Les sept variations ressortent

Je rouvre un souvenir 
Les variations de ce souvenir
L’image saccade déjà vieillie
Comme si je repassais un film en super 8
Les sept variations ressortent 
On dira que c’est une huitième, d’accord ?

Extrait :
Au plus loin des lignes, l'horizon se confond avec la mer. La limite est sans cesse repoussée à une mémoire perdue. La rupture du ciel est un mensonge et l'absoudre nous plonge dans le creux d'un univers sans frontière. Alors plus rien ne pèse que tes yeux dans mes yeux, que ta main dans ma main, que ce châle infini recouvrant nos tourments. Il n'y a d'autre corps sensible que le nôtre.



  • 11.3.23

Extrait de « Sept variations sur le même thème » paru aux éditions La Centaurée

N’oublie pas la blessure. Le pansement ne cache rien. Dans la plaie résiste une peur que tu ne peux soigner. L’onguent du temps ne soulage rien. La douleur passe à travers la peau malgré l’oubli des peines. Elle est têtue, purulence d’un destin caillé dans notre for intérieur. Sur nos corps affaiblis, au matin des sirènes hurlantes lorsque nous vient l’idée de réformer le monde, elle se gorge de son propre pus. La blessure explose aussi résolue que le regain d’une tumeur – pleine et ardente, à vicier nos vies.

Extrait de Sept variations sur le même thème, recueil accompagné des encres de Valérie Ghévart, paru aux éditions La Centaurée.
  • 26.4.18

Extrait de Sept variations sur le même thème, à paraître aux éditions La Centaurée

Extrait de "Sept variations sur le même thème" paru en octobre 2017 aux éditions La Centaurée :
« Le soleil sur ta joue donne un contrejour au rêve. Je ne sais pas ce que je vois, si le rêve même n’est pas altéré par la main qui caresse. Est-ce ta peau que je caresse ? Dans le trouble des heures sans prise, dans un lent travelling, je crois sentir sous mes doigts un corps frémir. Un corps qui défie l’harmonie. Un corps que le rêve a oublié. Au fond du puits de lumière, je me lève. Cerné, je suis l’envers du rêve, l’ombre qui passe sur ta joue. »

👉  Pour plus d'infos et commander l'ouvrage, s'adresser à Valérie Ghévart sur Facebook par message privé https://www.facebook.com/valerie.ghevart.7 ou à valghevart@gmail.com.


  • 23.9.17

Parution de Sept variations sur le même thème aux éditions La Centaurée

Parution de "Sept variations sur le même thème" aux éditions La Centaurée.
Vous pouvez vous le procurer auprès de l'éditrice Valérie Ghévart en téléchargeant le bon de commande ici > http://bit.ly/7variations


SEPT VARIATIONS SUR LE MÊME THÈME

Ouvrage de 80 pages, illustré de 10 encres de Valérie Ghévart au format 12 cm x 25 cm.
Imprimé à 100 exemplaires. Prix unitaire 14 euros TTC


Un thème, sept variations. Ce recueil de courtes proses est composé de dix séries tirant sept fois sur chaque thème comme pour l’épuiser mais sans y parvenir. Le thème n’est jamais nommé, ainsi chaque variation est libre de s’en éloigner ou de semer le doute pour mieux y retourner. Variations sur deux êtres enroulés dans les encres de Valérie Ghévart, un Je, un Tu, qui se suivent du regard et des mots. 




