Chère application - 25 septembre

Chère application,

Dimanche 25 septembre. Le débardeur de la voisine est toujours pendu au balcon. Si c’est un suicide, c’est le plus long suicide du monde. Il est entré peu à peu dans la permanence des choses. Il est un repère de plus dans le quotidien, parmi l’ensemble des signes qui me disent que je suis bien là où je crois être. 

Dimanche 25 septembre. D’ailleurs, sans m’en apercevoir, tous les jours, je fais l’appel : 
- Lumière ?
- Présente !
- Non pas toi. La naturelle ?
- Je suis là !
- Merci. 
- Café ?
- Présent !
- Esprit ?
- (Es-tu là ? Hahaha)
- (C’est pas drôle.)
- Ok je suis là 🖐️
- Débardeur ? 
- Ok, c’est bon, je te vois. 

Dimanche 25 septembre. 
Mais est-ce que ça suffit vraiment de convoquer habitudes et repères de confort pour se rassurer ? Est-ce que je suis vraiment là où je crois être ?

À demain, là où tu veux, chère application.
  • 25.9.22

Aujourd’hui a préféré

aujourd’hui a préféré 
la ruelle à la grand route 
l’impasse à l’issue
j’ai cherché des lieux 
de l’étroit du camouflage 
des passages avec une âme 
avec de la verdure au bout 
une porte close c’est tout  
aujourd’hui a voulu l’inaperçu
les petits bouts de ville perdus






  • 24.9.22

Chère application - 24 septembre

Chère application,

Samedi 24 septembre. Ce jour n’est pas sonore. Je veux dire que je ne l’ai pas en bouche. 24. Le quatre accroche et ne parlons pas du « bre » de septembre qui fait froid dans le dos. 

Samedi 24 septembre. Ce jour est dissonant. Pas chantant. Il ne sera pas un bon jour, ni vraiment un mauvais. On ne trouvera jamais un lieu avec une plaque dorée commémorative mentionnant ce jour-là. À moins qu’il y soit écrit : ici le 24 septembre 2022 le jour était très dissonant. 

Samedi 24 septembre. 
Alors qu’écouter la musique 
du jeudi dix août 
(jedidizou)
est un ravissement. 

À demain, chère application.
  • 24.9.22

Chère application - 23 septembre

Chère application,

Vendredi 23 septembre. Les lampes aux fenêtres de l’immeuble d’en face sont des veilleuses. Des espèces de lucioles à formes variables qui éclairent la rue et mon appartement, donnent des ombres aux choses trop voyantes ou de l’importance à des détails cachés, tout en arrondissant ou aiguisant mes humeurs. 

Vendredi 23 septembre. Il y a la vieille halogène du premier étage à droite avec son caractère agressif et son halo au plafond. Il y a la discrète du second à gauche posée sur une table, loin de la fenêtre ; elle diffuse lentement et sait s’éteindre quand le jour arrive. Il y a celles qui disposent de leds, d’autres d’ampoules basse consommation, qui sont montées sur pied ou sur suspension ; des jaunes, des pâles, des blanches, des rouges, des vertes et même des intelligentes qui changent de couleurs quand on frappe dans les mains. 

Vendredi 23 septembre. Puis, il y a la fenêtre du troisième face à moi, dans le noir depuis plusieurs semaines. Petit vilain canard, rebelle ou morte. Va savoir. 

À demain, chère application.
  • 23.9.22

Chère application - 22 septembre

Chère application,

Jeudi 22 septembre. On avait regroupé l’ensemble des annuaires de France encore en circulation. Pages blanches et pages jaunes comprises. On en avait fait un grand tas sur une place au centre de la ville et on y avait mis le feu. Fahrenheit 451.  

