Passage étroit

Le passage est étroit, une ruelle serrée entre deux grands murs. L’homme, lui, est large, taillé entre deux épaules rondes et massives. Il porte en plus deux grands sacs de cuir en bandoulière qui ressemblent aux sacoches ventrues qu’on pouvait voir arrimées à l’arrière des anciennes Mobylettes. Deux ventres sur les côtés plus celui de devant qui, même s’il déborde qu’une fois assis, n’en est pas moins proéminent. Voilà la ruelle qui s’annonce sous ses pas lourds. Il ne passera pas. Il le sait mais s’engage quand même, en rentrant le ventre et en serrant les sacs contre lui. Un bruit sec et le voilà coincé entre les deux murs, les épaules rentrées et l’air ahuri. À l’autre bout de la ruelle, deux grands containers de poubelles bloquent l’accès. De toute façon, en avant ou en arrière, ça bouge pas et l’homme n’essaye même plus de s’en sortir, maintenant qu’il a réussi à dégager une main pour choper la bouteille de rouge qui dépasse du sac de droite. Il faut se pencher un peu pour y boire mais, au moins ce soir, personne ne viendra le chercher ici. Le paix est étroite, se dit-il, juste la place d’un homme entre deux murs.
  • 20.2.21

De l’enfance, je retiens les messes basses dans les couloirs

De l’enfance, je retiens les messes basses dans les couloirs. L’expression m’échappait alors. Je ne voyais aucun problème à prier en murmurant, même si le couloir s’avérait un endroit incongru pour le faire. Version pieuse de mes pensées, messes prégnantes vers lesquelles ma grand-mère tirait ma carcasse, avec ses mains enroulées dans un chapelet de billes noires qu’elle portait régulièrement à la bouche. Pour moi, les messes basses, c’était ça : la prière de ma grand-mère agenouillée devant un Christ muet qui ne daignait nous accorder qu’une tête hirsute et obséquieusement inclinée sur le côté.
Mais non, je me trompais. Il s’agissait d’échanger des propos que personne ne devait savoir ; on les appelait les secrets de grands. Parfois, il était même admis de médire, de partager avec ses proches moqueries et quolibets envers son prochain, voire même d’éprouver ensemble et en catimini de la petite haine que doux Jésus ne nous permettait pas de dévoiler au grand jour.
Enfin, il a bon dos, Jésus, me disait souvent ma grand-mère, en levant son chapelet au ciel.

 

  • 16.2.21

À chat perché

La chaleur sur le mur
s’étale comme de la chaux
vive et orangée
fait danser les ombres qui jouent
à chat perché avec tes pensées
 
Tu les regardes se déhancher
assis près de ta fenêtre
derrière la vitre qui fait de l’œil
à quelques passants rasant
le mur et ta rêverie
 
Au loin un chien s’égosille,
son écho long est un tempo
qui claque entre tes oreilles,
tes yeux tentent la balance
entre l’été et ton vague à l’âme

 

  • 7.2.21

Remettre le doute

Le doute est une fatigue
au regard de nos certitudes
bien plus légères à porter

Et pourtant il est aussi route
au petit matin quand rien
n’éclaire l’envie de se lever

Remettre le doute sur la table
comme le travail dans ses souliers
reste un beau rempart à la connerie
  • 3.2.21

Parution de « Les heures creusent » aux @EditionsDuCygne

Heureux de vous annoncer la parution de mon nouveau recueil aux éditions du Cygne : Les heures creusent . Si on le retourne, on peut lire :...