Tambour battant

Parfois ce sont de vieux visages
qui viennent trembler à la fenêtre.

Sans prévenir une autre image
remplace le cadre du réel.

Un soleil pour ces autres
sous un mirage qui les brouille.

Des anciens, des oubliés
revenus de l’œil de la machine,

tambour battant la mémoire.
  • 29.7.18

Tout est (presque) réuni

Tandis que mon regard
s’ennuie du ciel,

un homme sur le toit
regarde passer un oiseau
entre deux antennes râteaux,

un avion à hélices
dégomme le silence
en dévissant une étoile oubliée,

une cheminée à col haut
sort de la brume
pour vidanger la nuit.

Tout est réuni pour iriser l’oeil
hormis ce grand nuage gris
en forme de hangar à soucis.
  • 27.7.18

Rorschach

J’étale les couleurs sur la toile cirée,
comme un enfant en mal d’inspiration.

Un dessin dégouline.
Une tache de Rorschach ?

Une ombre sous les yeux
mange un visage vert et bleu.

Au milieu un sourire
me la fait à l’envers.

Il manque le ciel
la maison, les fenêtres parfaites
et la porte avec pelouse allongée sur le seuil.

Tant mieux.
  • 26.7.18

Dimanche

Tracer un trait à la verticale de l’horizon,
pour couper ciel et mer en quatre.

Laisser l’œil s’agiter dans un des carrés,
entre l’oiseau et son ombre sur le mur d’en face.

Goûter le sel sur le bord de la fenêtre
en regardant le vent jouer avec les rideaux.

Vouloir saisir les ailes d’un papillon
puis finalement s’endormir entre deux vagues.

  • 22.7.18

Un détail

Je retiens du jour au moins un détail,
un rien dans un courant d’air
qui aura la prétention de n’être
que d’aujourd’hui.

Un bol ébréché contre un coin de table,
un voile noir dans ton regard,
une pensée de mort mal digérée,
un beau poème à peine entamé.

Pas grand chose en somme
mais qui mis bout à bout
sonne comme un aveu coincé
entre deux portes.
  • 21.7.18

Cahots heureux

Je m’accroche à ces migrations
pendulaires dont les rotations
vont du jour à la nuit.

Mon souffle se cale sur des cahots heureux
entre deux saillies d’ombres
puis la voie reprend sa lumière sale

tant il est rare que
le train du rêve arrive à l’heure.
  • 16.7.18

Vieux silences

Alors que le jour déplie sa fatigue,
l’heure bleue monte et murmure
comme une casserole sur le feu.

Elle convoque
de vieux silences
plongés dans l’eau des pâtes.

Un souvenir aussi bouillonnant
qu’une larme d’enfant
cherchant un cil où se poser.
  • 8.7.18

Entre les dents

Tout semble s’être figé.

Le ciel au-delà des ombres
place la lumière au plus haut.

L’œil oscille entre les mensonges
soutenant le matin et son cœur gros.

Fier d’avoir l’orage entre les dents,
personne ne déchiffre les craintes.

Il faudra tenir tout le jour
la mâchoire serrée.
  • 4.7.18

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