Quand le moteur du jour débraye, jeter une pensée espiègle dans le cambouis du ciel en soudant d’un regard une ombre grasse, en décalant d’un doigt les rouages d’un nuage ou en freinant d’un soupir l’effacement naissant d’un arbre ; puis s’en remettre au sommeil des bêtes sans vraiment comprendre à quoi rime toute cette mécanique.
Des rumeurs passent, venues de la ville. Voitures et motos dans les mirages. Cigales ou grillons au cœur des fatigues. Lampadaires comme des promontoires pour les mouettes égarées. Les trottoirs mêmes sont en sueur quand la rosée perle mal.
Puis la mélancolie rabat les vagues en lisière du chagrin. Les oiseaux sont pris en tenaille entre le ciel haut et le ciel bas. Il faudrait vivre pourtant. [La fenêtre même a envie de lumière]. Il faudrait saisir la langue étrangère de l’instant tout en répudiant [les joues du crépuscule] et [les peurs enfantines à l’heure du coupe-gorge].
Mais comment s’y prendre avec les plis et les déplis du visible, ses envers et ses revers ? Comment venir à bout du rouleau des questions ? Se croire poète suffira-t-il ?
Regarder l’envers de l’instant qui rôde entre deux averses. Y voir une nuée de lèvres tendues comme autant de baisers à voler ou au contraire un vol de corbeaux belliqueux qui se confond dans une cape d’ombre ; à moins que ce soit la même et seule vision avec laquelle il faudra compter demain aux heures où tu te crois poète.
Aujourd’hui est une faim coincée dans le ventre de la semaine. Il lui faudrait un morceau de viande à cuire pour apaiser la lumière trop crue, un peu de rouge sang pour assouvir quelques pulsions carnivores.
À défaut, les heures se tordent, cherchent à se mettre quelque chose sous la langue, rôdent dans les rayons surgelés du temps pour sucer un vieux nuage ou gober un trait tordu dans le ciel. Un petit larcin pour calmer les contractions du jour.
Quand le moteur du jour débraye, jeter une pensée espiègle dans le cambouis du ciel en soudant d’un regard une ombre grasse, en décalant d’un doigt les rouages d’un nuage ou en freinant d’un soupir l’effacement naissant d’un arbre ; puis s’en remettre au sommeil des bêtes sans vraiment comprendre à quoi rime toute cette mécanique.
Au loin, un coup de feu sans raison.
L’arbre frémit et lâche un oiseau apeuré.
Un chien fatigué aboie au silence d’après.
La voisine à la fenêtre tire à elle ses volets.
Sur la grève, une vague éclate dans l’ignorance générale.
Rien en somme que l’instant ne retient.
Sous ces airs de déjà-vu, voilà la nuit qui descend prendre son verre quotidien. Cul-sec, vider le jour sans que personne ne puisse rien y changer. La nuit est une vieille ivrogne. Une sangsue qui pompe la lumière chaque soir, accoudée au zinc. Et le pire c’est que, dès la première ombre, le crépuscule remet la sienne.
A ces deux mouches qui se rencontrent sous la lampe, je voudrais dire la tendresse de l’approche, les jeux d’enfants dans la cour d’école quand elles se cherchent des ailes, mais aussi l’automne qu’elles provoquent dans la main du soir