La rencontre

Je venais juste de reprendre mes études. A la suite d’une première expérience professionnelle hasardeuse, je me retrouvai à nouveau sur les bancs d’école parmi une cohorte d'adolescents attardés pour certains encore pré-pubères. Gonflé à bloc par l’envie de réussir, je fis pendant quelques mois figure d’élève sérieux et appliqué. Ce temps là ne dura pas. Après avoir connu les méandres de la vie professionnelle, je me délectai de ce retour parmi les étudiants. Le grand misanthrope, que je suis parfois, se transforma peu à peu en meneur de troupe, épicurien et loquace. J’étais en classe de première et il me restait deux ans à tirer jusqu’au baccalauréat. Ce n’était pas gagné. Mes premiers temps d’élève consciencieux ayant porté leurs fruits, l'année fut bouclée sans trop de soucis et je m’en tirai avec les honneurs de mes professeurs.

En septembre de l’année suivante, tout allait changer. J’avais remarqué une fille très alerte, enjouée et charmante qui s’arrogeait l’ensemble des regards masculins. Excessivement courtisée, elle jouait très bien de ses attraits. Son sourire, à la fois mutin et narquois, faisait chavirer nombreux de nos cœurs. Et je ne dérogeai pas à sa puissance de feu. J’étais confondu par son charme. J’avais bien imaginé pour l’aborder quelques plans hautement romantiques mais, cette armée de prétendants m’avait conduit à renoncer. Pourtant…

C’était donc le jour de la rentrée des classes et comme d’habitude, nous étions tous très beaux, très propres et tout habillés de neuf. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque j’appris que j’étais dans sa classe ? Dés l’annonce de cette nouvelle, je sentis virer mon sang . Il bouillonna, fit plusieurs tours et accéléra comme excité par une piqûre intraveineuse. Ma tempe vacillante pouvait en témoigner. Elle allait être à ma merci. J’étais bien décidé à défier la belle. J'examinais ma tenue, inspectais les revers de ma veste afin qu'elle ne trouve à ma présentation aucune imperfection réfractaire.

Je l’aperçus d’abord dans le miroir du hall qui jouxte la porte d’entrée. J’étais de dos par rapport à elle et ma position me permit de l’observer sans qu’elle ne me voie pendant quelques secondes. Sous ses cheveux noirs ondulés, apparaissait un visage rond et halé, traversé par une bouche pulpeuse. Elle avançait vers moi, son déhanché aérien accompagnait son corps souple et bien proportionné. Sa poitrine n’était maintenant qu’à quelques mètres de mon dos quand, d’un seul coup, je sentis ses mains me bander les yeux. Une respiration plus tard, j’entendis une voix claire et souriante retentir dans la cage d’escalier : « Devine qui c’est ? ». J’étais liquéfié, « amélie-poulinisé ! ».

Ma scolarité fut, à partir de ce moment là, bouleversée. Je réussis toutefois à obtenir mon bac mais mon plus beau succès, à n’en pas douter, fut « elle » et les trois enfants qu’elle me donna neuf ans plus tard.

23 commentaires:

  1. comme quoi ce sont "elles" qui choisissent.

    belle histoire.

    RépondreSupprimer
  2. J'espérais pouvoir relire ce beau moment de ta vie que j'avais fort apprécié sur ton ancien blog.
    Que de belles choses sont dites, ici!

    RépondreSupprimer
  3. argh..
    l'amour ..
    on en reviendrait presque sur les bancs de l'école, n'est-ce pas ...?

    RépondreSupprimer
  4. Une belle histoire d'amour et de marins des halls. Merci pour le lien !

    RépondreSupprimer
  5. Au cours de ma deuxième lecture, j'ai cliqué sur les mots bleus...Quel honneur d'être le sourire de ton article...Je m'en vais de ce pas le dire à mes tomates...Merci tout plein pour ce lien!
    @ tout à l'heure!

    RépondreSupprimer
  6. ... je me suis perdue (mais c'est une douce évasion) entre les liens bleus (les mots bleus...) et des découvertes...
    Je ne sais si ce sont les femmes qui choisissent, mais j'aime beaucoup ce regard des hommes quand ils se retournent, surpris.

