Il faudrait baisser les yeux du jour

Les écrans renvoient trop de lumière bleue. 

Il faudrait baisser les yeux du jour. 

Les néons du ciel n’y sont pour rien si nos têtes grésillent. 

Les fenêtres sont autant de trous pour s’échapper - trappes à fous. 

15h32 #AuBureau
  • 30.7.20

Nos feuilles mortes

On cherche des lueurs
à ce début d’automne.

Un train passe, on le voit
depuis la terrasse de l’étage.

L’allée de cyprès le taille
en petits morceaux de tôle.

On cherche nos feuilles mortes
à coller sur chaque wagon.

Il fait encore trop chaud
pour faire de la buée sur les vitres.

13h50 #AuBureau
  • 24.9.19

Fenêtre sur fenêtre

Il y a cette vieille fenêtre
que je vois depuis le bureau
à travers notre fenêtre ouverte.
Fenêtre sur fenêtre avachie
sur un pot de géranium mort,
aussi mort qu’est morte
l’antenne râteau
qui la surplombe sur son toit
aux tuiles lézardées et vert-de-gris.
Il y a cette fenêtre sur fenêtre
d’où sort toute la sécheresse de cet instant raté.

16h25 #AuBureau
  • 17.9.19

Comme un camion

Ici c’est la mi-journée,
un peu passée.
On dit : la bascule est faite
entre les heures écoulées
et celles encore à vider du sablier.

Ça ronronne comme un camion,
on dit ça, comme un camion
qui taille sa route sur le temps,
vrombissant à peine sur le bitume,
à pleine vitesse et en roue libre
jusqu’à l’heure de toutes les débauches.

16h10 #AuBureau
  • 12.9.19

Derrière le dernier refrain

Il y a la radio qui crachote
des tubes du moment
sur des voix maquillées à l’auto-tune

et nous qui faisons
des passes d’armes
entre lassitudes et sifflotements,
éternuements et raclements de gorge.

Nos regards sombres
cherchent une lumière,
nos chagrins se cachent
derrière le dernier refrain.

Parfois, des pensées libres
s’évaporent de nos têtes
en formant des phylactères
dans lesquels on peut lire
tous nos dialogues secrets.

14h17 #AuBureau
  • 6.9.19

Qui l'eût grue

Sur le toit du bureau
à fumer ma cigarette
et le soleil au plus haut.

En face, deux grandes grues
balafrent le bleu peroxydé,
elles tremblent légèrement.

À moins que ce soit moi,
mon regard qui tremble
quand j’aperçois cet oiseau perché.

Moineau ou hirondelle,
trop loin je ne sais dire,
peut-être est-ce une petite grue.

Grue sur grue, ce serait incongru.

13h44 #AuBureau
  • 30.7.19

On n'a pas tout compris #3

Ces phrases dont le sens échappe au commun des mortels mais qui parfois ne manquent pas de poésie :
- Faut-il s’inquiéter quand il y a inscrit « néant » sur la feuille ?
- Il refuse l’EAS. Fais-le partir en W.
- On va compter les points à l’arrivée.
- C’est pas moi ! C’est un préop !
- Fais-moi un RHR fictif.
- Il n’y a pas d’incident d’origine.
- On en parle parce que sinon on va se retrouver avec des oignons à Narbonne.
- Toulouse me demande si tu as des chambres ?
- Ce serait bien que les GOF se parlent entre eux.
- Ce n’est pas ma faute si j’ai une marche mal montée.
- On devait pourtant rentrer une patte sur deux.
- Zut ! J’ai du hors-quai en queue !
- J’entame ma treizième FÉM de la journée.
- Et 18 personnes en rupture pour Marseille !
- On va reconstituer les JS.

14h07 #AuBureau
  • 18.7.19

On a rouvert les fenêtres

On a rouvert les fenêtres
pour que l’air balaie nos visages.

De la rue on entend des voix
sous le murmure du tramway.

Une mouette égarée s’offre
une pause sur le toit d’en face.

Un enfant éclate de rire
et un ballon de baudruche.

Il ferait presque doux.

15h58 #AuBureau
  • 17.7.19

On n'a pas tout compris #2

Ces phrases dont le sens échappe au commun des mortels mais qui parfois ne manquent pas de poésie :
- Je monte le sillon et je te rappelle.
- On le fait W dans la marche.
- Ah ça y est ! Ils donnent les dépêches.
- Est-ce que vous connaissez la longueur d’un 3 caisses - 4 caisses ?
- Toulouse ne peut pas couvrir de Narbonne à Carca.
- Il y a un trou dans la raquette.
- Tu le commandes en rade à Nîmes.
- On va produire des difficultés de production.
- Cet accélérateur digital permettra de gagner du temps.
- Attention, les évolutions ne sont pas couvertes.
- Pour le 712, tu fais toujours ta coupe ?
- Non, j’ai pas de réserve.
- C’est du BGC, chérie !
- On va transborder au 506.
- Tu fais la rotation ou tu restes sur place ?