  • 15.9.17

7 variations sur le même thème #10


  1. Ne pas confondre ce qui nous emporte. L’orgueil avec nos préjugés, l’éducation avec la dérive de nos loyautés. La décence voudrait que j’épargne ton ego. Que nul ne fasse jaillir la peine qu’on provoque. Mais nous sommes mal assurés, perdus dans l’étourdissement des corps. Si mal qu’il est difficile de se raccrocher à la branche qui nous porte. Celle qui soutient le poids de notre intimité comme le ciel soutient le bleu.
  2. L’enfant insolent n’est pas mort. Pourtant on presse sur lui, on perce le bubon sur la peau laiteuse. Le Petit en nous est en deçà du bon. Il se vit en drame quand le Grand s’applique à le fuir. L’enjeu en vaut la peine. Si on observe nos corps découpés dans le miroir, il est toujours là – blotti entre deux envies de plaire. 
  3. Un regard t’éloigne, vers une ligne imaginaire. Brouillée de toi, je cherche le point de jonction par lequel te soulever. Je cherche l’entrée de ton rêve. Pour me poser avec toi sur la ligne. Une parole, un geste, un contre-regard. Mais rien ne bouge, sinon une douleur sourde qui agace ton orgueil. Le manque augmente aussi vite que nos yeux roulent d’impatience. J’essaie un regard dans le sillage du tien – en espérant dépasser la ligne.
  4. Subtilement, tu viens vérifier les brèves. Tailler dans la masse pour assurer ta présence. Avec quoi coupes-tu le fil de notre connivence ? Pourquoi soulever autant de montagnes pour accoucher d’une souris ? Si tu ne t’aimes pas, je ne t’aimerais pas.
  5. Tu invoques le doute, quand je sais l’orgueil lever dans ta tête des tempêtes. Le contact est escarpé, tendu de paroles jetées sur un mur couvert d’aspérités. En cause : la vacuité de nos mots ânonnés comme le bruissement d’un arbre à qui on aurait coupé la sève. Il n’y a que le manque – de mots, de ce que ces mots ont de joie –  qui puisse te faire courir. Sans le manque, tu désespères du monde – tu demeures une envie à jamais inassouvie.
  6. La fierté que tu mets à geindre. Quand cesseras-tu de croire aux fausses émotions ? Dans le concert de sirènes que tu éructes, je n’entends plus qu’une corne de brume. Je suis l’esquif qui quitte le port. Plus rien ne passe que les ondes basses. Au-dessous de la ceinture de la dignité, ta superbe est à plaindre.
  7. La morgue bâille sous la peau. C’est comme un abcès qui sommeille. Prêt à sortir par les pores. D’ailleurs, l’odeur se propage. Une odeur mortifère. Quand la raison se heurte à nos lâchetés, que le couteau ne se contente plus de la plaie, qu’il en veut en nos entrailles, tu peux croire que la morgue bâille – sans pitié pour notre amour.
  • 30.3.17

7 variations sur le même thème #9

  1. Dans quelle couleur nous ranger ? Avec quelle couleur nous mordre ? A sang partagé, s’éprendre de la colère ou tendre vers une nuance plus sobre, un brouillamini gris perle semblable à la couleur des murs où sèchent nos misères. Tu vois, on se perd à trop vouloir vivre dans le grand éventail des couleurs, à trop chercher nos mines vives. Nous restons, toi contre moi, de trop lasse tristesse pour se donner la couleur d’un Nous.
  2. Le noir nous va. Le noir comme inspiration, le noir comme libération. Le noir absolu où tout est en devenir, tout s’écoute, tout s’invente. Comme au plus épais d’une forêt, comme au plus profond des gouffres, notre regard éclairera le noir, ignorera les couleurs qui rongent.
  3. Entre éclair et tonnerre, le trouble nous enserre. La couleur d’avant l’orage est la riposte à nos préludes agités. C’est une couleur vive et tranchante, un lux venu des enfers. Une note qui élève le désir, une passe d’âmes qui peint le portrait de la mort. On fera l’amour au premier coup de foudre. 
  4. A l’écoute du sensible, nous sommes des couleurs sur le chemin. A la bascule des saisons, nous buvons les idées noires de l’équinoxe. Au chagrin qui nous tient dans son ombre, on oppose le sémillant de nos corps. Pourtant on reste étrangers au manège des brumes, comme un espoir égaré au carrefour des lunes.
  5. On croit trouver la couleur chaude, découvrir en son sein le pouvoir d’y vivre. Et il suffit d’un pas en arrière pour que notre propre ombre fasse basculer les rives chromatiques. Envolée la chaleur du foyer, disparue l’osmose ardente, perdus que nous sommes dans le bleu glacé d’un lac sans berge.
  6. Je regarde le soleil et cette infinité de pigments dans mes yeux me renseigne sur la cécité de la vie ; incapable que je suis de déterminer si cette nuée de couleurs, tu la vois comme je la vois. Le temps de se poser la question et ma vue s’éclaircit. Plus rien. Où va se nicher la beauté lorsqu’elle n’est pas partagée ?
  7. On choisira des couleurs sur un nuancier. Pour la chambre, on préférera le bleu. Un bleu ciel pour les murs avec un liseré blanc comme ligne d’horizon. Une ligne pour suivre notre histoire, tirer nos bleus du chaos de la nuit. Le liseré fera le tour de la pièce, cernera nos démons ordinaires. Mais le récit souffrira. Mais du mur le récit finira par écailler la peinture. Le bleu deviendra fièvre, le liséré blanc garrot à nos gorges.
  • 24.3.17

