime d’apaiser son feu pour éteindre le vacarme du jour.
Je sais qu’elle n’en fera rien. Que je devrais être forteresse au milieu des mers d’ombre pour ne plus entendre les vociférations du monde.
Et je sais, encore aujourd’hui, que prendre ta main s’avèrera la meilleure île.
Il fait un jour à écarter ce qui fait trop de bruit.
  • 5.8.19