Le papier de bonbon


- Il me fait chier mon vieux avec ses bonbons.
- Quoi ?
- Je dis : Il me fait chier mon vieux avec ses bonbons.
- Wouah ! C'est quoi ton problème avec sa gourmandise ?
- Aucun. Avec sa gourmandise, aucun.
- ?
- Ce qui me gonfle, c'est cette manie qu'il a de tripoter le papier pendant des heures.
- Mais, à ton avis, pourquoi fait-il ça ?
- Aucune idée... Pour tripoter, c'est tout.
- Mais toi, tu as quoi sous tes mains ?
- ?
- Oui, toi, tu as quoi sous tes mains à tripoter ?
- Mais rien, je ne tripote rien !
- Évidemment, tu ne tripotes rien parce que tu as l'âge où ce n'est pas jugé pervers de toucher, caresser, peloter, découvrir, conquérir, glisser, soulever...
- T'es con !
- Ah ouai ?

Moi je crois que c'est plutôt ton aveuglement qui te rend con. Tu vois ton père comme un être asexué vieillissant. Mais il a bien fallut qu'il touche ta mère pour que tu sois là à t'énerver après son papier de bonbon.
Regarde ses mains ridées, tachées, veinées, déformées, que la fine peau protège avec fragilité.
Elles n'ont pas toujours été ainsi.

Enfantines...
elles se sont blotties au creux d'une main adulte. Elles ont découvert des formes, des textures.

Adolescentes...
tremblantes, peut-être un peu moites, elles ont exploré la peau douce d'une épaule, d'un bras, avançant peureuses vers une terre étrangère, attirante.

Adultes...
musclées, chaudes, douces, larges, elles ont frôlé la peau laiteuse d'un sein, caressé l'intérieur d'une cuisse. Elles ont enlacé leurs doigts à ceux de celle qu'elles ne voulaient plus quitter. Elles ont glissé à l'annulaire un anneau rond comme l'amour pour promettre l'éternité.

Regarde-le.
Pendant que ses mains tripotent comme tu dis, sont regard est déjà loin. Il est dans ces sensations merveilleuses qu'il avait l'insolence de croire éternelles. Dans ce monde tactile, la vieillesse, c'est pour les autres, pour ceux qui mangent des bonbons...

Puis un jour, on regarde ses mains, pleines de tout mais vides des autres. Parce que la vieillesse est là, immuable, indécente lorsque les doigts demandent la caresse.
Alors il reste les bonbons et leurs papiers.

- Dis-donc, je ne savais pas que tu le regardais comme ça mon père.
- Putain, t'es vraiment con !
(éclats de rire)
- Aller viens, ont va lui payer une mousse... entre hommes.

--
Ce billet a été rédigé par Balmolok que je reçois aujourd'hui dans le cadre des vases communicants. Vous pouvez suivre ce chemin pour aller lire mon billet publié chez elle.

Autres vases communicants du jour :
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Fenêtres open space et à chat perché
36 poses et liminaire
Zoé Lucider et Dominique Boudou
Désordonnée et Emelka
Paumée et François Bon
et d'autres à suivre.

23 commentaires:

  1. "Pleines de tout, mais vides des autres..." Je ne rajouterai rien, c'est dit. Bonjour Balmolok.

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  2. Je vais laisser l'auteure de ce billet vous répondre. Les mains et le toucher semblent être son domaine de prédilection. :)

    Pour la petite histoire, cette photo a été publiée sur flickr par Balmolok il y a quelques semaines. Elle m'a interpellé à plusieurs titres. D'une part, je trouve le cliché extrêmement réussi. D'autre part, ses mains aux veines enflées me rappellent celles de mon père. Il ne mangeait pas de bonbons, ni ne froissait de papier avec frénésie mais la position des mains, coudes sur les genoux et, j'imagine, torse en avant était une position qu'il adoptait fréquemment. Sa main droite était pourtant différente. Deux doigts coinçaient en permanence l'objet de sa perte future, une gauloise sans filtre à moitié consumée où la cendre en équilibre me rappelle aujourd'hui combien il était fragile.

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  3. merci du moment...
    :-)

    _________________________________________________*

    Les 3 loupiots, là-dessous, m'ont fait sourire ..
    Ces moments de strees et de joie, d'attente et
    de retrouvailles ...
    Presque envie de retrouver ses 9 ans ..

    :-)_______________________________________________*

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  4. C'est con, cette photo me fait pleurer, les mains de vieux, les mains du père, les mains de mon père...Tant d'amour...

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  5. Quelle idée !
    Mais quelle idée !
    Quelle virée !

    "Regarde-le. [...] Son regard est déjà loin. Il est dans ces sensations merveilleuses qu'il avait l'insolence de croire éternelles."

    Photo et texte,
    texte et photo,
    sont comme ces mains et ce papier de bonbon.

    Merci Balmolok
    et...
    merci Frédérique de m'avoir découvrir ces vases très communicants.

