Entre la cave et le salon

image Dans la maison de mon enfance, prés du salon, il y avait une cave. Singularité de ces vieilles demeures villageoises, les pièces étaient agencées en dépit de bon sens. Juste un couloir séparait les deux pièces ; si bien qu’il était facile de passer d’un endroit chaleureux à une atmosphère froide et humide. A elles seules, ces deux pièces résumaient l’ambiance des lieux.

Le salon était, comme il se doit, l’endroit dévolu à la détente. Du moins le laissait-il croire. Les soir d’hiver, s’y jouait le ballet familial traditionnel. Maman se posait devant la télévision confortablement installée dans un moelleux fauteuil en cuir fauve. Elle prenait toujours la précaution de glisser sous l’accoudoir le dernier télé7jeux. Solution de rechange si les trois chaînes lui faisaient l’affront de ne présenter que des programmes inintéressants. Papa effectuait des va-et-vient incessants entre son rocking-chair toujours en mouvement et sa cheminée qu’il alimentait, plus que de raison, avec de grosses bûches fraîchement coupées. Le feuilleton télé du soir ne l’intéressait guère. Il préférait admirer les luxuriantes flammes qui chauffaient et éclairaient à peine la pièce, lui donnant un aspect mystérieux. Dans son regard, je pouvais lire la satisfaction du bûcheron qui, des heures durant, s’était acharné à la tâche amassant des stères de rondins et autres ceps de vigne bien secs. Un véritable trésor. Butin qui crépitait maintenant dans le foyer pour délivrer un bien être que lui seul parvenait vraiment à apprécier.

Quant à moi, sur une chaise inconfortable, je suivais d’un œil les épisodes de Châteauvallon tandis que de l’autre, j’accompagnais les mouvements de l’attiseur de feu. Chantal Nobel était belle, Maman impassible. Papa toussotant tirait sur sa gauloise brune aussi bien que la cheminée tirait la fumée de son conduit vers l’extérieur. La soirée s’écoulait silencieuse et paisible mais aussi immuable qu’ennuyeuse. « Puissance et gloire dans l’eau trouble d’un regard ! » hurlait alors Herbert Léonard sonnant ainsi la fin de la soirée télé. Tandis que le générique déroulait ses fadaises, Papa se levait péniblement du siège patriarcal. Après un dernier coup de tisonnier pour étaler la braise, il nous souhaitait une bonne nuit d’une façon laconique et convenue. Le couloir, un détour par la cave pour siroter un coup de rouge somnifère et il disparaissait.

A suivre.