A la Bernina

 Colombine à la Bernina

A la Bernina, elle cousait du fil noir pour une histoire qui, elle, était cousue de fil blanc. Une fête était donnée le soir et une jupe écossaise elle promettait de confectionner dans l’après midi. Coudre elle maîtrisait, disait-elle, mais face à la machine revêche, elle savait aussi moudre de sa langue de vilains mots putassiers. Elle disposait, à ne pas en douter, des aptitudes nécessaires pour coudre et de quelques entrechats de phalanges, disposition à résoudre le problème complexe de l’entrée dans le chas, mais ne parvenait pas à dissoudre pour autant la poudre d’escampette que la sale bobine de fil s’évertuait à prendre. Tire sur la chevillette et la bobinette cherra ! Et pour tomber, elle tombait. Fil tendu de la piqueuse à la bobine, support branlant de la vieille machine, dés la mise en fonction, les premiers martèlements vrillaient la bobine qui chutait inexorablement. Et la jupe, encore vulgaire étole tartan, attendait patiemment les surpiqûres qui lui donneraient vie.

Et la machine de toussoter par moments puis de se taire, laissant la place à l’agacement verbal de la roturière couturière. Caler la bobine sur son support, fil supérieur à enfiler dans l'aiguille, fil inférieur à remettre dans sa canette et actionner à nouveau. La table vibre, la machine éructe quelques mouvements sporadiques, le temps de deux ou trois miraculeux points arrachés à ses velléités contrariantes. Et ainsi de suite, par salves désordonnées, les coutures se sont frayées un chemin entre les carreaux du tissu. Improbable mission qui, au fil de sa réalisation, a effacé les bougonnements de la couturière pour lui octroyer sourire conquérant et jupe écossaise parfaitement taillée pour aller danser.

16 commentaires:

  1. Texte habile. Dis donc, tu t'y connais drôlement, en couture...

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  2. Je ne sais trop si des mots ou du fil la belle eu tant à en découdre, ce que je sais c'est qu'au fil de tes mots l'histoire défile comme haute couture !

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  3. Alors là, c'est cousu main, impeccable, on s'y croirait! Il manque simplement ces saloperies de sacs de nœuds qui se forment en dessous, du côté de la canette, avec le moteur qui ahane… Je connais ça pour avoir aidé ma femme à coudre je ne sais plus quoi, il y a longtemps —des rideaux, peut-être.
    Et merci pour le lien!

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  4. Les raccords ne sont pas facile et découdre fait aussi parti du jeu!
    C'est du cousu main arf!
    J'aime. Beaucoup.

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  5. co-errante > Oui, tu as vu, j'ai pris des cours express ! :)

    Encre > bah juste du prêt à porter confectionné artisanalement ;) Merci.

    Le coucou > houla, des rideaux doivent demander encore plus de patience ! Et oui, le sac de nœuds et le démêlage angoissant qui suit, argh!

    Cortisone > En découdre est effectivement plus difficile. Merci !

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  6. J'aime bien tes entrechats de phalanges.

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  7. Impossible pour moi de lire ton texte avec objectivité. Ma mère avait et a toujours une Bernina, exactement la même que sur ta photo, couleur poussin. Elle fabriquait tous nos vêtements jusqu'à ce que, adolescents, et mes parents ayant un peu plus de moyens financiers, nous ayons droit à des vêtements fabriqués autrement qu'avec la Bernina ou la machine à tricoter pour les lainages.
    Je me souviens de la tige de marche/arrêt qu'elle actionnait avec le genou. Le bruit du moteur et du mouvement de l'aiguille. Cette canette de fil que tu évoques.
    Bernina, symbole d'un passé lointain, de la jeunesse de mes parents, de leur courage.

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  8. C'est Sylvie Vartan la plus belle pour aller danser! enfin c'est elle qui le dit.

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  9. Y a pas à dire, ce sont les rythmes qui font le texte. Là, on dirait du jazz. Là, on dirait que c'est la machine à coudre elle-même qui s'est piquée de mots. Bravo !

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  10. Anna de Sandre > C'est ton âme de danseuse qui parle :)

    Gilles > Et bien, la machine à coudre est souvent un relai de souvenirs, un peu désuet qui attendrit ou pour ton cas, reflet des difficultés d'une époque. Merci.

    Philippe > Oui, elle le disait. Mais elle ose encore le chantait, figure-toi. Elle n'a pas honte ! :)

    Dedalus > Oh ben que dire ! Merci pour le compliment. :)

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  11. Moi qui déteste la couture y a un swing dans les mots qui me fait opiner du chef. c'est du texte qui balance, qui danse, qui se tient bien, bien ficelé, bien cousu oui c'est vrai.

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  12. quelle maîtrise de la machine à coudre...
    je passe en vitesse
    j'aime bien
    figure toi que j'ai acheté une machine pour faire de jolies petites choses à ma fille... pour l'instant pas de jolies choses mais un machin encombrant de plus à la maison ;)

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  13. Hé Hé !! :)
    Je rêve, ou tu t'es moqué de moi à mon insu ? Saligot !!
    Quoi ! Terrible ma p'tite jupe écossaise... n'est-ce pas ?

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  14. ... Sont chouettes les commentaires.. :)

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  15. S... > Du swing, du jazz, finalement cette machine est un bel instrument ! :) Merci.

    Mu > Finalement, avec ce billet, je découvre que la machine à coudre se vend encore. Étonnant !

    Colombine > Moqueur ? Oui, un peu ^^ Très joli petite jupe en effet !

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  16. J'ai connu le bruit de ma machine à coudre toute mon enfance. J'étais chargé de ramasser les aiguilles (de celles qui tenaient les parties de vêtements entre eux) avec un aimant. De bons souvenirs.

    SNAKE

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