Absence

image J’arrive et on m’attend, souvent. Dialogues nourris, joyeusetés, entraînante conversation amicale que l’on espère de moi. Et je ne suis pas là, du moins pas à l’endroit où l’on me souhaite. On me patiente, me soupire, me veut au mieux de moi et je l’ignore ou feins de ne pas le percevoir. Corps réellement présent mais idées et pensées diffuses dans un lointain, je survole, me noie dans l’anonymat des relations, perce une nuit dans le jour qu’on m’expose. Détaché, distant et froid, je m’éparpille autour, entend sans trop écouter, écourte l’interaction quand elle se fait trop proche.

Et là, secret et taciturne, je me retrouve trop peu de mots en bouche, insipide compagnie qu’on subjugue. Aucune mauvaise volonté, ni autre dédain ne me côtoie. Bordé de personnes que j’aime, je suis pourtant ailleurs, incapable de maintenir la répartie exigée, je me dérobe sans reproche pour personne et me drape d’un silence incompris. Une absence douce pour moi, être entouré sans déployer la parole inutile, celle qui n’apportera rien de nouveau mais qui, au contraire, pourrait être tentatrice d’en dire trop. Une absence rebelle pour l’autre, le « on » qui me contient, les interlocuteurs surpris de cette langueur étrange déroulent alors paranoïa à leur encontre. Perdus dans mon aphasie inaccessible, ils se sentent coupables d’une rupture morale. Et pourtant, le lien demeure malgré l’absence, je suis simplement entre d’eux.

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12 commentaires:

  1. Parfois on est franchement pas drôle...
    J'ai trouvé ça sur mon blog, écrit il y a presque deux ans...

    [L'absence est mon lot, une façon de vivre l'intermittence. J'en connais tous les états. J'ai le corps en creux, je rencontre le manque, celui que rien ne peut véritablement combler, sauf l'intensité vivante de sa présence, parfois, en coup de vent.
    Sa présence, parlons en, bien trop souvent rêvée, idéalisée, projection de la mienne, ma propre façon d'être à l'autre. Mais lui n'est pas moi. Étrangement j'ai toujours eu du mal à m'en faire une raison. Il était là, tout près de moi, inaccessible, je ne l'atteignais pas. Le tiroir aux émotions, restait fermé. Le pire , était sa présence absente, tout à côté de moi, sans y être, replié sur ses secrets. Pour éviter de me blesser, il détournait mes questions tout en feignant la distraction. Il était plus loin de moi quand il me refusait sa vérité, que lorsque je recevais de plein fouet, l'aveu de sa lassitude et les turpitudes de ses pensées.
    Pour cet homme d'oublieuse mémoire, qui vit le présent comme si il était déjà engagé dans le futur, le passé meurt vite, à moins d'être figé dans une image glacée. Je suis une sensation révolue. Je suis l'absence.]

    ...

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  2. Nous sommes plusieurs à parler de l'absence je trouve. Mais alors toi, avec ce "le "on" qui me contient" ... Ah, c'que j'aurais aimé le trouver celui là !
    Ce silence là est doux, certains sont des mutismes accusateurs.
    Ah j'y pense, aussi le "on me patiente, on me soupire, me veut au mieux de moi", comme c'est vrai et contraignant cette attente vorace de soi chez l'autre.
    Bien encore !

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  3. Philippe > Ah toi aussi, tu "mute" :)

    Le coucou > Merci

    Colombine > Argh, à croire que je me répète, qu'on se répète... (tu écrivais bien dis-donc quand t'étais blogueuse ^^)

    Kouki > Oui, doux... Mais il n'est pas nécessairement toujours perçu comme ça. Merci.

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  4. J'ai connu, trop longtemps, ces mots attendus mais jamais dits, ces absences présentes - ou ces présences absentes - que tu décris si bien ... (bravo, comme d'hab!)
    Maintenant, mes silences sont des moments de bonheur mais ça serait trop longs à expliquer...
    Bises d'Ep'

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  5. C'est pourtant si fort d'être présent intensément à ce que l'on vit, à ceux que l'on voit. J'aime la solitude et la compagnie, le jour et la nuit, je suis du soir et du matin. Mais j'ai pris le parti autant que faire se peut, d'accepter ce qui se présente sans désirer être ailleurs, et de refuser les situations dans lesquelles je ne veux pas me retrouver. Autant que faire se peut.

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  6. Ça attire les paranos ce détachement là; t'as remarqué ? Et pas forcément en bien...
    Pourtant, ça n'est que du détachement, une douceur que l'on s'accorde pour s'éviter l'insupportable, une solitude dans laquelle on aime profondément ceux qui nous entourent, un baume comme une caresse pour effacer les blessures, un profond silence régénérant, nécessaire, vital même. Les autres ont bien le droit d'être eux-mêmes, alors pourquoi pas nous ?
    Ton absence si bien décortiquée me fait penser à la mienne, que j'aime bien, et que c'est grâce à elle que je suis thérapeute sans y laisser des plumes, et que c'est une force, et que c'est agréable...
    Voilà, c'est tout.
    Bisous.

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  7. J'ai retrouvé cela, aussi, écrit il y a plus de 3 ans...

    "Et puis cette insidieuse envie de plaire qui partout flotte dans l'air, ce besoin collectif et dérisoire d'être de belle humeur, d'avoir bonne mine au prétexte que le soleil irradie par dessus les toits. Je n'ai pas la peau qu'il faut. Déjà la mélancolie me rattrape, qui me donne l'air vaguement triste et lointain. Gentiment absent."

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  8. Celle-ci, elle vous irait bien ...

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    Bonne soirée Mr.

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  9. Juste.
    Le mot présent touche mon absence.

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  10. Epamin' > oui, je reconnais, ces silences sont lourds parfois, mais j'aurais aimé que tu racontes tes silences légers là :)

    Frédérique > Autant que faire se peut, j'essaie d'être à peu près social :)

    Cat > Ah le silence du thérapeute, c'est encore autre chose, je crois. Merci.

    Nicolas > oui la mélancolie, c'est ça le mot que je rechigne à prononcer. Merci pour ton texte.

    JF > Voilà, j'suis pas tout à fait là. Merci JF

    Manue > ... :) Bises Manue.

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