Jeudi 22 septembre. La littérature blanche (et jaune) brûlait. Un débat animé avait lieu au tour du foyer pour savoir si le bottin pouvait être considéré comme un livre et donc de la littérature (blanche ou jaune). Si les noms propres qui s’y accumulaient et numéros de téléphones juxtaposés composaient, dans le grand mélange de feu, de la Littérature (blanche ou jaune). 

Jeudi 22 septembre. 
Maman se risqua à sortir un annuaire du brasier, des pages blanches du deuxième canton de Villeveyrac dans le centre de l’Hérault datant de 1972, et de son index mouillé au préalable sur la langue, se mit à chercher à la lettre S si j’étais abonné au téléphone des Postes et Télécommunications.  

Quel rêve étrange !
À demain, chère application.
  • 22.9.22

Chère application - 21 septembre

Chère application,

Mercredi 21 septembre. Tous les matins cette petite cascade de se lever. Un pied devant l’autre, un instant dans le vide et la journée démarre, fragile et en déséquilibre. 

Mercredi 21 septembre. Tous les matins cette petite fièvre qui fait remettre les idées dans l’ordre. Ça jaillit d’un vieux puits que l’on croyait tari. Dans le brouillard, sans logique, en déséquilibre. 

Mercredi 21 septembre. 
Aujourd’hui, est élu premier déséquilibre : le petit orteil heurtant le pied du lit. Bravo à toi, petit orteil. 

À demain, chère application.
  • 21.9.22

Chère application - 20 septembre

Chère application,

Mardi 20 septembre. La rue perd la mémoire. Je la vois se gratter la tête. Les balcons en sont tout décoiffés. Les toits regardent ailleurs, à travers le vert-de-gris. La rue perd la boule. Elle roule dans les caniveaux à la recherche de son passé. 

Mardi 20 septembre. Le vieil homme du troisième ne reconnaît plus la rue. De vieux chars tournent dans ses souvenirs. Des chenilles d’acier tracent la route de ses pensées ; surtout le soir lorsqu’il entend les sirènes du couvre-feu. La rue ne se souvient de rien. Le bruit des bottes résonne encore dans la tête du vieux monsieur. La mémoire gratte les toits. Ils en sont tout décoiffés. 

Mardi 20 septembre.
Gravé sur les murs de la ville ou enseveli dans les caves sourdes au fracas des canons, le passé doit se taire. Il ne faut pas que la rue se souvienne.

À demain, chère application.
  • 20.9.22

Chère application - 19 septembre

Chère application,

Lundi 19 septembre. Il y a la flamme de la bougie qui tremble dans son verre et les bruits de gorge pareils à ceux d’un moteur qui démarre à froid. J’ai le sentiment d’une réciprocité possible entre les deux. La flamme de la bougie pourrait être dans ma gorge et je pourrais faire trembler le verre. Mais voilà, le bruit est dans la gorge, le feu dans le verre. C’est comme ça. Je n’y changerai rien. 

Lundi 19 septembre. Il me faudrait disposer de supers pouvoirs, cracher du feu ou savoir mâcher le verre sans me couper. Il y a peut-être des formations pour ça, tout s’apprend de nos jours. Il suffit de vouloir monter en compétences.

Lundi 19 septembre.
Enfin, je sais faire du bruit, lever des verres et attiser le feu. C’est déjà pas mal, pour mon âge. 

À demain, chère application.
  • 19.9.22

Chère application - 18 septembre

Chère application,

Dimanche 18 septembre. J’apprends, bien malgré moi, que le frère de Paul Pogba a dormi en prison, que le Président renaît en créant officiellement son nouveau parti « Renaissance », que Biden gronde Poutine, qu’il est même tout rouge tout pas content. 
Je ne sais pas trop quoi faire de ces informations. 

Dimanche 18 septembre. Mathias Pogba adhère à Renaissance et en même temps (sic) engueule le Président qui est placé directement en prison.  Biden engage un marabout chelou pour jeter un sort à Poutine. 

