L’importune

image Je me lève et me bouscule. Je ne me réveille pas, comme d’habitude. Un éclair dehors perce les volets entrouverts, une épaisse fumée entoure le rayon, résidus en suspension de mon cendrier mal éteint. La cuisine en bazar, les chats qui miaulent leur repas et quelques miettes sur la table. Un rouleau d’essuie-tout déchiqueté et déroulé sur le sol. Je peste.

Filtre, eau, trois doses et le café bruisse noir. Elle est encore là, tapie dans une encoignure, elle dépasse de la pile de publicités qui recouvre ce que je veux oublier. Une lettre frappée du sceau de la république. Une Marianne d’encre qui me nargue. Un demi-sucre, je touille et fume. D’un doigt, je la fais glisser sur la table. L’enveloppe est déjà jaunie sur les bords, toujours pas ouverte. Bête patibulaire que cette missive prioritaire. Une relance qui en veut à mon portefeuille, qui chatouille mon inertie. Une mise en demeure qui demeure vaine.

Je le sais, à l’intérieur se cache une sentence : tu paies ou on te saisit ! Et j’en suis saisi, pétrifié, confondu. Je procrastine, attends bravement la prochaine, celle qui aura de plus gros caractères, celle qui arborera la balance de la justice d’un obscur huissier de province. Je finis mon café trop fort, écrase la clope acerbe du matin. Les chats mangent goulûment leurs croquettes et je replace l'importune entre deux catalogues de supermarchés.

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14 commentaires:

  1. une belle définition de ce mot imp.nable !
    pas pu m'empêcher
    efface si tu veux hein !?

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  2. Il y a des matins, comme ça, où tout te rappelle que rien n'est simple, et surtout les emmerds...

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  3. Kouki > ah ben faut oser écrire en entier ! :)

    co-errante > bah oui, j'y pense et puis j'oublie :)

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  4. Un matin dont l'épaisseur empêche de se lever. Mais tu es debout, malgré tout.
    C'est drôle, j'avais envie de commencer un nouveau texte avec cette chanson. Elle est bien ici, entre miaulements et volutes qui partent en fumée.

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  5. Les matins durailles, je connais ça aussi, entre les vrais soucis et le bordel inouï qu'un jeune chat est capable de semer dans la nuit.
    J'ai connu un paysan âgé, à qui je commence à ressembler dangereusement, qui classait systématiquement dans une boite à chaussure tout courrier officiel. Il ne l'ouvrait jamais, et finissait régulièrement au tribunal, avec des amendes qui l'obligeaient parfois à vendre une parcelle de terre…

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  6. "Résidents, résidents de la république
    Où le rose a des reflets de bleu"
    ... à l'âme.

    Surtout garde-la bien au chaud cette enveloppe.
    Tu vaux déjà plus qu'une Marianne.
    Quand tu seras célèbre le monde entier se l'arrachera.

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  7. Il y a plus délicieux comme étreinte du matin, là, maintenant j'ai mal au ventre pour vous, pour eux.

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  8. Encre > Et oui, j'évacue comme je peux mais ça me rattrape souvent, quand je m'y attends le moins. ;) (vas-y pour le texte, trop longtemps qu'on ne te lit pas)

    Le coucou > Chacun sa cachette, ordonnées ou pas, les choses finissent toujours par ressortir de la boîte. :)

    Christophe > "Résidents, résidents de la république. Des atomes, fais ce que tu veux..." Et je fais c'que j'veux avec mes ch'veux :)

    lautreje > hop, désolé. Pour eux ? Pour le chats ? ;)

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  9. Insupportable cette angoisse d'être tout le temps rattrapé. Il m'arrive de rêver que j'échappe à la matrice.
    Oui mais alors, comment faire pour manger? Besoin des autres, envie de rien.

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  10. ça fait vraiment chier.
    voilà.
    pardon.
    .
    .
    .
    .

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  11. J. > ahhhh échapper à la matrice, j'en rêve toutes les nuits :)

    Manue > non mais ça va, tu sais. :)

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