Mother shopping !

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Le 12 mai.

Devant la grande bonté de ma mère, toujours j’obtempère. Il y a quelques semaines, il lui prend une fantaisie furieuse d’acheter des lits jumeaux aux jumeaux. Jusque là rien d’illogique dans la démarche. Là où l’initiative devient enragée, c’est qu’elle me rabâche la chose tous les jours où les lois de la communication mère/fils daignent bien nous rapprocher.

Extraits temporels monolithiques : 25/04 « Il faut que j’achète des lits à ces petits ! » … 30/04 « Ces petits ! Il faut que j’achète des lits quand même ! » …04/05 « Les lits doivent être achetés rapidement pour les petits ! » … 09/05 « Ils couchent où les petits ? » … 11/05 « Sinon, les lits, comment je les achète ? » Beaucoup d’autres formes grammaticales passives, actives, interrogatives, négatives ou affirmatives, dont encore à ce jour les formulations exactes m’échappent, ont trucidé ainsi nos conversations exaltantes jusqu’au jour où :

Ok Maman ! Achète des lits pour les petits puisque tes arguments moult fois répétés font mouche dans mon petit cœur de père !

Je lui propose le jour, ce lundi, et le lieu, le bien nommé « Iquéa » temple de la consommation en kit.

« Non, Maman, Ikéa c’est avec un K comme Kangourou, Képi ou Kleenex ! » … « Ou Kaki ? »… « Oui, Kaki c’est bon aussi… »

Après lui avoir expliqué comment arriver à iKéa sans encombre, ni déboires autoroutiers, elle me répète pour l’énième fois le détail de la journée à venir. Je dois être devant le magasin à 10h pétantes. Elle m’explique longuement l’ avantage évident de se pointer pile à l’heure d’ouverture devant les portes coulissantes. Nous serons les premiers dans les allées ; des fois que des vandales arrivent à 10h05 et achètent les 2085 lits en kit 140x200 présents dans le dépôt suédois. Là au moins, on est sûr, ils nous auront pas, les lascars !
Nous devons faire une pause à 11h15 pour prendre une collation à la cafétéria. Un euro, le p’tit déj avec croissant, confiture, une tranche de pain et cafés à volonté. J”avoue que sur ce point, elle a raison, faut pas louper ça ! La pause déjeuner est programmée pour 12h45, ce qui nous laisse le temps de digérer le croissant et la dizaine de cafés engloutis 1h30 auparavant.

Je me couche ce soir là déjà fatigué du lendemain. Je mets le réveil à 8h00 avec triple rappel pour être certain de pas rater l’open-Ikea. Je pense à ma sœur qui elle aussi, servante de sa majesté, est de la partie de shopping endiablé !

Comme prévu, nous nous retrouvons, tous les trois, le nez collé sur le grand panneau « ENTREE PRINCIPALE » à dix zéro zéro. Ma sœur sent le tabac. Mon haleine est déjà mentholée et ma mère, telle une zébulone, fait des bonds de marsupilami. Elle trépigne et peste contre sa montre. Elle se demande à chaque seconde qui s’écoule pourquoi la porte n’est pas encore ouverte. Il est quand même 10h03 ! Les battants en plexiglas coulissent enfin et nous abordons notre périple dans les allées sinueuses parsemées de noms extravagants : aspvik, biby (pas la chanteuse hein ?), bjursta, bonde (James ?), detolf, granemo (tiens, l’est pas mal celui là !), que des jolis noms d’oiseaux exotiques du pays où il n’y a pas de soleil ! Un régal !

TROMSÖ ! Bingo ! Voilà le lit qu’il nous faut ! TROMSÖ c’est trop beau, il faudrait être idiot pour passer à coté, incognito ! J’en peux plus. J’en suis à inventer des slogans publicitaires des années 70 pour enfin, enfin, sortir de cet enfer…

Après quelques explications mouvementées, interrogations existentielles, mesures du diamètre des tubes métalliques de soutènement du lit supérieur et autres considérations de couchages enfantins, TROMSÖ fait l’unanimité et le voilà, emballé, pesé, vendu. L’homme en bleu et jaune, moitié schtroumpf, moitié titi le canari me sourit jaune et me tend le bon bleu pour retirer la marchandise. Nous payons. Enfin, Maman paye. Merci Maman. Et nous fuyons l’empire Viking !

Nous étions juste sortis, que mes dames m’annoncent de concert : « Bon, maintenant, tu viens ! On va faire les boutiques en ville ! »

A suivre

Photo : Lumière de midi à Tromsö