Dimanche 18 septembre. 
Marabout 
Bout de Pogba
Bas de Biden 
Dent qui renaît 
Nez de Poutine 

À demain, chère application.
  • 18.9.22

Cher Christophe - 17 septembre

Cher Christophe,

Samedi 17 septembre. Analysons la situation. État des lieux et mises à jour éventuelles à effectuer. 
Début du programme. Le jour a démarré par une mise sous tension optimale mais reste bloqué sur l’écran bleu. Au milieu, une petite roue crantée tourne à une vitesse folle, pourtant rien ne se passe. Au-dessous de la roue, il est affiché 69% dans une barre de progression qui ne progresse pas. Christophe, je propose un redémarrage de la journée. Autrement dit, un « hard reset ». Attention, tu risques de perdre le souvenir des premières heures. 

Samedi 17 septembre. On peut aussi attendre. Cependant, je ne peux pas t’assurer que la journée se charge complètement. On risque de vivre sur une patte, ce qui peut engendrer des boitements dans le système, une usure des hanches cognitives, une torsion des vertèbres du bien-être et à terme, un stress important de ta mémoire vive. Je ne veux pas t’affoler mais je crains même une baisse significative de ton espérance de vie.

Samedi 17 septembre. 
La journée redémarre. Veuillez ne pas éteindre votre existence avant le redémarrage complet. ⏳

Sage décision. 
À demain, cher Christophe.
  • 17.9.22

Chère application - 16 septembre

Chère application,

Vendredi 16 septembre. Ça manque de fleurs. Je me suis dit ça, en me levant. Ça manque de fleurs. Pourquoi cette pensée si tôt dans la journée ? Pensée isolée parmi d’autre pensées comme un parterre de fleurs. Un parterre de pensées avec une fleur dissonante au milieu. Ça manque de fleurs. À l’orchidée, je ne sais toujours pas pourquoi j’ai eu cette idée. 

Vendredi 16 septembre. Sûrement pour créer de nouvelles harmonies. La rose épouserait l’hortensia. Elles auraient par l’entremise de l’oeillet plusieurs petits muguets. Le lilas lirait là près de la fenêtre, en compagnie d’un chant de coquelicot échappé des maisons voisines. Le matin, on ouvrirait les violettes ensemble, le sourire au balcon en forme de jonquille. Le lys ne s’entendrait pas forcément bien avec la tulipe, mais ils feraient des compromis.

Vendredi 16 septembre.
Les pensées seraient enfin déliées, l’iris écarquillé et les pivoines bien plus ouvertes. 

À demain, chère application.
  • 16.9.22

Chère application - 15 septembre

Chère application,

Jeudi 15 septembre. Le jour s’est levé à sept heures et vingt-cinq minutes. Le jour ne fait jamais de grasse matinée. J’ai éteint la lampe du salon à sept heures trente, le temps que le jour s’étire, se frotte les yeux et se décide enfin à faire passer suffisamment de lumière dans la pièce. Et par la fenêtre, il est apparu lentement, se détachant du jour comme un bouton de rose fanée. 

Jeudi 15 septembre. Le débardeur rouge ne tient plus qu’à un fil. Il se laisse aller. Depuis une semaine, il glisse peu à peu de la rambarde du balcon de ma voisine, quelques centimètres par jour. Abandonné, livré à lui-même, il fait défiler son existence : l’odeur de la peau des humains, la joie dés roulés-boulés dans le cœur de la machine à laver, les longs étés à paresser sur le dos de sa maîtresse. Le débardeur a toujours aimé se prélasser, se laisser vivre. Mais, désormais, le jour a beau se lever. Rien n’y fait. Il n’a plus goût à la vie. Il va sombrer. 

Jeudi 15 septembre. 
Si je ne fais rien, pourrais-je être accusé de non-assistance à débardeur en danger ?

