Il fait un jour à tailler les oreilles du drame

Il fait un jour à tailler les oreilles du drame.
Sous la colère, des pavés de gloire oubliée. Tout le monde y va de sa présence sur une terre de plus en plus petite. Retirons nos gros sabots, étendons nos jambes sur le sable chaud. Parlons de cette goutte d’eau qui sèche sur ton cou.
Il fait un jour à tailler les oreilles du drame.
  • 30.6.19

Il fait un jour à se rouler nu dans l’herbe mouillée

Il fait un jour à se rouler nu dans l’herbe mouillée. 
Mais la rosée n’existe plus depuis que les petits matins sont livrés au sommeil. Surgit dès lors l’envie entêtante d’un long champ couché sur l’aurore, d’un ciel miroir à ses herbes humides, de terre verte entre les orteils, de mantes religieuses sur le dos pour seule dévotion. Que du vert où se baigner, l’esprit abandonné à une chanson d’été. 
Il fait un jour à se rouler nu dans l’herbe mouillée.
  • 26.6.19

Écrire ici

Écrire ici s’apparente
à écrire à la table d’un bistrot
avec le tintement des verres,
les éclats de rires,
l’intensité des voix
aussi variable qu’est
notre attention au monde.
Écrire ici est comme
écrire dans un zoo humain
où chacun semble vivre
en se fichant éperdument
des autres animaux.
Écrire ici, contraint à rattraper
les mots, à les rassembler
dans un panier percé,
procure souvent un doux vertige.

13h55 #AuBureau
  • 26.6.19

Scoliose

On aimerait s’allonger,
soulager les corps
qui assis se tordent
dans l’attente d’une scoliose.

La maladie nous parle
de folies, de vieillesse
qui compte les points
retraite comme des coups.

16h16 #AuBureau
  • 25.6.19

Il fait un jour à mordre du bois

Il fait un jour à mordre du bois. 
Tant de possibilités entre terre et ciel que les bras m’en tombent et mes jambes coupées dansent d’un dernier soubresaut. Voilà le tronc à abattre. À filer la métaphore forestière, je me perds dans la clairière. 
Il fait un jour à mordre du bois.
  • 25.6.19

Il fait un jour à retenir les vagues

Il fait un jour à retenir les vagues.
Des crabes avancent en marche avant. Tout fout le calme. Le vent est mort. Vive le vent ! On peut approcher du bord du monde, seulement si on le veut. L’eau est verte comme une prairie. La plage est morte. Vive la plage !
Il fait un jour à retenir les vagues.
  • 24.6.19

Il fait un jour à repeindre nos visages

Il fait un jour à repeindre nos visages.
Des yeux roulent et se lèvent dans le ciel. Un peu de bleu, un peu de vert pour rehausser le gris qui empoisonne. Un tableau réussi se juge à l’émotion qu’il provoque. Ici rien ne surprend le vol des goélands sur le fade des terrasses. Ton sur ton, la mer bave sur le ciel. Il n’y a plus qu’à inventer des paysages parallèles, inviter la montagne à se baigner, main dans la main avec quelques rêves.
Il fait un jour à repeindre nos visages.
  • 23.6.19

Écume

Le ciel
toujours le ciel
nargue la mer.

Échange de bleu
sous le regard moqueur
des vagues.

Écume d’yeux
enclins à battre
toutes les mesures.

On restera là
ni trop près ni trop loin
à essuyer les larmes.
  • 22.6.19

Taisez-vous !

Cet oiseau fou
qui crie dans ma tête
quand le grondement des voix
autour de moi monte,
voix contre voix gagne et monte
comme monte une migraine
comme l’animal guette sa proie.
Taisez-vous !
Je ne sens plus battre le vide,
je ne m’entends plus me taire.

15h19 #AuBureau
  • 21.6.19

Épeler

Il y a toujours ce trou
d’où le vide remonte.

Vacuité du mouvement
des doigts sur le clavier.

Les regards s’épuisent,
ne se croisent même plus.

J’épelle quelques mots
que je n’écrirai jamais.

16h39 #AuBureau
  • 20.6.19

Nique la police

Par la fenêtre,
toujours ce regard errant.

Le mur d’en face
et ses graffitis qui flottent.

Reflets de mes mirages,
gentille excursion dans l’irréel.

Et ce « nique la police »
qui danse sur une mare de soleil.

