Grand, vaste, majestueux, j’aime me balader dans les lieux publics. Surtout les halls de gare. Toujours une multitude de gens fourmille dans ces endroits de transition. Lents d’un pas hésitant ou agités par une marche véloce, la foule interchangeable circule sur un plateau vivant où chacun se croise sans jamais se rencontrer et repart ensuite jouer son rôle ailleurs. Forme concentrique d’une société qui se côtoie mais ne se connaît pas, la diversité humaine est présente, visible, olfactive et pourtant si muette.
Moi, j’aime regarder ce ballet en quête de capture.
Les badauds aux allures absentes contemplent les vitrines. Madame est séduite par le dernier tailleur Dior tandis que monsieur lorgne sur les derniers mocassins Weston. Puis tous deux, têtes baissées, repartent frustrés par les affichettes mentionnant des sommes prohibitives. D’autres me dépassent rapidement. L’un d’entre eux me bouscule. Col blanc et attaché-case, il se retourne brièvement et, d’un rictus serré, marmonne une excuse que je n’entends pas. Il continue sa course, la tête empêtrée dans je ne sais quel dossier urgent qu’il va inévitablement bâcler lors de son prochain voyage.
Moi, je continue en quête de capture.
Plus loin un groupe d’adolescents de retour d’une classe verte chahute prés du bar. Foule dans la foule, ils sont unis ou du moins le semble-t-il. Une tribu homogène dans la masse impersonnelle et anonyme des voyageurs. Je les frôle, vais jusqu’à pénétrer dans leur bulle mais ils ne me remarquent pas. Tout juste me regardent-ils d’un air méfiant. Je ne fais pas partie de leur clan mais du décor. Un passager inconvenant comme les autres. Somme des inconvenances qui ne forme finalement que la banalité des lieux. Une jeune fille sourit puis glousse à l’écoute des blagues salaces de son ami pour terminer en éclats bruyants qui résonnent dans l’enceinte. Rire tonitruant qui ne transmet rien, qui ne touche personne. Les passants s’écartent du groupe, filent les yeux révulsés dans les couloirs perpendiculaires pour éviter la contagion d’un rire au risque communicatif.
Moi, je continue en quête de capture.
Je m’écarte et m’extraie du groupe puis je la vois arriver. Démarche féline, dandinement de top-model, elle regarde droit devant, les yeux fixes et le sourire glossy. Semblant compter ses pas, elle lance ses jambes en avant avec une grâce désinvolte. Chevelure blonde sur talons hauts, nulle part ailleurs, elle aurait été assaillie de regards indiscrets, avides voire passionnés. Ici, rien. Dans ces lieux, même une telle beauté surnaturelle passe inaperçue. D’un geste élégant, elle remonte son sac à main sur son épaule avant de rafraîchir sa coiffure du revers de la main. Elle dégage son trolley pour faciliter le passage entre deux rainures du carrelage et s’avance vers moi. Bon sang, personne ne la voit ! Je la contourne au plus large pour qu’elle ne me remarque pas. Fais mine de partir dans le sens inverse et me retourne…
Et là, dans son dos, moi, je la capture.
Ce texte répond à l'invitation du Coucou et de Dedalus à participer au Jeu d'écriture n°3 initié par Madame Kevin.
Une balade de badaux sous ton œil et dans tes mots. Belle inspiration. Un seul regret, à part celle-ci (qui n'est qu'un prétexte) je ne vois pas assez tes captures...
RépondreSupprimerphoto superbe et j aime bcp la facon dont tu racontes ;O)
RépondreSupprimerEt le texte capture le lecteur... Merci pour cette talentueuse contribution. Elle est en ligne sur "Jeux d'écritures. Le blog à mille mains."
RépondreSupprimerEnivrant... j'ignore si on peut penser qu'il y a un fond de vérité sur le fait que tu aimes observer les gens vivre - comme moi - mais ton texte est excellent.
RépondreSupprimerBalmolok > c'est vrai que je capture de moins en moins. En même temps et sans flagorner, je n'ai pas ton talent ! :)
RépondreSupprimerNefertiti Merci, bienvenue ici.
Madame Kevin > Et madame Kevin capture tous les textes. Aspirateur à blogs pour un blog à 1000, 2000, 3000 mains ! Merci.
