À géométrie invariable

Le monde est un rectangle,
chaque porte, fenêtre, sas
dessine des enfermements. 

L’homme géomètre 
ne peut se passer de symétrie,
d’angles nets, de lignes droites. 

Le monde est un rectangle,
pas surprenant que l’on se pique 
à ses arêtes, s’y perde en longueur.
  • 27.10.26

Exponentiel

On porte sur le dos
nos vieilles ombres
et celles de nos aïeux,
déjà lestés de leurs passés.

Il en va de génération
en génération,
poids d’enclume
sur nos cris d’aujourd’hui.
  • 18.10.26

J’écoute le vent

J’écoute le vent siffler sur les toits,
la mélodie fuit entre les tuiles
taillées comme des hautbois. 

À chaque note brève et répétée,
on entend la rugosité du jour
perdu dans les combles du temps. 

Ça racle et trébuche 
dans les soupentes, vrille et tord :
j’écoute le vent chanter nos fatigues.
  • 13.10.26

Mi-rage

Le paysage hésite,
se trouble au loin,
comme un mirage. 

J’ai envie de ramasser 
des cailloux dans des sentiers,
sentir le lait de chèvre 
et croiser un mouflon. 

Mais le paysage hésitant 
me renvoie du béton,
des odeurs forestières 
en contre-plaqué.
  • 4.10.26

Ça ne fait rien

J’ai le bout des pieds humide, la chanson d’un ruisseau dans la tête. J’ai le nez au frais, les idées dans un petit chaos qui donne le tempo. Il ne fait pas beau mais ça ne fait rien.

Je regarde le haut des sapins qu’aucun humain n’a jamais touché. Ça ne fait rien. J’ai un chemin sous les pieds. Je vois le temps. J’aime la chanson du ruisseau. 

Dire que j’aurais pu naître dans la peau d’une fougère.
  • 2.10.26

Huis clos

Ne m’attendez pas,
les volets sont en clé 
— moi aussi. 

Allez-y ! Je vais croiser 
les jambes et regarder 
passer les gens qui vivent. 

Mais passez donc, vous 
qui glissez sur le monde :
je tourne la clé et vous aime.
  • 22.9.26

Erreur dans la matrice

Il y a le reflet du dehors
sur le pot de fleurs
posé sur la table. 

Ballet de formes,
tantôt graves,
tantôt aiguës,
selon les mouvements 
et l’angle de vue. 

Une réalité confondue
par ses propres erreurs.
  • 17.9.26

À bas bruit

La fatigue regarde son visage,
il regarde le visage de la fatigue.

Un duel se joue dans le tramway
qui charrie tant de visages et de fatigues.

Combat à bas bruit, le roulis
entre deux stations en est l’arbitre.

Lui seul connaît le terminus.
  • 12.9.26

J’entends des pluies

De l’eau coule de la nuit
en vapeur d’ombres
sur l’été finissant.

Un chat sur un balcon
essore des miaulements
dans un pot de fleurs. 

J’entends des pluies
qui n’arrivent pas
à tomber des nuages.
  • 28.8.26

La métaphysique de la tomate

Je déjeune d’une tomate
et d’un bout de fromage,
accoudé à la table.

Sans bouger, une pensée folle
se met à courir de ma main
qui tient le morceau de fromage
à l’assiette où se trouve la tomate,
par des chemins aléatoires
et métaphysiques
sur le sens de la vie,
la courbure du temps
et mon inaptitude au monde.

Je vais reprendre un verre de vin.
  • 15.8.26

Quelque chose

Midi, quelque chose 
se pose sur le balcon. 

Un temps mal défini,
quelque chose 
d’un effort sans récolte, 
d’une perte sans regret,
un calme qui n’a plus peur
ni de la tempête ni du soleil.

Est-ce cela, la paix ?
  • 8.8.26

Plein comme un œuf

Dimanche est ovale,
je ne sais pourquoi,
je le vois former un œuf 

Un œuf plein des bruits du dimanche : 
de la vaisselle s’entrechoque
dans un évier ou un placard,
un bavardage dans la rue
s’éteint de lui-même, 
un bébé pleure puis rit,
le ronronnement du frigidaire 
répond au loin à une rumeur d’autos,
— le silence est là pour écaler les vides. 

Le tout se tient bien serré 
dans la tête, comme si j’étais 
le seul à les entendre.
  • 2.8.26