Au bout de mes mots

Je suis du genre loquace à tendance mutique. Paradoxe fameux de ma personnalité. Je déplie des toiles immenses de phrases alambiquées pour trouver le mot juste, celui qui sera intelligible, compris par l’autre, assimilé et accepté. Je n’y parviens pas toujours. Et au bout de mes mots, quand l’incompréhension perdure, je passe en mode silencieux. Plus un mot, plus une explication, plus aucun geste ne m’animent. Même mes pensées avides de débat et d’interactions disparaissent. Lorsque mon interlocuteur s’évertue à mal interpréter mes propos, en lieu et place du conflit, il ne récolte que mon ignorance.

Dans de tels moments, la nuance serait bienvenue... Bien entendu, je me trompe parfois, souvent. Mais au-delà de la vérité, mon orgueil est bafoué. Ne pas imaginer que je peux éventuellement avoir raison m’efface totalement du dialogue. Mute !

Quelle tête de mule ! Je suis certainement excessif mais, affecté, j’ai besoin de m’égarer un instant dans mes pensées désertiques. Ce trouble est cependant volatile. Au bout de mes silences, se retrouvent brusquement corps et âmes en conjonction. Je m’apaise alors, relance la machine à mots déliés et efface mon mutisme alternatif jusqu’à la prochaine occurrence.