Juillet 2001

On est en 2001, les tours jumelles trônent encore fièrement à Manhattan. Nous sommes en juillet, et nous commerçons encore en francs. Mon père vient d’être diagnostiqué quelques semaines auparavant mais, jamais il ne prononce le nom de sa maladie.

Ce jour là, nous revenons de la clinique. Par rapport à la semaine passée, je lui trouve un air enjoué, comme satisfait de sa séance. Il entre dans la voiture avec un véritable entrain, comportement qui change complètement de son apathie habituelle. J’en suis ravi.

Il allume sa gauloise brune sans filtre et descend de quelques centimètres la vitre pour ne pas me gêner. Je lui demande comment s’est passée sa matinée, s’il se sent bien, si le médecin lui a parlé. Bref, je le questionne avec les mêmes mots toutes les semaines. D’habitude, il se contente de réponses brèves : oui, non, je ne sais pas. Mais aujourd’hui, c’est différent.

Il me fixe avec un regard vitreux et déclame avec un grand sourire : « Tu sais. Le docteur m’a dit que j’étais guéri ! Et, aujourd’hui, c’était le dernier jour de traitement. Je ne reviendrais plus à la clinique. C’est bien, hein ? ». Ces mots prononcés avec enthousiasme me glacent encore les sens. Un peu abasourdi, je lui balbutie alors quelques mots d’acquiescement et de satisfaction sans vouloir croire un instant à ce qu’il vient de me dire. Lui même, le croit-il vraiment ?

Je le dépose dans la rue près de chez lui. Quelques jours plus tard, mon père décède.

On est en 2009. Il n’a pas vu les tours jumelles s'effondrer. Il ne râle plus contre les grosses chaleur de Juillet et n’a jamais payé son paquet de gauloises 6 euros. Cela fera 8 ans demain et cette année là, quelque chose en moi a irrémédiablement changé.

16 commentaires:

  1. Ta tristesse, ton désarroi, ta douleur me peinent terriblement et je les comprends. Ton texte me conforte dans mon idée de dire toujours et encore à ceux qui nous sont chers qu'ils nous sont chers même si parfois, ils nous blessent, nous dérangent, nous agacent.
    Je t'aime est à dire, ne serait-ce qu'une fois car J'aurais dû lui dire que je l'aimais fait souffrir éternellement.
    Je penserai à toi demain.

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  2. peines enfouies ....il fallait que ça sorte ....

    te bise de là-bas
    floducaï

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  3. .

    epamin' > je crois que je ne lui ai jamais dit ces mots là. je ne crois pas qu'il les ait dits non plus.

    floducaï > tu vois quand tu veux que tu le trouves le chemin : te bise aussi m'dame qui vient de loin ! :)

    .

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  4. On oublie jamais........

    mais tu sais... c'est bien!
    Ils sont toujours là...

    Eux sont différents...plus à l'écoute,
    et nous ... nous pouvons leur parler sans complexes...

    enfin moi je vois ça comme ça...

    Smou.......

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  5. je souligne : irrémédiablement ...

    tout est dit
    dans cet adverbe !

    'jour le n'arf

    -O)

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  6. .

    carhi > je ne crois pas à de l'écoute de l'au-delà, tu sais.

    мя. м. > voilà, finalement, j'aurais pu me contenter d'écrire simplement "i-rré-mé-dia-ble-ment". ça me fait plaisir que tu commentes malgré tes réticences. dis ! le fake mega-loin là, c'est fait exprès ? :)

    .

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  7. On s'aperçoit qu'on va aussi mourir et qu'une sorte d'"autorité" a disparu. Il va falloir assumer.

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  8. je ne sais trop quoi dire... a part in mémoriam.

    a+

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  9. souvent, L lit et préfère laisser les mots en leur lieu silencieux.

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  10. .



    snake > y a de ça, comme si il était parti alors que j'étais encore petit. J'avais 32 ans pourtant.

    philippe > oui, mérite bien ça

    jeanne > wè... t'as raison. la page est tournée de toute façon, irrémédiablement donc.

    .


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    bonsoir du soir où l'autre a marché sur la Lune. pff, j'y suis depuis que je suis né, moi ! la même année d'ailleurs... :)

    ---


    .

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  11. ( hOrs contexte )

    j'aime pas quand je résiste pas
    à ces conneries du net

    -O)

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  12. awé, terrible !

    merci m'sieur -O)

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  13. j'aurais toujours en moi cette sensation d'un passé qui ne t'appartient plus et d'un présent où il faut apprendre à marcher seul. C'est à partir de ce jour là que les souvenirs naissent.

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  14. .


    elle-c-dit > je sais.

    мя. м. > moi j'aime bien quand tu résistes pas. :)

    Sylvie oui, ayé suis grand ! je croyais jamais n'y arriver !


    .

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  15. ... voilà juste une bise

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