Points de côté

L’après-midi craque des doigts
tandis que je lève les yeux au ciel.

La fatigue s’abat sur les bureaux
comme la chaleur sur mon corps.

Une ritournelle tourne dans ma tête,
rien à portée de main pour l’extirper.

Il faudra redescendre le regard,
éviter de parler des points de côté.

15h02 #AuBureau
  • 27.2.19

Sous les routines

Parfois quelque chose remue
dans l’anodin des jours.

Un mot plus léger que les autres
apparaît dans un courant d’air.

Dans le bâillement d’un rideau,
une douceur caresse un désir.

Juste le temps d’en sourire
que tout disparaît sous les routines.

16h44 #AuBureau
  • 25.2.19

Barricade de rires

Tu éloignes la pensée de la mort, la pousses hors de nous. Chaque fois qu’elle pointe le bout de sa faux, tu dresses des barricades de rires, véritable barrière de dents blanches rescapées de nos vieillesses. La mort ne passera pas, dis-tu. Tant que nous saurons rire, elle ne passera pas. Nous savons tous les deux qu’il n’en est rien. Qu’on a beau brandir comme des drapeaux blancs nos joies à bout de rêves, la mort est en nous depuis longtemps, paresseuse tant qu’on la tient en respect mais bien présente, machiavélique et silencieuse.
Alors quand au bord d’un sourire forcé, elle nous pousse jusqu’au frisson ou lorsqu’un silence trop long cède la place au grand fond, tu te laisses aller à pleurer, fatiguée par tant de bonheur à opposer. Dans ces moment-là, je me tais et te tends la main, non pas pour que tu la saisisses dans un geste de communion, mais pour que tu vois que, malgré tout, ma main, mon bras, mon corps feront toujours barrage.
  • 22.2.19

Plic, ploc

Les minutes se relâchent ;
dans l’air, forment des gouttes.

Une à une dilatées, un peu
d’eau pour nos bouches sèches.

Plic, ploc sur les claviers usés,
on frappe des mots inconnus.

18h57 #AuBureau
  • 20.2.19

L'heure des cookies

Depuis les algorithmes,
on a perdu notre libre arbitre.

Certains le cherchent encore
dans des tableaux Excel.

La plupart éteignent la lumière,
laissent leur ego battre le rythme.

Pendant ce temps,
les cookies font leur boulot.

15h21 #AuBureau
  • 19.2.19

Va-et-vient

Le temps se fige avant la bascule,
certains arrivent, d’autres partent.

Va-et-vient des places habitées,
chaise roulante pour plusieurs fesses.

Bonjour, bonsoir : on ne sait pas
quoi se souhaiter d’autre.

La nuit tombe avec le courage.

18h25 #AuBureau
  • 18.2.19

Que faire de nos peaux usées ?

Que faire désormais de nos peaux usées ? Je te regarde caresser mon cuir tanné par le soleil. Tu lèves légèrement la main, tu frôles, tu dessines comme si tu refaisais le parcours qui nous a mené jusque-là, jusqu’à ce lit rempli de nos tendres poussières. Tu traces le chemin à l’envers, sur la peau notre carte. A chaque blessure que tes doigts rencontrent, petit renflement après petit renflement, tu dresses ce sourcil qui déclenche le sourire ; le tien d’abord puis le mien en reflet. Nous sommes dans cette lumière partagée plus près de la parole en nous taisant.
Nos peaux se sourient, vois-tu, s’accommodent de nos mains tordues. Nos corps s'élisent, même si le miroir nous fait douter, même s’il faut chaque jour encore tout recommencer.

  • 16.2.19

L'heure de pointe

Le tramway passe sous la fenêtre
et sous le nez d’une vieille dame.

Sa lassitude tranche avec le soleil
étendu sur la façade d’en face.

C'est le début de l’heure de pointe,
des nerfs à vif au klaxon des rames.

Depuis la rue, personne ne voit
nos solitudes briller derrière les vitres.

17h22 #AuBureau
  • 14.2.19

Par lents battements

Les rideaux sont tirés,
les visages aussi.

L’hiver laisse des traces
jusque sous les yeux.

À l’endroit même de
la plus fragile peau.

On ne parle plus que
par lents battements de cils.

19h03 #AuBureau
  • 12.2.19

Avec le même doute

Tu me regardes avec toujours le même doute. Tu me regardes comme tu m’as toujours regardé. Un appel à la rescousse toujours tendu dans les yeux. Mon reflet ridé dans ton iris convole avec ce doute qu’on partage depuis toutes ces années. C’est avec lui qu’on a balancé nos vies jusqu’ici. Un coup parfait, un coup dans l’eau. Mais toujours le doute comme guide, sans jamais se reposer sur l’éclat de nos voix, sans jamais changer une virgule à nos écritures instinctives.
Nous sommes deux vieilles ombres désormais ; mais que nous doutions encore nous maintient ensemble dans une jeunesse irréelle, enroulés chaudement dans une naïveté d’oiseaux.
  • 10.2.19

Oublier

Les mots se soulèvent,
volent au-dessus des têtes.

Le jour a tendu les corps,
désormais la nuit les absorbe.

Oublier
coups cyniques,
verbes hauts et courts,
discours stériles.

Chacun prépare sa sortie,
ronge ses colères enfouies.

La nuit effacera toutes les rancunes.

19h40 #AuBureau
  • 7.2.19

Sous les bureaux

Le réverbère et le néon intérieur
se confondent sur les vitres.

On y voit nos visages déformés
se barbouiller de lumières.

Nos jambes molles s’étalent
sous les bureaux poussiéreux.

Février fouille nos mélancolies.

18h38 #AuBureau
  • 6.2.19

Du bleu au jaune

Une lampe s’allume puis une autre,
l’heure bleue tourne au jaune pâle.

Un cri au loin manifeste la fin
d’un nouveau jour de grève.

Face à moi, l’écran a l’air fatigué
ses pixels jouent avec mes cernes.

18h29 #AuBureau
  • 5.2.19

Peu de la nuit

Peu de la nuit toujours
pour changer les rêves.

L’enfant passe sans bruit,
effleure une peur ancienne.

Les arbres sont trop hauts,
malgré l’âge on y grimpe encore.

Peu du jour pour effacer
les larmes et les écorchures.
  • 3.2.19

Trop vu

J’ai l’impression aveugle
de percevoir dans le noir la brume.

Je prends son voile pour cape,
avance comme rampe l’animal.

Je ressens alors le bois et la neige,
la ville endormie sous les réverbères.

Je me retrouve sur le chemin
où mes yeux vident mille images trop vues.
  • 1.2.19

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