En blanc

En blanc La robe est prête depuis des mois, rangée dans l’armoire de la chambre d’en haut. Recouverte d’une housse transparente, elle attend le grand jour, le plus beau jour d’une vie, le jour blanc où ma sœur Julie va la revêtir. Maman s’occupe des derniers préparatifs, cérémonie, traiteur, faire-part puis, avec un soin particulier, choisit et accompagne ma sœur chez un grand coiffeur, qui lui monte une choucroute sur la tête en ramenant tous ses longs cheveux bruns au sommet pour dévoiler son visage immaculé de jeune fiancée.

Et très vite, elles se retrouvent toutes les deux, pour les derniers instants, devant ce placard ouvert sur la robe blanche, symbole de l’union à venir mais aussi du départ de la maison, d’une histoire qui finit, d’une autre qui commence. Alors, maman est émue, ma sœur aussi. Dans l’embrasure de la porte, je les épie, petit louveteau endimanché d’un pantalon de flanelle gris et d’une chemise blanche à jabot d’un autre siècle. Maman décroche la robe de son cintre, la roule précieusement entre ses doigts et la passe dans la tête de Julie en prenant soin de ne pas la décoiffer. Elle fait descendre quelques mèches sur son visage, pique deux petites roses rouges sur le côté, puis parcourt son corps pour lisser les faux plis.

Elle finit cet apprêt maternel à s’attardant d’une caresse sur son ventre. Julie pose ses mains sur les siennes et elles restent un instant figées sur son abdomen jusqu’à ce que des larmes coulent sur le visage de la jeune mariée. Elles se chuchotent quelques mots, maman la prend dans ses bras, la réconforte, lui dit que ça ira, que ce n’est pas grave, qu’à part elle, personne ne le sait et, encore, que c’est courant aujourd’hui, plus personne n’est vierge avant le mariage alors un accident peut arriver. Puis franchement, qui va décompter les mois exacts avant l’arrivée du bébé ?

Au beffroi de l’église, les cloches sonnent l’éminence de la cérémonie. Je rejoins papa au rez-de-chaussée et nous attendons la descente de la mariée. Personne ne l’a vue encore, à part maman et moi. Je suis très excité par cette journée, la couronne sur la porte, mon père en costume, le monde qui se rassemble devant la maison, les cloches et mon jabot qui me gratte le torse. Elles arrivent, d’abord ma mère puis, Julie, belle et majestueuse qui descend les marches avec prudence pour ne pas se prendre les pieds dans la robe. Elle se tient encore le ventre, elle a mal peut être. Elle hésite, sourit nerveusement, croise le regard de papa qui se tourne brusquement vers maman, puis, devenu blême comme la robe, pointe à nouveau les yeux de Julie et lui décoche devant l’assemblée médusée : « Et tu n’as pas honte de te marier en blanc ?! »

12 commentaires:

  1. Sacré papa !
    toujours le dernier à savoir !
    c'est peut être ça qui mle fait bisquer ;o)

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  2. La mariée, en pleurs, refusa de donner le bras à son père pour entrer dans l'église. Le curé, bafouillant à la porte, ne savait que faire et interrogeait du regard le premier rang des spectateurs de cette scène inédite. Les grenouilles de bénitier chuchotaient que c'était une honte, un scandale. La mariée prit le bras de sa mère, repoussa le prêtre de côté et pénétra dans la nef. Le père, blême, les bras ballants me prit par la main et entra derrière elles .

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  3. Luc > il fait plus que bisquer le papa, il va te lui tailler les roses, tu vas voir ! non mais des fois !

    Madame de K > héhé, merci. Jolie suite et après... :)

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  4. j'ai assisté au mariage de ma mère... je suis née un mois après...

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  5. t'étais vachement prématurée quand même Mu.

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  6. Vive la mariée ! C'est pour moi d'un exotisme fou, je n'ai jamais approché d'une mariée en blanc, mais de quelques unes entourées de leurs enfants… Je suppose que le papa s'est fait une raison avant la messe?

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  7. Ce texte est parfaitement sucré comme la nougatine le caramel et les roses en sucre. Ah, c'que j'aime pas les mariages ! OUps, pardon !

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  8. mais pourquoi se marier ?

    nan
    c'est pas une vraie question... d'abord !
    djoly texte mon tOff'

    -O)

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  9. @ Philippe : et je ne t'ai dit pas tout ce que j'ai fait très tôt...
    pour l'histoire du mariage ma mère ne m'en a jamais parlé davantage

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  10. Mu et Philippe > Ah ben voilà, toi aussi, mais un mois avant, ça devait se voir un peu quand même ! ;)

    Le coucou > Exotisme fou ? Ah bon...

    Kouki > moi non plus, aime pas, surtout depuis que je me suis marié. :)

    Mr M > oui, pourquoi ? non, c'est une vrai question.

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  11. Rien que pour ce tendre "petit louveteau endimanché" ce texte me fait craquer. C'est bourré de choses entre eux trois. Par contre je suis réservé sur la fin, elle me semble problématique. Le père qui tourne le visage suffirait à mon avis. Il sait forcément lui aussi. On ne montait pas un mariage tambour battant il y a 20 ou 30 ans en dehors d'une autre raison. Et il me semble que ce serait infiniment plus fort dans le non dit tout ce qui se passe entre ces 4 personnes à ce moment précis du départ de la maison familiale. Dans ton texte, il y a tant de sentiments et d'émotion intimes entre les deux femmes et dans la tête de ce garçon.

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  12. Gilles > Merci encore une fois Gilles pour ce commentaire. Je suis trop souvent dans l'explication, de peur, peut-être, que mes suggestions ne fassent pas mouche.

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