7 variations sur le même thème #8

  1. A la souffrance du mensonge, tu imposes ton corps comme une réponse. Un écho à traîne longue qui souffle dans la poche de l’enfance. Tu effaces les mots battant la honte à mes paupières. Chacun de tes gestes est un carambolage, le moindre soupir un zéphyr amoureux. Ta main cloue ma nuque, ton épaule glisse sous le drap, ton cou froid monte jusqu’à mes lèvres. Quand la vérité se perd dans le chagrin, tu bascules entre moi – à l’endroit précis où je m’oublie.
  2. Quand je me défends, tu tires ton sourire en coin. De la vérité, tu ignores l’excuse, vilipendes la raison. Faut-il se taire ou gloser sur l’imprécision des mots ? Supporter l’injustice, tailler nos pièces au plus lisse ou soulever la vérité comme un vent fou soulève les arbres. Nous sommes des êtres imparfaits, affectés de manque et de lâcheté, pétris de poussières et de glaise mêlées. La boue et l’impur sont notre domaine de lutte.
  3. Quand tu crois au piège, je ne vois que ta bouche. Ta lèvre s’élève sur une joue, elle se plisse jusqu’à creuser une onde sous tes yeux. Sur ton visage, l’ombre articule la moue du doute. Elle te rend belle. Tout élève en toi le désir jusqu’à sa soudaine disparition. Le trait s’affaisse, la lèvre tombe. Tu ne songes plus qu’au piège et te dissous dans l’air contrarié qui nous sépare. Pour qu’un jour il nous revienne, je retiens ton sourire entre deux pensées confuses. Pour la beauté de l’esquive, je me pique à ta lèvre comme un morceau de viande sur l’allonge d’un boucher.
  4. Je mens. Le jour comme la nuit. Quand je prétends être ce que tu vois. Je mens à l’intérieur même du mensonge, mise en abîme d’où naît l’éclat de l’illusion. Car tu sais que je mens, tu trompes mon mensonge en exigeant ta vérité. Et les mots, les visages se confondent. Nous devenons des personnages sans relief comme un désert traversé de virevoltants. Le vent roule nos corps, rompt l’illusion sans plus de raison que d’horizon. 
  5. C’est un violent courant d’air, la vérité. Un souffle que l’on affronte sans réflexion. Un vent qui emporte loin, vers un endroit dont on ne revient jamais. On n’est pas comme les autres, à se dire la vérité. Parce qu’elle blesse, parce qu’elle écorche nos cuirs, parce qu’elle sort la peur de la blessure. On ment comme on a menti à nos parents. Pour arrondir les angles d’une vie qui nous divise.
  6. Il y a une passerelle entre le vide et le plein. Un milieu où vit l’acquis du passé. Emprunter ce passage donne une nuance à nos langues. Le contraste nécessaire pour lâcher le fardeau des mots. C’est une passerelle avec des rampes en corde, fragile et instable. On passe ici nos excès à l’équilibre ;  la main piquée d’échardes, on accorde la sagesse à nos non-dits. 
  7. Dans le vacarme de nos ventres, sourd la violence du mensonge. Qu’il soit ouvrage du regret ou du remords, qu’il soit ruine de l’enfant ou lot fardé de nos vertiges, sa ciguë enroule la raison dans nos boyaux, enferme nos esprits dans une pièce obscure. Éperdus, on cherchera la lumière dans sa transe, jusqu’à soulager nos corps du grand spasme.
  • 18.3.17