À demain, chère application.
  • 15.9.22

Chère application - 14 septembre

Chère application,

Mercredi 14 septembre. Parfois j’ai envie de détourer le paysage. Comme on le ferait d’une photo numérique avec un logiciel adéquat. Retirer un personnage, un élément du paysage et le coller ailleurs. Autre lieu, autre vie. La montagne à la mer, la neige au soleil, Pierre chez Paul, Vincent chez les autres et vice-versa. Prendre par exemple un paysan, le retirer de sa ferme et le coller dans un bureau en plexiglass, ses gros godillots plantés sur la table. Ou encore un homme costume cravate découpé de son open-space et posé au milieu d’un champ, les bras écartés pour en faire un bel épouvantail à oiseaux. 

Mercredi 14 septembre. Parfois j’ai envie de mélanger mercredi à dimanche. Donner du repos au paysan, du remords au businessman. Compter les jours à l’envers, les heures à rebours ; prendre la trotteuse par le col et l’agiter pendant des heures comme un épouvantail. Parfois, j’accrocherais bien un nouveau tableau au mur des jours, quelque chose en couleurs légèrement mélangé, décalé, détouré à souhaits. 

Mercredi 14 septembre. 
J’ai vu une ombre sur le mur se détacher, comme un gros nuage noir, disparaître dans le ciel. 
Tiens ! Quelqu’un détoure ce matin. 

À un prochain détour, chère application.
  • 14.9.22

Chère application - 13 septembre

Chère application,

Mardi 13 septembre. Le ciel est immense. Pourtant, le ciel n’est qu’une fenêtre, à cet instant. Là, dans mon regard, il n’est que ce cadre que mes yeux ne peuvent dépasser. Mais, le ciel est immense. Je le sais.

Mardi 13 septembre. Le débardeur rouge est immense. À travers la fenêtre, il est là, dans mon regard, le débardeur de la femme au balcon. Pendu à la rambarde, à moitié dans le vide de la rue, dans l’immensité du ciel. Depuis plusieurs jours, il est immense. Immense parce qu’il est un point rouge persistant dans le cadre que mes yeux ne peuvent dépasser. Le débardeur est rouge, immense et oublié.

Mardi 13 septembre.
Ne pas oublier le ciel immense et rouge dans la fenêtre.

À demain, chère application.
  • 13.9.22

Chère application - 12 septembre

Chère application,

Lundi 12 septembre. Un mauvais vent revient dans ma tête. Ma tête qui me sert d’abri est trouée de part et d’autre de l’imagination, laissant entrer des bourrasques mais aussi de ces brises qu’on croit légères mais qui sont en définitive de petits vents insidieux et violents. 

Lundi 12 septembre. Le mauvais vent ne vient pas du Nord ni du Sud, pas plus d’Est que d’Ouest. Il vient de bien plus près, d’un pays que nous sommes nombreux à ignorer, parce qu’usés ou aveugles, parce que nous vivons à l’intérieur sans le savoir. Notre imagination est battue ou dans les meilleurs cas poreuse, depuis longtemps reléguée au fond de l’abri de notre tête, avec de vieux souvenirs qui prennent la poussière. 

Lundi 12 septembre 
Ce vent vient de bien plus près, d’un point cardinal invisible qu’on appelle communément Réalité. 

À demain, chère application.
  • 12.9.22

Ce quelque chose

il y a ce quelque chose
d’innommable
lorsque deux inconnus se croisent

sur un trottoir 
dans un ascenseur 
sur un palier exigüe   

ils se regardent sans se voir 
yeux ronds d’éberlués
l’image de l’autre collée à la rétine

sous ce petit carambolage de l’intime
ils repartent avec la peur 
d’avoir laissé ce quelque chose  

sur le trottoir 
dans l’ascenseur 
sur le palier exigüe 

sans savoir qui le ramassera
  • 11.9.22

Chère application - 11 septembre

Chère application,

Dimanche 11 septembre. Le fond du jour est jaune. Aussi jaune qu’un œil en proie à une maladie du foie. Jaune papillon ou jaune Pastis, il faudra s’y fondre comme un glaçon ou alors ce sera la chasse au filet avec ce drôle d’objet que je confonds toujours avec une épuisette. Bref, il est déjà épuisant. 

