Dans mon super hypermarché

image Petit portique aux ailettes battantes en acier chromé. Nul besoin de pousser, elles se déploient sur mon passage et je pénètre dans l’antre de la consommation. Vers la gauche, en arc sur le sol, des autocollants de pas verts m’indiquent le chemin (obligatoire) pour me rendre vers un stand qui fait la promotion d’une nouvelle bière ultra-rafraîchissante ; tandis qu’à droite, s’offrent à moi les délices du rayon photo, informatique, TV, Hi-fi. Il paraît que tout est calculé dans les super-hypermarchés, que rien n’est laissé au hasard, que tout y est conçu pour accaparer l’esprit du chaland et le guider au mieux dans l’épanchement de son porte-monnaie. Des études démontrent que, dés l’entrée, la majorité des gens se dirige vers la droite, d’où l’intérêt d’installer à cet endroit des articles à forte valeur ajoutée mais aussi des produits dits d’achat impulsif. Et impulsif, je suis et à droite, me dirige malgré les traces vertes houblonnières m’invitant à faire le contraire.

Evidemment, un tour dans le rayon informatique, un œil sur les derniers ordinateurs portables, l’autre sur les étiquettes qui m’indiquent des prix dissuasifs. Je passe et roule mon panier sur les carreaux blancs jusqu’au point librairie. Etrange rayon placé entre celui des CD/DVD et celui de la boulangerie. La nourriture de la tête appelle celle du ventre, sûrement. Deux Nothomb en poche plus tard, je me retrouve au rayon charcuterie et de façon incongrue, voilà qu’Amélie côtoie dans le fond du panier une barquette de jambon découenné. Vision insolite, stupeurs et tremblements. Heureusement, aussitôt recouverts d’un paquet de croque-monsieur, les livres se dissoudront très vite sous l’acide sulfurique des prochains articles.

Je file, évite les rayons moches : ménagers, jardinerie, visserie, automobiles etc. Je me presse, car déjà le souffle me manque, je cours presque et suis le débit fanatique et irritant des annonces promotionnelles claironnées dans les hauts-parleurs du magasin. Maintenant, je fuis, échappe aux rayons cités ; de toute façon les soles ou les perches en solde, c’est pas mon truc. Je m’arrête un instant devant l’étal des céréales, perplexe quant au choix proposé, une gondole de trois mètres sur trois me nargue. Des lions rugissants ou des sylphides au ventre plat s’intercalent sous mes yeux flottants. Je continue, pas de céréales, l’animateur au micro hurlant approche, il faut que je sorte.

J’ai chaud puis très froid dans le rayon des surgelés qui m’amène aux caisses. Tapis perpétuel, je dépose livres, bières ultra-rafraîchissantes, (car retourné sur mes pas et les pas verts du stand aguicheur) jambon, boîtes de conserve en tout genre. Quelques bips plus tard, le sourire inexistant de l’hôtesse, les sacs recyclables aussi chers que Nothomb, la carte bleue dans la fente, le parchemin automatique qui sort de la gueule de la machine, je sors, épuisé, bombardé à mon insu de milliers d’informations sonores et visuelles. Vite, retourner à la maison.