7 variations sur le même thème #7

  1. Il nous faut de la fatigue. Dans le geste qui nous dit, dans le plein qui nous lie. De la fatigue et de la solitude, notes vitales à notre récit. On se plait comme on se désire, dans la métamorphose de nos corps mouillés. Mais dans l’étreinte la fatigue s’oublie, nous devons la rappeler en deux cœurs libres. L’éprouver dans un maelström blanc, dans un vertige d’humilité, au plus étroit de la faille – au plus proche de nos exils.
  2. Nos mots ne savent pas la trace qu’ils laissent. Le malaise qu’ils imposent à nos chairs. Ils sont les atomes superflus. Dans l’air flotte le risque des paroles vaines, celles qui coupent de la lucidité. On doit tirer une ligne tangente à la courbe de nos émotions. C’est elle qui nous relie à la terre en un unique point d’abandon.
  3. Ta charité est mince au regard de la grande plainte. Pour qui te prends-tu à te croire ainsi saisie de ma peine ? Mes sanglots passent sur ton ego comme un baume sur la peau d’un espoir. Ils sont le déversement nécessaire avant le nouveau plein. Ils donnent de l’audace au jour, à l’aube l’éblouissement des tourments résolus. La plainte a la certitude qu’elle pourra, vidée de son poids, voler dans les plumes du monde.
  4. On aime ces instants comme on aime des friandises. Des poignées d’heures sucrées qu’on croit engager pour l’éternité. Il n’y a aucun naufrage à s’y abandonner. Mais au cœur de la lumière, quand le vent vient secouer la fatigue et que la lucidité nous colle des caries entre les dents, il est heureux de se débarrasser de nous. Simplement. Dans le souvenir et le brassage des moments partagés – sans asservir nos âmes à l’orgueil de l’enfant.
  5. Je vois le vert prendre ton visage lorsque ta main touche l’espérance usée. Ce vert qui tire vers le gris. Un vert de gris sur ta peau cuivrée comme de vieilles brûlures d’effroi séchées par le temps. La prophétie a tendrement eu lieu du bout de tes doigts sur ma peau ; nous restons émus par la pulpe charnue de tes peurs sur mes peurs.
  6. Sur ton épaule de la sueur lourde et chaude. Elle en dit long sur les suffocations de la fatigue, celle qui porte nos corps à l’éviction du monde. Nos âmes sont mortes de trop vouloir aimer. Nous subsistent des gouttes de rancœur qui roulent sur ton cou. Je les porte à ma langue pour sentir ta dernière pluie.
  7. Nous ne savions rien de ce qui était et encore moins ce qui allait advenir. Entre ces deux riens nous étions l’objet fallacieux de notre désir. Il n’y eut que l’instant qui comptât ; subreptice moment planqué entre la fatigue et le grand soir. Maintenant nos corps sont si ignorants que nos mains ne s’attrapent plus.
  • 10.3.17