15h29 #AuBureau
  • 12.7.19

Repriser

Malgré la fatigue des gestes,
les renoncements mal assumés,
le désarroi qui parfois affleure,
ne pas toucher le bleu du fond.

Faire avec les fissures de l’âme
comme si on reprisait nos frusques,
chercher l’aiguille dans la botte,
ne pas avoir peur d’espérer.

14h27 #AuBureau
  • 11.7.19

Personne ne voit

Personne ne voit
ces légers tremblements
sous nos paupières
entre deux francs cillements,
entre deux respirations.

Personne ne voit
ce fourmillement du rêve
quand le cœur ne suit plus
son mouvement quotidien,
quand il sort de nos corps.

14h22 #AuBureau
  • 9.7.19

On n'a pas tout compris #1

Ces phrases dont le sens échappe au commun des mortels mais qui parfois ne manquent pas de poésie :
- J’attends que la journée remonte et te rappelle.
- Je fais La roue tourne et je m’en vais.
- À la voie 4, tu ne peux ranger que deux fois deux engins ?
- Je te fais le Must mais tu me le devras.
- Il faut vigiler l’Aubrac.
- On va attendre la PS comme l’espoir.
- Attention, ça génère de la PHQ !
- On coupe à Narbonne.
- On force à Nîmes.
- Tu penses pas qu’il vaut mieux le laisser ouvert le 250 demain ?
- Vérifie tous les A4 pour les Grau-du-Roi.
- Première porte de queue, côté mer.
- À partir de Béziers, ils sont deux dessus.
- La patte cassée : on fait le 206 dessus.
- On fait Avignon en US.
- On fait des intermédiaires ou pas ?
- En opérationnel, on renforce pas ça.

16h03 #AuBureau
  • 5.7.19

Histoire de bureau

On raconte des histoires de bureau,
quelques blagues dont on prend
plaisir à resucer le souvenir,
juste des sourires pour s’offrir
une pause dans la journée.

Tout le monde connaît la chute,
certains même la révèle avant la fin.
Ça rajoute un sourire aux sourires.
Il nous plaît de rire de nous-mêmes,
d’oublier pourquoi on est encore là.

16h38 #AuBureau
  • 4.7.19

On pourrait

On pourrait ignorer
au moins quelques secondes
ce désespoir qui file
entre les tables.

Rentrer nos têtes,
attendre que ça passe,
se faufiler entre les foudres
de ce soleil qui tuent nos nuques.

Arrêter de croire
que tout est perdu,
tendre un peu d’optimisme
entre les branches de nos arbres morts.

On pourrait.

19h04 #AuBureau
  • 1.7.19

Écrire ici

Écrire ici s’apparente
à écrire à la table d’un bistrot
avec le tintement des verres,
les éclats de rires,
l’intensité des voix
aussi variable qu’est
notre attention au monde.
Écrire ici est comme
écrire dans un zoo humain
où chacun semble vivre
en se fichant éperdument
des autres animaux.
Écrire ici, contraint à rattraper
les mots, à les rassembler
dans un panier percé,
procure souvent un doux vertige.

13h55 #AuBureau
  • 26.6.19

Scoliose

On aimerait s’allonger,
soulager les corps
qui assis se tordent
dans l’attente d’une scoliose.

La maladie nous parle
de folies, de vieillesse
qui compte les points
retraite comme des coups.

16h16 #AuBureau
  • 25.6.19

Taisez-vous !

Cet oiseau fou
qui crie dans ma tête
quand le grondement des voix
autour de moi monte,
voix contre voix gagne et monte
comme monte une migraine
comme l’animal guette sa proie.
Taisez-vous !
Je ne sens plus battre le vide,
je ne m’entends plus me taire.

15h19 #AuBureau
  • 21.6.19

Épeler

Il y a toujours ce trou
d’où le vide remonte.

Vacuité du mouvement
des doigts sur le clavier.

Les regards s’épuisent,
ne se croisent même plus.

J’épelle quelques mots
que je n’écrirai jamais.

16h39 #AuBureau
  • 20.6.19

Nique la police

Par la fenêtre,
toujours ce regard errant.

Le mur d’en face
et ses graffitis qui flottent.

Reflets de mes mirages,
gentille excursion dans l’irréel.

Et ce « nique la police »
qui danse sur une mare de soleil.

16h27 #AuBureau
  • 19.6.19

Condamné

Tout est condamné
à rester sourd.

Il va de nos envies
comme de nos désillusions.

On avance sans
croire au chemin.

Nos corps aveugles
sous raison bâillonnée.

15h30 #AuBureau
  • 18.6.19