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  6. Bon... voilà... pas moyen de m'adresser à vous en privé sur votre blog pour vous demander si nous pourrions échanger par les vases communicants le mois prochain.
    Donc, publique demande, forcément...

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  7. Tant d'humanité dans ce texte et dans ce cliché...Instant d'émotion! Merci à l'auteur et à l'éditeur!

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  8. Très belle photo... mais bon, il est vrai que je suis une inconditionnelle !

    Bonsoir à vous Arf, en passant ;-)

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  9. Mais où est Balmolok ?

    Manue > mes 9 même mes 15 ! :)

    Dunes Douces > Je vois. On y trouve énormément de choses dans ces mains. C'est vrai, c'est émouvant.

    Gibi > Ok pas de problème, vasons-communiquons pour le mois d'octobre. Bienvenue ici.

    Epamin' > l'éditeur n'y est pour rien pour le coup. :)

    Bérénice > Bonjour en passant, Bérénice.


    ---
    Hello futilistes à tendance balmokienne. Il nous la joue guest-star qui se cache, le chat aux milles visages !
    Vous embrasse :)

    ---

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  10. Miaou !
    Veuillez ne pas m'excuser, je fête mon anniversaire loin de mon MAC...
    Promis, je vous répond individuellement dimanche soir si la SNCF en grève veut bien me ramener chez les mangeurs de chocolat!
    aRf... Reprend le mérite tout de suite, s'il te plait. Et que ça saute !
    Si tu n'avais pas eu l'idée de cet échange je ne serai pas ici, chez toi. De plus, je dois ajouter qu'en mon absence, il a eu tout le mérite d'organiser chez "nous deux" pour que cet échange ai lieu. Mille merci Monsieur, tu es un grand du Net, tes suiveurs fidèles sont là pour l'attester.
    Nan mais !
    Aller, des bises chocolat au lait Suiiiiiiiiiiisse. ;-)

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  11. Me suis inscrit aussi.
    J'ai l'humeur joueuse en ce moment.
    Et pas qu'avec l'emballage... :)

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  12. Beau texte, merci pour cette découverte, je vais aller lire de plus prés.

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  13. Philippe... Merci !

    Frédérique M... Et bien bonjour aussi et merci.

    Sylvie... Oui, c'est ce que j'ai ressenti lorsque j'ai pris cette photo.

    Cactus/Cactus... L'univers des mains ? J'aime les mains.

    aRƒ... La photo est à ta disposition pour en faire ta version; ce serait chouette !

    MaNue... C'est avec plaisir.

    Dunes Douces... Bein flute alors !

    Gibi le moissonneur... Ça communique bien ces vases... Tout le plaisir est pour moi.

    Epamin'... L'a bien bossé le n'aRƒ, hein ?

    Bérénice... Je sais que tu me suis sur mon blog photo... ça fait chaud !

    Nicolas Bleusher... un bonbon peut-être ?

    Véronique... Merci et bienvenue.

    Je glisserai cette semaine sur vos liens pour vous lire et vous découvrir. A très bientôt donc :-)

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  14. Le groupe de personnes alzheimer que je vais voir toutes les semaines énerverait cette personne encore bien plus. Pourtant, ils sont bien gentils.

    SNAKE

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  15. Ca† > Un grand merci à toi pour cet échange et pour nous offrir tes belle photos et ta poésie sur balmolok et ase. Bises :)

    Nicolas > Je serai ravi lors d'un prochain vendredi de vases communicants d'échanger avec toi. Voilà, l'invitation lancée. :)

    Snake > Pas sur qu'elle soit vraiment énervée la personne.


    ---
    Bonjour à tous ! Après un week-end vraiment, vraiment, vraiment déconnecté, retour au boulot vraiment, vraiment, vraiment ... MOU ! :)
    ---

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  16. Chaque âge a ses plaisirs, son esprit et ses moeurs.

    Boileau

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  17. Très... touchant !

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  18. 'de dieu, Virginie ! mets un lien sous désinvolt ! :)

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  19. Ce texte est très touchant,
    Il ne pouvait qu'attraper le N'Arf en plein coeur...
    Et j'aime beaucoup le com de ma Maman...
    Pour ma part, il m'évoque le manque d'émotion que j'ai en regard de mon père et mes grands-pères... Une sorte de froideur qui me laisse un peu indifférente... Les mains fallait il qu'elles soient bonnes et aimantes, ce n'était pas le cas...
    Pourtant j'aurai aimé avoir un souvenir émouvant...

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  20. Peu importe si les mains étaient aimantes ou pas. Celles de mon papa l'étaient certainement malgré sa gêne récurrente à les poser généreusement sur moi. Je me souviens d'une fois, à bout de nerf, certainement un brin dépressif, il s'est effondré dans mes bras. Je crois que ce fut la seule fois. J'ai ressenti de la gêne comme si cet acte spontané était laid, incongru, dérangeant. Il l'était mais dans la même temps dans cette étreinte de mâles, j'ai senti ses mains dans mon dos glissées de bas en haut et là j'ai su qu'il m'aimait. Ce jour là, tout a changé.

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