7 variations sur le même thème #6

  1. Une lueur dans le fossé et c’est le monde qui nous revient. Un vieux monde qu’on n’attendait pas ici, enfoui sous la terre des anciens. Son souvenir se blottit entre deux cailloux dans le reflet d’un bout de verre. Pas assez de nos yeux dans l'éclat suscité pour voir les années de lumière. Nous passons en l’ignorant. Le déni est notre bâton d’aveugle.
  2. Un couple a hissé une ombre à ses pieds comme une voile à son mât. La direction est claire, la barre fièrement tenue. Derrière eux nous marchons. Nos corps se cognent à l’ombre. On tangue, on vire, on avale le sel jeté à nos bouches. Notre embarcation est un frêle esquif, plus à l’aise à la cale qu’à la mer. Un grain sur l’ombre et nous sommes déjà loin, emportés par l'impact de la vague. 
  3. A l’épreuve des terres, sous l’amas des boues, nous passons chaque automne dans le chas d’une aiguille. La vue baisse et nos yeux se mouillent au refrain pauvre des saisons. Le temps gonfle et fissure nos mémoires exiguës comme la pluie marque les châtaignes. L’œil de l’aiguille se referme sur nos vanités inavouées. On se pique les doigts à vouloir passer le fil du temps dans un si petit vide.
  4. On suit le soc de la charrue. Luisant au soleil, tranchant la terre nourricière. Il creuse pour nous le sillon sous nos pas. On s’y engage, sans fortune, avec le seul désir d’aimer. On chemine entre deux terres. Une terre solide où nos corps sensibles se tiennent, rampent, mordent et une terre légère aux quatre vents, éphémère poussière qui cache à nos visages le terreau des funérailles. Un jour nos yeux s’ouvrent puis aussitôt se referment. La glèbe épaisse prend le dessus, glisse dans le grand couloir taillée par tous les socs –  lentement nous recouvre.
  5. Le jour où j’ai pénétré la terre, tu fus l’espoir entre les racines. Quelque regard enroulé dans la brume n’osait y croire. Face à face flottaient l’immensité de l’être et sa perception fragile. La sensation l’emporte toujours. Nous sommes une bulle de vie où s’est enfermé un chardon – dans l’attente pure qu’elle éclate.
  6. On a le silence avec nous et la nuit comme gardienne. Loin dans les terres, là où le soleil semble disparaître pour toujours, le bruissement d’un arbre parle de nous. De nous et de la couverture de nos peaux dans le matin blanc. C’est un silence qui s’ajoute au silence, une sorte de rumeur réservée, quelques mots à accrocher au feuillage de tes bras. 
  7. Après la secousse de la terre, à l’instant où tout bascule, tu serres mon bras comme tu t’accrocherais à une branche. Je n’ai pas le corps d’un arbre, pas même celui d’un buisson dans lequel tu pourrais te réfugier. Je suis simplement l’homme qui boit ta terre, surtout quand elle me secoue.
  • 23.2.17

7 variations sur le même thème #5

  1. N’oublie pas la blessure. Le pansement ne cache rien. Dans la plaie résiste une peur que tu ne peux soigner. L’onguent du temps ne soulage rien. La douleur passe à travers la peau malgré l’oubli des peines. Elle est têtue, purulence d’un destin caillé dans notre for intérieur. Sur nos corps affaiblis, au matin des sirènes hurlantes lorsque nous vient l’idée de réformer le monde, elle se gorge de son propre pus. La blessure explose aussi résolue que le regain d’une tumeur – pleine et ardente, à vicier nos vies. 
  2. Le soleil sur ta joue donne un contrejour au rêve. Je ne sais pas ce que je vois, si le rêve même n’est pas altéré par la main qui caresse. Est-ce ta peau que je caresse ? Dans le trouble des heures sans prise, dans un lent travelling, je crois sentir sous mes doigts un corps frémir. Un corps qui défie l’harmonie. Un corps que le rêve a oublié. Au fond du puits de lumière, je me lève. Cerné, je suis l’envers du rêve, l’ombre qui passe sur ta joue.
  3. On doit ouvrir la peau, savoir ce qui se cache à l’intérieur. Dans les entrailles, révéler la blessure secrète. A quoi bon continuer si les squames restent un rempart. A l’assaut des paupières, il faut découper nos regards en fines lamelles. Décanter quelque philtre d’amour à travers les persiennes – observer nos poussières flotter. 
  4. La rage roule dans le ventre, réceptacle de nos peurs inavouées. Quand tu brodes autour de vaines paroles, tu accélères la liesse de l’amertume. C’est au centre du brasier que nous devons émouvoir nos corps. A distance des mots qui perdent. Dans nos creux, nos lèvres prêtes à baiser la peau de l’inconnu. 
  5. Quelle est ta blessure, que tu ne saches même pas où se trouve le feu ? Un orgueil pousse dans ta gorge, dévale ta trachée comme une bombe. Tu ne sauras t’en défaire que si la blessure se donne à voir, sans vergogne. Tant que tu joues avec elle, à la déglutir ainsi sans une once d’humilité, elle restera sécrète, pour finir échouée au fond de ton ventre. Elle enfantera un germe mauvais, une incarnation de ton cœur souillé.
  6. Tout homme a sa bosse, sac à plaintes et souillures. Tout homme est rompu à sa disgrâce, voué à se courber sous le poids sans cesse plus important de la fange qu’elle contient. Lorsque toi tu caresses ma bosse, le vent que ta main soulève érode les opprobres montueuses, les rend légères au point de les oublier. Mais en aucun cas ne les efface, en aucun cas ne vide la bosse. Je ne saurai vivre sans ma besace remplie de la férocité du monde.
  7. Un éclair et tu grondes avec un orage dans la bouche. Tu l’accompagnes dans son désespoir de suie. Avant la lumière dans le nuage. Avant le ciel et ses griffures. Avant que ton courroux n’éclate, pénétré d’électriques coups de semonce. Avant que je me cale contre toi, comme un paratonnerre.
  • 15.2.17

