Les rats taupiers

image C’est une journée extraordinaire. Un dimanche où nous recevons mes sœurs et leurs conjoints. Maman a mis les petits plats dans les grands. Papa a sorti sa meilleure bouteille de vin. Il faut dire qu’ils ne viennent pas souvent. Depuis que les jeunes mariées sont parties de la maison, peu de visites à la maison mère. Je ne leur jette pas la pierre. L’ambiance familiale n’a jamais été propice à des visites régulières.

Ma sœur aînée Martine arrive la première chargée d’une plante verte qui ravit Maman. Mon beau-frère René dont la bonhomie inspire la confiance m’accorde quelques minutes pour prendre de mes nouvelles estudiantines. Papa est encore au bistro. Comme d’habitude, il se réserve le droit d’arriver le dernier pour ne pas montrer son impatience à revoir ses filles. Line, ma sœur cadette, arrive un quart d’heure plus tard avec son gendarme de mari. Il ne manque plus que le chef de famille pour commencer l’apéritif.

René et Alain devisent sur les derniers résultats de foot. Line et Martine se retrouvent et prennent des nouvelles de leurs enfants respectifs. Maman est encore affairée aux fourneaux. Elle scrute le gratin dauphinois traditionnel pour qu’il ne brûle pas. Je suis au milieu de cette famille recomposée pour un jour, hagard et contemplatif. Papa arrive et salue avec un large sourire sa progéniture rassemblée.

L’apéritif déride les visages, accélère les paroles, brouille les pistes d’une gêne évidente. Une fois à table, papa relance ses histoires de vignes, de vin, de copains de bistros. Ce jour là, enclin à l’écouter malgré les perpétuelles redites, mes sœurs et moi buvons ses paroles avec sincérité et admiration. Nous nous amusons, quelque peu cyniques. Nous le brocardons et il répond avec bienveillance à nos sarcasmes de gamins. Au milieu des ses propos, une anecdote nous interpelle. Il nous conte ses techniques peu orthodoxes de capture des rats taupiers. Ces petites bêtes ravagent chaque année son stockage de pommes de terre caché dans la cabane sur les hauteurs de la grande vigne. Interpellés et amusés par l’animal décrit – nous n’avions aucune connaissance de l’existence de la bête – nous renouvelons nos piques sympathiques. Il s’en amuse et je suis ravi du second degré que la discussion prend. Avec force de détails, il nous enseigne sa méthode consistant à verser dans un seau de vendanges des graines dont les rats taupiers raffolent. Les petites bêtes ainsi attirées dans le récipient sont prises au piège, ne pouvant sortir du seau après s’y être laissées glisser avec négligence. Il passe relever les seaux un fois par semaine et s’enorgueillit de son butin.

Ce dimanche là, autour des rats taupiers, j’ai trouvé un instant rare, trop rare. Un rêve peut être. Mes sœurs sont reparties le cœur léger. Mes beaux-frères, les bras chargés de bouteilles de vin. Maman est passée à côté, je crois.

20 commentaires:

  1. la dernière phrase tue, je trouve...

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  2. Les fratries, parfois, génèrent ses moments. J'ai vécu des passages similaires (remplacer les rats taupiers - enfin, sur tout pas! - par des histoires de marin), des petites choses. A garder. Bon week-end à toi.

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  3. instants complices entre frères et soeurs... et un père qui, là, fait ciment

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  4. "Ce dimanche là, autour des rats taupiers, j’ai trouvé un instant rare, trop rare."...et comme il est beau cet instant et comme il est bien dit...

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  5. J'aime toujours quand tu racontes, tu m'emmènes avec toi.
    Bises de la Bullotte

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  6. j'ai lu en écoutant le Bashung.
    émouvant.
    puis je te demander si tes proches te lisent?

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  7. le passé qu'on pose
    sur chaque page
    permet de la tourner, la page ...

    -O)

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  8. des bisous le n'Arf :)

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  9. Comme Philippe, la dernière phrase lapidaire est terrible...
    J'aime beaucoup votre écriture, cher Arf...

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  10. oui. Je pourrais raconter un vécu similaire-inversé avec la même dernière phrase qui tue .... froideur maternelle


    tranches de vie, tout à fait d'accord avec Mr M

    bises

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  11. Elle ne boit pas de vin, ta mère ?
    :-))

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  12. Jean > bah, de rien. Ton escapade dans les montagnes m'a vraiment donné le vertige. :)

    Philippe > hm... oui.

    Véronique > Oui, à garder précieusement peu importe l'histoire ou l'anecdote qui fait le lien.

    Sylvie > C'est bien vers lui que nos regards étaient tournés ce jour là. De manière générale, Il nous "cimentait" autant qu'il nous divisait.

    Epamin' > Merci.

    Bullotte > Bises à toi aussi. Bonne semaine (de rentrée ?) :)

    Jerome > Mes proches ne me lisent pas. Enfin du moins, ma famille.

    Mr M > hm... j'sais pas si je la tourne. En tout cas, j'exprime et c'est déjà beaucoup.

    L'Ourse > Bisous la n'Ourse ! :)

    Mu LM > Merci chère Mu. :)

    Lou > vécu similaire inversé ? bises.

    Mr Poireau > nan, jamais de vin, ni autre alcool d'ailleurs, pas de cigarettes. Aucun excès en fait. Un peu triste en somme.


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    Hello les gens ! Week-end tout OFF et tout CHOUETTE ! Du coup, un lundi un peu groggy ! caffffffffffffééééééééééé ! :)

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  13. Bonnes bouille ces p'tites bêtes.
    Et puis... elles savent mètrent l'ambiance !

    P.S. je crois que beaucoup de couples de cette génération ne se sont pas trouvés... Enfin, façon de parler.
    Tient, un écho... o... o... o... o... !

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  14. L'amour du rat taupier devrait être encouragé dans les écoles.

    SNAKE

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  15. Mmm… t'as bien de la chance. La menace n'est pas aussi voilée et latente dans toutes les familles…

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  16. Cat > ils ne sont pas trouvés non. Et en plus, il n'ont pas réellement fédéré la famille.

    Snake > oui, je dirais même que l'étude des rats taupiers évoluant en milieu hostile et clos devrait être obligatoire dés la 6ième.

    Alexis > Bienvenue ici... Oui, c'est ça un voile, jamais de réel conflit. J'aurais peut être préféré un large conflit qui aurait été plus clair à identifier à défaut d'être plus simple à régler.


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    Septembre is back, les enfants. Pile Poil pour l'arrivée de la grisaille. pouargh! Bonne rentrée pour ceux qui ... :)
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  17. J'aime beaucoup, vivre des instants comme ça je ne connais pas, merci pour ce moment...

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  18. Elle boit pas, fume pas, jamais d'excès, un peu triste... et le gratin dauphinois, l'était comment?
    Elle débarrassait la table, préparait le café et faisait la vaisselle "à côté" pendant que voue parliez de rats taupiers?

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  19. Bonjour Cultive ton jardin, elle faisait tout ça oui... mais pas pendant que nous discutions. Elle était là présente physiquement mais absente.

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