Deux dernières semaines en glossolalie

image

Jeudi 27 mai 2010
Je suis d’une humeur de chien aujourd’hui. J’ai envie de faire mes valises et partir très loin. Mais où ? Je m’interpelle, me questionne, me toise, me perds. Je n’ai plus de collier autour du cou qui pourrait m’identifier, plus de laisse qui m’obligerait à rester. Et pourtant, je me retourne, me sens le derrière : le chien reboit et la caravane lasse… Et frayer ce chemin qui me fait peur me paraît impossible. Alors j’écoute, encore, à quatre pattes, la cohorte des cerbères hurlants à la vie, à la mort. Puis me mets à l’arrêt, me cale sur ma couche, fœtus animal en chien de fusil. Ainsi rétréci, je m’imagine, libéré de mon mors aux dents, voyageur aux mille destinations, sourire aux passants du clair de lune.

Jeudi 3 juin 2010
Je virevolte entre les lettres, circonvolutions entre minuscules à petits jambages et majuscules de grands états. Au sein de la prose, des doigts - les miens peut-être - s’agitent pour exposer, ergoter, raconter et développer pensées, envies et turpitudes. J’écris, je cris, j’aigris ou bien est-ce un autre. Ailleurs, un autre que je ne connais pas, perdu dans un abrégé du monde. Lieu irréel où les lettrines des premiers mots perdent de leurs superbes sur le fil d’une phrase et retombent, bien avant le point, livides puis invisibles. Alors, j’ignore et décolle l’araignée du plafond, laisse choir le verbe et abats ma conscience sur cette condition qui s’évertue à ne pas tourner rond. Toujours cet indicible, des mots qui ne sortent pas, évanouis dans un vortex planqué entre clavier et écran, appendices moqueurs de l’incompréhension.

Voilà les deux derniers paragraphes publiés sur le blog collectif, le convoi des glossolales. Ma “mission” d’auteur contraint se termine après trois mois de participations hebdomadaires. Etre contraint d’écrire un paragraphe toutes les semaines à jour fixe a été pour moi une bonne expérience. Cela m’a permis d’écrire sur l’instant, sans vraiment savoir ce qu’il allait ressortir du texte et de me confronter aussi à la concision nécessaire pour ne pas déborder de la forme dictée du paragraphe unique. J’ai également, je l’avoue, les jours de manque d’inspiration repris d’anciens textes que j’ai remaniés et raccourcis. Je continuerai certainement à écrire sur ce blog de façon plus désordonnée en tant qu’auteur affranchi comme nous nomme le taulier, Anthony Poiraudeau.

5 commentaires:

  1. C'est toujours étonnant tes textes de Glossolalie, un rythme obsédant, des chocs d'images… Bravo d'avoir relevé ce défit d'aussi longues "contraintes"…

    RépondreSupprimer
  2. D'abord u temps de chien, puis un lâché de mots rebelles... J'espère que tu continueras à "glossolaliser" de temps en temps.

    RépondreSupprimer
  3. Le coucou > Oui interloquant ! Puis la contrainte d'un seul paragraphe laisse souvent au lecteur le soin d'imaginer la suite ou ce qui précède. D'autres ont fait des suites, Anthony et aussi Michel Brosseau, pour ceux que j'ai reconnu puisqu'ils ont comme moi publié leurs textes sur leur blog. Pour les autres, il est souvent difficile de détecter qui est l'auteur, cet anonymat - même si les auteurs sont mentionnés en marge - est aussi déconcertant pour qui aime bien savoir à qui il a à faire en lisant.

    Encre > Je glossalalise tous les matins au p'tit déj puis devant mon miroir de salle de bains. Mais rassure-toi, je me rince toujours la bouche avec une solution adéquate pour n'en garder que le meilleur en bouche. :)

    RépondreSupprimer
  4. Tiens, tu termines la glossolalie en même temps que ton contrat de travail.. Un lien ?

    RépondreSupprimer
  5. Colombine > euh... aucun, quoique, la plupart de ces paragraphes ont été écrits au bureau. Surtout la série open-space écrite in situ. :)

    RépondreSupprimer