7 variations sur le même thème #4

  1. Au bord de toi, je garde un pied sur la ligne, l’autre dans le vide. Un vertige me saisit dès que ton âme se désaxe. Je reste en rotation, pris dans l’attraction d’un désastre. Ta plainte est un pic, ta langue une corde lisse et je tombe dans un abîme de chair. Tu es la queue d’une comète, un corps céleste à bout de souffle. Je suis ton massage cardiaque.
  2. Dans la nuit saoule où titube une lune frelatée, tu engages ton corps à la vitesse de la lumière. Portée à incandescence, tu oublies la décence pour te donner comme s’offre la proie à son monstre. Mais lorsque le jour naît, le vertige meurt et laisse place au mirage. La lumière crue qui enflait ton cœur d’un fabuleux geyser s’éteint. Les heures tombent et disloquent le réel. Par trop d’étreintes à ton phantasme, l’apesanteur leste l’amour à une chimère.
  3. Fiévreuse, tu laisses le fardeau du monde s’engouffrer dans ton ventre. Le temps d’une large bande recouvre ton corps et creuse des failles, de petites plaies en forme de planètes. Une glèbe ocre dessine l’univers de ta peau, accueille son peuple de lait caillé. Chaque ride à ton visage est une nouvelle frontière qu’il te faut franchir à l’aide d’un chagrin. D’en haut, je te cartographie, je suis un ballon voyageur au-dessus de tes plaines, au sommet de tes montagnes –  un zeppelin qui masque la douleur.
  4. Ta respiration est une décharge. Un congé des mots. Quand plus rien ne peut se dire, un soupir crée une ponctuation. Un cadratin dans l’air prochain qui donne l’incise à nos souffles. Mon seul recours est de conjuguer un verbe à nos corps – à une impérative distance, allons !
  5. Je crois au silence qui ouvre. Propulsé dans le vide où l’écho ne souille plus les mots, je crois à l’inspiration des non-dits, à ce qu’ils secouent en nous d’incertitude. Dans un univers sans écrits, sans cris, ni langues pour les pendre, tu deviens la parole de mes silences – mon fidèle doute.
  6. Six pieds sous terre, nous n’aurons de cesse de croire au ciel. Corps réunis dans un monde de murmures, nous serons des poussières à souffler pour oublier la perte. Âmes parmi les âmes, chaque cendre sera une étoile à embraser. Sous la stèle, tu seras le feu, je serai le tison. Feux follets pour tous ceux qui croient aimer.
  7. Au plus loin des lignes, l’horizon se confond avec la mer. La limite est sans cesse repoussée à une mémoire perdue. La rupture du ciel est un mensonge et l’absoudre nous plonge dans le creux d’un univers sans frontière. Alors plus rien ne pèse que tes yeux dans mes yeux, que ta main dans ma main, que ce châle infini recouvrant nos tourments. Il n’y a d’autre corps sensible que le nôtre.

