L’importune

image Je me lève et me bouscule. Je ne me réveille pas, comme d’habitude. Un éclair dehors perce les volets entrouverts, une épaisse fumée entoure le rayon, résidus en suspension de mon cendrier mal éteint. La cuisine en bazar, les chats qui miaulent leur repas et quelques miettes sur la table. Un rouleau d’essuie-tout déchiqueté et déroulé sur le sol. Je peste.

Filtre, eau, trois doses et le café bruisse noir. Elle est encore là, tapie dans une encoignure, elle dépasse de la pile de publicités qui recouvre ce que je veux oublier. Une lettre frappée du sceau de la république. Une Marianne d’encre qui me nargue. Un demi-sucre, je touille et fume. D’un doigt, je la fais glisser sur la table. L’enveloppe est déjà jaunie sur les bords, toujours pas ouverte. Bête patibulaire que cette missive prioritaire. Une relance qui en veut à mon portefeuille, qui chatouille mon inertie. Une mise en demeure qui demeure vaine.

Je le sais, à l’intérieur se cache une sentence : tu paies ou on te saisit ! Et j’en suis saisi, pétrifié, confondu. Je procrastine, attends bravement la prochaine, celle qui aura de plus gros caractères, celle qui arborera la balance de la justice d’un obscur huissier de province. Je finis mon café trop fort, écrase la clope acerbe du matin. Les chats mangent goulûment leurs croquettes et je replace l'importune entre deux catalogues de supermarchés.

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