Absence

image J’arrive et on m’attend, souvent. Dialogues nourris, joyeusetés, entraînante conversation amicale que l’on espère de moi. Et je ne suis pas là, du moins pas à l’endroit où l’on me souhaite. On me patiente, me soupire, me veut au mieux de moi et je l’ignore ou feins de ne pas le percevoir. Corps réellement présent mais idées et pensées diffuses dans un lointain, je survole, me noie dans l’anonymat des relations, perce une nuit dans le jour qu’on m’expose. Détaché, distant et froid, je m’éparpille autour, entend sans trop écouter, écourte l’interaction quand elle se fait trop proche.

Et là, secret et taciturne, je me retrouve trop peu de mots en bouche, insipide compagnie qu’on subjugue. Aucune mauvaise volonté, ni autre dédain ne me côtoie. Bordé de personnes que j’aime, je suis pourtant ailleurs, incapable de maintenir la répartie exigée, je me dérobe sans reproche pour personne et me drape d’un silence incompris. Une absence douce pour moi, être entouré sans déployer la parole inutile, celle qui n’apportera rien de nouveau mais qui, au contraire, pourrait être tentatrice d’en dire trop. Une absence rebelle pour l’autre, le « on » qui me contient, les interlocuteurs surpris de cette langueur étrange déroulent alors paranoïa à leur encontre. Perdus dans mon aphasie inaccessible, ils se sentent coupables d’une rupture morale. Et pourtant, le lien demeure malgré l’absence, je suis simplement entre d’eux.

illustration