Homer > Je le fais moins. Mais oui, j'aime observer les gens et regarder les filles qui passent sur la plage, les hanches qui balancent et les sourires fugaces
Je regarde les vagues qui jouent avec leur corps etc... etc... :)
Seul dans la ville on n'est jamais seul. Et le photographe est son cowboy solitaire qui parvient à capter l'instant. Temps capturé auquel tes mots ont donné une profondeur. Bravo.
RépondreSupprimerEn lisant en diagonale hier soir (et de mauvaise humeur..) Me suis dit, pff une blonde (arghcrotbouh)et tatati et tatata... Puis aujourd'hui je vais chez le blog aux mille mains (en suivant le lien) et tout s'éclaire : Un jeu d'écriture à partir d'une photo. Du coup je le trouve réussi, et la dernière phrase--> la cerise sur le gâteau !
RépondreSupprimer:))
ps: toujours se méfier de sa grille de lecture.. :)
Même pas cap de capturer de face.... Pfff! y'a des choses qui se perdent! Tu tires dans le dos, toi, ben, c'est du joli!
RépondreSupprimer(Très beau billet!)
J'aime l'ambiance des gares, accrocher un regard une silhouette dans un océan humain. J'ai été captivée par cette histoire !
RépondreSupprimerDedalus > Un lucky luke dans la ville ! :) Merci.
RépondreSupprimerColombine > arghcrotbouh ! t'as quelque chose contre les blondes ? euh... comprends pas la cerise sur le gâteau. :)
Epamin' > si, si, suis cap' mais suis timide. :)
L'autre je > captivée mais pas capturée ! :) Merci.
Tu es certain que personne d'autre ne l'a remarquée? Ah! une question: glossy, c'est comment? J'ai cherché sur Google, et je n'ai trouvé qu'une allusion à un truc gélatineux… (mes dicos restent muets)
RépondreSupprimerLe coucou... "glossy" c'est brillant, ça se pose sur les lèvres et c'est sensé "repulper" !
RépondreSupprimerTrès joli texte αяf et combien réaliste ! Ambiance de gare... multitude d'individus qui se croisent sans échanger... l'inverse du virtuel en fait...
Les gares sont comme le métro, il s'y passe toujours quelque chose, pour qui aime observer...
RépondreSupprimerLe coucou > Non, je suis pas sûr mais j'aurais bien aimé être le seul à la remarquer. Et pour glossy, Bérénice te donne la définition. Un (pas encore?) anglicisme qui m'a semblé bien représenter le côte glamour de la dame. :)
RépondreSupprimerBérénice > Exact. Ici, on ne se croise pas mais on échange. Bien vu. :)
L'assassin > Votre pseudo pousse à cliquer, dis donc et fout un peu la trouille aussi. Merci et bienvenue ici. :)
Oh! que oui, c'est bien écrit...
RépondreSupprimerSi, tant est que je me revois dans cette gare...
mais il se trouve je n'ai plus vingt ans... que je suis petite et brune et que je tire ma valise en pestant après cette " Blonde " qui ondule sur ses talons et me bouscule sans même me remarquer.
Je me retourne.... et je te vois... la regarder....
C'est tout moi ça dans une gare !!
RépondreSupprimerNon, pas la blonde, la capteuse !!! m'enfin !!
Feuille
Carhi > Mais les brunes ne comptent pas pour des prunes, comme disait jadis la grande philosophe Wanda alias Lio. :)
RépondreSupprimerFeuille > héhé, captons, captons ! :)
test
RépondreSupprimer'Tain ça marche ! Les mocassins Weston à 450 euros !!!! superbe ambiance où les dossiers sont urgents.
RépondreSupprimerSNAKE
Eurêka ! Snake a réussi à commenter ! Vite, champagne, cotillons et fanfare à donf ! 450 euros ! Tu pousses un peu le prix des Weston là ! :)
RépondreSupprimerWeston en "discount" -> la paire de mocassin weston est à 260 €
RépondreSupprimerC'était SNAKE.
RépondreSupprimerSinon, j'exagérais à peine : Mocassins Jm Weston Prix d'origine : 390,00 €.
La vache, je suis plus en phase avec l'inflation moi ! C'est avec ça que tu te chausses ! Mais tu es un nanti ! :)
RépondreSupprimernanti, mais pas anéanti
RépondreSupprimersuperbe ambiance