Les petites choses

image Dans la maison, tout est prétexte au débordement, voix qui portent, pieds qui tapent. Le soir, fatigués, tout est sujet à dispute ou pire encore, à œillades muettes qui en disent long sur le gros qui se pose sur la patate.

Le paillasson devant la porte d’entrée alors que la pluie bat le pavé et le mal - nom de dieu, le mal ! - que j’aurai à nettoyer et faire sécher les crins collés par la boue de tes chaussures ! La salle de bains après ta douche debout dans la baignoire et la pataugeoire – putain, tu peux pas faire attention ! - dans laquelle baignent quelques poils pubiens dévoyés ! Les restes de riz du repas de la veille collés au fond de l’évier et la canalisation bouchée – tu sais combien ça coûte le Destop ? - parce que tu auras omis de fermer la bonde avant de rincer la casserole. Tes chaussures puantes, surtout l’été, que tu ne te résous pas à laisser dehors avant d’entrer – tu les vois pas, tes chaussons là ! - mais juste dans le vestibule à la vue et surtout à l’odorat de tous. Tes chaussettes de la même fragrance – tu peux les garder pour faire l’amour, tu sais ! - qui rôdent un peu partout dans la chambre et que je capture par hasard sous le lit coincées entre deux moutons de poussières. La lunette des toilettes que tu ne rebaisses jamais – tu vois (hop, hop !), ça marche dans les deux sens ! - et la sensation humide sur mes fesses lorsque je m’en aperçois, trop tard.

Dans la maison, tout est prétexte au débordement. Ces petites choses énervantes qui font peu à peu voler en éclat la bonne ambiance des premiers jours insouciants. Accentuées, répétitives, maladives, excessives, elles prennent parfois une dimension ontologique. On en parle tous les jours, on les étudie, les dissèque dans l’espace et dans le temps. On les triture tellement que leur importance gonfle, elles se structurent et deviennent corps abjects comme des spams dans nos esprits. On tente de s’adapter et de faire des compromis. On légifère autour en créant des règles internes sur la vie des chaussures et des chaussettes ou en investissant sur l’achat d’un bon rideau étanche pour la douche. Mais souvent, cela ne suffit pas et insidieuses, ubiquistes, elles finissent par avoir notre peau.

Heureusement, je vis seul.

14 commentaires:

  1. Finalement, même sans pomme, ce n'est pas toujours simple de ne pas se fâcher contre l'autre...
    Belle énumération des petits trucs qui m'agaçaient...

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  2. Vous avez oublié le tube de dentifrice jamais rebouché et le lavabo jamais nettoyé après usage. Rigolo, nous vivons tous les mêmes anaventures.

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  3. Epamin' > Ah je vois que tu emploies aussi l'imparfait, comme tous les êtres imparfaits que nous sommes ^^

    Zoé > Ah oui, le dentifrice aussi. Mais je crois qu'on pourrait y passer la nuit à tous les énumérer :)

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  4. Tiens, pour une fois, je ne me reconnais pas du tout dans ce texte piquant. Si, si !

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  5. Toutes ces petites choses sont largement supportables, quand on aime nos "co-habitants". C'est quand l'amour s'affadit que ça devient agaçant. Et quand on n'aime plus, c'est carrément insupportable.
    Quand on ressent le besoins de faire des compromis pour résoudre cela, c'est que c'est le début de la fin...

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  6. Le coucou > Tu ne te reconnais pas ! Taratata, j'peux le croire ! :)

    Kouki > bah, reviens Kouki ! On va en parler ! :)

    Thierry > Bien sûr, bien sûr, il n'y a pas que ça. Dieu merci !

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  7. forcément, sublime.......
    là, je te retrouve.

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  8. Ouaï ouaï ouaï ! Le truc : chacun chez soi, j'aime bien. Mais, chacun son truc...
    Du coup, là c'est plutôt à mes parents que je pense.
    Excelente observation.

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  9. j'aime beaucoup sauf la fin, pourquoi les reproches pour la femme et le soulagement pour l'homme ?
    :)

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  10. Sylvie > Merci.

    Cat > Ah moi aussi, principalement, il s'agit de mes parents :)

    Mu > Mais Mu, je ne suis qu'un homme ! Tu as raison c'est légèrement orienté. :)

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  11. La chute nous fait tomber dans un rude coussin de soulagement!

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  12. Sur la vie en communauté, ma foi... à part la vie en famille où je filais doux, rien à dire, la brièveté de mes liaisons ne m'ayant permis qu'un aperçu!

    "Heureusement je vis seul". Ici en revanche... Après tout je suis d'accord!!:)

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