Mon œil

Mon œil suit les mouvements du vent
Lequel soulève un drap qui ne tient
Qu’à un fil et ressemble alors à un cœur
Ou à un poumon dont on fête le battement
Premier, mon œil sur cette petite histoire.
  • 25.5.24

Une place ronde

Une place ronde comme on attend qu’une place soit ronde. Une place avec son arbre au milieu, entre des murs qui n’ont pas oublié leurs lilas et qu’ils portent en robe longue jusqu’à leurs pieds. 
Une fontaine d’eau claire comme on attend que l’eau soit claire et dont les jets sporadiques semblent des oiseaux en mal d’atteindre le ciel, empêchés jusque dans leurs pépiements par le tumulte de la ville. 
Des gens sur des bancs, comme on les attend : rêveurs, fumeurs, penseurs, tapoteurs d’écran, heureux, anxieux ou nostalgiques, se rêvant oiseaux aux plumes claires ou embrassant leur prochain amour sous des descentes de lilas. 
Rien de neuf en somme, mais ce tout ordinaire dont j’aimerais garder chaque détail pour me souvenir longtemps.
  • 16.5.24

Séquence

Clap.
On a coupé l’arbre,
laissé un bout de tronc.
Il sort de la terre,
témoin qu’il y eût ici un arbre. 
Une jeune fille s’assoit
sur ce bout de tronc,
encore riche de ses racines
– le tronc comme la jeune fille. 
Je me demande s’il y a transmission,
de l’arbre à la jeune humaine. 
Elle a un chien, format miniature,
de ces chiens qui ne feraient
pas de mal à un arbre.
La fille lui parle,
au chien ou à l’arbre.
Elle parle de l’arbre au chien
ou du chien à l’arbre. 
Depuis une fenêtre voisine,
sort un air joué au saxophone
pour clore ou peut-être
commencer quelque chose.
Coupé.
  • 11.5.24

Au milieu

Sur un banc au milieu 
du ciel
d’un jardin
de plantes
d’une mare
d’insectes et de batraciens
de petits cailloux 
de gros cailloux
de pierres quelconques 
qui se prennent pour des roches 
Oui, au milieu
du ciel un peu trop gonflé de bleu pour être vrai
du jardin qui se dit botanique
mais n’est pas plus beau que tannique 
de plantes urticantes piquantes rampantes et, je l’entends, gloussantes 
d’une mare verdâtre d’une mollesse d’éponge gorgée
d’insectes qui attaquent les cheveux
de batraciens qui - quoi ? - coassent parce qu’ils ne savent rien faire d’autre 
de cailloux-pierres cailloux-pierres tellement de cailloux-pierres prétentieux 
qu’on ne voit plus la couleur du sol et pourtant
je suis bien
  • 10.5.24

De tout temps recommencée

Le jour vient se fermer dans ma main.
Lente descente de tout temps recommencée.
Avec elle, la même crainte sur le front de l’enfant 
que dans l’angoisse muette du vieil homme.
Comme eux, je tiens la bascule dans mon poing,
main dans le noir à chercher le bon mouvement. 
Lentement, de tout temps, recommencer.
  • 8.5.24

Palpiter

L’air que j’ai respiré aujourd’hui a coulé plus vite. Limpidité et rythme, sans nul besoin de l’air des autres. Tiré d’un puits que, durant ce genre de jours, on croit inépuisable. Coulant depuis la roche des replis, ruisseau de vent intérieur venu jusque dans le creux des pensées palpiter palpiter, palpitant tant, palpitant trop pour être autre chose que l’air d’un jour exceptionnel.
  • 5.5.24

Le pas lent des jours

Tu connais le pas lent des jours,
ce mouvement oublié puis reconnu.
L’ennui passe, fait la roue, paon
à plusieurs têtes, à l’encolure
multicolore mêlant mélancolie et joie.
Comme si quelque chose plus loin
te continuait sans être tout à fait toi.
  • 1.5.24