L'oscilloscope

C’est le corps endolori et la tête vidée que je retourne ce matin au boulot. Un début septembre sous les meilleurs auspices et une vitalité au beau fixe me permettent d’envisager demain avec sérénité. Pourtant, ces instants de béatitude sont autant de perfides retours de boomerang pour les mois à venir. Je le sens. Je le sais. Je le vis en conscience.

Si, dés ma naissance, on m’avait connecté un oscilloscope au cerveau et au cœur, ma courbe serait certainement accidentée. N’en serait-il pas la même chose pour tout le monde ? Des pics et des plongées abyssales apparaîtraient de façon continue. Des « up and down » incessants qui, même s’ils sont difficiles à négocier, prouveraient que je suis bien fait de matières organiques réagissant aux émotions. Mes états d’âmes seraient analysés par mes suiveurs, soignants ou pas. Ils pourraient alors détecter d’un seul coup d’œil si je me trouve en haut de la courbe ou aux tréfonds de celle-ci. Les plus intéressés s’adonneraient peut être même à des statistiques saisonnières pour ainsi détecter les périodes à forts potentiels de secousses.

Bien entendu, les techniques auraient évolué du tracé sur papier millimétré vers des courbes de couleurs disponibles en ligne. Je pourrais ainsi twitter mes humeurs intérieures avec allégresse et mesurer avec les autres « oscilloscopés » mes états psychiques et émotionnels quotidiens. Quelques malins recenseraient alors l’ensemble des tracés disponibles et établiraient des classements d’une pertinence douteuse.
Plus de mots pour éluder mes tourments ou pour afficher mes jubilations, j’offrirais gratuitement mon miroir interne à la masse avide voire même à la vindicte populaire.

Mais je ne suis pas connecté à une machine aussi démente. Je suis encore maître de mes émotions. Je peux les faire varier, les exciter, les plonger dans des sauces diverses. Je suis apte à nuancer, cacher, dévoiler, et mes courbes varient comme bon leur semble dans un secret absolu.

Alors, même s’il y a des jours où je souhaiterais connaître la constance ou la perfidie de mes états, je me réjouis d’avoir le pouvoir de maîtriser et d’appliquer ainsi une certaine idée de ma personnalité.

14 commentaires:

  1. si parfois on voudrait le graphique de ses humeurs saisonnières, que préviendrait-on vraiment? à moins de se dire qu'on est entré dans LA phase XYW

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  2. Heureux homme, si tu es vraiment maître de tes émotions! Ton billet est en tout cas très juste, si je le rapproche de mon yoyo personnel, un vrai sac de nœuds, par contre! :-)

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  3. Arrête les montagnes Russes.. Et choisis les plaines vallonnées.. ça se maitrise mieux... :)
    Merci pour le lien.. (j'ai failli dire une bêtise..)
    t'embrasse du soir !

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  4. Parfois je soulève ma calotte cranienne, mais je n'ai pas ta chance... j'ai beaucoup de mal à cerner une "certaine idée de ma personnalité", trop de mots (maux?) ont fini par tricoter (l'image du tricotage est persistante en ce moment) des noeuds indéfaisables...
    Heureusement il y a l'écrit (car j'ai bien trop parlé :))

    [http://l-oeil-bande.blogspot.com/2008/11/la-petite-flure-extrait-3.html
    chap.8 : la recette (texte maladroit volontiers emphatique, mais qui en dit long... sur Mu :)))]

    Bonne nuit
    Mu

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  5. Sylvie > On ne préviendrait rien. On se ferait encore plus peur en fait.

    Le coucou > C'est des sornettes de se croire maître de ses émotions. Je m'en aperçois de jour en jour et mon assurance en la matière faiblit. Mais, parait-il, tout ça rend en définitive plus fort.

    Elle > J'oscille aussi sur de beaux vallons qui amortissent souvent mes humeurs sinusoïdales. :)

    Mu > Merci Mu pour ce lien. J'irai tenter de détricoter ça demain.

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    soir-soir, nuit-nuit, je vous ai dit que j'avais mal à la gorge. Non ? ben voilà...
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  6. Je me sens très en phase avec ce billet... J'aurais aimé écrire ce texte je crois...

    Je te souhaite quand même une bonne rentrée. L'été n'est pas encore complètement fini, et la mer nous accueillera bien encore un peu :)

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  7. Tel que tu décris, ça donne un peu le tournis, ça oscille, les hauts et les bas!
    Sur le fond, bien d'accord avec toi, jamais à l'abri de marées hautes ou basses inattendues, parfois juste la force de tenir le rafiot sur l'eau, et puis, miracle!!!
    Du vent dans les voiles ou mieux encore:
    Terre en vue!

    Bisous

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  8. Le plus dur, me dis-je souvent, c'est d'enjoyer ze raïde. Ou ze ride. Et de s'étonner vaguement joyeux de la mousse qui pousse grisâtre sur nos couleurs intimes.
    Bon, promis, un jour, on sera des sages.

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  9. Maîtriser vos émotions, vous avez de la chance ;)

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  10. FalconHill > Je compte bien retourner à la mer encore quelques week-end. Et malgré l'effet du billet, je suis plutôt positif en ce moment. :)

    DunesDouces > du vent dans les voiles poussé parfois par du feu dans de l'eau. Bises :)

    Manu Causse > "la mousse qui pousse grisâtre sur nos couleurs intimes." C'est joli ça même si le vert de gris me va au teint, je le préfère sur les autres. Oui, hier il fera beau. (joke!) ;)

    Blue Jam > Comme dit plus haut, il s'agit d'un leurre. Bien sur. :)

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    Hello, j'ai de la fièvre. J'H1N1ise ?! hum...
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  11. c'est simplement le changement de température... moi aussi, j'ai un peu mal à gorge (les nuits sont plus fraiches ici)
    ... quant à la maitrise de ses émotions et/ou la prise de conscience de ce que nous font faire les émotions... il ne faut jamais être rigide et laisser se onduler la vie...

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  12. Émotions et tourments, voici l'essence de mes mots!

    Merci de ce lien vers mon blog, je viens de découvrir le tiens avec grand plaisir!

    À la prochaine!
    -xxx-

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  13. Sylvie > oui, c'est ça ondulons avec un cache-nez ! :)

    Ame tourmentée > ce pseudo n'inspire pas le sourire. Néanmoins, je t'en laisse un là ---> :)

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  14. Très bien cette auto-analyse. Malheureusement nous avons tous hérités d'un cerveau qui a évolué de bric et de broc depuis des millions d'années. ça marche mal, faut faire avec, c'est pour tout le monde pareil. C'est un peu la loterie, il faut l'avouer. Mais les décès et les maladies graves de proches touchent tout le monde (ou presque).

    SNAKE

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