Dimanche 11 septembre. Il a le fond de l’œil si jaune que j’ai du mal à soutenir son regard. C’est flou. C’est louche. En réalité, ce dimanche me fait de la peine. J’ai envie de le prendre dans mes bras, que l’on se repose tous les deux, accoudés au comptoir du premier troquet et qu’on se laisse aller à deviser toute la journée sur l’avenir des fonds jaunes et des papillons. 

Dimanche 10 septembre. 
Ce sera deux Pastis bien tassés et n’oublie pas les cacahuètes. Tiens ! Tu nous mettras aussi une coupelle de grosses Lucques. 

À demain, chère application.
  • 11.9.22

Un air frais

Un air frais glisse
entre les doigts de pieds
précis et délicat. 

On sait des petits mondes
partout qui jouent 
aux billes ou au billot. 

Plus personne ne pense
aux bruits de cour,
au fourreau des couteaux. 

Ni à rien d’autre d’ailleurs,
tout est là qui glisse délicat précis
entre les doigts de pieds.
  • 10.9.22

Chère application - 10 septembre

Chère application,

Samedi 10 septembre. Un an que j’habite dans cette nouvelle rue qui, de fait, n’est plus nouvelle pour moi. Mais à partir de combien de temps décide-t-on que les choses ne sont plus nouvelles ? Deux, trois mois. Question de sensibilité, de capacité d’adaptation, certainement. Cela fait un an, ça me semble bien pour dire que ce n’est plus nouveau. 

Samedi 10 septembre. Mais, pour autant, deviennent-elles anciennes, ces choses, cette rue, mon « nouvel » appartement, mes habitudes, ma femme au balcon, mon chien qui tousse ou subsiste-t-il une zone intermédiaire ? Un laps de temps, de bascule entre avant et après, entre ce qui entre dans l’ordre du souvenir, de l’ancien qui se déforme et ce qui reste dans un état de nouveauté qui se délite, de présent certain mais pas encore tout à fait intégré à la réalité ?

Samedi 10 septembre. 
J’ai mal à la tête. 
Je vais aller me recoucher pour mieux réfléchir à tout ça. 

À demain, chère application.
  • 10.9.22

Chère application - 9 septembre

Chère application,

Vendredi 9 septembre. La fenêtre est restée fermée ce matin. L’homme au chien a mis un gilet. « Prends une petite laine, il fait plus frais qu’hier », lui aura dit sa femme avant de partir. Le chien aura toussé en guise d’acquiescement. 

Vendredi 9 septembre. La fenêtre fermée étouffe les sons de la rue mais pas celui de la portière coulissante du Kangoo qui s’ouvre, se ferme, s’ouvre, se ferme. Le tempo est donné pour la journée : un bruit sourd de portière sur un chien qui tousse. C’est le bon moment pour éternuer. 

Vendredi 9 septembre. 
Chéri, métaphore, il fait frisquet ce matin !

À demain, chère application.
  • 9.9.22

Chère application - 8 septembre

Chère application,

Jeudi 8 septembre. J’ai crevé l’oreiller. J’ai dû rêver trop fort. Le jour a une mine patibulaire. Je m’en méfie comme de la peste. Aujourd’hui, je sens que je vais enfiler les expressions toutes faites et des bouts de chansons populaires comme des perles. Pour ne rien dire, juste pour le plaisir. Me faire la journée en comédie musicale. 

Jeudi 8 septembre. Y a un truc qui fait masse. Je vais me diffuser un feuilleton à la place et refaire de l’homme un enfant. Pour le plaisir. Ça me prend pas que les jours fériés. Quand la voisine clape dehors, il faut savoir prendre le temps, de temps en temps. Sans rien attendre en retour. Juste pour le plaisir. 

