De l’enfance, je retiens la timidité trop présente

De l’enfance, je retiens la timidité trop présente comme une intimité mal gérée. Être parmi les autres à cet âge où tout reste ouvert, trop ouvert ; où la part du sensible qui doit se dire ou se montrer reste floue. Difficile temps durant lequel il fallait apprendre à régler ses émotions sur celui qui devant nous s’exposait. Le curseur de la pudeur poussé parfois jusqu’a l’indécence, sans qu’on ne comprenne vraiment comment la situation pouvait si vite évoluer d’un extrême à l’autre, d’un simple mot, d’un simple geste. Pourtant, je retiens ces mots malhabiles, ces gestes gauches, ces discours embués dans une eau d’angoisse comme autant de marches d’une grande échelle qui court encore dans le ciel.
  • 28.12.20

Dans ma musette

Je voudrais un mot pour la soif
dans ma musette du grand voyage

Oh rien de bien fameux
rien de ronflant ni de bien beau

Un simple mot suffirait
il dirait par l’exemple

combien les sales instants
avec le temps sont des ancrages
  • 23.12.20

Je voudrais y sentir

Une orange sur la table
prend les couleurs du soleil

Par la fenêtre un homme
et un chien passent

Je lis un gros livre triste
une histoire sans goût

Je voudrais y sentir
le parfum de l’orange

ou la truffe fraîche du chien
  • 21.12.20

Tout poème n’y change rien

Tout poème n’y change rien
quand vient absurde la mort
nous couper les jambes et les mots

Tout poème n’y dit plus rien
que ce silence de pierre serré
dans nos marches si fragiles

Tout poème n’y voit qu’eau
de peine piégée dans trop d’amour
pour écrire le dernier chant
  • 19.12.20

Je n’avais jamais rien écrit

Je n’avais jamais rien écrit
sur cette dame au fichu noir
qui tous les jours hissée
sur la pointe des pieds
met sa tête dans les poubelles
près de la supérette

Je n’avais jamais rien écrit
jusqu’à ce jour d’hiver noir
ce fichu jour où un vigile
molosse au sourire gêné
l’a priée de ne plus venir
vous comprenez ce sont les fêtes.
  • 13.12.20

la rue tremble sous la pluie

la rue tremble sous la pluie
rend au monde son flou
à mes pas l’irréalité
quand du voile sort
une dame masquée
comme il se doit
d’un sourire dans les yeux
comme je le crois
plein d’espoir de clarté
  • 9.12.20

De l’enfance, je retiens des instants aussi fugaces qu’inutiles

De l’enfance, je retiens des instants aussi fugaces qu’inutiles. Un mot, un geste qui reviennent sans qu’ils soient invités dans un éclair traversant la pensée. De l’anodin surgissant pour donner du non-sens à ce qui en a déjà beaucoup. Un feu dans la mémoire que rien ne parvient à éteindre. Il faudrait s’allonger sur un divan et se laisser aller pour vraiment comprendre pourquoi la mémoire a choisi de tels instants. Inconscient, fixation puis pirouette pour effacer le réel ? Que gardait de l’enfant quand les jalons sont si inextricables ? Écheveaux sombres dans le coin de la tête placés là pour me défier d’en tirer des merveilles.
  • 5.12.20

Parution de « Les heures creusent » aux @EditionsDuCygne

Heureux de vous annoncer la parution de mon nouveau recueil aux éditions du Cygne : Les heures creusent . Si on le retourne, on peut lire :...