  • 7.2.17

7 variations sur le même thème #3

  1. Sur le chemin un point de soleil entre deux brassées d’air. C’est là que tu tires un souffle auprès d’un arbre éteint. Une buée glisse et se répand sur les bûches du temps. Tu ne bouges pas, un voile t’avale. De toi plus personne ne sait rien. Tu te confonds, tu es l’air, tu es l’eau. La rivière court après ton précipité bleu. Je te suis. 
  2. Un mirage dans son flottement te sert de masque. Tu marches à blanc. Ton corps se tord dans le reflet au ras de la terre. Une détrempe de clair et de sombre, et la volupté nous échappe. Dans le deuil des espaces et des mots, au-delà de la raison, ton corps cherche le décor.
  3. On sait le monde violent et beau. La souffrance comme faisant partie de l’existence. On sait aussi la chaleur des puissants qui la couve. Mais dans l'âpreté du soleil sur ta nuque, j’ai la patience dans le cœur et l’utopie solide. Sur l’éclat dans ton cou, je vois un espoir sourire à nos luttes.
  4. Je ne sais pas ce qui apaise ton corps. Ce qui d’une rosée calme tes déserts, t’accorde le repos après la fatigue. Je ne sais pas d’où vient le goût de terre dans ta bouche, ni comment dans tes veines coule la sève de tous les arbres. Je ne sais rien, alors je me cache en toi comme au milieu d’un bois. J’attends une clairière.
  5. La table est mise près du chêne. Les convives s’étonnent de la peau qui recouvre nos yeux.  Assis dans l’herbe ils taillent notre écorce au couteau. On est seuls à voir l’entaille saigner. Eux ils perdent la vue sur nos paupières closes. Les escarres du temps ne sont pas pour nous. Sous l’arbre rien ne peut nous blesser.
  6. Dans les taillis, souffle un vent qui affole les mouches. Un bataillon d’insectes se range à tes côtés. Ballotés par le grain, ils préfèrent ton maquis : ta chevelure ébouriffée où j’aime aussi me perdre. Ils y trouvent la paix, libérés des bourrasques. Pourtant moi je sais la tempête proche. Lorsque nos lentes viendront s’endormir pour pondre.
  7. L’averse a renflé le dedans. Comme une éponge tu bois l’eau. La garde enfouie, un surplus dans ton corps dont tu t’abreuves. Jamais ne dégorge cette eau tombée d’un ciel qu’on ne voit plus. Ton âme a besoin que l’eau circule, qu’aucun nuage ne se forme, que tout coule comme cette pluie que tu fais tienne. Je voudrais pleuvoir. 

  • 27.1.17

7 variations sur le même thème #2

  1. C’est à la tombée du jour que les grimaces s’affolent. Entre enfance et pudeur, c’est là que tu t’ébats. Tes yeux roulent pour chasser les poussières. Ton cœur s’écarte pour laisser entrer le jeu. Ton corps convulse aux prémices de l’envoûtement. La petite mort passe. Lentement tes paupières finissent leur course dans les cordes du rêve. J’avale le reste de la nuit comme un vampire pendu à ton cou.
  2. Les choses s’éclairent au pardon des misères. Il y a dans l’absolution une parole claire qui démêle tout écheveau. Pourtant la nuit crée un germe obscur dans le creux d’une chimère. Un gant de crin passe sur la peau du jour. Le grain biffe nos désirs. Une éraflure et on cherche le cri pour éteindre le feu.
  3. Rien n’échappe à nos yeux. Les gestes sont des temples d’où nos prières débordent. Genoux à terre, bouche ouverte, brassée d’air, tout atome compte, chaque mouvement parle. Le silence nous étreint à la caresse des paumes. A la ligne pure de la folie. A quoi bon les mots quand suffit le voyage des corps. 
  4. La blessure est un lien entre nos voix éraillées. On ne tient qu’à un vif. Il faut que giclent les sens comme une fièvre électrique, sans quoi on se prend des coups de tison. Incandescents jusqu’à émouvoir le mal, on n'existe que par la plaie. A la fêlure des lèvres, on suce le sang de nos baisers d’agonie.
  5. On ne voit que ce qu’on veut. Dans le miroir des yeux, un leurre se moque de nous. Si peu dans la réalité que le rêve même est une mauvaise fortune. Nos turpitudes sont des plumes trempées dans le mazout. On s’ébroue, on s’esbroufe pour ne pas voir ce qu’on voit. De nos bouches sort un beurre rance. Des principes périmés à enfiler des perles.
  6. C’est si beau mais si fragile. Nos corps étendus dans un bouillon rouge. Nous abolissons les barrières, démolissons des murs. Mais ils repoussent autant que le crin sur nos langues mêlées. On blèse, on répète, on bafoue. On s’en fout. La fracture est ouverte ; que le sang coule dans nos sourires.
  7. Au courage ampoulé du cicérone tu cherches des poux. La peur t’aide à affronter le désastre de l’arrogance. Tu sais que son assurance ne couvre pas la mort. Aussi saignant soit ton manque, tu lui voles dans le corps comme une poule dans les plumes d’un rapace. Je le sais, je t’ai senti picorer ma chair.
  • 21.1.17