Jeudi 8 septembre. 
Ce texte inepte est sponsorisé par deux vieilles personnes dont une décédée. Sauras-tu les retrouver ?

À demain, chère application.
  • 8.9.22

Chère application - 7 septembre

Chère application,

Mercredi 7 septembre. La femme au balcon a laissé un débardeur rouge sur le menton du balcon d’en face. Les deux bretelles pendent comme des petites langues. Il est là, à cheval sur la rambarde en fer, la moitié de son tissu dans le vide. On y prêterait des yeux et un sourire et il se mettrait en vie. 

Mercredi 7 septembre. Mais avec l’orage de cette nuit, il est tout gorgé d’eau. Débardeur d’eau. Et ça goutte de la bretelle. De petites perles se décollent des épaules, lentement, puis s’étirent et filent vers le sol sans bruit. Le débardeur est essoré, vidé. On y prêterait des yeux, il pleurerait. 

Mercredi 7 septembre.
Le rouge du débardeur est un rouge passé, un rouge sale, un rouge souillé, un rouge qui jusqu’à cette nuit n’avait jamais connu d’orage. 

À demain, chère application.
  • 7.9.22

Chère application - 6 septembre

CherChristophe,

Mardi 6 septembre. Analysons la situation. État des lieux et mises à jour éventuelles à effectuer. 
Le décor est un peu penché. Redresse-toi. Voilà, très bien. J’ajuste avec les valeurs moyennes des dernières semaines. Bouge pas ! 

Mardi 6 septembre. Calcul des tensions inhérentes à la présence de la femme au balcon. Bouge pas ! Étude de la chromie du ciel et des vibrations des moustaches du chat du troisième. Bouge pas ! Mais c’est pas vrai ! Insertion des identités remarquables :
- Absence de l’homme au chien qui tousse depuis deux jours ❌
- Permanence de la femme au balcon. Elle fume toujours ✅
- Ciel gris souris ❌
- Le chat essaie d’attraper le ciel (il est con, ce chat) ❌

Mardi 6 septembre. 
Bon, ça penche toujours. Il y a une réalité non identifiée quelque part. Es-tu sorti de ton corps dernièrement ?
Dans l’attente de ta réponse. 

Bien à toi, cher Christophe.
  • 6.9.22

Chère application - 5 septembre

Chère application,

Lundi 5 septembre. Je pense à cet agent de sécurité dans un musée russe. Lors de son premier jour, pris par l’ennui, comme on le fait sur un carnet lorsqu’on patiente au téléphone, il s’est mis soudain à dessiner au stylo bille sur une œuvre évaluée à 800 000 euros. 

Lundi 5 septembre. Je pense à cet agent car j’en ai vu plusieurs hier, le regard absent ou posé sur leur téléphone. Pantalon ou jupe noire, chemise blanche et les cent pas pour seuls compagnons. Certains disent bonjour, d’autres se contentent d’un hochement de tête ou d’un sourire mécanique. C’est triste un agent de sécurité dans un musée. C’est triste un agent de sécurité, tout court. 

Lundi 5 septembre. 
Todo list :
- La prochaine fois que tu vas au musée, penser à prendre un stylo bille pour les agents de sécurité. 

À demain, chère application.
  • 5.9.22

Chère application - 4 septembre

Chère application, 

Dimanche 4 septembre. Il y a encore des moustiques qui rôdent dans la ville. Ils se croient en juillet ou début août. Flaque d’eau et chaleur font leur bonheur. Ils s’abreuvent puis remontent aux fenêtres, arment leur coup et tirent sur les pieds en premier, s’ils peuvent entre les orteils, sur la peau la plus fine — ils savent que c’est là que ça fait le plus mal. 

