La maison familiale

image A peine à quelques virages de l’observatoire météo de l’Aigoual, deux ou trois lacets en descente sur une route au bitume fondu, un chemin de cailloux rouges qui remonte et nous arrivons sous la canicule devant une grande bâtisse froide. Construction de béton et de tôles des années soixante-dix : c’est ma maison de vacances, me dit-elle. Le bâtiment est laid, il siège au-dessus de la vallée, en gâche la vue, fixe le temps et l’espace. Les herbes folles l’ont envahi et abandonné, il laisse couler par ses fenêtres des jeunes années évanouies. Certaines baies vitrées sont restées entrouvertes. Nous en fixons une comme si quelqu’un allait apparaître dans l’embrasure. Toujours dans la voiture, nous tournons autour de la maison. Les portes battantes de l’entrée sont fracturées et colmatées par des panneaux en bois de fortune et sur une plaque verte qui les surplombe son identité est restée intacte : maison familiale de l’Aigoual, résidence de vacances.

Derrière, un jardin en jachère, un grand bassin d’eau douce en guise de piscine et les herbes hautes séchées par le soleil lèchent le vieux toboggan rouge fané. Nous descendons de voiture pour coller nos visages aux vitres. A l’intérieur, le temps suspendu nous défie : le réfectoire est intact avec ses tables de repas disposées en rond, un verre oublié sur un buffet renforce la sensation de maison fantôme. Elle se souvient et me raconte ses séjours ici avec ses parents, ses amis, les glissades sur l’herbe mouillée de la colline au-dessus de la maison, les repas, les chambres exiguës dans lesquelles nous supposons encore la présence de lits recouverts de draps blancs maculés de poussière. Elle me détaille les après-midi bucoliques dans les bois, les randonnées, la cueillette des mûres. Au fil de son histoire, le lieu s’anime, reprend vie dans notre imagination, la sienne bien sûr chargée de ses souvenirs et la mienne dans laquelle je perçois la présence agitée des enfants dans le jardin, les courses folles dans les couloirs, la joie du repos au grand air pour les parents, la liberté pour leurs marmots et même sur ce parking vide, le grand fatras des valises pour un départ, une arrivée.

Nous prenons quelques photos et nous enfonçons dans le bois aux clairières vides. Le silence tranche l’air, rien, personne et pourtant tout autour la mémoire n’en finit pas de danser.

22 commentaires:

  1. Très beau retour en lumière où la mémoire n'en finit pas de circuler, de rebondir !

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  2. Merci Christophe et repartir la tête pleine :)

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  3. C'est un peu un autre monde là-bas....
    mais il suffit d'y passer quelques jours pour y retrouver bien des sensations perdues... ou simplement oubliées...
    Smouicks Arf.
    ,°)

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  4. Les souvenirs habillent de beau et raniment les murs abandonnés.
    Plaisir du retour de tes mots.
    o)

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  5. L'air brûlant qui vibre et qui bouillonne, gardien de toutes ces histoires.

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  6. le goût mêlé de miel et d'amer es retours sur les lieux

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  7. Carhi > ... et de trouver une nouvelle respiration. Pas très loin et pourtant bien dépaysés et coupés du monde.

    Encre > Et oui, la maison est chargée. Merci.

    Gilbert > Et tous les objets autour qui ont gardé l'âme des habitants éphémères.

    Brigetoun > Oui, de l'amer aussi, parce que déjà loin.

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  8. On sent presque le pouls entravé de cette bâtisse qui ne demande qu'a revivre...

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  9. "Les herbes folles l’ont envahi et abandonné, il laisse couler par ses fenêtres des jeunes années évanouies" tout est là ... et le béton vibre, vit, reste vif et attendait.
    J'aime ce texte.

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  10. Samir > oh oui, et il ne faudrait pas grand chose pour qu'elle revive.

    Kouki > passé le béton qui nous cause, elle doit surtout sa "survie" au cadre magnifique qui l'entoure. ça aide. :)

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  11. bonne rentrée!!
    ça fait plaisir de te recroiser par ici...

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  12. Merci pour cette visite en son for(t) intérieur.

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  13. Manue > Une bonne rentrée studieuse à toi aussi. :)

    Morgan > Merci à toi d'avoir fait le tour de la maison.

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  14. Tes écrits savent redonner vie...

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  15. Si bien écrit..
    Je ne peux m'empêcher de penser à la ballade dans la forêt en suivant... <-- espiègle !

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  16. Co-errante > Merci. :)

    Colombine > héhé, ben tiens moi aussi, j'y pense ! :)

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  17. On s'y croirait! Superposition de deux époques et viennent s'incruster dans le silence et le vide les cris, les rires des enfants et le laissé-allé des parents.
    Feuille

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  18. Louise Feuille > Et au milieu la Colombine, bras écartés avec les herbes folles sous les aisselles ! :)

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  19. "des herbes folles" sous les bras.... t'es sur ? .. 'fin j'veux dire pour les herbes... ;)

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  20. Ma fille m'a raconté la même histoire aujourd'hui et en faisant des recherches nous tombons sur cette même maison via cette page, qu'elle a elle-même prise en vidéo. Rien n'a bougé encore, les fenêtres sont ouvertes, il y a des objets posés, inertes, et cela leur a fait à elle et son ami très froid dans le dos. Pourquoi cette maison est-elle donc à l'abandon alors que rien ne semble avoir bougé, on dirait juste que le temps s'est arrêté mais tout reste intact et à sa place...

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  21. À l'interieur les tableaux que les enfants avaient fait sont restés sur les mûrs, des dessins de poissons, bateaux et d'autres choses, dans les salles de jeux il reste les jouets qui sont encore à leur place comme si le batiment avait était abandonné d'un seul coup.

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  22. Merci pour ce joli texte,

    Je l´ai trouve en recherche sur la maison familiale. J´y etais 1990/91 et 93-95(?)(nee 82) en vacances avec mes parents. On passé des sejours tres agreable, des beaux souvenirs.
    Les Randonées, les velos, le rafting,l´escalade, le babyfoot....le gouter....les filles :-)

    est ce K quelqun peut me dire pourquoi la maison est fermée?
    et quest qui ce passe avec le terrain?

    merci,
    C

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