7 variations sur le même thème #1

  1. Sur la peau du temps, traînent des mensonges. A la table des pensées, viennent des paroles du plus haut lieu des songes. Des mots dirigés qui écartent de la clairvoyance.
    Mais ce soir, quelque aïeul vit en nous, quelque ange qui nous connaît mieux que nous. Quelque fantôme qui tait nos erreurs en tirant la vérité nue. Celle-là même qui est tenue pour mystification.
  2. Le vent en tombant sonne le glas. Une danse folle entre les arbres, l’ultime chaos avant le grand saut, nous intime d’attendre l’oracle. Dans le sillage de nos bouches coule la vie en rémission. Du haut des tours jusqu’à la cime de notre amour, le silence s’accroche aux frondaisons comme nos mains sur nos tailles. Le temps est venu pour nos angelots assis à la table du diable de tirer la mort par la queue. 
  3. J’ai pris du retard sur tes allées et venues, sur tes colères et tes griefs malvenus. Tu m’as heurté au ventre quand l’espoir d’être ne tient plus qu’à un fil. Car tu es le fil, celui qui réconcilie les mailles à l’endroit, les mailles à l’envers. Repose-toi, assieds-toi à ma table et cesse de ressembler à un ange qui a embrassé le diable. 
  4. Tu as roulé sur la table, pris le parti d’en rire. La convulsion sévère de tes membres, le tremblement de ta voix et la bave autour de ta bouche sont autant de possessions mystérieuses. Qui te tient par le bras quand tu chantes d’une voix irréelle ? Qui te tourne le dos lorsque tes yeux quittent leurs orbites ? Qui se frotte à toi pour que tu éprouves autant de répulsions ? Ta chanson sort de ton hymen. Je ne suis pas loin de penser que je suis ton démon. 
  5. La mort nous a pris dans ses longs cheveux noirs. Elle nous regarde dans le blanc des yeux où se reflète une flamme qui s’étouffe. Nous sommes seuls près d’un grand arbre aux branches décaties. Le feu est passé, nous respirons ses cendres. Notre amour en est-il pour autant déchu ? Assis en tailleur au pied de la camarde, nos cœurs se jouent de la secousse. Tu roules, je conduis, les yeux fermés, l’horizon n’existe plus. Rien ici loin ne peut nous empêcher d’y croire.
  6. Tu as collé tes lèvres à la vitre gelée. Ta bouche a épousé le froid comme le ferait un châle noué autour de ton cou. La buée a disparu entre mille éclats de vide sur la surface oubliée du temps. Sur la vitre, un calque ourlé de tes lèvres a ouvert un chemin vers le large. Dans la gerçure, une destination inconnue. Sur ta peau, j’ai senti ce frémissement qui ne t’appartient pas. J’ai posé ma bouche sur les traces de la tienne pour nous protéger du temps qui nous sépare.
  7. C’est un monde fou qui s’est ouvert devant nous. Un monde avec un poignard à la main. Une boucle de mots taillés dans la masse de nos vies. Infini. Nos ventres ne tiennent plus, se tordent dans des torrents de douleurs diffuses. La répétition est fluide mais vaincus, nous sombrons dans la folie. Or il n’y a d’autre folie que toi.

  • 17.1.17