Melon bas et parapluie oubliés.

Sur son étagère entre des pulls à col roulé et des bas de soie, sont posés un chapeau melon et un parapluie.

L’hiver en haut de forme est passé, le printemps a serré des sanglots dans les travées et aux portes de l’été, John Steed s’en est allé. Tara King en cuir sur la porte des WC et Purdey à son flingue accrochée ont pleuré le flegme du dandy décalé. J’ai pris le melon quelques mois plus tôt, l’ai oublié dans un train sur une banquette glacée. J’ai arpenté les rues, Emma Peel à mon bras enamourée, pour remplacer mon couvre-chef égaré. Quelques mètres après, j’ai acheté un parapluie en solde dans une échoppe siglée en anglais. On a dansé tous les deux sur de la musique branchée, Christine and the queens pour mettre dans notre histoire pop de l’électricité. Tous les deux lancés dans une parodie des Avengers, on a posé pour des photos jamais regardées. 

Sur son étagère face à un tableau de Klimt et quelques posters abimés, sont posés un chapeau melon et un parapluie.

Le retour en mémoire est immédiat quand repasse en boucle les images de Macnee nous saluant du chapeau avec son sourire pincé. Icône de l’écran cathodique, il traverse les histoires des mauvais garçons qui veulent se donner de la respectabilité. So british en fil de vie, je l’ai croisé ce jour-là dans une salle surchauffée, costume bien taillé et nœud de cravate Windsor ajusté. Emma l’a même embrassé. Paraît même qu’ils ont couché. Mais la série est trop pudibonde pour vraiment le penser. Les deux héros enfin rassemblés, c’aurait pu être un happy end enflammé.

Sur son étagère, derrière le rideau bleu nuit qui sépare la chambre du salon, sont peut-être encore posés un chapeau melon et un parapluie.

Je ne sais pas bien ce qu’il faut penser de ce bal masqué improvisé. Cette madeleine que sont John Steed et ses acolytes débridées. J’ai juste aimé un instant m’envoler, me pendre au cou de mon héroïne de série télé, et gaussant mon ego jouer au plus élégant des amants.