16h27 #AuBureau
  • 19.6.19

Condamné

Tout est condamné
à rester sourd.

Il va de nos envies
comme de nos désillusions.

On avance sans
croire au chemin.

Nos corps aveugles
sous raison bâillonnée.

15h30 #AuBureau
  • 18.6.19

Pixels

On écrit des mots identiques
sur des écrans formatés.

Écriture si impersonnelle
qu’on ne sait jamais qui écrit.

Qui dit quoi au travers
de ces pixels sans âme

alors que peu à peu
meurent nos paroles.

16h08 #AuBureau
  • 17.6.19

Manège

Le soir tombe
sur une première ombre,
laquelle le snobe en filant
sous un rayon de soleil.

De l’autre côté du balcon
on aperçoit le même manège,
à qui sera le plus rapide
pour tirer les vers du jour.
  • 16.6.19

Regardons ailleurs

On apure peu à peu
ce trop plein de tensions.

Il se peut qu’à un moment
nous soyons heureux.

La semaine fait craquer ses doigts,
regardons ailleurs.

Vendredi est un seau,
le vider et la joie reviendra.

15h10 #AuBureau
  • 14.6.19

Bulles intimes

On se cale
sur les battements
de l’autre.

Nous, l’autre
et l’espace ouvert,
la ventilation régule nos valvules.

L’arythmie nous guette,
on la prévient
en resserrant nos bulles intimes.

17h46 #AuBureau
  • 13.6.19

Propre vide

Le jour a du mal à se tenir
entre tables et écrans.

Il avance à tâtons, bute
et titube dans les couloirs.

Certains tentent de le guider,
de le relancer d’un sourire.

Rien n’y fera, il tombera
happé par son propre vide.

17h03 #AuBureau
  • 12.6.19

Ronger les angles

La plupart du temps,
tout se passe
comme il n’était pas prévu.

C’est souvent mettre
des carrés dans des ronds
en rongeant les angles.

Nos dents en gardent l’usure
tant reste serrée la mâchoire
sur nos certitudes.

13h13 #AuBureau
  • 11.6.19

Quelques soleils

On attend l’été des terrasses
et des pins parasols.

Sous les soupirs pointent
quelques soleils à ressusciter.

Mais le nuage est plus gros
que nos échevelés espoirs.

On attend l’été des avoirs.
  • 10.6.19

Habiter

La lumière baisse,
on dirait que s’installe
l’automne en juin.

Les lampes de bureau
une à une s’allument
sur nos visages fermés.

La pluie nous sourit,
il faudra habiter chaque goutte
pour à nouveau respirer.

16h45 #AuBureau
  • 7.6.19

Oscillo-battant

On a laissé
une fenêtre
ouverte
en oscillo-battant.

Quelque chose
se trame
dans les interstices
de nos voix.

Tapant le vantail,
levant la torpeur,
l’air malgré son courant
est toujours vicié.

16h50 #AuBureau
  • 6.6.19

Même

On pointe aux mêmes heures
dans les mêmes sourires feints.

On traîne à la même machine à café,
le regard rivé sur la même horloge.

On ouvre les mêmes écrans
où nos yeux déplient les mêmes cils.

On ne peut rien nous reprocher
sinon ce même délit d’habitude.

16h23 #AuBureau
  • 5.6.19

Mirage

On voit une nuée d’oiseaux blancs
saillir au loin des pyramides.

Puis on rentre ce mirage
dans nos corps recourbés.

On suit des arbres bouffis
trouer de joie un pré à l’herbe rase.

Mais on reste dans nos têtes
à chercher d’autres couleurs.

16h52 #AuBureau
  • 4.6.19

Pesanteur

Tandis que je cherchais
le moyen le régime
qui feraient maigrir mes mots,

voilà que s’ouvre la fenêtre
dans un courant d’air parfait
pour oublier l’instant

et sa pesanteur.

16h55 #AuBureau
  • 3.6.19

Cinémascope

Le ciel ne respire plus.

L’humeur du jour
est aussi sanglante
qu’un film de Tarantino.

La mer ne danse plus.

Au loin se battent
un otage et son ravisseur
pris dans les filets du diable.

Le scénario ne tient plus.

Il faut réparer le cinémascope,
remonter les scènes
qui croupissent au fond de l’eau.
  • 1.6.19

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