Dimanche 4 septembre. Il y a encore des souvenirs piquants, pareils à des moustiques. Des souvenirs d’été qui arrivent à bas bruit près des oreilles, sifflent en tournoyant et vont piquer sur la plus fragile des pensées — ils savent que c’est là que ça fait le plus mal. 

Dimanche 4 septembre. 
Est-ce qu’avec le dérèglement des saisons, les souvenirs eux-aussi se dérèglent ?

À demain, chère application.
  • 4.9.22

Chère application - 3 septembre

Chère application,

Samedi 3 septembre. J’ai croisé un manque dans le couloir. Le manque m’a vu, je l’ai vu. On ne s’est pas regardés. En revanche, je le sens, là, coincé avec deux synapses. Il joue avec mon front. Il gratte le dedans, le dedans du front puis descend, fait le yoyo dans mon corps, le dedans du corps. Il me file des crampes, je lui file une trempe. Il fait le tour des points sensibles, appuie là où ça fait mal puis repart dans le couloir, guilleret. 

Samedi 3 septembre. Il pleut dans le couloir. Il a plu, je lui ai plu. Il pleut sur le manque. Un eau sous le front qui ruisselle jusque dans les gencives. Il tourne dans ma bouche, agite des mots oubliés. Je fais de l’eau avec le manque. Je le salive sous la langue, le retiens à grands coups de glotte. Ça me plaît d’essayer de le dompter.

Samedi 3 septembre. 
Bouge, erre et manque. 
Faites vos jeux. 

À demain, chère application.
  • 3.9.22

Chère application - 2 septembre

Chère application,

Vendredi 2 septembre. Des animaux étranges ont envahi l’avenue. Bêtes à cornes, à trompe mais aussi insectes à taille humaine munis d’une sorte de coiffe qui leur couvre les oreilles. 
Ce bestiaire va et vient, pose des  barrières, fait des trous immenses dans le sol, y entre, en ressort. Les animaux sont en furie ; ils hurlent, tapent, se relèvent, percent, s’enfouissent puis surgissent comme assoiffés de tout le sang de la terre.
Puis, soudain, le calme revient. Tout s’arrête. Net. 

Vendredi 2 septembre. Les animaux se posent sur un bord de trottoir encore épargné par le désastre. Ils regardent autour, visiblement satisfait du chaos qu’ils viennent de créer. Les plus grands des leurs, cornes et trompes au repos, se figent dans le ciel dans des positions ésotériques. Ils sont là, en plein milieu de l’avenue, menaçant quiconque passe de se réveiller pour l’ensevelir. 

Vendredi 2 septembre. 
Les corbeaux survolent l’avenue. 
Les bêtes les regardent un sourire coincé dans leur mâchoire.
Un nuage de brume descend lentement et recouvre tout. 
L’avenue se cache pour mourir. 

À demain, chère application.
  • 2.9.22

Chère application - 1er septembre

Chère application,

Jeudi 1er septembre. Tu es une application intelligente, je le sais. Tu as entre autres cette faculté de passer de la nuit au jour comme nous, les humains. Tu as été étudiée et programmée afin que ton écran passe du mode sombre au mode clair, des ténèbres à la lumière, au rythme infatigable du soleil. 

Jeudi 1er septembre. Mais voilà, aujourd’hui, il fait jour. Rien d’exceptionnel, tu me diras, mais vérifie tes paramètres : ton écran est resté en mode ténèbres. Quel est le problème ? Tu ne veux pas te lever ? On peut en parler, si tu veux. À moins que, moi aussi, je décide ce matin de ne pas enclencher le mode clair. De rester ici, avec toi dans la pénombre. Hein ? Qu’en penses-tu ? On reste au lit ? 

Jeudi 1er septembre.
On pourrait se raconter des histoires qui font peur, faire un jeu débile en mangeant des bonbons. Je te lirai une histoire et tu me joueras de la musique. On fait comme ça. On reste dans le noir.

À tout à l’heure, chère application.
  • 1.9.22