    RépondreSupprimer
  7. Ah, c'est un texte doux, qu'on finit en souriant.

    RépondreSupprimer
  8. Par contre, les derniers mots: les trois enfants qu'elle me donna (a sans t)(effacez ce commentaire quand vous aurez rectifié l'erreur, hein)

    RépondreSupprimer
  9. .


    Philippe > oui, toujours un peu. A cette époque là qui plus est, j'étais d'une timidité redoutable.

    Epamin' > sourire : parce que je repars souvent avec le sourire de ton blog. voili voilou :)

    manue > oh que oui et puis tu en sais quelque chose toi ! :)

    Thk > les marins ont essuyé de belles tempêtes quelques années plus tard. Pour finir, ils ont chavirés.

    Sylvie > j'aime beaucoup cette photo de Mathieu Kassovitch. L'étonnement et l'émoi transparaissent à merveille je trouve. Perdue ? tiens ?

    Suzanne > Merci de votre passage ici et bienvenue. Si vous avez souri, je souris.


    .

    RépondreSupprimer
  10. .

    Suzanne > ah, oui !! hop, je corrige mais je n'efface pas le commentaire. J'assume ma grammaire et mon orthographe approximatives.
    Merci.

    .

    RépondreSupprimer
  11. Très gentil compliment dont je te remercie...

    RépondreSupprimer
  12. je passe en vitesse pour un coucou et des bisous
    :)

    RépondreSupprimer
  13. Il n'y a que ça de vrai, le reste n'est que marivaudage.

    RépondreSupprimer
  14. .



    Epamin' > bah de rien ! :)

    l'Ourse > fizzzz, une étoile filante de la grande Ourse :)

    Cortisone > il est étrange quand même ton pseudo. Bref... Oh, le marivaudage a son charme aussi. ;-)



    ---

    hello les gens qui passent sur le fut-il
    vacances - 3j : je tiens le bon bout !


    ---




    .

    RépondreSupprimer
  15. Alors courage pour ce qui reste à tenir.
    Merci pour ce texte, que ferait-on sans l'étonnement?
    Bonne fin de journée à toi.

    RépondreSupprimer
  16. Magnifique... Touchant...
    Merci

    RépondreSupprimer
  17. perdue... parce que les mots bleus portent vers d'autres mondes où je m'égare, me mets à rêver... voilà.
    moi c'est J-2 (enfin, depuis samedi ce serait plutôt J+4)
    Je te bise

    RépondreSupprimer
  18. En quelques clic, me voilà transporté dans un monde arfien inconnu de ma rétine... Et ce que j'y lis parfois me glace, et souvent m'émeut...

    J'ai décidé de commenter cette note la, parce que Amélie Poulain. Et quand Amélie POulain, je ne peut pas résister...

    J'aime vos Jardins, M'sieur Arf...^^

    RépondreSupprimer
  19. j'ai beaucoup aimé le personnage et l'interprétation de Matthieu Kassowitz (je ne garantis pas l'orthographe... aujourd'hui elle m'échappe) ... un homme comme je les aime

    RépondreSupprimer
  20. คภเl๏เรє28 juillet 2009 à 21:59

    contente de relire ce joli texte :)

    RépondreSupprimer
  21. .



    Véronique > l'étonnement est certainement le plus beau des moments. Celui qui fait bang!

    Divya > Merci et bienvenue ici.

    Sylvie > J + 4 ... hm... tu as l'air de te porter comme un charme finalement ! :)

    Mnee > tu as suivi les petits cailloux ? bienvenue ici.

    Sylvie > oui, une histoire qui a marqué les midinettes que nous sommes mais pas que ... :)

    Aniloise > content que tu sois contente ;)

    Gaël > wè... tu verras, je fabrique souvent des mots pour trouver le vocabulaire adéquat.


    ---


    la bonne soirée/nuit à vous !
    faites en bon usage mais pas trop
    :)



    ---



    .

    RépondreSupprimer
  22. un très joli conte de fées... comme quoi la vie est souvent inattendue et merveilleuse.

    RépondreSupprimer